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  • Liens vagabonds : le grand greenwashing des data centers ?
    Pendant que les entreprises du monde entier comptent minutieusement leurs tokens, la gronde s’intensifie autour des data centers IA portée par la crainte d’une raréfaction des ressources. Près de sept Américains sur dix déclarent être opposés à l’installation de ces infrastructures près de chez eux. Face à des besoins opaques et presque dystopiques, les GAFAM […] The post Liens vagabonds : le grand greenwashing des data centers ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : le grand greenwashing des data centers ?

Pendant que les entreprises du monde entier comptent minutieusement leurs tokens, la gronde s’intensifie autour des data centers IA portée par la crainte d’une raréfaction des ressources. Près de sept Américains sur dix déclarent être opposés à l’installation de ces infrastructures près de chez eux. Face à des besoins opaques et presque dystopiques, les GAFAM […]

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Festival JournalismAI : Comment les rédactions apprennent à intégrer l’IA générative

Comment intégrer efficacement l’intelligence artificielle générative dans les rédactions ? Les 11 et 12 novembre, le festival JournalismAI organisé par Polis (LSE) a rassemblé journalistes, responsables techniques et dirigeants de médias venus partager leurs expérimentations concrètes. Partout, la même tension : l’enthousiasme pour les opportunités offertes par l’IA cohabite avec une lucidité sur ses limites et […]

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  • Liens vagabonds : TikTok dans le viseur
    Images violentes, désinformation, contenus extrêmes : l’utilisateur de TikTok avance dans un territoire miné qu’il est aujourd’hui difficile d’ignorer. L’application est désormais dans le viseur de la justice. Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur le fonctionnement de son algorithme, soupçonné de mettre en avant des vidéos faisant la « promotion du suicide […] The post Liens vagabonds : TikTok dans le viseur first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : TikTok dans le viseur

Images violentes, désinformation, contenus extrêmes : l’utilisateur de TikTok avance dans un territoire miné qu’il est aujourd’hui difficile d’ignorer. L’application est désormais dans le viseur de la justice. Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur le fonctionnement de son algorithme, soupçonné de mettre en avant des vidéos faisant la « promotion du suicide […]

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  • Liens vagabonds : Trump en passe de gagner sa guerre contre les médias ?
    La figure de proue du « monde libre » s’assombrit. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump mène une véritable guerre d’usure contre les médias américains. Pressions, intimidations, répressions : la liberté d’expression, si chère au président, n’a jamais connu de telles entraves « depuis l’époque McCarthy », précise Jonathan Hafetz. L’index de RSF, après […] The post Liens vagabonds : Trump en passe de gagner sa guerre contre les médias ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'infor

Liens vagabonds : Trump en passe de gagner sa guerre contre les médias ?

La figure de proue du « monde libre » s’assombrit. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump mène une véritable guerre d’usure contre les médias américains. Pressions, intimidations, répressions : la liberté d’expression, si chère au président, n’a jamais connu de telles entraves « depuis l’époque McCarthy », précise Jonathan Hafetz. L’index de RSF, après […]

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  • Substack et les journalistes français : des liaisons dangereuses ?
    Depuis quelques années, Substack apparaît comme une alternative crédible pour les plumes indépendantes et une respiration bienvenue pour les journalistes en rédaction en mal de liberté éditoriale. En France, plusieurs figures médiatiques y lancent leur newsletter, inspirées par les success stories américaines. Mais le modèle, bien qu’attrayant, soulève des interrogations sur sa viabilité économique et […] The post Substack et les journalistes français : des liaisons dangereuses ? first appeared

Substack et les journalistes français : des liaisons dangereuses ?

Depuis quelques années, Substack apparaît comme une alternative crédible pour les plumes indépendantes et une respiration bienvenue pour les journalistes en rédaction en mal de liberté éditoriale. En France, plusieurs figures médiatiques y lancent leur newsletter, inspirées par les success stories américaines. Mais le modèle, bien qu’attrayant, soulève des interrogations sur sa viabilité économique et […]

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  • Liens vagabonds : Scrollez, vous n’avez plus besoin de créer
    Être le héros de son propre film, un rêve devenu réalité qui pourrait bien tourner au cauchemar. Vous ne parvenez déjà plus à démêler le vrai du faux ? Les générateurs vidéo IA viennent de franchir une limite qui risque de ne rien arranger. Dans un contexte où 90 % des contenus en ligne devraient […] The post Liens vagabonds : Scrollez, vous n’avez plus besoin de créer first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : Scrollez, vous n’avez plus besoin de créer

Être le héros de son propre film, un rêve devenu réalité qui pourrait bien tourner au cauchemar. Vous ne parvenez déjà plus à démêler le vrai du faux ? Les générateurs vidéo IA viennent de franchir une limite qui risque de ne rien arranger. Dans un contexte où 90 % des contenus en ligne devraient […]

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  • Liens vagabonds : le cinéma à l’ombre des marques
    « Les célébrités font-elles la promotion de trop de marques ? Le passe-temps favori d’Hollywood pourrait avoir atteint un point de saturation », écrit The Cut. Dans un contexte où les studios réduisent leurs budgets et où les revenus du streaming fondent, les contrats publicitaires apparaissent comme une planche de salut dont on n’a désormais […] The post Liens vagabonds : le cinéma à l’ombre des marques first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : le cinéma à l’ombre des marques

« Les célébrités font-elles la promotion de trop de marques ? Le passe-temps favori d’Hollywood pourrait avoir atteint un point de saturation », écrit The Cut. Dans un contexte où les studios réduisent leurs budgets et où les revenus du streaming fondent, les contrats publicitaires apparaissent comme une planche de salut dont on n’a désormais […]

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Liens vagabonds : Femmes dans les médias, l’égalité toujours en quête de visibilité

Si l’égalité entre les femmes et les hommes a été proclamée « grande cause nationale » en France, cette promesse semble aujourd’hui reléguée au second plan. Elle est remplacée par une instabilité chronique, avec un ministère dédié qui change de mains à chaque remaniement. Cette mise à l’écart se reflète aussi dans les médias. Alors qu’elles représentent 50 […]

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  • Liens vagabonds : L’IA à la rescousse de Google
    Le verdict est tombé : Google n’aura pas à vendre Chrome. Un coup dur pour Perplexity, qui avait mis 34,5 milliards de dollars sur la table deux semaines plus tôt pour racheter le navigateur. À peine l’annonce faite, Alphabet, maison mère de Google, voyait son action bondir de 7 % dans les échanges après la clôture […] The post Liens vagabonds : L’IA à la rescousse de Google first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : L’IA à la rescousse de Google

Le verdict est tombé : Google n’aura pas à vendre Chrome. Un coup dur pour Perplexity, qui avait mis 34,5 milliards de dollars sur la table deux semaines plus tôt pour racheter le navigateur. À peine l’annonce faite, Alphabet, maison mère de Google, voyait son action bondir de 7 % dans les échanges après la clôture […]

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  • Liens vagabonds : Génération Z, codes privés, usages publics
    La Génération Z, ces extraterrestres qui ont choisi Internet plutôt que l’espace. Ils ne regardent pas la télévision, se soucient peu de leur empreinte numérique et transforment le web en journal intime. Les réseaux sociaux nourrissent leur récession sexuelle. Politiquement, les hommes glissent vers la droite tandis que les femmes s’ancrent à gauche. Beaucoup peinent dans les interactions sociales. Avec un […] The post Liens vagabonds : Génération Z, codes privés, usages publics first appeared o

Liens vagabonds : Génération Z, codes privés, usages publics

La Génération Z, ces extraterrestres qui ont choisi Internet plutôt que l’espace. Ils ne regardent pas la télévision, se soucient peu de leur empreinte numérique et transforment le web en journal intime. Les réseaux sociaux nourrissent leur récession sexuelle. Politiquement, les hommes glissent vers la droite tandis que les femmes s’ancrent à gauche. Beaucoup peinent dans les interactions sociales. Avec un […]

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Liens vagabonds : intelligence artificielle, beauté artificielle, progrès artificiel

« L’IA est une révolution, montez dans le train ou restez sur le quai », martèlent les big tech — les rares à en détenir les clés. Alors, les industries montent. Elles montent pour gagner du temps, pour réduire les coûts, pour ne pas rater ce qu’on présente comme la grande bascule. Jour après jour, […]

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  • En France, les journalistes indépendants à la conquête de YouTube 
    Quitter des rédactions prestigieuses pour se lancer sur YouTube : un choix de carrière risqué que certains journalistes n’hésitent pas à prendre pour produire de l’information telle qu’ils l’entendent. Un mouvement naissant en France, sur une plateforme plus habituée aux influenceurs et vulgarisateurs. Le pari est osé dans un univers où les succès numériques sont de […] The post En France, les journalistes indépendants à la conquête de YouTube  first appeared on Méta-media | La révolution de l'i

En France, les journalistes indépendants à la conquête de YouTube 

Quitter des rédactions prestigieuses pour se lancer sur YouTube : un choix de carrière risqué que certains journalistes n’hésitent pas à prendre pour produire de l’information telle qu’ils l’entendent. Un mouvement naissant en France, sur une plateforme plus habituée aux influenceurs et vulgarisateurs. Le pari est osé dans un univers où les succès numériques sont de […]

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Liens vagabonds : LA Times, l’IA à la rescousse de la « neutralité » journalistique ?

Se mettre à la place de quelqu’un d’autre n’est plus une compétence réservée aux humains. L’intelligence artificielle peut le faire. Le Los Angeles Times a lancé, cette semaine, son « AI Bias Meter ». Cet outil permet aux lecteurs d’accéder à des points de vue différents de celui présenté dans l’article, générés par l’IA. Le journal a […]

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Liens vagabonds : Droit d’auteur menacé, médias et artistes britanniques contre-attaquent

Ne laissons pas l’IA (et les géants de la tech) piller notre travail ! C’est l’alerte lancée par la presse britannique cette semaine. Dans un élan de solidarité inédit, des journaux aussi divers que The Sun, Daily Mail, Daily Mirror et The Guardian ont uni leurs unes pour dénoncer une menace imminente : une réforme législative qui permettrait aux […]

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  • Liens vagabonds : Sommet pour l’IA, les médias réclament des garanties
    Le 6 février, le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle a été lancé à Paris, où il se déroulera jusqu’au 11 février. Selon le site dédié, “ces échanges ont pour objectif d’adapter et de préparer la société aux évolutions provoquées par l’IA”. Les médias et l’intelligence artificielle générative évoluent dans des univers liés mais également […] The post Liens vagabonds : Sommet pour l’IA, les médias réclament des garanties first appeared on Méta-media | La révolution de l'informati

Liens vagabonds : Sommet pour l’IA, les médias réclament des garanties

Le 6 février, le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle a été lancé à Paris, où il se déroulera jusqu’au 11 février. Selon le site dédié, “ces échanges ont pour objectif d’adapter et de préparer la société aux évolutions provoquées par l’IA”. Les médias et l’intelligence artificielle générative évoluent dans des univers liés mais également […]

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A l’occasion du Sommet pour l’IA, France Télévisions contribue à la cartographie des enjeux et usages de l’IA générative pour le journalisme

Fixer un cadre de réflexion commun pour les rédactions, à l’heure où l’ambivalence à l’égard de l’IA guette toute la profession. Tel est l’objectif de cette Cartographie des enjeux et usages de l’IA générative pour le journalisme, fruit d’un travail mené par les médias de service public, piloté par l’INA. France Télévisions, Radio France, France […]

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Liens vagabonds : Quand Spotify exploite notre distraction plutôt que notre attention

Pendant longtemps, Spotify s’est positionné comme la plateforme de référence pour la découverte musicale. Mais comment s’enthousiasmer pour la “découverte” lorsque la musique mise en avant n’est plus qu’un simple fond sonore, de la musique stock de supermarché ? L’enquête menée par la journaliste indépendante américaine Liz Pelly, dans son livre Mood Machine: The Rise of Spotify […]

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  • JTI : « un tampon pour se démarquer dans la jungle des réseaux sociaux » 
    Comment reconnaître une source fiable dans un océan de désinformation ? A l’heure où les fake news se répandent six fois plus vite que les faits avérés, distinguer le vrai du faux devient mission impossible. Notamment sur les réseaux sociaux devenus des « toilettes mondiales, sales et surpeuplées », pour reprendre l’expression de l’essayiste Naomi Klein.  Pour […] The post JTI : « un tampon pour se démarquer dans la jungle des réseaux sociaux »  first appeared on Méta-media | La révolution de l'

JTI : « un tampon pour se démarquer dans la jungle des réseaux sociaux » 

Comment reconnaître une source fiable dans un océan de désinformation ? A l’heure où les fake news se répandent six fois plus vite que les faits avérés, distinguer le vrai du faux devient mission impossible. Notamment sur les réseaux sociaux devenus des « toilettes mondiales, sales et surpeuplées », pour reprendre l’expression de l’essayiste Naomi Klein.  Pour […]

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Liens vagabonds : Quand l’avenir de TikTok vacille, enjeux pour les utilisateurs et la concurrence

Entre le 18 janvier au soir et le lendemain, en moins de 24 heures, le message d’accueil à l’ouverture de l’application TikTok aux États-Unis a radicalement changé. Il est passé de : « Une loi interdisant TikTok a été adoptée. Vous ne pouvez plus utiliser l’application. » à : « Bienvenue à nouveau ! Grâce […]

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  • Liens vagabonds : Meta tourne le dos à la lutte contre la désinformation
    Si Elon Musk estime que “vous êtes les médias”, Mark Zuckerberg enchaîne en déclarant “vous êtes les fact-checkers”. Dans une vidéo aux allures de deepfake, le patron de Facebook a annoncé l’arrêt du programme de fact-checking de Meta, lancé en 2016. Cette décision, présentée comme une défense de la “liberté d’expression”, repose sur l’idée que les […] The post Liens vagabonds : Meta tourne le dos à la lutte contre la désinformation first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : Meta tourne le dos à la lutte contre la désinformation

Si Elon Musk estime que “vous êtes les médias”, Mark Zuckerberg enchaîne en déclarant “vous êtes les fact-checkers”. Dans une vidéo aux allures de deepfake, le patron de Facebook a annoncé l’arrêt du programme de fact-checking de Meta, lancé en 2016. Cette décision, présentée comme une défense de la “liberté d’expression”, repose sur l’idée que les […]

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  • Médias : garder le moral pour 2025
    Il est difficile de garder le moral face à la spirale négative qui touche les médias : attaques incessantes de politiciens hostiles, difficultés économiques récurrentes, bataille pour protéger la propriété intellectuelle face aux plateformes dominées par l’intelligence artificielle, et une série sans fin de licenciements – à commencer aujourd’hui par Konbini en France, suivi de […] The post Médias : garder le moral pour 2025 first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Médias : garder le moral pour 2025

Il est difficile de garder le moral face à la spirale négative qui touche les médias : attaques incessantes de politiciens hostiles, difficultés économiques récurrentes, bataille pour protéger la propriété intellectuelle face aux plateformes dominées par l’intelligence artificielle, et une série sans fin de licenciements – à commencer aujourd’hui par Konbini en France, suivi de […]

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  • Liens vagabonds : Lecture en péril, survivre à l’ère du Brain Rot
    « J’étais autrefois un plongeur sous-marin dans l’océan des mots. Maintenant, je survole la surface comme un homme sur un jet ski », écrit Nicholas Carr dans The Shallows. Cette métaphore illustre parfaitement l’érosion de la lecture profonde, celle qui exige concentration et lenteur. “Aujourd’hui, même les étudiants en littérature ne lisent plus de longs […] The post Liens vagabonds : Lecture en péril, survivre à l’ère du Brain Rot first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : Lecture en péril, survivre à l’ère du Brain Rot

« J’étais autrefois un plongeur sous-marin dans l’océan des mots. Maintenant, je survole la surface comme un homme sur un jet ski », écrit Nicholas Carr dans The Shallows. Cette métaphore illustre parfaitement l’érosion de la lecture profonde, celle qui exige concentration et lenteur. “Aujourd’hui, même les étudiants en littérature ne lisent plus de longs […]

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  • Liens vagabonds : Médias, la liste de vœux pour 2025
    « Quiconque nourrit une vision optimiste pour 2025 est dans l’illusion », affirme S. Mitra Kalita, CEO de URL Media, dans les prédictions annuelles du Nieman Lab, laboratoire de journalisme de Harvard. Le constat pour les médias est sombre : la confiance s’effondre, la fatigue et l’évitement de l’actualité augmentent, et la polarisation s’intensifie. Les plateformes dépriorisent l’information, […] The post Liens vagabonds : Médias, la liste de vœux pour 2025 first appeared on Méta-media | La rév

Liens vagabonds : Médias, la liste de vœux pour 2025

Par : oansah
28 décembre 2024 à 10:06

« Quiconque nourrit une vision optimiste pour 2025 est dans l’illusion », affirme S. Mitra Kalita, CEO de URL Media, dans les prédictions annuelles du Nieman Lab, laboratoire de journalisme de Harvard. Le constat pour les médias est sombre : la confiance s’effondre, la fatigue et l’évitement de l’actualité augmentent, et la polarisation s’intensifie. Les plateformes dépriorisent l’information, […]

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  • Liens vagabonds : Reddit Answers, un chatbot IA signé Reddit
    A l’ère des moteurs de recherche qui se transforment en moteurs de réponse, Reddit (qui avait noué plus tôt dans l’année un partenariat avec OpenAI), se lance dans la recherche conversationnelle. Fini les ajouts de « Reddit » à la fin de chaque requête Google, une pratique qui est devenue courante parmi les utilisateurs de l’application. Cette […] The post Liens vagabonds : Reddit Answers, un chatbot IA signé Reddit first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : Reddit Answers, un chatbot IA signé Reddit

Par : oansah
14 décembre 2024 à 09:59

A l’ère des moteurs de recherche qui se transforment en moteurs de réponse, Reddit (qui avait noué plus tôt dans l’année un partenariat avec OpenAI), se lance dans la recherche conversationnelle. Fini les ajouts de « Reddit » à la fin de chaque requête Google, une pratique qui est devenue courante parmi les utilisateurs de l’application. Cette […]

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  • Liens vagabonds : Spotify Wrapped 2024, trop d’IA tue l’IA
    Étiez-vous plutôt “Pink Pilates Princess Catwalk Afrobeats” ou “Surf Crush Throwback R&B Neo Soul” cette année ? Le mercredi 4 décembre, le très attendu Spotify Wrapped, récapitulatif des habitudes d’écoute des utilisateurs, a été dévoilé. Mais cette fois, il a suscité plus de grognements que d’enthousiasme. Était-ce une volonté délibérée de rendre la chose « méméfiable » ? Un usage excessif d’outils d’intelligence artificielle ? Quoi qu’il en soit, ce cadeau annuel a laissé un goût amer à

Liens vagabonds : Spotify Wrapped 2024, trop d’IA tue l’IA

Étiez-vous plutôt “Pink Pilates Princess Catwalk Afrobeats” ou “Surf Crush Throwback R&B Neo Soul” cette année ? Le mercredi 4 décembre, le très attendu Spotify Wrapped, récapitulatif des habitudes d’écoute des utilisateurs, a été dévoilé. Mais cette fois, il a suscité plus de grognements que d’enthousiasme. Était-ce une volonté délibérée de rendre la chose « méméfiable » ? Un usage excessif d’outils d’intelligence artificielle ? Quoi qu’il en soit, ce cadeau annuel a laissé un goût amer à de nombreux internautes.

Depuis sa première édition il y a six ans, Spotify Wrapped est devenu une tradition incontournable. Chaque fin d’année, les utilisateurs l’attendent cette compilation avec impatience, prêts à partager leurs statistiques musicales sur les réseaux sociaux. À ses débuts, l’initiative avait été critiquée pour transformer une collecte massive de données en une célébration ludique. Mais l’engouement collectif a pris le dessus, et beaucoup se sont finalement pliés au rituel en publiant leurs playlists favorites en story. La diversité et la créativité des présentations ont fini par reléguer au second plan les inquiétudes liées à la surveillance numérique. Cette année, cependant, quelque chose semble avoir changé.

Un podcast généré par l’IA : une innovation controversée

La nouveauté de cette année repose sur un podcast personnalisé généré par l’intelligence artificielle. Conçu en collaboration avec Google (NotebookLM), ce format propose un aperçu audio des habitudes d’écoute de 2024, incluant les chansons, artistes et genres favoris. L’idée : transformer les données de chaque utilisateur en une expérience podcast. Mais cette nouveauté a remplacé certaines fonctionnalités emblématiques, comme l’identification de la “personnalité musicale”, l’attribution d’une ville reflétant les goûts ou encore des jeux interactifs à partager entre amis.

spotify wrapped flopped this year so bad like where are the music cities, the playlists, the top genres or the listening auras… all that wait for WHAT #SpotifyWrapped2024 pic.twitter.com/cposhWNURI

— ana (@shivlestat) December 4, 2024

 

Une déferlante de critiques

Après le lancement, les réactions négatives se sont multipliées sur X et Reddit. Les utilisateurs ont dénoncé un “manque d’efforts”, des graphismes jugés “ennuyeux” et des contenus “décevants”.“Le pire Spotify Wrapped jamais produit, que ce soit pour les visuels ou les données incluses”, a résumé un internaute. Sur Reddit, un long fil de discussion s’est ouvert pour recueillir les avis sur Spotify Wrapped. Dans la description, les critiques sont sans équivoque : « C’est nul, c’est lame, c’est pourri, c’est ennuyeux, c’est décevant, c’est le pire de tous les temps. » Les reproches s’étendent aussi à des aspects précis : « C’est différent des autres sites de statistiques, c’est pire que l’année dernière, c’est généré par l’IA, c’est inexact, erroné, mensonger, une conspiration, le podcast IA est nul. »

Certains internautes l’expliquent par les licenciements d’employés opérés par Spotify en 2023, ce qui aurait contraint l’entreprise à recourir davantage à l’IA. Spotify, qui a par ailleurs récemment marqué l’histoire de la tech européenne en atteignant une capitalisation boursière de 100 milliards de dollars.

L’IA à la limite de la créativité humaine : un nouvel équilibre à trouver

Le terme AI Slop surgit dans la discussion et soulève la question « Jusqu’où pousser l’IA ? » Si les étudiants doivent apprendre à dissimuler leur dépendance à l’IA, les entreprises pourraient s’inspirer de cette discrétion. L’IA peut impressionner, mais difficile d’imaginer qu’elle remplace une créativité humaine qu’elle peine encore à comprendre. Plutôt que de se battre pour une domination artificielle, mieux vaut miser sur un équilibre : utiliser l’IA pour enrichir, sans voler la vedette. Un futur où l’humain reste le scénariste principal, l’IA, son assistant éclairé…

This year’s Spotify Wrapped
No creativity whatsoever pic.twitter.com/qSiP1jCSzG

— inbaduwetrust (@ducckworth) December 4, 2024

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Paris se rêve en capitale d’une IA positive avec l’organisation du sommet international en février 2025 (Le Monde)
  • Bousculée par CNews, BFMTV se lance sur le créneau des « JT » de 20 heures (Les Echos)
  • Canal + annonce retirer ses quatre chaînes payantes de la TNT (Le Figaro)
  • Nicolas Barré devient directeur de la rédaction de Politico France (Le Figaro)
  • Free sanctionné pour « pratique commerciale trompeuse » (Les Echos)
  • En Polynésie française, la presse nationale va disparaître des kiosques en 2025 (Libération)
  • Des parlementaires appellent à une «véritable politique publique de l’IA» en France (Le Figaro)

3 CHIFFRES

1 milliard d’heures – d’après YouTube, les utilisateurs de la plateforme ont dépassé le milliard d’heures streamées par jour sur leurs télévisions connectées

Microsoft fait face à une poursuite antitrust de 1,27 milliard de dollars au Royaume-Uni concernant ses services cloud, indique le Wall Street Journal

Les licenciements dans le secteur de la tech en 2024 ont concerné plus de 130 000 employés au sein de 457 entreprises, rapporte Techcrunch

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les femmes sont moins enclines que les hommes à utiliser l’IA générative

Source : Bloomberg

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Chercher sur Google, c’est pour les vieux. Un problème pour Google (Wall Street Journal)
  • ‘Son Facebook était un autel à mon visage’ : le jour où j’ai démasqué mon catfish (The Guardian)
  • Désespérés de trouver un emploi, les utilisateurs adoptent de nouvelles stratégies sur les réseaux sociaux pour se démarquer (Washington Post)
  • Le problème du ‘Et si ?’ en journalisme (Atlantic)
  • Casey Newton : Le faux confort du scepticisme envers l’IA (Platformer)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Miranda Marcus : Le design centré sur l’humain a-t-il encore du sens lorsqu’il s’agit de concevoir pour l’IA ? (Medium) 
  • Des entreprises au Mexique adoptent l’IA pour ressusciter les morts (Rest of World)
  • Démystifier le catastrophisme : 4 futuristes expliquent pourquoi nous ne sommes en fait pas condamnés (BigThink)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Un chercheur en désinformation reconnaît que ChatGPT a inventé des détails dans son dossier judiciaire (The Verge)
  • « Meta affirme que l’IA générative a eu un impact limité sur les élections mondiales cette année (Reuters)
  • L’élection présidentielle annulée en Roumanie et pourquoi cela compte (BBC)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Trump nomme Gail Slater à la tête de l’unité antitrust du ministère de la Justice (Axios)
  • TikTok risque toujours d’être interdit aux États-Unis s’il n’est pas vendu avant le 19 janvier (WSJ)
  • Meta affirme modérer excessivement par erreur (The Verge)
  • Les principaux médias canadiens poursuivent OpenAI en justice (BBC)
  • Elon Musk demande à la justice d’empêcher OpenAI de devenir une entreprise à but lucratif (Axios)
  • Un procès intenté par un employé accuse Apple d’espionner ses travailleurs (Semafor)
  • De la presse canadienne à Elon Musk, Open AI attaquée sur tous les fronts ! (Radio France)

JOURNALISME

  • Les journalistes du Guardian en grève contre la vente prévue de leur publication sœur (New York Times)
  • Bluesky génère déjà plus de trafic référent que X pour certains éditeurs (Press Gazette)
  • Il existe désormais un moyen pour les journalistes de vérifier leurs comptes Bluesky via leurs employeurs (tout en gardant le contrôle sur ceux-ci) (NiemanLab)
  • « Les applications d’actualités les plus populaires au Royaume-Uni : BBC News dépasse désormais Apple News (Press Gazette)
  • Le désintérêt pour les journaux télévisés pourrait expliquer le déclin de la confiance dans les médias (NiemanLab)
  • Perplexity élargit son catalogue d’éditeurs (Tech Crunch)
  • Les 35 projets lauréats du JournalismAI Innovation Challenge (JournalismAI)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Les divertissements longs sont dépassés, place aux contenus format express pour la prochaine génération (Axios)
  • Les médias mettent la vidéo verticale en avant sur leur page d’accueil (NiemanLab)

ENVIRONNEMENT 

  • L’IA DeepMind de prévision météorologique surpasse un système de référence mondial (Nature)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • ‘Faites les yeux ronds si vous voulez, je suis une star’ : TikTok organise sa première cérémonie de remise de prix (BBC)
  • Bluesky compte désormais 24 millions d’utilisateurs. Jay Graber continue de promettre qu’elle évitera la ‘dégradation’ de la plateforme (Wired)
  • L’avenir de TikTok pourrait se jouer cette semaine (Wired)
  • Les Américains se tournent vers TikTok pour financer leurs frais médicaux (Rolling Stone)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le nombre d’abonnés de Netflix Japon dépasse les 10 millions, avec des séries qui attirent l’attention (Reuters)
  • Disney augmente son dividende de 33 % après avoir réalisé des bénéfices grâce au streaming (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Un nouveau point de référence pour les risques liés à l’IA (Wired)
  • Amazon dévoile sa propre gamme de modèles d’IA Nova (The Verge)
  • Les résultats de ChatGPT Search  sont ‘imprévisibles’ et souvent inexacts (The Verge)
  • Le refus de ChatGPT de reconnaître ‘David Mayer’ est dû à un bug, selon OpenAI (The Guardian)
  • Le nouveau modèle vidéo d’IA générative de Google est désormais disponible (The Verge)
  • Amazon courtise des partenaires médias pour son assistant vocal Alexa amélioré par l’IA (Axios)
  • Les robots alimentés par l’IA peuvent être manipulés pour commettre des actes de violence (Wired)
  • Genie 2 de DeepMind peut générer des mondes interactifs qui ressemblent à des jeux vidéo (Tech Crunch)
  • Une maison de vente aux enchères suisse devient la première à vendre des œuvres d’art authentifiées uniquement par l’IA (Semafor)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • L’étrangeté absolue des publicités générées par l’IA (TechCrunch)
  • OpenAI explore la publicité dans le cadre de son effort pour augmenter ses revenus (Financial Times)
  • Google perd lentement du terrain dans la publicité liée aux recherches (Sherwood)

 

Par Kati Bremme, Océane Ansah et Alexandra Klinnik

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Liens vagabonds : Vers une fracture irréparable du paysage médiatique (britannique) ?

Perplexity, Apple, Google, OpenAI. Les géants de la tech se bousculent pour prendre pied sur le marché de l’information. À cela s’ajoutent les influenceurs devenus « producteurs d’info », brouillant les frontières entre divertissement et information crédible. Dans cet espace saturé, la presse traditionnelle, déjà en difficulté, lutte pour exister car pendant ce temps, le public se détourne, l’attention se fragmente. Les suppressions de postes dans le journalisme sont devenues monnaie courante. Rien qu’en 2023, au moins 8 000 emplois ont été supprimés au Royaume-Uni et en Amérique du Nord, selon Press Gazette. Et la tendance se poursuit : Au 27 septembre 2024, Press Gazette dénombrait déjà plus de 2 500 postes supprimés dans les rédactions des deux côtés de l’Atlantique. Personne n’est épargné. Journaux historiques, pure players numériques, géants commerciaux comme organisations à but non lucratif : tous subissent les secousses d’un secteur en pleine reconfiguration.

Le cas britannique

Au Royaume-Uni, l’avenir de l’information inquiète particulièrement. Le 25 novembre 2024, le Financial Times a tiré la sonnette d’alarme. Selon le journal,” le paysage médiatique britannique pourrait être irrémédiablement fracturé d’ici dix ans”.  Un rapport publié le même jour par le Communications and Digital Committee, intitulé The Future of News, détaille les multiples menaces qui pèsent sur l’écosystème médiatique.

L’intelligence artificielle et les géants de la tech sont en tête de liste. Ces acteurs, de plus en plus influents, exploitent les contenus journalistiques pour alimenter leurs propres plateformes sans toujours garantir une juste rétribution ou une mise en valeur équitable des sources originales. Le rapport met en lumière l’augmentation de l’écart entre ceux qui bénéficient d’une information professionnelle et ceux qui en sont privés. Ce fossé exacerbe les inégalités en matière d’accès à une information de qualité, au risque de renforcer la désinformation et les biais de perception. Il pointe aussi le rôle clé des diffuseurs réglementés, garants d’une information fiable et accessible.

Les mesures préconisées

Le rapport préconise davantage d’innovation dans les médias. Les organisations doivent prendre des risques pour adopter des modèles économiques durables. Il propose de créer un programme d’accompagnement pour permettre aux médias d’expérimenter avec la technologie et de toucher de nouveaux publics. Le gouvernement est également incité à garantir l’indépendance des médias britanniques et à soutenir la prospérité des diffuseurs publics : « Il devrait se concentrer sur des réformes structurelles à l’échelle du secteur, favorisant l’innovation tout en préservant l’indépendance des médias» – au moment où le gouvernement britannique est en tarin d’examiner le financement à long terme de la BBC. Les règles d’Ofcom, le régulateur des médias, sur le pluralisme médiatique devraient être mises à jour pour tenir compte de l’influence croissante des entreprises d’IA dans la création de l’information à travers des résumés générés par l’intelligence artificielle.

Le gouvernement britannique dispose de 2 mois pour répondre aux recommandations du comité. 

Le rapport alerte sur un phénomène inquiétant : « La période où les citoyens étaient bien informés et partageaient une compréhension commune des faits n’est pas acquise et pourrait ne pas durer. »Selon Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, le véritable danger réside dans « l’effacement des frontières entre le vrai et le faux ». La vérité, selon lui, n’est plus qu’une opinion parmi d’autres. Dans ce tourbillon de post-vérité, le journalisme se trouve au bord du gouffre. Son défi : préserver la frontière entre le réel et l’imaginaire. Il doit innover pour se faire entendre, face aux nouveaux acteurs, portés par les algorithmes et les technologies, qui diffusent des informations, vraies ou fausses.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Pourquoi Netflix et TF1 / Newen s’associent pour produire un feuilleton quotidien (Télérama)
  • La radio publique France Bleu sera rebaptisée Ici le 6 janvier (Le Figaro)
  • Amazon annonce le lancement en France de Rufus (Media Leader)
  • Netflix, Prime, Disney+ : comment les plateformes financent la production française (Les Echos)
  • Selon une étude, la France a l’un des taux d’abonnement vidéo les plus bas en Europe (Media Leader)
  • Le youtubeur Gaspard G, nouvelle carte d’Inter pour rajeunir un service public… qu’il dézinguait il y a peu (Télérama)

Désolée mais ça me met en colère. Pour nous, journaliste lambda, c’est la croix et la bannière pour intégrer Radio France. Rendez-vous compte qu’on doit passer un concours (!!) pour intégrer la rédaction, c’est à dire enchaîner pdt des années des contrats courts et précaires. https://t.co/2XIEaOsjBh

— Lydia Menez (@MnzLydia) November 28, 2024

3 CHIFFRES

 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

ByteDance vaut désormais 300 milliards de dollars 

Source : Sherwood

 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Pourquoi les médias traditionnels ne peuvent-ils pas avoir leur propre Joe Rogan ? (CJR)
  • Comment l’extrême droite instrumentalise le contenu généré par l’IA en Europe (The Guardian)
  • Comment la génération Z en est venue à considérer les livres comme une perte de temps (The Atlantic)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Le Sénat australien approuve l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans (BBC)
  • « Le temps passé en ligne par les adultes au Royaume-Uni a augmenté de près d’une heure en 2024, selon Ofcom (TechCrunch)
  • ‘C’est si facile de mentir’ : un enfant sur cinq utilise un faux âge sur les réseaux sociaux (BBC)
  • Les projets ambitieux de Netflix en matière d’IA – Le binge-watching propulsé par les LLM (Lowpass)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Un tribunal chinois condamne un journaliste à sept ans de prison pour des accusations d’espionnage, selon sa famille (Reuters)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • L’UE menace TikTok d’une enquête concernant son rôle dans les élections en Roumanie (Financial Times)
  • L’UE clôt l’enquête sur les aides d’État d’Amazon sans réclamer de taxes arriérées (TechCrunch)
  • L’UE accuse Bluesky de violer les règles sur la divulgation d’informations (Financial Times)
  • Meta sera jugée en octobre dans une affaire de concurrence déloyale déposée par les médias espagnols (Reuters)
  • L’accusation principale de violation du droit d’auteur progresse dans le procès de The Intercept contre OpenAI (Nieman Lab)

JOURNALISME

  • Comment le passage de Twitter à X a changé le journalisme (Columbia Journalism Review)
  • Le journalisme environnemental comme lien entre le local et le global (Mongabay)
  • Réductions d’emplois dans les médias en 2024 : Hearst Magazines et Now This parmi les dernières victimes (Press Gazette)
  • les moteurs de la polarisation (EBU)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • ‘Faites-moi passer sur Rogan !’Les relations publiques s’efforcent de s’adapter aux nouveaux médias (Semafor)

ENVIRONNEMENT 

  • Comment réduire l’appétit de l’IA pour l’électricité et l’eau ? (Wall Street Journal)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Musk reconnaît que X limite la vitesse des liens tandis que les « influenceurs d’actualités » prennent le dessus (Washington Post)
  • TikTok va bloquer les filtres de beauté pour les adolescents en raison de préoccupations liées à la santé mentale (The Verge)
  • Reddit dépasse X en popularité parmi les plateformes de réseaux sociaux au Royaume-Uni (The Guardian)
  • Google Chat propose désormais sa propre version des Huddles de Slack (TechCrunch)
  • Comment le TikTok du Daily Mail domine l’engagement des éditeurs au Royaume-Uni (Newswhip)
  • Interrogés sur la responsabilité des plateformes face à la diffusion de fausses informations, une majorité dans chaque pays estime qu’elles devraient être tenues responsables (Reuters)

Asked whether they believe platforms should be held responsible for false information, a majority in each country believe that they should

Views in 🇺🇸 are strong but more ambivalent: 65% support responsibility for platforms and 24% believe they shouldn’t be held accountable pic.twitter.com/U02XtG0mCk

— Reuters Institute (@risj_oxford) November 28, 2024

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Google connecte Spotify à son assistant IA Gemini (The Verge)
  • Spotify restreint l’accès des développeurs à plusieurs de ses fonctionnalités de recommandation (TechCrunch)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI ferme l’accès à Sora après que des artistes aient fuité l’outil de génération vidéo en signe de protestation : ‘Nous ne sommes pas vos marionnettes de relations publiques (Variety)
  • Orange s’associe à Meta et OpenAI pour des modèles d’IA dédiés aux langues africaines (Semafor)
  • L’IA peut-elle reproduire la voix humaine ?(BBC)
  • “J’ai été escroqué de 75 000 livres sterling par une publicité deepfake de Martin Lewis “ (BBC)
  • Amazon développe un modèle d’IA pour la vidéo (The Indian Express)
  • Perplexity AI entre dans le domaine des assistants vocaux (Cosmico)
  • “Dites bonjour à votre nouveau collègue” : les agents IA autonomes arrivent dans les banques (Business Insider)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Le Canada poursuit Google pour des pratiques anticoncurrentielles présumées dans la publicité en ligne (Associated Press)

 

Par Kati Bremme, Océane Ansah et Alexandra Klinnik

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  • ✇Méta-media | La révolution de l'information
  • Slush 2024 : Qui remportera le jackpot de l‘IA ?
    Slush, cet événement lancé par des étudiants de l’Université Aalto, a connu une croissance exponentielle pour devenir l’une des plateformes les plus influentes au monde en s’imposant comme le plus grand rassemblement mondial en termes d’investisseurs présents et de capitaux en jeu. Cette année, il a bien porté son nom : sous une alternance de pluie et de neige, les visiteurs ont bravé les éléments pour y participer, alors que le pays s’apprête à revêtir son manteau blanc hivernal. L’atmosphère é

Slush 2024 : Qui remportera le jackpot de l‘IA ?

Slush, cet événement lancé par des étudiants de l’Université Aalto, a connu une croissance exponentielle pour devenir l’une des plateformes les plus influentes au monde en s’imposant comme le plus grand rassemblement mondial en termes d’investisseurs présents et de capitaux en jeu. Cette année, il a bien porté son nom : sous une alternance de pluie et de neige, les visiteurs ont bravé les éléments pour y participer, alors que le pays s’apprête à revêtir son manteau blanc hivernal. L’atmosphère était d’autant plus particulière qu’à Rovaniemi, les préparatifs dans la maison du Père Noël se déroulaient à quelques pas du plus grand exercice de l’OTAN jamais organisé dans l’Arctique.

Par Kati Bremme, directrice de l’Innovation et Rédactrice en chef Méta-Media

Résultat de la prise d’envergure de Slush : un habitué de Yle a lâché avec un sourire en coin « Cette année, c’est très adulte. » Et effectivement, même si l’ambiance boîte de nuit au pôle Nord reste intacte, les costumes (sans cravate, tout de même) se multiplient, et les stands adoptent un style plus « CES version Halloween », sans tomber dans l’excès du salon automobile végasien – ici, seule la suédoise Polestar représente la voiture de l’avenir.

Sur scène, les sujets attendus ont dominé : l’IA, Donald Trump et le concept d’ »EU Inc« , cette idée ambitieuse d’une entité paneuropéenne qui favoriserait l’émergence de véritables géants technologiques. Mais en coulisses, les échanges ont pris une tout autre tournure : quelles entreprises européennes d’IA disparaîtront en premier ou seront rachetées par un géant américain ? Pourquoi la nourriture est-elle entièrement végane ? Et pourquoi OpenAI a-t-il brillé par son absence au petit-déjeuner sur la régulation avec le président finlandais Alexander Stubb et plusieurs eurodéputés ?

La fin du rêve d’un Internet global ?

Alexander Stubb a justement inauguré ces deux journées de conférences et de rencontres en posant une question fondamentale : allons-nous construire une démocratie numérique ou basculer dans une dictature digitale ? Devons-nous fragmenter Internet au gré des opinions, ou continuer à aspirer à un espace qui rassemble ? Et, plus largement, notre travail est-il guidé par l’espoir ou par la haine ? Il a offert trois pistes de réflexion marquantes au public : réfléchissez à ce que la technologie vous apporte, mais aussi à ce qu’elle vous prend ; demandez-vous si votre entreprise technologique contribue réellement au bien commun ; et gardez à l’esprit que nous atteignons un point d’inflexion critique pour l’humanité.

Alors que notre autonomie est potentiellement menacée, il a souligné l’urgence de mettre en place des règles globales pour garantir que nous restions maîtres de notre destin collectif.

Alexander Stubb, Président de la Finlande

A la recherche du géant de la tech européen perdu

Le thème de Slush cette année, « Métamorphose », reflète les transformations que les entrepreneurs en pleine croissance et les investisseurs peuvent accomplir ensemble grâce aux nouvelles technologies. Un mot d’ordre qui semble avoir trouvé écho : Slush 2024 a attiré plus de 5 500 startups et opérateurs, ainsi que 3 300 investisseurs, établissant un nouveau record. Avec plus de 4 000 milliards d’euros d’actifs sous gestion représentés, l’événement s’impose comme le plus grand rassemblement d’investisseurs au monde, selon sa présidente, Elin Dölker.

Index, l’une des plus grandes sociétés de capital-risque en Europe, a par ailleurs salué un événement de deux jours marqué par « un climat d’optimisme » pour la tech européenne, porté notamment par les investissements dans l’IA. Une tendance déjà observée l’année dernière s’est confirmée : les investisseurs sont devenus plus exigeants, privilégiant des start-ups capables de démontrer une rentabilité rapide. Toutefois, cette quête de garanties s’avère parfois laborieuse, surtout lorsqu’il s’agit d’obtenir des réponses claires de la part des fondateurs. Parfois, il faut dix minutes pour comprendre si le produit existe réellement, s’il a dépassé la phase de preuve de concept (PoC) ou s’il n’est encore qu’une idée vague griffonnée sur un PowerPoint on un Figma.

Sana, une entreprise d’IA suédoise qui développe la prochaine génération d’outils de gestion des connaissances

Les financements pour les entreprises technologiques émergentes devraient connaître en 2024 une baisse pour la troisième année consécutive. Cependant, une nouvelle fenêtre s’ouvre pour les introductions en bourse, souligne la société de capital-risque Atomico dans son rapport sectoriel publié mardi. Parmi les entreprises en lice figurent les fintechs britanniques Revolut et Zopa, ainsi que Bolt, la société estonienne de VTC.

Les discussions à Slush autour de la préservation de la compétitivité technologique européenne ont mis en lumière le projet EU Inc. : une initiative visant à unifier l’écosystème fragmenté des startups européennes au sein d’un marché unique paneuropéen. L’une des premières étapes envisagées serait la création d’une entité juridique harmonisée, un projet encore au stade d’une pétition soutenue par 600 fonds de capital-risque, 9 000 startups et 20 associations. Ursula von der Leyen a apporté son appui à cette initiative en déclarant : « Je propose un nouveau statut juridique à l’échelle de l’UE pour aider les entreprises innovantes à se développer. Il prendra la forme d’un « 28e régime », permettant aux entreprises de bénéficier de règles simplifiées et harmonisées dans certains domaines. »

L’Europe se trouve dans une position privilégiée pour devenir leader de l’innovation en intelligence artificielle, particulièrement dans la « couche applicative » : celle où l’IA s’attaque à des défis concrets dans des secteurs clés comme la santé, l’énergie, les transports …et les médias.

IA : la bataille de l’Open Source versus les modèles fermés, LLMs versus SLMs

L’Open Source peut-il sauver le monde de l’IA générale et de ses dérives potentielles ? Pour Thomas Wolf, cofondateur de Hugging Face, la réponse est claire : il faut démocratiser l’IA grâce à l’open source. En rendant les modèles et datasets largement accessibles, Hugging Face permet aux startups comme aux grandes entreprises d’innover à moindre coût. Selon lui, l’open source offre des avantages indéniables : réduction des dépenses, accélération du développement, collaboration mondiale continue et flexibilité pour personnaliser les outils selon les besoins spécifiques des utilisateurs.

Mais l’open source, selon Wolf, va au-delà d’une simple tendance technologique. Il ouvre la voie à des avancées révolutionnaires dans des secteurs comme la biomédecine, où l’innovation progresse à un rythme effréné et où la meilleure combinaison serait un modèle Open Source avec un jeu de données fermé. Cette logique s’impose si l’on considère l’IA comme une technologie fondamentale, au même titre qu’Internet. De plus, en plaçant la barre haut en matière de transparence et de collaboration, l’open source exerce une pression croissante sur les modèles propriétaires, les incitant (peut-être) à plus d’éthique et d’ouverture.

Ambiance au Messukeskus Helsinki

L’époque où la puissance d’un modèle d’IA se mesurait uniquement à sa taille semble révolue. Sakana.ai, un DeepMind japonais, en est l’exemple parfait. Aspirant à créer une « IA inspirée par la nature« , la startup affirme que son modèle peut être entraîné avec seulement 8 GPU. Une prouesse significative dans un environnement contraint en ressources comme le Japon, où il est difficile de rivaliser avec les modèles de fondation gigantesques développés par des laboratoires privés américains, tels que Facebook FAIR ou Google DeepMind. Le travail de Sakana AI sur des modèles plus compacts s’avère particulièrement pertinent pour des applications sur des dispositifs en périphérie, comme dans les secteurs industriels ou militaires.

Dans cette course à l’intelligence artificielle, ce qui distingue l’Europe n’est pas non plus une quête de puissance brute en matière de calcul – domaine où elle ne peut rivaliser avec les États-Unis ou la Chine. Ce qui fait sa force, c’est son focus et sa finalité. Les innovateurs européens se démarquent par leur capacité à concevoir des solutions ciblées, capables d’apporter un impact concret dans des secteurs complexes et réglementés. Le leadership européen dans la « couche applicative » repose sur plusieurs piliers : un accès privilégié à des ensembles de données uniques et de haute qualité, comme les dossiers médicaux ou les données énergétiques ; une approche fondée sur des valeurs essentielles, intégrant confiance, éthique et durabilité ; et enfin, des pôles d’innovation en IA dans des villes comme Helsinki, Paris et Munich, qui favorisent l’émergence de talents et la collaboration. Ici, la précision et l’impact l’emportent sur la course à la taille.

Les success stories les plus emblématiques

Cette année, les scènes de Slush ont vu défiler des fondateurs à succès, venus partager les clés de leur réussite. Chris Malachowsky, cofondateur de Nvidia, a confié : « Notre premier produit était un échec. Nous avons dû pivoter rapidement. » Leur succès repose sur des choix stratégiques clairs : se concentrer sur les besoins des clients plutôt que sur les tendances technologiques, privilégier les gains à long terme même au prix de sacrifices à court terme, et bâtir une équipe soudée autour de valeurs communes comme la culture, la collaboration et l’engagement.

Le journaliste Tom Mackenzie de Bloomberg, Mati Staniszewski (fondateur ElevenLabs), Bryan Kim (Andreessen Horwitz)

ElevenLabs, célèbre pour ses voix IA ultra-réalistes, révolutionne l’univers de l’audio. Mati Staniszewski, son fondateur, a partagé l’origine de son succès, née d’un simple besoin utilisateur : en Pologne, les films étrangers sont doublés par les mêmes voix pour hommes et femmes, une expérience insupportable pour le jeune entrepreneur. Frustré, il a exploité le meilleur des technologies d’intelligence artificielle pour concevoir un outil de clonage vocal ultraperformant, qui s’est rapidement imposé comme leader du marché.

Bryan Kim, partner chez Andreessen Horowitz, a immédiatement reconnu le talent unique de Staniszewski, qu’il classe parmi les « gummy bear founders » (une référence à l’idée de glisser de la vitamine C dans des oursons en gélatine) : des créateurs capables de combiner une compréhension fine de leur produit et des besoins de leurs utilisateurs, soutenue par une solide expertise scientifique. Tandis que des géants comme OpenAI, Gemini ou Anthropic misent sur des modèles multimodaux, ElevenLabs, lui, se consacre à l’excellence dans le domaine de la voix.

Mais la vision d’ElevenLabs ne se limite pas à la génération vocale. La startup innove avec des contenus interactifs pour le gaming et l’e-learning, développe une marketplace mondiale mettant à l’honneur la diversité des accents et explore des récits audio multidimensionnels mêlant sons, musique et narration. Leur ambition est limpide : construire un écosystème qui redéfinisse notre rapport au son. Comme le résume Staniszewski : « L’audio est bien plus profond que ce que vous imaginez. »

May Habib, fondatrice de Writer AI, a également commencé son parcours IA par la traduction avant de développer un produit qui a suivi chaque génération de modèles transformeurs. Aujourd’hui, son IA générative s’intègre dans n’importe quel processus métier et compte parmi ses clients 40 entreprises du Fortune 500, dont Accenture, Goldman Sachs, Johnson & Johnson, ou encore Nvidia.

Sa devise : plus les modèles deviennent performants – ou plutôt, plus la combinaison de plusieurs modèles s’améliore –, plus il devient possible de transformer des flux de travail humains en actions autonomes. Toujours en phase avec l’évolution technologique ultra-rapide, elle impose une culture d’adaptation permanente, y compris dans son équipe commerciale, qu’elle avertit : « Que Dieu vous vienne en aide si vous êtes surpris en train d’utiliser des slides datant de janvier. »

Mesbaul Anindo (Slush) avec Justin Kan

Être à l’écoute de ses utilisateurs, c’est bien-sûr aussi la clé du succès de Justin Kan, fondateur de Twitch, véritable rock star et DJ à ses heures perdues à Slush. Kan a commencé comme premier utilisateur de sa propre plateforme, avec son célèbre stream 24/7 « Justin.tv ». Depuis, il a su élargir sa vision : à côté du modèle B2C de Twitch, il se concentre désormais sur le B2B avec Stash, une plateforme visant à réduire les commissions prélevées par les app stores sur les jeux des développeurs.

Lors de son intervention, Kan a insisté sur une idée centrale : comprendre la différence entre la « zone de compétence », qui draine votre énergie, et la « zone de génie », qui rayonne et la diffuse autour de vous. Conclusion : Le succès ne réside pas dans le fait d’avoir toutes les réponses, mais dans la capacité à poser les bonnes questions. Et : La stratégie IA est la nouvelle stratégie mobile de 2024, selon Javier Olivan, COO de Meta.

Slush 2024, la Méta-Morphose des fondateurs et investisseurs

Alors, ‘AI eats the world?’

“Graphical computer interfaces are the future,” disait Bill Gates en 1980. En 2024, cette vision trouve un écho avec ChatGPT et les LLMs, des modèles de langage qui fascinent autant qu’ils interrogent. Mais comme le constate Benedict Evans dans sa présentation annuelle à Slush, après l’excitation initiale, la réalité est différente : la majorité des utilisateurs n’ont essayé ChatGPT qu’une seule fois. Alors, jusqu’où cette technologie peut-elle vraiment aller ?

Benedict Evans présente, comme chaque année, un condensé de vision en quelques minutes

La question clé, selon Evans, est celle de l’échelle. Les LLMs continueront-ils à grossir pour remplacer des systèmes entiers, ou vont-ils réduire leur envergure pour devenir de simples briques logicielles ? Déjà, des stratégies divergentes émergent : Meta distribue ses modèles open source gratuitement, tandis qu’Apple applique sa recette éprouvée – produire des outils « mieux, plus rapides, moins chers », comme elle l’a toujours fait dans l’univers informatique.

En 2013, le machine learning a prouvé son utilité en identifiant des motifs, par exemple reconnaître un chien sur une photo. Mais en 2024, l’IA générative pose une nouvelle question : à quoi sert-elle vraiment ? Evans rappelle une limite cruciale : les LLMs ne sont pas des bases de données. L’exemple d’Air Canada, condamné à verser des dommages et intérêts après que son chatbot a menti à un passager en deuil, illustre bien ce problème. Comment gérer les erreurs dans un système probabiliste et non déterministe ? Peut-elle remplacer Google ? Rien n’est moins sûr. En revanche, leur potentiel réside (toujours) dans leur capacité à devenir des « stagiaires infinis » (en rappelant sa formule de l’année dernière), automatisant les tâches répétitives pour libérer du temps pour des projets stratégiques.

Evans va plus loin et compare les LLMs à des fonctionnalités invisibles, comme le correcteur orthographique, qui s’intègrent dans des outils existants sans que l’utilisateur ait à y penser. Mais il insiste : pour réussir, les LLMs ne doivent pas forcer les utilisateurs à inventer leurs propres cas d’usage. « Les utilisateurs ne savent pas ce qu’ils veulent, » disait Steve Jobs. L’IA doit s’adapter, pas l’inverse. Selon lui, les LLMs doivent devenir une commodité, un peu comme les composants des ordinateurs.

Cette transformation, selon Evans, rappelle celle de VisiCalc, le premier tableur des années 1970, qui a rendu l’informatique indispensable pour les entreprises. Et comme VisiCalc, les LLMs ne remplaceront peut-être pas tout, mais ils transformeront profondément tout ce qu’ils toucheront, redéfinissant à la fois les outils et la manière dont nous travaillons.

Et pendant ce temps, « Software eats Media » …

Conclusion : Make Europe great again

Slush 2024 a montré que l’IA est à un tournant décisif : entre visions grandioses et pragmatisme nécessaire, le jackpot est encore à décrocher. Qui dominera cette révolution ? L’Europe avec ses valeurs et son focus sur l’impact concret ? Les États-Unis et leurs mastodontes technologiques ? Ou ces startups agiles qui transforment des limitations en opportunités ?

Une chose est sûre : la Finlande est définitivement plus cool que ce qu’on imagine (clin d’œil à un vieux slogan publicitaire). Et comme le rappelle le motto de cette année : les grandes histoires commencent par un chat, pas par un prompt…

Start-ups à emporter :

IKI.ai – Une startup néerlandaise qui propose une alternative à l’infobésité à travers un « assistant et un second cerveau pour les professionnels et les équipes » basé sur des LLM et du RAG.

ContentRadar – Une plateforme conçue pour automatiser la création, la planification et l’analyse des publications sur les réseaux sociaux et maximiser l’efficacité et l’impact des campagnes. Le siège de ContentRadar est basé à Londres, au Royaume-Uni, avec un hub opérationnel à Berlin.

Pyrpose – Une startup suisse qui promeut les initiatives de responsabilité sociale des entreprises grâce à une plateforme qui gère des projets durables et éthiques.

Transjt – une start-up ukrainienne qui comble le fossé entre créativité et technologie grâce à l’élimination de la barrière du codage pour les designers, permettant l’exportation fluide de designs originaux vers des expériences web comme HubSpot, Shopify, Contentful, or WordPress

Workki – une startup finlandaise qui aide à contrer les fausses informations avec une solution qui vérifie les sources et les références, garantissant ainsi la publication d’informations précises. La plateforme facilite la création de contenu en résumant rapidement des articles et des études, assurant un flux constant d’informations fiables.

 

Photos : KB

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Liens vagabonds : Migration de X vers Bluesky, le ciel est-il vraiment plus bleu ailleurs ?

Depuis l’arrivée d’Elon Musk à la tête de X, l’une des plateformes centrales dans l’écosystème numérique mondial semble perdre pied. Réduction massive de la modération, refonte des algorithmes, monétisation à outrance : ces choix stratégiques ébranlent une plateforme déjà critiquée dans un environnement numérique saturé de désinformation. En parallèle, Bluesky, jeune plateforme qui mise sur la décentralisation, s’affirme comme une alternative crédible. En une semaine, sa communauté a explosé, passant de 15 à 20 millions d’utilisateurs, avec un trafic qui a augmenté de 500%, un essor catalysé par un événement clé : l’implication de Elon Musk dans l’administration Donald Trump. Les effets de cette migration sont tangibles. Après The Guardian au Royaume-Uni et La Vanguardia en Espagne, c’est Ouest-France, en France, qui a annoncé la suspension de ses publications sur X, invoquant une rupture avec ses valeurs et ses objectifs. Ce retrait ne fait que souligner un basculement plus profond : X, autrefois incontournable (surtout pour les journalistes), semble désormais incapable de répondre aux attentes éthiques et stratégiques de ces utilisateurs. 

Ce qu’on reproche à X

Depuis que Elon Musk a pris les commandes de X, les critiques à l’encontre de la plateforme se sont multipliées, tant du côté des experts que des utilisateurs. Paul Krugman, professeur au City University of New York Graduate Center estime que « la plateforme a empiré sous la direction d’Elon Musk », il la qualifie même de « pratiquement inutilisable, envahie par des bots, des trolls, des fêlés et des extrémistes ». Cet environnement toxique ne se limite pas aux problèmes techniques ou comportementaux. Selon Shannon C. McGregor, professeure associée à la Hussman School of Journalism and Media de l’Université de Caroline du Nord, un sentiment de « ras-le-bol » gagne de nombreux utilisateurs, amplifié par les résultats de l’élection américaine. « Beaucoup de ceux qui quittent X sont déçus par l’issue du scrutin et associent désormais la plateforme au soutien de Musk à Trump », analyse-t-elle. 

 

i can guarantee that no bluesky team members will be sitting with a presidential candidate tonight and giving them direct access to control what you see online https://t.co/oLekvrULRl pic.twitter.com/UdL05ob6jz

— bluesky (@bluesky) November 5, 2024

À cela s’ajoute un rejet croissant du contenu mis en avant sur les fils d’actualité. « On voit émerger des publications d’extrême droite, de suprémacistes blancs, et des théories conspirationnistes — un contenu que la grande majorité des utilisateurs ne souhaite pas côtoyer au quotidien », explique t-elle. 

Ce qui séduit chez Bluesky

Bluesky séduit par son ergonomie, sa communauté engagée et l’absence relative de harcèlement, offrant un environnement propice à des échanges authentiques et respectueux. La plateforme mise sur une gestion communautaire et la décentralisation, ce qui renforce son image d’espace numérique plus humain et indépendant, loin des manipulations algorithmiques dominantes. Pour la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, ces atouts font de Bluesky une alternative crédible. Elle a repris ses publications sur le réseau après plus d’un an d’inactivité, et elle explique au  The Washington Post : « C’est une plateforme créée par et pour de vraies personnes ». Elle ajoute que cette indépendance vis-à-vis « des grandes entreprises et milliardaires qui cherchent à posséder ou manipuler chaque plateforme ou algorithme numérique » lui permet d’être plus directe sur son travail et d’échanger en temps réel avec des individus réels.

L’absence d’algorithmes centralisés et l’utilisation de packs facilitent également la visibilité sur Bluesky. Sophy Ridge, la présentatrice principale politique de Sky News, a observé qu’elle recevait plus d’engagement sur Bluesky que sur X, malgré un nombre d’abonnés bien plus faible. Cela rappelle un peu le bon vieux temps des débuts de Twitter ou de Facebook, qui, jadis, fonctionnaient de la même manière.

La communauté journalistique 

Press Gazette met en lumière une lettre ouverte signée par plus de 30 journalistes qui avance que X n’est désormais « plus un outil utile » pour le journalisme. Organisée par Josiah Mortimer, le chef des reporters de Byline Times, cette lettre rappelle le rôle crucial que Twitter a joué dans la carrière de nombreux signataires. Toutefois, ces journalistes déplorent la dégradation de la plateforme sous la direction d’Elon Musk, soulignant la perte de pertinence des fils d’actualités et une chute de l’engagement, à l’exception de ceux qui sont prêts à payer.

La journaliste Sophia Smith Galer estime que Bluesky attire les journalistes car il leur rappelle l’époque où Twitter était un espace privilégié d’échange. Néanmoins, dans un post LinkedIn, elle met en garde contre une nostalgie des anciens réseaux sociaux. Selon elle, les journalistes doivent se tourner vers les plateformes vidéo pour rester pertinents et atteindre plus efficacement leurs audiences.

Une migration qui perdurera ? 

Bluesky, décrite par sa CEO Jay Graber comme une sorte de Wikipedia open source des plateformes, incarne une volonté de renouveau dans un environnement numérique de plus en plus polarisé. Si cette alternative séduit par son modèle décentralisé et collaboratif, elle suscite aussi des interrogations sur sa pérennité, notamment face à des attentes croissantes en matière de formats vidéo et d’accessibilité. Pour l’instant, Bluesky reste une plateforme relativement « élitiste », prisée par des journalistes et des personnalités hollywoodiennes, mais encore largement en dehors de l’intérêt du grand public. Et peut-on être certain qu’elle échappera à l’évolution économique qu’ont connue les autres plateformes ? L’expérience des alternatives laisse place au doute : Threads se détourne de l’actualité (comme les autres plateformes de l’écosystème Zuckerberg), tandis que Mastodon, avec son architecture fragmentée et ses « instances », peine à fédérer une audience aussi large et homogène que celle de Twitter à ses débuts. Où se trouvera alors ce « safe space » capable d’offrir aux journalistes une véritable stabilité, loin des migrations incessantes imposées par les revirements stratégiques et les changements de propriétaires ? Une question cruciale à l’heure où la fiabilité des plateformes devient indispensable pour l’avenir de l’information…

Me over on Bluesky trying to find the accounts of all the people I follow on Twitter. pic.twitter.com/09tf5X6i3L

— Amanda (@Pandamoanimum) November 16, 2024

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Emmanuel Macron invite Donald Trump et Elon Musk au « sommet IA » en France (Les Echos)
  • « Ouest-France » annonce suspendre ses publications sur le réseau social X (Le Monde)
  • Vol massif de données : Free veut débusquer son pirate via Telegram (Les Echos)
  • « Le Point » victime d’une fuite de données (Le Monde)
  • Le gouvernement veut vendre le magazine 60 millions de consommateurs, les salariés sidérés (Le Figaro)
  • Pourquoi les comptes Instagram et TikTok de Paris 2024 ont subitement disparu (Le Figaro)
  • Les Echos-Le Parisien Médias dévoile SONAR.AI (Media Leader)

3 CHIFFRES

  • Les jeunes adultes britanniques lisent en moyenne six articles de presse par jour, selon une étude de Reuters, indique Press Gazette.
  • 57 % de la population mondiale est désormais connectée à Internet mobile, selon une enquête de la Global System for Mobile Communications Association Intelligence, souligne Rest of World.
  • La startup xAI d’Elon Musk est évaluée à 50 milliards de dollars lors de son nouveau tour de financement, rapporte The Wall Street Journal

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La plupart des influenceurs de l’actualité sont présents sur plusieurs plateformes, mais X reste la plus utilisée

Autre chiffre marquant de cette étude : Les deux tiers des influenceurs info sont des hommes — et la plupart n’ont jamais travaillé pour un média

Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Plongée dans l’industrie florissante du proxénétisme dl’IA (Wired)
  • Pourquoi parlons-nous de cette manière ? (The New Yorker)
  • Pourquoi il ne faut pas démanteler Chrome (The Atlantic) – et en même temps, OpenAI aurait envisagé de lancer son propre navigateur web intégré à son chatbot (selon The Information). L’entreprise aurait également conclu des partenariats pour alimenter les fonctionnalités de recherche sur divers sites dans les domaines du voyage, de la gastronomie, de l’immobilier et du commerce. En d’autres termes, OpenAI s’attaque directement au cœur du modèle économique de Google. Quelle coïncidence…
  • Vous existez dans le contexte long (TheLongContext)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • L’investissement de 2 milliards de dollars de Google dans Anthropic reçoit l’approbation des autorités antitrust britanniques (Wall Street Journal), pendant ce temps, Anthropic lève encore 4 Mrds supplémentaires chez AWS (TechCrunch)
  • L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans « en discussion » au Royaume-Uni (BBC)
  • Deus in machina : Une église suisse installe un Jésus alimenté par l’IA (The Guardian)
  • Il n’y a plus aucun doute que l’écriture hollywoodienne alimente l’IA (The Atlantic)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Un journaliste arrêté au Turkménistan avant la cérémonie de remise des prix en Suisse, selon des organisations de défense des droits (Reuters)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Le navigateur Chrome de Google pourrait valoir jusqu’à 20 milliards de dollars si un juge ordonne sa vente (Bloomberg)
  • Le DOJ demande à un juge de contraindre Google à vendre Chrome dans le cadre d’une proposition de démantèlement partiel (Axios)
  • OpenAI efface ‘accidentellement’ des preuves potentielles dans le  procès sur les données d’entraînement (The Verge)
  • Le gouvernement britannique convoquera Elon Musk dans le cadre d’une enquête sur les réseaux sociaux (Engadget)
  • Trump choisit Brendan Carr pour diriger la F.C.C. (New York Times)
  • L’Office des brevets et des marques des États-Unis a interdit à son personnel d’utiliser l’IA générative (Wired)
  • L’Inde restreint le partage des données de WhatsApp avec d’autres entités de Meta et impose une amende de 25,4 millions de dollars (Reuters)

JOURNALISME

  • L’Associated Press va réduire son personnel de 8 % (New York Times)
  • Une vague de journalistes arrive sur Bluesky alors que les inscriptions explosent (Press Gazette)
  • La journaliste IA qui a pris mon ancien poste vient d’être licenciée (Wired)
  • La rédactrice en chef du plus ancien magazine américain a démissionné après avoir qualifié les électeurs de Trump de fascistes (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Certaines des plus grandes newsletters de Substack dépendent des outils de rédaction IA (Wired)

ENVIRONNEMENT 

  • L’IA aide à découvrir des métaux essentiels en Australie pour la transition énergétique (Axios)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

    • Bluesky atteint 20 millions d’utilisateurs (Engadget)

Wow!

What on earth happened here?

(I don’t mean « why did so many people move to a different social network, » but « why did they all go to 🦋 ») pic.twitter.com/XbWlwoXdiH

— Jeremy Howard (@jeremyphoward) November 20, 2024

  • Roblox renforce les contrôles parentaux après des critiques sur la sécurité des enfants (Wall Street Journal)
  • Instagram teste un outil pour réinitialiser toutes les publications recommandées (BBC)
  • Reddit a rétabli ses services après une panne (The Verge)
  • X intègre Twitch dans sa plainte contre le boycott publicitaire (Engadget)
  • “ Un endroit de joie “: pourquoi les scientifiques se précipitent sur Bluesky (Nature)
  • Threads revoit ses fonctions de recherche et de tendances (The Verge)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Netflix poursuivi en justice pour avoir conclu un accord en sous-main avec Meta afin de ne pas concurrencer le streaming (The Hollywood Reporter)
  • Comcast va se séparer de ses réseaux câblés alors que les abonnés fuient les offres groupées (CNBC)
  • Netflix poursuivi pour des problèmes techniques rendant « inregardable » le match de boxe entre Jake Paul et Mike Tyson (Variety)

AUDIO, PODCAST, BORNES

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Comment l’IA pourrait faire baisser le coût des études supérieures (Wall Street Journal)
  • OpenAI propose un guide pour les enseignants sur ChatGPT, mais le scepticisme persiste (TechCrunch)
  • OpenAI déploie le mode vocal avancé de ChatGPT sur le web (TechCrunch)
  • Des groupes médiatiques britanniques, dont Sky News et The Guardian, s’associent à la société “d’IA éthique” ProRata.ai (The Hollywood Reporter)
  • Envie de parler italien ? L’IA de Microsoft peut faire croire que vous le parlez (Washington Post)
  • Les dépenses des entreprises dans l’IA générative ont explosé de 500 % cette année (CNBC)
  • Perplexity ajoute des fonctionnalités d’achat assisté par IA (Fast Company)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Apple vend désormais pour la première des publicités directement sur Apple News (Axios)

 

Par Kati Bremme et Océane Ansah

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Liens vagabonds : Google et l’actualité, expérimentation ou pression sur les éditeurs ?

Querelle de droits voisins chez Google – ? Le géant de la recherche teste cette semaine la suppression des articles d’actualité de ses résultats de recherche dans plusieurs pays européens pour évaluer la valeur apporté par la presse. Google devait à compter de ce jeudi masquer les éditeurs de presse dans ses résultats de recherche (surtout ceux avec lesquels il était en litige autour des droits voisins), Google Actualités et Discover. Dès l’annonce de ce test, découvert via son blog, sans consultation préalable des éditeurs, la justice française a suspendu le projet de Google en France, à la demande du SEPM, le syndicat de la presse magazine.

Pour Google, familier de ces A/B testing, cette initiative ne concerne « qu’un petit nombre d’internautes », soit 1 % des utilisateurs dans désormais huit pays : Belgique, Croatie, Danemark, Grèce, Italie, Pays-Bas, Pologne, Espagne. Cependant, « 1 % » représente déjà un volume significatif d’utilisateurs.

Les objectifs de Google

En vertu de la législation européenne, les plateformes numériques sont tenues de rémunérer les éditeurs pour l’utilisation de leurs contenus. Google souhaite déterminer la valeur exacte de ces aperçus d’articles en évaluant les pertes potentielles de visibilité pour les médias en l’absence de Google.

Pour répondre aux critiques potentielles, Google a précisé qu’il continuerait à afficher des résultats provenant de sites en dehors de l’Union Européenne pendant la durée du test et qu’il « rétablira les résultats des éditeurs d’actualités européens à la fin du test ». L’entreprise assure également que les paiements effectués en vertu de la directive sur le droit d’auteur ne seront pas impactés.

Aujourd’hui, si l’on en croit Anya Schiffrin de la Columbia University, Google décide de rémunérer les éditeurs de presse selon ses propres critères, sans respecter de règles précises. D’après elle, Google estime, “qu’en envoyant du trafic, il faut arrêter de se plaindre”. Elle dénonce aussi les paiements individuels versés par Google pour “diviser la classe” des éditeurs et affaiblir leur position commune face à la réglementation. 

La presse magazine française résiste

En France, ce test ne passe pas. Le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) a rapidement saisi le Tribunal de commerce de Paris pour bloquer l’initiative. Celui-ci a émis une ordonnance interdisant le test, rappelant qu’il contrevenait aux engagements pris par Google auprès de l’Autorité de la concurrence en 2022. Google s’était alors engagé à ce que « l’existence et l’issue des négociations (…) n’affectent ni l’indexation, ni le classement, ni la présentation des contenus protégés repris par Google sur ses produits et services ».

En conséquence, le tribunal a ordonné à Google de suspendre le test en France, sous peine d’une amende de 300 000 euros par jour pour Google LLC, Google Ireland et Google France, soit un total de 900 000 euros. En réponse, Google a retiré la France de la liste des pays concernés et a réagi en se disant « très surpris par la position du SEPM, alors qu’ils nous ont eux-mêmes demandé ces données par écrit », selon des propos rapportés par MindMedia.

Le SEPM conteste cette version, précisant qu’il a demandé des informations en « s’appuyant sur des études existantes et des expériences passées, en aucun cas en s’appuyant sur le déréférencement des sites d’actualités, qui est contraire aux injonctions de l’Autorité de la concurrence ».

Un test à double tranchant ?

Déjà sanctionné par une amende de 250 millions d’euros en mars dernier par l’Autorité de la concurrence pour non-respect de ses engagements, Google continue néanmoins son test dans huit pays européens. Bien que Google présente cette expérimentation comme un « petit essai », certains y voient un « avertissement ». À la fin de l’expérience, les éditeurs européens pourraient mesurer concrètement les pertes de trafic sans Google, tandis que le géant de la recherche pourrait quant à lui mieux cerner l’intérêt réel de ses utilisateurs pour l’actualité.

Ce type d’initiative rappelle l’approche de Facebook, qui a récemment désactivé l’onglet « Actualités » et cessé de rémunérer les éditeurs. Google pourrait ainsi être en train de tester des stratégies similaires pour l’avenir. Le tout dans un écosystème de la recherche de plus en plus menacé par l’IA générative, qui remplace les moteurs de recherche par des moteurs de résultats. 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Droits voisins : « Le Monde », « Le Figaro » et d’autres journaux poursuivent X en justice (Le Monde)
  • Droits voisins : nouveau branle-bas de combat de la presse française contre les géants de la tech (Les Echos)
  • Les auditeurs n’ont jamais autant écouté les antennes de Radio France (Le Monde)
  • Audiences radio : France Inter bat son record, France Info passe devant RTL, Europe 1 poursuit sa remontée (Télérama)
  • Le marché publicitaire français en forme, porté par le digital, la télévision et la communication extérieure (Les Echos)
  • TF1, M6, France TV et la Sacem lancent « LaFA », la grande offensive contre YouTube (Clubic)
  • Ouest France lance Kolok, une chaîne YouTube pour s’adresse aux jeunes (Le Figaro)
  • Abonnements numériques : Ouest-France amorce un bundle avec des clubs de football (mindmedia)
  • L’ESJ Paris a été rachetée par un groupe d’investisseurs propriétaire de médias (Le Figaro)

On rappellera à toutes fins utiles que l’ESJ Paris n’est pas une école reconnue par la profession. Et que cela n’est pas sans raisons. https://t.co/ro6530GhjB

— Anna Rousseau (@RousseauAnna) November 15, 2024

3 CHIFFRES

  • Bluesky franchit la barre des 15 millions d’utilisateurs, selon The Verge. 

90 days ago Bluesky had 6.18M users
30 days ago Bluesky had 10.85M users
Tomorrow Bluesky will have 15M users

This is absolutely wild, thanks for believing in us y’all

— Jaz (@jaz.bsky.social) 13 novembre 2024 à 07:50

  • 70 % des lecteurs de journaux ont voté pour les Démocrates, 55 % de ceux qui s’informent via YouTube/Google ont voté pour les Républicains, d’après Politico.

  • Aux États-Unis, les revenus du marché des livres audio ont atteint 2 milliards de dollars en 2023, selon une enquête menée auprès des consommateurs et publiée en 2024 par l’Audio Publishers Association.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Spotify gagne plus d’argent que jamais 

Source : Sherwed

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les médias traditionnels doivent rivaliser avec une réalité où l’on choisit sa propre aventure (The Atlantic)
  • Les démocrates peuvent-ils rivaliser avec le Rogan-verse ? (Vanity Fair)
  • Les anciens médias face à leurs nouvelles limites (Semafor)
  • Les médias traditionnels peuvent-ils survivre à la deuxième ère Donald Trump ? (Financial Times)
  • Le laboratoire d’IA qui mène une guerre de guérilla contre l’IA exploiteuse (MIT)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • En Europe, les publicités Instagram vont devenir moins personnalisées (Wall Street Journal)

Wow: @guardian says it’s no longer posting on @X
“We think that the benefits of being on X are now outweighed by the negatives and that resources could be better used promoting our journalism elsewhere”https://t.co/Qr34CGxofL

— Sara Fischer (@sarafischer) November 13, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Reporters sans frontières porte plainte contre le réseau social X (Le Monde)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Publication supprimée ? Signalement sans effet ? Les internautes européens peuvent désormais contester les décisions de modération des réseaux sociaux (Le Figaro)
  • Meta doit faire face à un procès de la FTC qui pourrait séparer Instagram et WhatsApp (The Verge)

JOURNALISME

  • Donald Trump choisit le présentateur de Fox News Pete Hegseth comme ministre de la Défense (CNN)
  • Chris Wallace quitte CNN. Il dit qu’il veut voir ce que le nouvel environnement médiatique a à offrir (AP)
  • L’équipe d’Al Jazeera à Gaza cesse de diffuser en raison de factures impayées (Semafor)
  • Les éditeurs de presse n’ont pas connu de hausse de trafic lors de la semaine des élections présidentielles de 2024, contrairement à 2020 (Digiday)
  • Trump devrait bouleverser la salle de presse de la Maison-Blanche (Axios)
  • L’endroit où les Américains obtiennent leurs informations influence fortement leur façon de voter (Politico)
  • Les organisations de presse nationales doivent collaborer avec des partenaires locaux (Columbia Journalism Review)
  • “Une mort lente et progressive” : les experts préviennent que Trump pourrait adopter une stratégie autoritaire pour s’en prendre aux médias (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Spotify s’attaque à YouTube dans la bataille pour les podcasts (Wall Street Journal)
  • La plateforme de newsletters Substack lève de nouveaux fonds (Axios)

Source : Axios

ENVIRONNEMENT 

  • Une proposition de loi pour mieux traiter la crise environnementale dans les médias (Télérama)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Threads est “submergé”par des théories du complot libérales sur la fraude électorale (Usermag)
  • X connaît la plus grande exode d’utilisateurs depuis la prise de contrôle par Elon Musk (NBC News)
  • Comment TikTok a séduit les conservateurs avant la victoire de Trump (The Information)
  • Le Guardian ne publiera plus sur le X d’Elon Musk depuis ses comptes officiels (The Guardian)

I disagree with this decision: People on Twitter need the Guardian’s journalism more than anyone.
Guardian will no longer post on Elon Musk’s X from its official accountshttps://t.co/AC5LStMtcz

— Jeff (Gutenberg Parenthesis) Jarvis (@jeffjarvis) November 13, 2024

Hey les trolls fâchés, si on se tire tous de Twitter, vous n’allez pas vous ennuyer un peu?

— Julien Pain (@JulienPain) November 14, 2024

  • Bluesky devient une option sérieuse face à X (New York Times)
  • Les adolescents apprennent une nouvelle théorie du complot chaque semaine sur les réseaux sociaux, mais la plupart des écoles n’enseignent pas l’éducation aux médias (Fast Company)
  • La fièvre des cryptos s’empare à nouveau des réseaux sociaux et appâte les plus jeunes (Le Figaro)
  • Les TikTokeurs mexicains utilisent des mots codés pour rendre compte de la narco-violence sans se faire bannir (Rest of World)
  • Une semaine depuis l’élection américaine, et les réseaux sociaux deviennent plus fragmentés que jamais (Digiday)
  • Trump devrait tenter d’arrêter l’interdiction de TikTok, selon ses alliés (Washington Post)
  • Twitch modifie ses règles concernant la politique et les ‘questions sensibles’ après une forte opposition, mais les streamers restent prudents (aftermath)

Since the Politics & Sensitive Social issues label went into affect, dozens of streamers, myself included, have had our entire ad revenue removed. @Twitch @TwitchSupport Caved to a cynical hate campaign and its hurting streamers for nothing more than their identity. https://t.co/296nzIbkt1

— Austin MacNamara – Gremloe (@gremloe) November 13, 2024

STREAMING, OTT, SVOD

  • Un nouveau profil de client de streaming apparaît : celui qui met son abonnement en pause (Wall Street Journal)
  • Les guerres du streaming n’ont pas tué les petits acteurs. En fait, ils prospèrent (New York Times)
  • En Suède, le boom de la SVOD se poursuit à grande vitesse (Mediavision)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Spotify commencera à payer les créateurs pour les vidéos populaires (The Verge)
  • Spotify prévoit un bénéfice supérieur aux estimations grâce à des réductions de coûts et une croissance stable du nombre d’utilisateurs (Reuters)
  • Les livres audio comptent-ils comme de la lecture ? (Financial Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le Washington Post lance « Ask The Post AI » (Washington Post)
  • Le Telegraph lance un outil de salle de rédaction alimenté par l’IA chaque mois (Press Gazette)
  • Des ‘millions’ d’articles du NYT et du NY Daily News ont été utilisés par OpenAI pour ses données d’entraînement (Press Gazette)
  • Le Wall Street Journal teste des résumés d’articles générés par l’IA  (The Verge)
  • ChatGPT rivalise désormais avec Google Chrome en termes d’utilisation mensuelle (Frandroid)
  • Les GPT personnalisés sont là (New York Times)
  • ChatGPT est un poète. Une nouvelle étude montre que les gens préfèrent ses vers… (Washington Post)
  • Particle peut-il réussir là où Artifact a échoué ? (The Media Copilot)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Les annonceurs prêts à revenir sur X alors qu’ils cherchent à se rapprocher d’Elon Musk et de Donald Trump (Financial Times)
  • Forbes, CNN et d’autres perdent des millions alors qu’une nouvelle politique de Google fait chuter les activités affiliées (Adweek)
  • Threads pourrait avoir des publicités dès le début de l’année prochaine (The Verge)

 

 

Par Kati Bremme et Alexandra Klinnik



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Liens vagabonds : Élection de Donald Trump, un tournant décisif pour les entreprises de la tech ?

Autrefois persona non grata dans la Silicon Valley, Donald Trump voit aujourd’hui les dirigeants de la tech multiplier les courbettes. Tous étant bien conscients que leur avenir se joue désormais dans les mains du candidat républicain. « Félicitations au président Trump », s’est empressé d’écrire Mark Zuckerberg sur Threads. Rappelons que dans le passé, le milliardaire républicain avait menacé d’envoyer en prison le patron de Facebook s’il faisait « quoi que ce soit d’illégal » pendant l’élection. « Nous avons hâte de collaborer avec vous et votre administration pour que les États-Unis continuent de briller par leur ingéniosité, leur innovation et leur créativité », a ajouté Tim Cook. Sam Altman, de son côté, a embrayé : « Je lui souhaite un immense succès dans ses fonctions. Il est crucial que les États-Unis maintiennent leur avance dans le développement de l’IA, en respectant les valeurs démocratiques ».

Pages from Trump’s new book where he threatens to imprison Mark Zuckerberg for life, and has kind words for Kim Jong Un and Putin https://t.co/3bqGCkyUN6 by @katiadoyl pic.twitter.com/S6AC5gC1mX

— Amanda Terkel (@aterkel) August 30, 2024

Elon Musk, conseiller de l’ombre

Parmi les dirigeants de la tech, Elon Musk, PDG de Tesla et de X, s’impose comme un allié de poids pour Donald Trump. Devenu le plus grand relais de contenus pro-Trump et de désinformation sur X, Elon Musk aurait fait plus que quiconque aux États-Unis pour soutenir son élection, y contribuant notamment avec un don de 120 millions de dollars.

Ces généreux et puissants services ont payé. Donald Trump souhaite confier à sa « star » un rôle stratégique dans un « département de l’efficacité gouvernementale ». Ce poste permettrait à Elon Musk de recommander d’importantes réductions de la bureaucratie fédérale. Un tel poste lui donnerait aussi une influence directe sur les régulations touchant ses entreprises, comme Tesla et SpaceX. Comparé à ses précédents investissements – l’achat de Twitter pour 44 milliards de dollars et ses contributions financières à la campagne républicaine – cette perspective d’influence est bien plus précieuse. Elon Musk commence d’ailleurs déjà à en récolter les fruits : l’action de Tesla a bondi de 12 % mercredi matin. Par ailleurs, ses liens avec Donald Trump semblent déjà solides ; mercredi, le candidat républicain a passé un appel téléphonique, avec Elon Musk, au président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Vers un allègement des régulations ?

Selon un ancien cadre de SpaceX, Elon Musk considère « toute régulation comme un frein à ses affaires et à l’innovation ». Il voit dans l’administration Trump l’opportunité de démanteler un maximum de ces régulations, pour avancer selon ses propres termes et à son rythme. Les entreprises technologiques, notamment celles proches de Elon Musk et de Peter Thiel, voient en Trump un « grand dérégulateur ». Sous l’administration Biden, des actions ont été intentées contre Apple, Google, Meta, et Amazon. Pour le New York Times, il est probable que Donald Trump et ses alliés éliminent les acteurs associés aux batailles antitrust de l’administration Biden contre les grandes entreprises tech. Elon Musk a d’ailleurs affirmé que Lina Khan, la présidente de la Federal Trade Commission (FTC), serait renvoyée. Responsable des actions contre Amazon et Meta, elle est accusée par les républicains d’entraver les acquisitions de start-ups prometteuses par les grandes entreprises tech. Dan Ives, analyste chez Wedbush, qualifie Lina Khan de « cauchemar pour le secteur technologique » et ajoute que son départ pourrait favoriser davantage de fusions et acquisitions.

Dans ce contexte, Google pourrait connaître un sort particulier. Les conservateurs pro-Trump accusent depuis longtemps le géant de la recherche de biais contre les voix conservatrices, une pression antitrust qui pourrait se maintenir.

Le retour de Donald Trump pourrait ainsi marquer le début d’une phase de déréglementation favorable aux entreprises tech, notamment celles en bons termes avec le milliardaire au teint orangé. Comme le mentionne Olivier Alexandre, chargé de recherche au CNRS: « En échange de leur soutien à Donald Trump, ils espèrent voir leurs intérêts servis. Pourtant, la rhétorique du président américain tend à brouiller ses réelles intentions. C’est un peu le paradoxe avec Donald Trump ; il dit tout et son contraire. »

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Sept familles françaises annoncent assigner TikTok en justice après des suicides d’adolescentes (Le Monde)
  • Perquisitions en cours chez Netflix à Paris pour des soupçons de fraude fiscale (les Echos)
  • Disney disparaîtra de Canal+ à partir de janvier 2025 (Télérama)
  • Ici remplace définitivement France 3 Régions : “On a peur de perdre notre identité” (Télérama)
  • Amazon teste la livraison gratuite des livres, que la loi devait pourtant lui interdire (Les Echos)
  • Comment YouTube est devenu un nouveau géant de la télé en France (Les Echos)

3 CHIFFRES

  • 1 page sur 20 sur Wikipédia semble désormais rédigée avec l’aide de l’IA (NewScientist)
  • 5/5 jours : le Washington Post exige un retour au bureau de ses employés (New York Post)

.@washingtonpost requiring staff to return to office 5x per week by June 2, 2025, per email sent to staff

— Sara Fischer (@sarafischer) November 7, 2024

  • 84 millions d’heures d’information ont été englouties par les utilisateurs de YouTube le jour des élections présidentielles (Fortune)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les streamers individuels les plus populaires ayant couvert le jour des élections américaines

Source : Streams Charts

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Comment les photos et vidéos en ligne modifient notre façon de penser (BBC)
  • J’ai pris des « vacances de décisions » et laissé l’IA prendre les commandes de ma vie (New York Times)
  • X est un site suprémaciste blanc (The Atlantic)
  • Trump gagne, la presse perd (Columbia Journalism Review)
  • La victoire de Trump l’a confirmé : les nouveaux médias dépassent l’ancienne garde  (WSJ)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les employés du NYT dans le secteur tech créent leurs propres jeux pendant la grève (The Verge)
  • Roblox annonce de nouvelles fonctionnalités de sécurité pour les moins de 13 ans (BBC)
  • La Corée du Sud inflige une amende à Meta pour collecte illégale de données utilisateurs (The Korea Times)
  • Ce que les PDG des Big Tech attendent d’un second mandat de Trump (Financial Times)
  • Après la victoire de Trump, le mouvement 4B se répand sur TikTok (Wired)

 

@prettyboymessiah♬ original sound – 𝘷𝘢𝘭🎧

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

    • Un deepfake montrait MLK Jr. soutenant Trump. Sa fille le qualifie d’ odieux » (Washington Post)

If Martin Luther King, Jr. was alive today, he’d support President Trump #DilleyMemeTeam #BlackHistoryMonth pic.twitter.com/lIfcXd3XQR

— Ramble_Rants (@ramble_rants) February 1, 2024

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Raw Story Media and AlterNet Media perdent leur procès pour droits d’auteur contre OpenAI (Silicon Republic) ; mais la bataille ne fait que commencer… (Wired)
    Le 7 novembre, la juge Colleen McMahon a rejeté le procès en déclarant que les plaignants n’avaient pas pu prouver de « préjudice concret ».
    « Lorsqu’un utilisateur saisit une question dans ChatGPT, ChatGPT synthétise les informations pertinentes dans son référentiel pour produire une réponse », a écrit la juge. Elle a affirmé que la probabilité que ChatGPT, un modèle d’IA entraîné sur de larges ensembles de données, produise du contenu plagié d’un des articles des plaignants est « faible ».
  • Facebook demande à la Cour suprême des États-Unis de rejeter la plainte pour fraude liée au scandale Cambridge Analytica (The Guardian)
  • La plainte contre Meta, invoquant une loi de protection technologique, est rejetée (New York Times)

JOURNALISME

  • Le New York Times dépasse les 11 millions d’abonnés (New York Times)
  • Les organisations de presse contraintes d’accepter les crawlers IA de Google, selon le directeur des politiques du FT (Financial Times)
  • Les éditeurs dépendants du trafic de Google Discover risquent une course vers le bas (Press Gazette)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Comment un magazine de 178 ans reste pertinent, un post Instagram à la fois (New York Times)
  • Les super télévisions géantes s’envolent des étagères des magasins (CNN)
  • Meta ouvre un pop-up store pour ses lunettes Ray-Ban Meta (The Verge) ; tandis que l’unité Reality Labs, qui développe des technologies de réalité augmentée et virtuelle, a enregistré une perte d’exploitation de 4,4 milliards de dollars (CNBC)

ENVIRONNEMENT 

  • Jeff Bezos dit qu’il est un homme engagé pour le climat, mais pourquoi cet acte d’allégeance ? (The Verge)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

    • Daze, une application de messagerie créative et alimentée par l’IA pour la génération Z, est en train d’exploser avant son lancement (TechCrunch)
    • Le NSPCC affirme que Snapchat est l’application la plus utilisée pour le grooming (BBC)
    • L’Australie prévoit d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans (BBC)
    • L’unité canadienne de TikTok ordonnée de dissoudre ses opérations pour des raisons de sécurité nationale (Wall Street Journal)
    • Threads était presque inutile lors de la nuit des élections (mais c’est un peu le but) (NiemanLab)

 

Voir dans Threads

 

STREAMING, OTT, SVOD

  • Paramount a renoncé à une fusion avec Warner Bros. après des mois de négociations (Bloomberg)
  • Amazon intègre des résumés générés par IA à son catalogue Prime Video (The Hollywood Reporter)
  • Paramount visé par un recours collectif pour partage de l’historique de visionnage des abonnés (The Hollywood Reporter)
  • Warner Bros. Discovery ajoute 7,2 millions d’abonnés à Max, son plus grand bond trimestriel (CNBC)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • 82% des téléchargements de podcasts s’effectuent via smartphone, selon l’ACPM (Media Leader)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • La startup d’IA Perplexity va tripler sa valorisation à 9 milliards de dollars lors d’une nouvelle levée de fonds (Wall Street Journal)
  • OpenAI a-t-il dépensé plus de 10 millions de dollars pour un URL ? (The Verge)
  • Une œuvre d’art IA d’Alan Turing se vend pour 1,3 million de dollars (BBC)

  • L’IA pourrait remplacer 3 millions d’emplois, mais les pertes à long terme seraient « relativement modérées », selon le think tank de Tony Blair (The Guardian)
  • Google Scholar ajoute désormais des plans générés par IA aux articles de recherche (NiemanLab)
  • L’autre gagnant de la soirée électorale : Perplexité (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Pourquoi l’industrie de la publicité redéfinit la notion de créateur vs. influenceur (Digiday)

 

Et aussi :

 

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

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  • 57 patrons stars du journalisme américain, au chevet d’une presse vacillante
    Le New York Magazine a demandé à 57 magnats de la presse de partager leurs réflexions sur l'avenir des médias, alors que les modèles économiques se fissurent et que la méfiance du public bat des records. Que disent-ils en scrutant leur boule de cristal ? Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions « Nous avons demandé aux personnes qui continuent de vous licencier si les médias peuvent survivre », rit jaune le journaliste Matt Brown. Dans un dossier fleuve, le New Y

57 patrons stars du journalisme américain, au chevet d’une presse vacillante

Le New York Magazine a demandé à 57 magnats de la presse de partager leurs réflexions sur l'avenir des médias, alors que les modèles économiques se fissurent et que la méfiance du public bat des records. Que disent-ils en scrutant leur boule de cristal ?

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

« Nous avons demandé aux personnes qui continuent de vous licencier si les médias peuvent survivre », rit jaune le journaliste Matt Brown. Dans un dossier fleuve, le New York Magazine – appartenant au groupe Vox Media – a donné la parole à 57 grands noms du journalisme américain pour prendre le pouls d'une presse épuisée. « En train de s'effondrer comme toujours, si l’on en croit ce qu'on me dit », ironise Ben Smith, co-fondateur de Semafor. (A part le New York Times, « l’Amazon des médias traditionnels », qui emploie plus de 7% des journalistes de presse écrite du pays !) Ici, les voix recueillies ne se limitent pas à celles de la presse mainstream. Neal Mohan, directeur de YouTube, où « les jeunes de la Génération Z s'informent de plus en plus », et Lauren Kern, directrice d'Apple News, « le plus grand kiosque à journaux au monde », se prêtent également à l’exercice. Un consensus se dégage : le pouvoir des médias existe toujours, mais il est de plus en plus menacé par l’effondrement rapide de l’accord commun sur les faits.

Revue de quelques points clés de l'examen de conscience.

Can the Media Survive ?

« Les jeunes sont trop mous »

  • Certains clichés collent fort à la jeunesse. Les journalistes débutants « ne sont pas aussi talentueux que les gens d’il y a 10, 15 ou 20 ans», affirme un vétéran de la presse, courageusement anonyme. Avec la pandémie et l’essor du télétravail, les jeunes employés n’ont pas pu bénéficier d’un mentorat. « Ils sont probablement moins qualifiés parce qu’ils ont reçu moins de formation et leur attitude est moins servile qu’avant », remarque un rédacteur en chef. « Ils veulent tout, tout de suite. Ils veulent que tout aille vite. Ils sont ultra-ambitieux, mais pas dans le bon sens. Ceux qui réussissent sont généralement ceux qui font du bon travail, se dépassent et partent du principe que les bonnes personnes vont s’en rendre compte (…) Ce qu’on ne veut surtout pas, c’est quelqu’un qui est là depuis neuf mois et qui demande déjà quel est son plan de carrière sur sept ans », renchérit un autre ponte.
  • Cette partie a suscité de nombreuses réactions en ligne. Dans sa newsletter entièrement dédiée à cette critique, la journaliste Ann Helen Petersen parle de « la connerie générationnelle à propos de l’éthique du travail ». Sopan Deb, qui écrit pour le New York Times, pointe le fait que si les jeunes journalistes ne bénéficient pas de mentorat autant qu’auparavant (« un argument spécieux qui suppose qu’il y avait beaucoup de mentorat avant la pandémie »), « la responsabilité en incombe entièrement aux institutions médiatiques qui les abandonnent, et non aux jeunes journalistes qui ne seraient pas aussi bons ». « Le travail que les journalistes en école réalisent aujourd'hui est impressionnant. Il est bien plus vaste et approfondi que ce que nous faisions à l'université. Les étudiants d'aujourd'hui doivent filmer, écrire, monter, réaliser des podcasts, etc., parfois tout en même temps. Ce n’était pas ce que faisaient les diplômés en journalisme il y a des décennies », défend-il.
  • Les jeunes journalistes vivent en effet aujourd’hui une période inédite en termes de fragilité de modèle économique, de remise en question des méthodes de travail. Selon les travaux du sociologue des médias Jean-Marie Charon, l’institution fait peser sur eux une bonne partie de la charge de la transformation nécessaire : « Il faut savoir travailler sur beaucoup de supports, et avec des outils nouveaux que les anciens ne savent parfois pas utiliser ». Ils évoluent aujourd’hui par ailleurs dans un contexte économique que leurs aînés n’ont pas eu à connaître. Depuis cette année, les États-Unis ont perdu plus d'un tiers de leurs journaux (3 300) par rapport à 2005 — une statistique projetée par l'école de journalisme Medill de l'Université Northwestern l'année dernière. Le nombre d'emplois dans la presse a chuté de 73 % durant cette période, « l'un des déclins les plus importants dans tout secteur d'emploi au cours des deux dernières décennies », rappelle Axios.

gross and not deserving of anonymity https://t.co/hYhE9sChXa pic.twitter.com/p3CJsodRhM

— Sopan Deb (@SopanDeb) October 23, 2024

  • Et qu’en pensent les principaux concernés ? Dans sa newsletter pour le New York Mag, appelé Dinner Party, Choire Sicha a interrrogé plusieurs membres de la génération Z sur leur avis à ce sujet. « Je pense que ce que certains de ces cadres appellent « super ambitieux » et « moins servile » est peut-être la manifestation d’une peur profondément enracinée (et pour eux complètement étrangère) de ne jamais gagner assez d’argent pour prendre sa retraite. Sur le point B, faire simplement du « bon travail » ne suffit plus pour se démarquer. Il faut être bruyant, impressionnant, ou parfois super-énervant », fait remarquer Paula Aceves, journaliste.

Apple News, un service qui « donne un coup de pouce énorme » aux articles

  • « Alors que les clics se font rares pour les sites d'actualités, l'application Apple News pourrait-elle être une bouée de sauvetage ?», s’interrogeait Semafor en mai 2024. En invitant notamment Lauren Kern à participer, directrice d’Apple News, et ex-directrice exécutive de New York Magazine, il a donc été question du pouvoir du kiosque de presse sur iPhone. Apple News+ facture 12,99$ par mois pour un abonnement regroupé aux articles de magazines et journaux premium, proposant des actualités en continu de sites et magazines américains majeurs, comme The New Yorker, The Atlantic, The Washington Post, la BBC, le LA Times, et des centaines d’autres.
  • Le fonctionnement ? Des journalistes « humains » sélectionnent des nouvelles provenant de diverses sources pour les utilisateurs, dont certains paient pour accéder à du journalisme que les éditeurs offrent uniquement à leurs abonnés. « Cela revient à une compétence très ancienne de curation humaine pour décider de que vous allez mettre en avant », résume Janice Min de The Ankler. « Apple News donne un coup de pouce énorme à nos articles. Nous atteignons un public vaste que nous ne pourrions pas toucher par nous-mêmes », constate Betsy Reed, éditrice au Guardian US. « Si vous êtes un petit éditeur, Apple News est une bénédiction. C’est du trafic gratuit », renchérit Sewell Chan, éditeur exécutif au Columbia Journalism Review.
  • Les éditeurs derrière le mur payant d’Apple News+ sont rémunérés selon un système similaire à celui de Spotify. Tous les frais mensuels sont mis en commun, et une partion est allouée aux éditeurs en fonction du nombre de minutes que les gens passent sur leurs articles. Le taux mensuel revient à quelques centimes pour chaque « minute d’engagement » qu’un article attire, explique l’article.
  • Pour le contexte : La version gratuite d'Apple News attire l'attention des lecteurs depuis son lancement en 2015. La version gratuite d'Apple News est l'une des plus grandes plateformes de nouvelles au monde, étant l'application d'actualités la plus utilisée aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Australie, avec plus de 125 millions d'utilisateurs mensuels en 2020.
  • Cela dit, ce partenariat soulève des questions. Il incite les utilisateurs à s’abonner à Apple News+ plutôt qu’aux publications elles-mêmes, avec un risque de cannibalisation des revenus. Cette situation influence les décisions des éditeurs, qui doivent encore ajuster leur stratégie de contenu pour répondre aux demandes d'une plateforme. Et « qu’est-ce qui empêche Apple News de couper les vivres ? Pas grand-chose », répond l'article. Apple pourrait décider, comme Facebook, de quitter le marché des actualités, sans préavis. « Il y a beaucoup d’entreprises médiatiques qui comptent sur Apple News en ce moment et probablement de manière trop dépendante. (…) C’est une épée à double tranchant », prévient Gus Wenner de Rolling Stone.

Qui passe une bonne année, selon ces patrons ? La NBA !

  • « Personne ne passe une meilleure année que le NBA en ce moment. Ils viennent de conclure une négociation historique qui rend leurs droits médiatiques presque aussi sérieux que ceux de la National Football League. Ils ont un modèle commercial incroyable avec des propriétaires engagés et confirmés, se réjouit Jon Kelly, co-fondateur de Puck, les propriétaires et Adam Silver (grand patron de la NBA) ont fait un excellent travail pour convaincre trois des plus grandes entreprises de divertissement que leur sport est essentiel à la survie à long terme de l’industrie ».
  •  Pour aller plus loin : A ce sujet, Digiday a récemment mis en avant le travail de la NBA pour promouvoir et populariser le basketball. La ligue a élargi sa collaboration avec des créateurs de contenu en faisant appel par exemple au streamer Twitch Kai Cenat et la créatrice TikTok Drew Afualo pour marquer le début de la saison 2024-2025 « avec une bande-annonce éclatante ». Par ailleurs, la NBA offre désormais aux créateurs l’accès à 25 000 heures d’images de match couvrant les dix dernières années de basketball, de 2014 à la saison 2023-2024. « L’idée ici est que si nous pouvons autonomiser un groupe très sélect de créateurs sur YouTube, cela nous aidera à toucher de nouveaux fans à l’échelle mondiale », a expliqué Bob Carney, vice-président principal des contenus sociaux et numériques de la NBA.

Les dirigeants des médias décrivent un paysage médiatique fragmenté, où les modèles historiques ont disparu et ne reviendront jamais. Les médias se battent pour se relever d’une ex- « relation symbiotique », avec les tzars de la Silicon Valley. Aujourd’hui, l’influence sur la culture et les perspectives semble davantage entre les mains des plateformes sociales et des moteurs de recherche, et… Elon Musk. Il est cependant crucial d’éviter un discours alarmiste. Sewell Chan, qui a passé trois ans à diriger le Texas Tribune, met en garde : « Nous devons faire attention à ne pas trop utiliser le récit de « péril », où les gens penseront que tout est déjà mort et qu’il n’y a plus rien à sauver. »

 

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  • De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu
    Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire.  Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes e

De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu

Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire. 

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes en quête de revenus supplémentaires. Aujourd’hui, une opportunité encore peu exploitée s’offre à eux : travailler pour les influenceurs. Et particulièrement sur YouTube. A une époque où les créateurs de contenu devancent les médias traditionnels auprès de la jeune génération, les acteurs du web cherchent activement des compétences journalistiques pour renforcer la crédibilité de leurs productions. Tous, des YouTubeurs divertissants aux plus informatifs, deviennent alors les rédacteurs en chef de journalistes professionnels, œuvrant dans l’ombre. 

Un contexte économique propice

« On va en partie crever. Les médias n'ont plus les moyens de nous payer correctement », lâche Vincent Bresson, journaliste pour Le Pèlerin et collaborateur occasionnel du youtubeur bordelais Simon Puech, spécialisé dans le divertissement. Avec des revenus publicitaires en déclin, une concentration accrue des médias et un marché saturé – entre 2 000 et 2 500 journalistes sont formés chaque année pour seulement 450 départs à la retraite, d’après la Scam – il devient difficile de trouver sa place (et même une place !) et de vivre simplement de sa plume. Plus de 40% des titulaires d’une carte de presse abandonnent la profession au bout de sept ans, selon une étude publiée en 2017 par les Observatoires des métiers de l’audiovisuel et de la presse. La Commission de la Carte d’Identité Professionnelle des Journalistes indique que 66% des journalistes âgés de 30 ans ou moins sont pigistes ou en CDD. Face à une telle précarité, et dans un contexte capitalistique ultra-compétitif, chaque possibilité d’emploi se révèle précieuse. « J’ai commencé à travailler avec les YouTubeurs parce que j’étais en grosse galère de piges. Je ne m’en sortais pas financièrement. J’étais hyper découragée par la presse écrite. Tu es parfois payée 150 balles pour 10 000 signes », témoigne la journaliste Marion Mayer ayant bifurqué un temps vers ce secteur en plein essor.

Des créateurs de contenus en demande

« Nous, on a besoin de débouchés économiques. Eux, sont en demande de gens rigoureux et fiables », constate Vincent Puech. « Depuis le Squeezie gate, tout l’écosystème YouTube fait attention à ses sources », souligne Paul Foucaud, ex-journaliste en alternance chez Hugo Décrypte. En 2019, le plus grand youtubeur français (catégorie formats longs) avait publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques au consensus scientifique. « C’était une vidéo de désinformation massive, alors qu’il avait une responsabilité éditoriale », pointe le journaliste média Vincent Manilève (qui a également publié un article sur le sujet). Depuis cet incident, non seulement le public est devenu plus exigeant, mais les youtubeurs ont réalisé l’importance des sources. Aujourd’hui, Squeezie collabore avec des journalistes pour ses vidéos, et leur recrutement suit un processus semblable à celui des rédactions classiques : phases de candidature, pré-sélection de journalistes, tests rémunérés sous forme de piges, où ils doivent par exemple proposer des idées de sujets vidéo. Pour sa vidéo intitulée « Cet agent secret est un énorme mytho », Lucas Hauchard (alias Squeezie) a fait appel à l’expertise de la journaliste Justine Reix, ex responsable société chez Vice. La vidéo, postée il y a deux mois, culmine aujourd’hui à 6,1 millions de vues.

Très contente de cette première collab avec le seul et l'unique @xSqueeZie avec lequel j'ai pu travailler sur sa dernière vidéo Histoire. De plus en plus de YouTubers font appel à des journaliste et on ne peut que les féliciter pour cette exigence d'info 🔥… pic.twitter.com/3XhZqBCMAP

— Justine Reix (@Justine_Reix) August 5, 2024

Un score qui fait rêver en comparaison aux chiffres d’audience bien plus modestes des sites d'information. Travailler avec des YouTubeurs n’est pas qu’un choix pragmatique : ce tremplin permet également de toucher un public que les médias traditionnels peinent à atteindre. D’après le Digital News Report 2023 du Reuters Institute, 55 % des utilisateurs de TikTok et de Snapchat et 52 % des utilisateurs d'Instagram s’informent via des influenceurs. « J’ai couvert le phénomène des dark kitchens – ces services de livraison de repas uniquement accessibles en ligne - pour le média Politis et Simon Puech. La vidéo de Simon a donné une tout autre visibilité au sujet. Bien sûr, c’est gratifiant pour l’égo journalistique de travailler pour un grand média, mais je suis encore plus fier d’avoir sensibilisé un public qui ne suit pas les médias traditionnels », rapporte Vincent Bresson. La vidéo « Ce qu’Uber Eats et Deliveroo vous cachent », postée le 13 décembre 2022, a dépassé 1,3 million de vues. « Simon est déçu quand un contenu ne réunit que 300 000 ou 400 000 vues », précise le coauteur du reportage.

Des auteurs appelés à plus de clarté

Pour toucher ce jeune public, les créateurs de contenus réclament aux journalistes le plus de clarté possible. Un défi, comme le reconnaît Vincent Bresson : « Faire simple est bien plus difficile que de faire compliqué ». Leur objectif principal est de rendre l’information à la fois accessible et divertissante : simplifier sans verser dans le simplisme…  Un équilibre que les médias traditionnels n’atteignent pas toujours : pour la presse, le vrai défi n'est pas tant l’intelligence mais l’accessibilité de leurs articles. Et l’attente du public est là. Après le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni en 2016, Google avait relevé une explosion de recherches comme « Qu’est-ce que l’Union Européenne ? », ou « Qu’est-ce que le Brexit ? », en pleine nuit.

Les influenceurs comme Gaspard G veillent à rendre les informations compréhensibles pour tous, pas seulement à transmettre des faits. Marion Mayer, ancienne coordinatrice éditoriale du YouTubeur explique à quel point la clarté restait la valeur suprême des contenus diffusés : « Quand Gaspard relit un script, si ce n'est pas parfaitement clair pour lui, s'il trouve que c'est trop complexe, il faut le simplifier. Il est essentiel que les gens ne butent pas sur une expression qu'ils ne comprennent pas. » 

Le journaliste, ce rat de bibliothèque

Écrire des vidéos, mener des recherches sur des sujets techniques, organiser des entretiens, visionner des documentaires, écouter des podcasts, faire le travail d’un « rat de bibliothèque »… Telles sont les missions de ces plumes qui s’activent en arrière-plan pour la marque de créateurs qui ont fondé leur business sur leur visage. « Quand on rejoint Hugo Décrypte, on sait très bien que ça va être comme ça. On est tous des travailleurs de l'ombre et nous n'avons pas cette volonté de prendre la lumière. Il n’y a pas trop de frustration par rapport à cela », assure Paul Bonnaud, ancien journaliste chez Hugo Décrypte. Cette position, aussi humble qu’elle soit, interroge dans un monde médiatique où la visibilité est souvent un facteur de réussite. Bien que les journalistes soient crédités, leur présence à l'écran reste quasi-inexistante. Des créateurs, comme Squeezie et Sofyan, choisissent de ne pas créditer leurs journalistes, de peur de se faire voler leurs « talents ». À une époque où le nom d’une personne est devenu sa carte de visite, cette approche soulève des questions. Le crédit ne relève pas d’une question d’ego : il s’agit d’un indicateur de la valeur perçue qu’une personne apporte à une organisation. Ceux qui sont crédités sont souvent ceux qui se voient offrir le plus d’opportunités, rappelle le NiemanLab.

Ce virage vers l’univers des influenceurs n'est pas qu'une adaptation technique ; c'est une mutation du rôle même du journaliste ou de l'idée que l'on s'en fait. « Je ne suis plus la journaliste qui va vous dire quelle pièce de théâtre regarder, mais une autrice qui va faire de son mieux pour vous faire comprendre quelque chose », confie Marion Mayer. Cette transition n’a pas été sans obstacles. Elle explique : « Il a fallu se désnober. Quand tu viens de la presse écrite et que tu écris pour un YouTubeur, tu redescends de quatre étages. » Cette évolution ne se limite pas à un simple changement de milieu ; elle ressemble plutôt à une « mission humilité », selon ses propres mots. Cela implique de renoncer à certaines aspirations idéalisées du métier pour se concentrer sur un travail plus ancré dans les réalités contemporaines, souvent perçu comme moins nobles. Un rôle pas si éloigné de celui d'un auteur ou d'un programmateur pour une émission de radio ou de télévision. Pour jauger ses attentes en matière de rémunération, un journaliste employé par un créateur de contenu confie ainsi avoir pris comme référence le salaire des auteurs de l’émission de France Inter Affaires sensibles.     

Ce travail en coulisses peut agacer certains, surtout quand les sommes en jeu paraissent dérisoires, et souvent réglées en factures... « On parle de travailler main dans la main entre influenceurs et journalistes, mais en réalité, je pense qu’on demande à des journalistes de travailler sous-payés pour des influenceurs qui gagnent des mille et des cents, afin que ces derniers puissent apparaître comme des journalistes », fustige une ex-collaboratrice. Dans cet univers, tout comme dans le domaine des médias, il n’existe pas de grille salariale transparente. Les montants circulent discrètement entre les journalistes, qui avancent à tâtons. Notons que chez Hugo Décrypte, on assure être bien traités : « Hugo tient à récompenser ses employés quand ils font du bon travail. Il y a régulièrement des augmentations. Des primes ont été versées, en particulier durant la présidentielle, lorsque la charge de travail était plus intense et que la valeur générée pour l’entreprise était plus élevée », affirme Paul Bonnaud, ex-rédacteur en chef chez Hugo Décrypte. 

Des rédacteurs en chef qui savent très bien ce qu’ils veulent

Les créateurs de contenu endossent leur rôle de rédacteur en chef. Au lieu de simplement reproduire le travail des journalistes qu'ils engagent, ils réadaptent constamment ce contenu selon leur propre vision. Lena Situations, animatrice du podcast Canapé Six Places sur Spotify, illustre bien cette approche. Pour la préparation de son podcast, elle collabore avec des journalistes professionnels, tels qu'Oumar Diawara (également présentateur sur France TV Slash), Arièle Bonte et Lucie Frobert entre autres, qui s’engagent à lui fournir un contenu rigoureux et vérifié.  Notons que ces journalistes deviennent auteurs et peuvent parfois être tenus par des contrats de confidentialité. 

« Lena s'appuie sur des journalistes pour mener un travail de fond, qu'elle adapte ensuite. Elle prend toujours le soin de retravailler le contenu, même lorsque les délais sont très serrés », raconte Lucie Frobert, rédactrice brand content chez Brut. En général, le journaliste élabore une trame de questions et organise une session rapide avec l'influenceur avant l'enregistrement pour affiner le contenu et poser des questions pertinentes. Lucie Frobert considère d’ailleurs cette collaboration comme l'une des meilleures de sa carrière, tant pour la fluidité des échanges que pour la gestion administrative. « J’ai été payée rapidement, contrairement à certains grands médias pour lesquels il me faut souvent des mois pour obtenir le règlement d'une facture de 200 euros. Il peut se passer des mois de paperasse, car il faut s’enregistrer sur des plateformes externalisées qui ne sont même pas maîtrisées par les médias pour lesquels tu travailles. Là, tout a été fluide ». 

Des créatrices comme Lena Situations ou encore Sally, spécialisée dans les contenus actu, politique et lifestyle choisissent elles-mêmes des invités et des angles d'approche pour leurs émissions diffusées sur la plateforme de streaming musical. « Les créateurs de contenu savent exactement quelles personnalités intéressent leur communauté et quels sujets s'y rapportent. Leur vision est souvent plus précise et plus pertinente que celle que nous, journalistes, pouvons avoir de l'extérieur », précise Claire Hazan, directrice des podcasts chez Spotify France et Benelux et productrice de Canapé Six Places. On pourrait relever qu’il s’agit plus d’une compétence marketing que journalistique : les créateurs de contenu savent qui inviter pour plaire à leur communauté, sans forcément chercher à explorer le sujet sous un angle inédit. Mais ce souci de l’invité qui « rapporte » se retrouve aussi chez les programmateurs journalistes en quête de gros poissons, ou dans les rédactions écrites qui cherchent le visage à mettre en Une pour vendre.

Les véritables rédacteurs en chef : les plateformes

Bien qu'ils agissent en tant que rédacteurs en chef, la priorité des vidéastes reste avant tout le divertissement. Les titres doivent claquer comme des slogans pour satisfaire les algorithmes qui favorisent souvent les vidéos qui attirent rapidement l'attention et jouent sur le sensationnalisme. « Pour la majorité des créateurs, y compris ceux qui adoptent une approche journalistique, divertir et générer des clics est essentiel. Les miniatures des vidéos illustrent bien ce phénomène. Simon Puech, par exemple, suit les tendances actuelles, ce qui, parfois, peut sembler peu journalistique et même un brin racoleur. Cette surenchère dans le contenu et les titres fait partie du jeu. Sur YouTube, capter l’attention est primordial ; c’est une véritable guerre pour l’attention des spectateurs. C’est différent de mes habitudes journalistiques. C’est sa patte YouTube », témoigne le co-auteur de Simon Puech, Vincent Bresson.

Les miniatures de la chaîne du YouTubeur Simon Puech

Marion Mayer, qui collaborait avec Gaspard G pour « Histoire de » (des vidéos qui racontent “l’histoire d’une personnalité ou d’une affaire qui a marqué la société”) partage un sentiment similaire : « Pour qu'une vidéo soit un succès, il faut impérativement qu'elle attire l'attention, en utilisant des noms qui résonnent avec le public. Cela peut être frustrant, surtout lorsque l'on souhaite traiter une personne moins connue mais tout aussi intéressante ; il est clair que cela attirera moins d’audience. En revanche, des figures de « gros méchants » comme Trump garantissent un bon nombre de vues. »

« Le plus grand défi de notre métier dans les 10 à 15 ans à venir, c’est la dépendance aux plateformes », ajoute Gaspard G, dont la chaîne continue néanmoins de croître, gagnant entre 50 000 et 60 000 abonnés par mois et qui compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube. Il attribue ce succès au fait que peu de créateurs de contenu diffusent de l'information de manière “non militante”. Mais les véritables rédacteurs en chef des influenceurs sont les plateformes, comme il l’admet lui-même. Les créateurs doivent s’adapter aux exigences des algorithmes, qui déterminent la visibilité et le succès de leurs contenus. « Le distributeur est américain et chinois. Les Américains ont tendance à une censure économique si je parle d’un sujet comme le terrorisme, un génocide, un viol. Ce sont des mots importants. On ne va pas amoindrir nos mots pour parler de la réalité. Il y aura un amoindrissement des revenus publicitaires parce que c’est non-annonceur friendly. Sur une plateforme chinoise comme TikTok, ils ne s’embêtent pas. Ils enlèvent le contenu quand cela ne leur convient pas », résume-t-il sur le podcast Media Connect de l’AFP. 

Cette forme de censure sur les plateformes incite les créateurs et même les médias traditionnels à éviter certains thèmes sensibles par peur d’être pénalisés ou mal référencés. Cela restreint leur liberté d'expression et oriente les créateurs vers des contenus jugés plus « sûrs », mais souvent moins percutants. Ils assurent ainsi  leur viabilité financière. De nombreux médias ont autocensuré le mot viol par peur d’être sanctionnés par les grandes plateformes. Comment déchiffrer le monde si on ne peut pas correctement le décrire ? « On se cache alors derrière des euphémismes : viOl, vil, l'émoji grappe de raisin (en référence au mot anglais rape). On se plie aux règles implicites ou supposées des plateformes, quitte à invisibiliser la violence, à lui faire perdre ses contours », met en perspective la journaliste Lucie Ronfaut.  Ceux qui utilisent des mots "non conformes" aux critères des plateformes sont souvent victimes d'un "shadowban", ou bannissement silencieux : leur nom devient introuvable dans la barre de recherche, même si leur compte reste actif. Les plateformes ne communiquent jamais ces restrictions. Les utilisateurs ne s'en rendent compte que par la baisse de leurs statistiques, avec une diminution des vues, des partages, et des publications. 

Le modèle économique : un impact sur le travail des journalistes 

Le modèle économique des créateurs de contenu reste fragile. La génération qu’ils ciblent n’a pas l’habitude de payer pour l’information, et ils ne disposent pas d’aides publiques. Ces chaînes n'ont pas accès aux dispositifs de soutien dont bénéficient de nombreux créateurs, comme les aides financières du CNC Talents, qui sont disponibles pour les créateurs de vulgarisation à succès. Gaspard G, qui a même été membre de la commission d’aide aux créateurs vidéo du CNC, n’a pas été sélectionné, expliquant que « ce n’est pas faute d’avoir essayé ».

Dans une vidéo intitulée « Je réponds à mes haters », il détaille son modèle économique et ses résultats. Sur une saison complète, sa chaîne YouTube lui a permis de générer entre 275 000 et 300 000 euros. Toutefois, le coût total de toutes les vidéos produites durant cette période s’élève à environ 260 000 euros, englobant les salaires, le matériel et la location d’espace. « On est tout juste à l’équilibre », déclare-t-il. Ces financements proviennent principalement de l'AdSense – les publicités automatiques sur YouTube, qui lui rapportent environ 50 000 euros – ainsi que de partenariats avec des marques, du brand content. « Je m’attendais à une industrie qui roule sur l’or, mais ce n’est pas vraiment le cas, à part pour Squeezie et Hugo », observe une journaliste.

Les structures sont encore en construction, ce qui rend le paysage très chaotique.  Ce manque de financement influence les sujets abordés par les créateurs de contenu. Gaspard G a dû limiter la couverture internationale de son média à trois voyages sur le terrain en douze mois (Martinique, Nouvelle-Calédonie, Ukraine). « Le coût d’une enquête n’est jamais absorbé par le sponsor », admet-il. « Financièrement, les enquêtes me font perdre de l’argent. On essaie de les vendre à des diffuseurs, le but étant d’avoir une diffusion à la télé, puis de les rendre disponibles gratuitement sur YouTube une semaine après. C’est ce que fait Seb la Frite avec ses documentaires sur TFX, et Hugo avec ses interviews de Face Cachée diffusées sur France Télévisions. Cette stratégie permettrait d'entrer dans une logique rentable. »

Les créateurs de contenu le savent bien : les ressources se trouvent chez les médias traditionnels. Après avoir traversé un Far West en pleine évolution, les plumes des créateurs en sont tout aussi conscientes et tentent leur chance dans les rédactions. Pour Max Laulom, qui a travaillé aux côtés de Gaspard G, « le milieu du numérique n’est pas encore assez structuré financièrement en termes de moyens et de processus pour être un véritable nirvana [NDLR ou plutôt un eldorado] pour les journalistes ». Pour l’instant. Lui-même producteur et journaliste, il a décidé de collaborer à nouveau avec les médias traditionnels : « Il ne faut pas se leurrer, c’est là où se concentrent les plus gros budgets. » C’est aussi l’envie d’interagir avec des sources directes, plutôt que de se limiter à de la curation qui incite certains à rejoindre l’autre rive (même si la sédentarité y est toutefois aussi très présente, avec un travail de desk devenu la norme). L’interaction avec un historien en chair et en os, plutôt qu’avec un livre ou un podcast.

Des médias traditionnels attentifs aux journalistes passés par les créateurs de contenus

Les médias traditionnels portent un intérêt croissant aux journalistes habitués aux codes des créateurs de contenu. Ceux-ci, s'ils se sentent limités dans leurs missions auprès des YouTubeurs, ont moins de mal à décrocher des CDI que leurs collègues, notamment au sein des équipes dédiées aux réseaux sociaux. « Faire du bon travail pour les créateurs de contenus, c’est bon pour le CV. C’est mieux perçu qu’il y a dix ans, quand les gens nous regardaient mal », estime Paul Foucaud, ancien alternant chez Hugo Décrypte et désormais en CDI chez BFM, en tant que responsable de la stratégie éditoriale et community manager.

Le journalisme numérique intègre de plus en plus la culture de l’influence, avec une multiplication des sujets vidéos incarnés, comme on le voit avec Brut, Le Monde ou Le Parisien. Cette évolution reflète un changement de perspective dans les médias traditionnels, qui cherchent à se réinventer et à rendre l'information plus accessible à un jeune public. Alexis Delcambre, directeur adjoint du Monde chargé de la transformation numérique, souligne l'impact des réseaux sociaux sur le recrutement : « Nous portons une attention particulière à la maîtrise des nouveaux formats et à la capacité à connecter avec l'audience pour transmettre un message. » Le sociologue des médias Jean-Marie Charon, dans son enquête sur les jeunes journalistes, a également observé cette tendance. Il note que le moyen le plus simple aujourd'hui d'obtenir un CDI dans le journalisme se trouve dans des niches spécialisées, comme la gestion des réseaux sociaux Snapchat ou TikTok. « Les rédactions parisiennes n'hésitent pas à embaucher rapidement ces profils rares, avec l'intention de les garder », ajoute-t-il.

Paul Bonnaud, ancien rédacteur en chef chez Hugo Décrypte, a lui aussi fait le saut vers un média plus traditionnel en rejoignant l’équipe des réseaux sociaux de L’Équipe, en CDI. « J’ai toujours eu une affection particulière pour L’Équipe et l’envie de vivre les Jeux Olympiques au sein d’un média qui me faisait rêver. Je savais que j’aurais plus de moyens sur certains aspects, mais moins de libertés sur d'autres », confie-t-il. Ce transfert lui permet de retrouver une place dans une rédaction produisant des informations originales, alors qu’il se limitait principalement à de la curation lorsqu’il travaillait pour Hugo Décrypte. « J’avais par ailleurs envie d’être 100% responsabilisé sur mon sujet du début à la fin. Quand j’écrivais une vidéo pour Hugo, je ne pouvais pas forcément accentuer sur certains points. Hugo allait remettre à sa sauce. C’est normal, c’est son image qui est en jeu. Ici, je pousse l’exercice jusqu’au bout, je suis certainement un peu plus libre dans le traitement », poursuit-il.

Il serait finalement réducteur d'opposer ces deux univers, qui dialoguent et s'enrichissent mutuellement. Les allers-retours constants des journalistes entre ces deux mondes en sont la preuve. D'un côté, les créateurs de contenu, en pleine expansion, tâchent de bâtir un modèle économique encore incertain et souvent sans cadre précis. De l'autre, les médias traditionnels, bien que dotés de moyens plus importants, peinent à se réinventer face à des défis majeurs, notamment dans la manière dont leur récit est reçu. Cette tension créative entre ces deux sphères peut générer une dynamique positive, un élan vital nécessaire pour réinventer la production d'information. Comme le souligne Julien Potié, bras droit de Hugo Décrypte et chargé du cours “Nouveaux médias et créateurs” à Sciences Po Paris, « on ne souhaite pas présenter le monde des créateurs comme révolutionnaire, et tirer un trait sur ce qui s'est passé avant.  Si nous avons rejoint cet univers, c'est parce que nous sommes des passionnés des médias ». Le journalisme n'a de toute façon pas le choix. L’intégration des compétences liées aux réseaux sociaux et aux nouveaux formats numériques est une condition de son avenir. À la profession de poursuivre cette transformation tout en sachant préserver ses codes déontologiques et ses lignes rouges.

 

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Liens vagabonds : Les médias traditionnels, victimes d'obsolescence dans le monde tech ?

La presse mainstream se trouve à un tournant décisif. À mesure qu'Internet et les réseaux sociaux redéfinissent les contours de l'information, des voix influentes, comme celle de Taylor Lorenz, interrogent le rôle et la pertinence des médias traditionnels. Ancienne journaliste tech au Washington Post, la spécialiste de la “creator economy” a choisi de quitter le navire vieillissant pour se lancer en solo sur Substack. Son projet ? User Magazine, une newsletter consacrée à « couvrir la technologie du point de vue de l'utilisateur ».

Dans cette quête d'indépendance, elle rejoint un nombre croissant d'ex-journalistes "stars" des médias traditionnels devenus indépendants : Olivier Darcy, ancien rédacteur de CNN, a récemment lancé Status, une newsletter par abonnement. Jeremy Scahill et Ryan Grim, tous deux de The Intercept, ont quant à eux créé Drop Site News. Pour la spécialiste de la culture numérique, cette liberté enfin acquise signifie s’affranchir d’une hiérarchie devenue trop pesante, « d’institutions qui se préoccupent davantage des apparences que de défier le pouvoir », ainsi que des politiques restrictives du Washington Post concernant les réseaux sociaux de ses employés. 

Ce qui la guide, au-delà d’une volonté de se défier de conventions qui lui paraissent dépassées ? La volonté de pouvoir couvrir internet comme elle le souhaite, c’est-à-dire comme un outil culturel majeur, au-delà d’une simple innovation technologique. « Les médias traditionnels ont du mal à couvrir internet de manière significative. Ils s’en détournent souvent », pointe-t-elle dans une récente interview. « Ces institutions ont été conçues pour une époque différente où les informations étaient plus lentes, plus centralisées, et où quelques garde-fous pouvaient contrôler le récit ». Avec déjà plus de 39 000 abonnés inscrits à sa newsletter, la créatrice de contenus - elle se définit aussi de cette manière - prouve qu'il existe une demande croissante pour ce type d’approche . Son travail se concentre sur la nouvelle génération de créateurs qui utilisent TikTok, Instagram, et YouTube comme outils pour créer leur propre culture.

En France, la situation n'est guère différente. Les médias traditionnels semblent souvent englués dans des approches obsolètes. « On explique les enjeux liés au numérique de manière économique, superfétatoire ou fantasmée », constate François Saltiel, journaliste média. L'absence de programmes dédiés aux enjeux technologiques crée un vide que de nouvelles voix pourraient combler. Selon un rapport de l'Arcom de mars 2024, 62 % des Français s'intéressent aux questions technologiques et scientifiques, devançant ainsi l'économie, le sport, la politique et les célébrités.

Un futur à redéfinir

Les institutions peuvent-elles réinventer leur approche face à des sujets aussi évolutifs et techniques ? En se concentrant davantage sur la technologie que sur les utilisateurs, elles risquent de passer à côté de l'essentiel : comprendre comment Internet influence et façonne notre culture. Comme l'affirme le journaliste américain Jeff Jarvis : « Une grande partie de la presse reste focalisée sur les grandes entreprises technologiques, leurs dirigeants souvent masculins, et leurs algorithmes, perçus comme des boîtes noires mystérieuses que les journalistes ont du mal à expliquer. Cela pourrait sembler aussi absurde que de parler du télégraphe en termes d'étincelles, de la radio en termes d'ondes, ou de la télévision en termes de pixels. Ces technologies sont importantes non pas pour leur fonctionnement, mais pour la manière dont elles nous aident à communiquer, à innover, à créer ou à détruire. Il est donc essentiel d’aborder Internet sous des angles culturel, politique, économique, éducatif et environnemental. »

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le niveau de confiance dans les médias varie selon l'affiliation politique, selon une étude ObSoCo, Fondation Jean-Jaurès et ARTE (Fondation Jean Jaurès)
  • Qui fait des podcasts en France… et qui en vit ? Une étude à l’écoute de ce métier précaire (Télérama)
  • Le gouvernement étudie une pérennisation de la vidéosurveillance algorithmique (Le Monde)
  • LVMH prend le contrôle de « Paris Match », après des années de convoitise (Le Monde)
  • Télévision : pourquoi la numérotation peut relancer la guerre des chaînes d'info (Les Echos)
  • Ce que révèlent cinq années de traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles (INA)
  • Dov Alfon actualise son plan stratégique pour Libération (La Lettre)
  • Procès du “Canard enchaîné” : six journalistes se portent partie civile aux côtés de Christophe Nobili (Télérama)

3 CHIFFRES

  • Près d'un tiers des 171 messages postés la semaine dernière par Elon Musk, le propriétaire de l'X, étaient faux, trompeurs ou manquaient d'un contexte essentiel (New York Times)
  • OpenAI lève 6,6 milliards de dollars lors de la plus grande levée de fonds en capital-risque de l'histoire (Axios)
  • 46 % des adultes américains déclarent avoir été confrontés à une arnaque ou à une cyberattaque (Axios)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Trusting News

 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Mal informé sur la désinformation (Financial Times)
  • Les milliardaires pro-Trump de la Silicon Valley vont-ils avoir la peau de la démocratie ? (Télérama)
  • Vos échanges avec le chatbot pourraient être une mine d'or pour les entreprises d'IA (The Atlantic)
  • Mark Zuckerberg peut-il s'élever au-dessus de la mêlée politique américaine ? (Financial Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les acteurs au UK perdent des revenus face à l'IA, selon une étude du CREATe (Centre de Régulation de l'Économie Créative à l'Université de Glasgow). Près d'un quart des personnes interrogées ont été sollicitées pour fournir des images ou des enregistrements audio afin de créer un sosie numérique visuel ou sonore. Huit pour cent ont vu un sosie numérique créé sans leur consentement (Advanced Television)
  • Google propose la recherche filmée (Google)
  • Meta Movie Gen, générateur de vidéo, sons et musique d'ambiance synchronisée, entraîné sur 100 millions de vidéos, 1 milliard d'images (sources non précisées) (Meta)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • La lutte pour la vérité commence : la BBC dévoile les coulisses du combat contre la désinformation (BBC)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Audiovisuel public : la gauche pousse pour le retour d’une redevance (Télérama)

JOURNALISME

  • Reuters et CNN deviennent les derniers médias à faire payer l'accès aux actualités en ligne (WSJ)
  • Le New York Times lance une application mobile entièrement remaniée (Hollywood Reporter)
  • L'interview de Boris Johnson par la BBC a été annulée après l'envoi par mégarde de notes de briefing sur l'entretien de l'ancien Premier ministre (The Guardian)
  • CNN a demandé une interview avec Melania Trump. Son éditeur a demandé 250 000 $ en échange (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Substack s’impose comme le nouveau refuge anticonformiste du journalisme de design (Financial Times)
  • Comment la campagne de Kamala Harris a finalement fait fonctionner la stratégie de mèmes de Biden (Bloomberg)
  • Les YouTube Shorts deviennent moins courts (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Le sommet français sur l'intelligence artificielle sera axé sur l'impact environnemental des technologies énergivores (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Plus de 9 000 pages frauduleuses sur Facebook supprimées après que des Australiens aient perdu 43,4 millions de dollars à cause de deepfakes de célébrités (The Guardian)
  • À l'intérieur du chaos de la nouvelle téléréalité de MrBeast (Rolling Stone)
  • Apple vient-il de tuer les applications sociales ? (NYT)
  • Pourquoi Threads s'ouvre à d'autres réseaux sociaux (Washington Post)
  • MrBeast acquiert une startup visant à devenir le LinkedIn de l'économie des créateurs (Business Insider)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le câble est en train de mourir. Le streaming devient le nouveau câble. Et tout empire (Washington Post)
  • Apple revoit à la baisse ses grands projets de sortie de films au cinéma (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les podcasts de discussion dominent le marché — et le feront toujours (Wired)
  • Votre prochaine interview de podcast pourrait en réalité être une réunion déguisée (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L'IA Copilot de Microsoft se dote d'une voix, de la vue et d'un persona « Hype Man » (Wired)
  • Le responsable de l'IA de Microsoft veut que Copilot apporte un « soutien émotionnel » à Windows et à Office (Wired)
  • OpenAI veut que toutes vos applications utilisent ses voix expressives d'IA (Washington Post)
  • Facebook est inondé d'images générées par l'IA montrant la dévastation causée par l'ouragan Helene (Futurism)
  • Microsoft commence à rémunérer les éditeurs pour leurs contenus mis en avant par Copilot (TechCrunch)
  • Microsoft arrête le HoloLens 2 sans successeur en vue (TechCrunch)
  • OpenAI ouvre son moteur d'IA vocale aux développeurs (Axios)
  • En Corée du Sud, la pornographie deepfake ruine la vie des femmes (Associated Press)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment Axios a augmenté ses revenus publicitaires pré-réservés en ciblant des audiences de niche (Digiday)
  • Amazon va augmenter le nombre de publicités sur Prime Video (Financial Times)
  • Les résumés de recherche générés par l'IA de Google affichent désormais des publicités (The Verge)

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

 

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  • Liens Vagabonds : Imagined for You, Meta propose à chacun sa réalité
    « Ça se passe maintenant », a proclamé Mark Zuckerberg au Meta Connect du mercredi 25 septembre. Vêtu d’une montre identifiée par les utilisateurs de Reddit comme valant l'équivalent du revenu annuel moyen d’un Américain et d'un t-shirt arborant le slogan "Aut Zuck Aut Nihil" (soit Zuck, soit rien), le créateur de Facebook prône une philosophie égalitaire. Ironique, mais révélateur des tensions entre ses habitudes de consommation personnelles et la stratégie de sa société. Les pertes opérationne

Liens Vagabonds : Imagined for You, Meta propose à chacun sa réalité

Par : oansah
28 septembre 2024 à 10:45

« Ça se passe maintenant », a proclamé Mark Zuckerberg au Meta Connect du mercredi 25 septembre. Vêtu d’une montre identifiée par les utilisateurs de Reddit comme valant l'équivalent du revenu annuel moyen d’un Américain et d'un t-shirt arborant le slogan "Aut Zuck Aut Nihil" (soit Zuck, soit rien), le créateur de Facebook prône une philosophie égalitaire. Ironique, mais révélateur des tensions entre ses habitudes de consommation personnelles et la stratégie de sa société. Les pertes opérationnelles colossales de son unité Reality Labs, évaluées à des dizaines de milliards, ne semblent pas freiner ses ambitions, même si les retours sur investissement tardent. Au programme : beaucoup de "WOW" et un peu de "WTF", avec, parmi les vedettes de la journée, le casque de réalité virtuelle Quest 3S pour un dixième du prix d’un Vision Pro d'Apple, sans oublier les lunettes intégrant une technologie holographique connectées à nos cerveaux pour un futur lunatique pas si lointain peut-être (le NYT parle même toujours de métavers).


(Les lunettes, l’accessoire fashion indispensable du futur connecté, image IA)

Après nous avoir enfermés dans des bulles de filtre, Meta fait un pas audacieux dans les nouvelles réalités artificielles, avec "Imagined for You". On pourra désormais personnaliser son fil d'actualités avec des contenus générés par IA, ajustés aux préférences des utilisateurs en temps réel. Ils auront la possibilité de modifier les images grâce à des prompts ou de les faire défiler pour découvrir de nouvelles créations instantanément. Selon Amanda Felix, porte-parole de Meta, les utilisateurs qui activeront la fonctionnalité "Imagine Yourself" verront même des images de leur propre visage, à condition d’offrir leurs photos personnelles à Meta.

Cette personnalisation repose en effet sur une collecte massive de données, permettant à Meta d’ajuster précisément les contenus pour chaque individu. Lors d’un entretien avec Alex Heath de The Verge, Mark Zuckerberg ne cache pas son ambition que l'intégration d'images générées par l'IA dans les fils d'actualité représente la prochaine étape logique pour Facebook et Instagram. « Au départ, les fils d’actualité montraient exclusivement les publications des amis et abonnés. Désormais, une nouvelle couche s’ajoute : du contenu généré par des systèmes d’intelligence artificielle, conçu pour correspondre aux centres d’intérêt de chaque utilisateur ».

Le New York Times a qualifié cette mise à jour de « risquée », avertissant des dangers d’une personnalisation excessive. Par ailleurs, l’invasion de contenu généré par l’IA, parfois désignée sous le terme de « slop » (au départ, des déchets maritimes, en figuré pour les contenus de faible qualité générés par l'IA) , préoccupe. Max Read a estimé que « depuis presque deux ans, une marée montante de slop commence à inonder la plupart des espaces considérés comme l’internet. La montée en puissance de l’IA et des contenus générés automatiquement pourrait également annoncer la fin des contenus générés par les utilisateurs ».

Reste un espoir : comme l’indique Axios, lesdits utilisateurs ne s’avèrent pas nécessairement enthousiastes à l’idée d’être submergés par ce type de contenu à long terme. Pour Casey Newton, si Meta va trop vite en noyant les fils d’actualités sous des contenus générés par l’IA, elle risque de donner à ses produits phares "l'aspect d'un parc d'attractions abandonné". En attendant, près de 500 millions d'utilisateurs utilisent les produits IA de Meta, a déclaré Mark Zuckerberg, affirmant que l'IA de Meta est en passe de devenir l'IA la plus utilisée au monde. Après les bulles de filtre, chacun pourra désormais imaginer sa propre réalité ?

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • « Pour le pluralisme algorithmique ! » (Le Monde)
  • M6 s'allie avec la plateforme Pluto pour enrichir son offre de streaming gratuit (Les Echos)
  • La CNIL s'attaque aux atteintes à la vie privée sur smartphone (Les Echos)
  • TNT : Christopher Baldelli nommé président de Réels TV, la future chaîne de Kretinsky (Télérama)
  • « Le Canard enchaîné » se jette enfin dans la grande mare d'Internet (Les Echos)
  • Dispositif SIG : Bouygues Telecom, Canal+, Free, Orange et SFR seront les premiers assujettis (Digital Transformation Notepad)
  • Rachida Dati met sur pause la fusion de l’audiovisuel public sans l’enterrer (Le Figaro)

3 CHIFFRES

  • Plus de la moitié des journalistes ont envisagé de démissionner pour cause d'épuisement professionnel cette année, selon une enquête Muck Rack
  • Selon Bain & Company, le marché des produits et services d'IA pourrait atteindre jusqu'à 990 milliards de dollars d'ici 2027. (Bain & Company)
  • 54% des adultes américains disent consulter parfois les réseaux sociaux pour s'informer, une légère hausse par rapport aux dernières années. (Pew Research Center)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

En France, Hugo Décrypte est le compte personnel lié à l'actualité le plus mentionné.

Source : Reuters

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les joies de discuter avec ChatGPT (Wall Street Journal)
  • Mark Zuckerberg : les créateurs et les éditeurs « surestiment la valeur » de leur travail pour l'entraînement de l'IA (The Verge)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • James Cameron rejoint le comité de direction de Stability AI (The Verge)
  • Cloudflare propose de faire payer les IA pour l’accès aux sites web (TechCrunchl)
  • Augmentation marquée de l'utilisation problématique des réseaux sociaux chez les adolescents, selon une étude de The Health Behaviour In School-aged Children (HBSC)  (BBC)
  • Pavel Durov, le patron de Telegram, annonce un durcissement de la modération (Le Monde)
  • Les régulateurs chinois accentuent la pression sur les entreprises chinoises pour qu'elles achètent des puces locales plutôt que celles de Nvidia (Bloomberg)
  • Le Comex d'OpenAI quitte l'entreprise tandis que son PDG s'efforce d'en faire une société profitable (The Wall Street Journal) ; OpenAI a informé ses investisseurs que ses revenus atteindraient 11,6 milliards de dollars l'année prochaine, contre 3,7 milliards de dollars estimés cette année (NYT) ; OpenAI tel que nous le connaissions est-il mort ? (Vox)

I shared the following note with the OpenAI team today. pic.twitter.com/nsZ4khI06P

— Mira Murati (@miramurati) September 25, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Qualifier les mensonges de Trump de 'contestés' sur X Incite les partisans à les croire davantage, selon une étude (The Guardian)
  • Les Américains reprochent aux politiciens la diffusion de fausses informations (Axios)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • IA : Meta et Apple mettent la pression sur l’Union européenne, accusée de « rejeter le progrès »(Le Monde)
  • CrowdStrike se rend au Capitole pour une première audition sur la panne mondiale (Axios)
  • La moitié des États américains cherchent à réprimer l'utilisation de l'IA dans les élections (Axios)

JOURNALISME

  • Le Washington Post va licencier un quart du personnel de son unité Software (Wall Street Journal)
  • Youtubeurs politiques ou la poursuite du journalisme politique par d’autres moyens (AOC)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Délaissés par les réseaux sociaux, les éditeurs se tournent vers WhatsApp (New York Times)

ENVIRONNEMENT 

  • L'IA est-elle plus durable si elle est produite sous l'eau ? (Wired)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • TikTok va fermer son service de streaming musical éphémère (Wall Street Journal)
  • Le copier-coller viral « Goodbye Meta AI » ne vous protègera pas (Wired)

what if you fell in love with someone then they reposted Goodbye Meta AI on their instagram story pic.twitter.com/5wD0OgtZTc

— hannah louise (@hannahlouisef) September 24, 2024

  • Le Dash Hudson Social Media Benchmark (Dash Hudson)
    Un chiffre extrait du rapport : Les vues des Shorts YouTube sont en hausse de 153 % - le long format est EN BAISSE de 15 %

STREAMING, OTT, SVOD

  • Max bénéficiera de sous-titres codés générés par l'IA de Google (The Verge)
  • Disney+ lance une vaste campagne de répression contre le partage de mots de passe et propose une option payante de « membre supplémentaire » (Variety)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le NYT proposera des abonnements audio par l'intermédiaire d'Apple et de Spotify (Axios)
  • Peu après les explosions mortelles des pagers du Hezbollah, ce podcast généré par IA a été mis en ligne (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le clone IA d'un journaliste de la BBC peut-il tromper ses collègues ? (BBC)

  • L’ancien patron du design d’Apple a rejoint OpenAI (The Verge)
  • Les fonds du Moyen-Orient investissent des milliards de dollars dans les start-ups d’IA les plus populaires (CNBC News)
  • L'IA sera-t-elle un échec ? Un sceptique de Wall Street tire la sonnette d'alarme (New York Times)
  • Le premier musée d'art dédié à l'IA va ouvrir à Los Angeles (Semafor)
  • Runway déclare qu'ils financeront les réalisateurs s'ils utilisent ses outils d'intelligence artificielle (The Hollywood Reporter)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Havas Media Network annonce le lancement de son algorithme d’enchères programmatiques basé sur l’IA (Media Leader)

 

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

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Festival de l’info locale : “On ne pourra pas lutter contre des hyper puissants en étant des nains”

Qui est le véritable danger pour la presse et l’information ? Faut-il craindre davantage les GAFAM ou Vincent Bolloré & co ? Cette question a fait l’objet d’une table ronde au Festival de l'info locale de Nantes, qui a eu lieu le 26 et 27 septembre, intitulée “La concentration des médias est-elle compatible avec le pluralisme ?”. 

Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l'Information

D'un côté, les plateformes numériques siphonnent les revenus publicitaires et fragilisent la presse, provoquant un véritable “tsunami”. De l'autre, la concentration des médias s'intensifie, illustrée récemment par le rachat de BFM, RMC et La Provence par CMA CGM, dirigé par Rodolphe Saadé, soulevant des questions sur l'indépendance et la diversité de l'information. Face à ces défis, les débats récents des États Généraux de l'Information interrogent : la législation actuelle peut-elle encore protéger les médias ? Dans quel ordre de bataille les médias doivent-ils se positionner ?

Résumé des points clés.

L’éducation aux médias est une urgence !

  • Pour Nathalie Sonnac, professeure à l’université Paris Panthéon-Assas, le véritable enjeu reste celui de l’éducation aux médias, à l’heure où les citoyens sont massivement exposés à un flot de désinformation via les plateformes numériques. Cette éducation ne doit pas se limiter aux jeunes mais s’étendre à l’ensemble de la population. Selon la présidente du COP du CLEMI, il est essentiel d’aider les citoyens à comprendre les mécanismes de production de l’information et à identifier les fake news pour renforcer la résilience démocratique. “Les plateformes n’ont pas pour mission de fabriquer une info de qualité à la différence des médias. Nous traversons un véritable big bang médiatique”, alerte-t-elle. 
  • Même son de cloche chez David Guiraud, président du conseil de surveillance de Ouest-France, qui dénonce une lutte inégale contre “des monstres, sans foi, ni loi, dont la seule raison d’être n’est pas de relier les gens, mais la puissance et l’argent”, avec aux manettes  “un pirate absolu”, Mark Zuckerberg. 
  • Cette éducation est d’autant plus nécessaire car elle peut permettre de recréer un socle commun dans un contexte où chacun vit sa propre réalité. “Quand je regarde les chaînes de l’info continu et la PQR de l’autre côté, on ne parle pas du même monde, de la même chose. On a pas la même vision des choses”, constate David Guiraud. Il faut, comme l'affirmait la philosophe Hannah Arendt, "recréer un réel commun", d'autant plus à l'heure où l'intelligence artificielle et les manipulations informationnelles menacent de plus en plus cette cohésion.

La concentration, un atout face aux géants du numérique ?

  • Laurent Guimier, directeur du pôle médias de l’armateur CMA CGM (“les derniers entrants sur le marché” selon les mots de Gilles van Kote du Monde) estime que la concentration peut être un levier nécessaire pour permettre aux médias traditionnels de résister à la montée en puissance des GAFAM. “Il s’agit de se dire comment on constitue un groupe média avec des médias très différents qui peuvent se renforcer les uns les autres, et ainsi tenter de résister à cette transformation terrifiante qui s’attaque à tous, petits, grands médias, médias privés, publics, médias possédés par des riches et très riches. Nous sommes tous égaux devant cette déferlante” assure le président du conseil d’administration du journal La Provence.
  • Pour lui, la législation actuelle limite excessivement les stratégies de déploiement des médias, empêchant la formation d’acteurs suffisamment puissants pour s’opposer à cette révolution numérique. “Est-ce que le concurrent de Ouest France, c’est BFM ou TikTok ? Le concurrent de France 3, BFM ou YouTube ? L’adversaire de la démocratie, des propriétaires européens qui mettent des millions dans les médias ou Elon Musk ? ”, s’interroge celui qui invite à repenser les véritables forces en présence. Pour lui, la loi de 1986, socle de la régulation, pensée avant l’internet “bloque le développement de télé locales. C’est la même chose en radio, avec des interdictions de concentration. Le rythme des médias nécessite une révision de la législation” estime-t-il.
  • David Guiraud souligne également l'importance de constituer une entité puissante. “On ne peut pas lutter contre des hyperpuissants en étant des nains. Il faut accepter une forme de puissance.” Pour lui, il ne s’agit pas d’une quête de pouvoir pour le pouvoir, mais d'une puissance bâtie sur l’indépendance et la confiance… et la mutualisation des forces internes. La future chaîne de télévision du groupe Ouest-France se construira dans cet esprit avec les confrères locaux. Les studios seront en région. “On doit investir ensemble, sinon on n’y arrivera pas”, souligne-t-il.

Un modèle alternatif de gouvernance ?

  • Le groupe Ouest-France souhaite offrir un contre-modèle à la concentration des médias aux mains de grands groupes financiers. Ouest-France appartient à une association à but non lucratif, l’ASPDH (Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste). Ce modèle, estime le président de l’association, montre qu’il est possible de préserver le pluralisme tout en maintenant une puissance économique. En tant que premier quotidien national francophone au monde, Ouest-France repose sur une structure associative régie par la loi de 1901, qui privilégie un capital “éthique”, articulé autour de “valeurs solides” qui guident son fonctionnement.
  • “Personne ne peut racheter ce groupe demain. Pour rester indépendant, il faut gagner de l’argent”, explique David Guiraud.  100% des bénéfices du groupe sont réinvestis dans le développement, en particulier dans le numérique, ce qui leur a permis d’atteindre 260 000 abonnés numériques. “On est très loin du succès du New York Times, mais on ne désespère pas de renverser la vapeur. On essaye de s’améliorer en permanence”, lance-t-il.

"Si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance !"

  • David Assouline, rapporteur de la commission d’enquête sur la concentration des médias,  reconnaît que la puissance des géants du numérique dépasse de loin celles des groupes de presse traditionnels, mais il refuse de voir dans la concentration une solution viable pour leur faire face. Il estime que vouloir concentrer les médias pour rivaliser avec les GAFAM est une illusion. “Tous les groupes sont des nains par rapport à eux, affirme-t-il, "si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance ! Leur puissance financière n’est pas rattrapable."
  • Selon l’ancien sénateur socialiste, la seule véritable résistance aux géants de la tech américains réside dans la qualité de l’information et l’indépendance des rédactions. La bataille ne peut être gagnée sur le terrain financier ou technologique des GAFAM, mais plutôt en s’assurant que les médias nationaux offrent une information vérifiée, pluraliste et indépendante.
  • Il dénonce également les pratiques de certains grands groupes de presse, citant l’exemple de Bernard Arnault. Selon un mémo interne révélé mercredi 18 septembre par La Lettre, le propriétaire du groupe Les Echos-Le Parisien a exigé de ses cadres une « interdiction absolue » de « parler » avec les journalistes de sept médias « dits d’investigation qui se servent de l’attrait du public pour le luxe afin d’attirer de manière racoleuse un nouveau lectorat » : La Lettre, le Canard enchaîné, Mediapart, Glitz Paris, Puck, Miss Tweed et l’Informé. Ainsi que toutes les autres lettres confidentielles du même type qui existent ou pourraient être créées » . “Comment peut-on être un patron de presse et interdire de parler à des journalistes ? Interdire que des journalistes puissent avoir accès à des informations ?”, s’exclame David Assouline. Une pratique totalement incompatible avec les principes de liberté et de transparence qui devraient régir le secteur médiatique. Pour résister aux GAFAM, il faut une “exemplarité”, martèle-t-il.
  • Dans un monde où l’information joue un rôle crucial, il est essentiel d’examiner les acteurs qui influencent (et déforment) notre perception de la réalité : “Le problème aujourd’hui ne se limite pas aux GAFAM. Regardez ce que fait Bolloré. Il a fabriqué un candidat présidentiel qui propageait de la haine. Il a un ensemble médiatique dans le monde de l’édition, une majorité de livres scolaires pour les enfants. Qui détient les journaux a son importance. S’il faut des riches pour faire des entreprises puissantes, alors mettons les bons parce qu’on n’est pas en train de fabriquer des brosses à dent, mais de fabriquer de l’information qui est un bien précieux pour les citoyens !”

Comment choisir son directeur de rédaction ?

  • Les Etats généraux de la presse ont suscité des attentes, notamment sur la possibilité pour les rédactions de se prononcer sur le nom du directeur de la rédaction. Pour David Guiraud, cette volonté est une fausse bonne idée. Pour lui, un directeur de rédaction doit posséder de nombreuses compétences : être un excellent journaliste, un bon manager, comprendre le digital et avoir une vision stratégique. Or, il estime qu’un collectif de journalistes n’est pas toujours le mieux placé pour identifier un tel profil. Une équipe de direction doit prendre le dessus.
  • ll cite l’exemple de The Economist, où le conseil d'administration a créé un comité ad hoc en capacité de choisir un directeur de rédaction. Les membres de ce groupe interrogent tous les journalistes qui répondent de manière confidentielle : “Une fois lus, les documents sont détruits. Cela oblige chaque journaliste à bien réfléchir, à travailler le dossier de façon approfondi”. Le comité regarde ensuite les propositions et nomme le directeur de la rédaction. “Un directeur de la rédaction qui n’est pas adoubé ne pourra pas faire son boulot”, estime David Guiraud.

La lutte contre la domination des GAFAM et la concentration des médias soulève des défis majeurs pour l'avenir de l'information. Si certains prônent la puissance économique pour résister, d'autres insistent sur l'importance de l'indépendance éditoriale et de la qualité de l'information. Face à la désinformation, l'éducation aux médias et un modèle éthique et pluraliste apparaissent comme des clés essentielles pour protéger la démocratie.

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  • Liens vagabonds : Telegram au cœur d'une bataille juridique inédite
    L'arrestation de Pavel Durov marque une première historique dans le monde de la technologie.  Le 24 août, le PDG de l’application Telegram, a été arrêté à l’aéroport du Bourget, à Paris. Une information judiciaire est ouverte contre le milliardaire franco-émirati par le pôle cyber du parquet de Paris. Parmi les six chefs d'accusation, on reproche au dirigeant tech une « complicité de diffusion en bande organisée d’images de mineur présentant un caractère pornographique ». En cause, l’absence qu

Liens vagabonds : Telegram au cœur d'une bataille juridique inédite

L'arrestation de Pavel Durov marque une première historique dans le monde de la technologie.  Le 24 août, le PDG de l’application Telegram, a été arrêté à l’aéroport du Bourget, à Paris. Une information judiciaire est ouverte contre le milliardaire franco-émirati par le pôle cyber du parquet de Paris. Parmi les six chefs d'accusation, on reproche au dirigeant tech une « complicité de diffusion en bande organisée d’images de mineur présentant un caractère pornographique ». En cause, l’absence quasi-totale de modération et de coopération avec les autorités judiciaires françaises. La France surveille Telegram de près depuis que le réseau a été utilisé pour la coordination des attaques terroristes de Paris en 2015. Pour Wired, « Pavel Durov est le premier de sa génération de fondateurs de grandes plateformes à faire face à de telles conséquences sévères ». Ce cas pourrait créer un précédent pour toute l'industrie. 

Pourquoi Pavel Durov, le 'Robin Hood' d'Internet, est-il arrêté ? 

Telegram, "le dark web de poche" qui revendique 900 millions d’utilisateurs dans le monde, est critiqué pour avoir laissé prospérer des groupes diffusant des images pédopornographiques, des fausses informations, et des contenus criminels. Contrairement à d'autres réseaux sociaux, Telegram ne coopère pas par exemple avec des organisations telles que le National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), qui centralise la plus grande base de données mondiale de contenus pédopornographiques. Cette non-coopération avec les demandes de suppression de contenus et les réquisitions judiciaires fait de Telegram une plateforme à part : « Parmi les dirigeants des plus grands réseaux sociaux, Pavel Durov a toujours été un outsider », observe Wired. Contrairement à ses pairs, comme Mark Zuckerberg de Facebook ou Shou Zi Chew de TikTok, il a refusé de répondre aux convocations des autorités pour s'expliquer sur sa politique de gestion de contenu. 

⚖ Telegram abides by EU laws, including the Digital Services Act — its moderation is within industry standards and constantly improving.

✈ Telegram's CEO Pavel Durov has nothing to hide and travels frequently in Europe.

😵‍💫 It is absurd to claim that a platform or its owner…

— Telegram Messenger (@telegram) August 25, 2024

Les motivations derrière cette action judiciaire 

Telegram, dont la santé financière repose essentiellement sur la crypto-monnaie, se positionne en "outsider" en affirmant ne pas être soumis aux mêmes règles de modération que les autres grands réseaux sociaux. En effet, la plateforme considère qu'elle n'est pas concernée par le Digital Services Act (DSA), la loi européenne qui oblige les plateformes de plus de 45 millions d'utilisateurs actifs à lutter contre les contenus illégaux sous peine de sanctions. Le DSA impose des règles telles que l'interdiction de cibler les publicités selon la religion, le sexe ou l'orientation sexuelle, la transparence sur la lutte contre la désinformation, et de nouvelles protections pour les mineurs. 

Telegram déclare officiellement avoir 41 millions d'utilisateurs actifs en Europe, juste en dessous de ce seuil. Cependant, des responsables de l'UE soupçonnent l'application d'avoir sous-estimé ce chiffre pour éviter d'être classée parmi les « très grandes plateformes ». En ne fournissant pas un chiffre actualisé ce mois-ci, Telegram se trouve déjà en infraction avec le DSA, note The Financial Times. 

L'affaire est aussi hautement politique, avec un accusé qui détient les nationalités de quatre puissances mondiales. Il y a six ans, selon le Wall Street Journal, Emmanuel Macron avait tenté de convaincre Durov de déplacer Telegram à Paris et lui a offert la nationalité française. Bien que Durov a depuis reçu le cadeau de la nationalité française (tout comme Evan Spiegel, patron de Snapchat), le siège de Telegram se trouve actuellement à Dubaï. La Russie, de son côté, prétend ne pas être au courant d'autres nationalités détenues par son ressortissant (également fondateur de VKontakte, le Facebook russe), et défend l'application de messagerie la plus populaire du pays dans un élan qui réunit gouvernement et opposition politique. Et en Ukraine, où Telegram bénéficie de la même popularité, on se demande toujours si est-elle un cheval de Troie russe.

Enjeux pour les autres plateformes 

Cette affaire pourrait créer un précédent significatif pour d'autres plateformes numériques. Evelyn Austin, de la fondation Bits of Freedom, déclare : « L’arrestation de Durov intervient à un moment particulièrement volatile pour les plateformes en ligne et leurs utilisateurs. » L'idée que les entreprises puissent être tenues responsables des actions criminelles de leurs utilisateurs gagne du terrain. Un sondage récent au Royaume-Uni montre que deux tiers des personnes interrogées estiment que les entreprises tech devraient être tenus responsables d'héberger du contenu incitant à la violence. 

Selon Casey Newton, journaliste spécialisé dans les technologies, la poursuite éventuelle de Telegram par la France pourrait encourager d'autres pays à adopter des mesures similaires contre les dirigeants de plateformes pour non-divulgation des données des utilisateurs. « Nous nous sommes déjà dangereusement rapprochés de cette réalité », avertit-il. « L'Inde et la Russie ont été parmi les premiers pays à utiliser des « lois de prise d'otage » pour menacer les employés des plateformes de prison en raison de décisions de modération de contenu, et d'autres pays pourraient suivre. » 

Un changement de paradigme pour l'industrie numérique ? 

L'arrestation de Pavel Durov (qui a été libéré sous caution de 5 millions d'euros mercredi) marque un tournant dans la façon dont les gouvernements traitent les plateformes numériques, en soulignant une volonté croissante de tenir les dirigeants responsables de la diffusion de contenus illégaux. À l'heure où l'équilibre entre liberté d'expression et sécurité en ligne est de plus en plus débattu, cette affaire représente un test pour Telegram et pour toutes les autres entreprises technologiques. 

En attendant, Marc Zuckerberg se retrouve de l'autre côté du mirroir de la censure, en avouant cette semaine que Meta a cédé aux pressions de l'administration Biden pour censurer du contenu sur le COVID-19 en 2021.

🚨🇺🇸BREAKING: ZUCKERBERG REGRETS CAVING TO BIDEN'S CENSORSHIP DEMANDS, CUTS DEM FUNDING

Mark Zuckerberg, in a bombshell letter to House Judiciary Chairman Jim Jordan, expresses deep regret over Meta's compliance with Biden Administration pressure to censor COVID-19 content in… pic.twitter.com/FPXdFWd55n

— Mario Nawfal (@MarioNawfal) August 26, 2024

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L’UMICC annonce la nomination de Gaspard G en tant que secrétaire général (Influencia)
  • Agnès Vahramian nommée à la tête de France Info et Céline Pigalle à la direction de l'information de Radio France (Le Figaro)
  • Une rentrée des radios et des télévisions marquée par les Jeux paralympiques, des nouveaux castings et toujours plus de Cyril Hanouna (Le Monde)
  • « Télématin » : Julien Arnaud quitte TF1 et remplace Thomas Sotto sur France 2 (Le Parisien)
  • Le personnel politique face à une défiance généralisée de l’électorat (Le Monde)
  • L'irruption de l'IA dans la chaîne éditoriale suscite des inquiétudes au Figaro (La Lettre)
  • L'Equipe s'excuse à propos de sa Une (L'Equipe)

3 CHIFFRES

  • Près de la moitié des utilisateurs de TikTok âgés de moins de 30 ans déclarent l'utiliser pour se tenir au courant de la politique et de l'actualité, selon le Pew Research Center.
  • 56 % des utilisateurs ont déjà cessé de suivre un créateur à cause de ses opinions politiques. Pourtant, 82 % des influenceurs américains prévoient de partager leur orientation politique durant cette période électorale, selon Business Insider.
  • 4 500 années-développeur et 260 millions de dollars - c'est ce que l'IA générative aurait déjà fait économiser à Amazon, selon son directeur 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Deux tiers des Britanniques estiment que les entreprises tech devraient être tenues responsables des publications incitant aux émeutes

Source : YouGov

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Pourquoi les femmes n'utilisent-elles pas l'intelligence artificielle ? (The Economist)
  • Les Républicains inondent la télévision de publicités trompeuses sur l'immigration et les frontières (The Washington Post)
  • La plupart des avatars d'IA sont féminins, jeunes et séduisants. S'agit-il d'une tendance passagère ou d'une tendance durable ? (Reuters)
  • Les stars de YouTube veulent du respect (Wall Street Journal)
  • Le problème de Kamala avec la génération Z (Business Insider)

Crédit image : Anna Moneymaker/Getty Images

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Des pirates iraniens ont ciblé les comptes WhatsApp d'employés des administrations Biden et Trump, selon Meta (APNews)
  • Comment l'IA va fusionner le cinéma et les jeux (A16z)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION 

  • Les gens sont-ils plus susceptibles d'évaluer correctement la désinformation lorsque les enjeux politiques sont élevés ? Haha, non (NiemanLab)
  • L'UE est exhortée à annuler son accord commercial avec Israël en raison des meurtres de journalistes (PressGazette)
  • L'outil d'IA Grok d'X (anciennement Twitter) d'Elon Musk manque de garde-fous efficaces pour prévenir la désinformation électorale (independent)
  • Persécutés par le régime Maduro, les journalistes vénézuéliens ont recours à l'IA (The Guardian)

Source : The Guardian

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Brésil : le réseau social X bloqué après un ordre de la Cour suprême (AP)
  • Sarah Palin obtient un nouveau procès dans l'affaire de diffamation contre le New York Times (Reuters)
  • OpenAI soutient le projet de loi californien sur l'IA exigeant le 'filigrane' du contenu synthétique (Reuters)

JOURNALISME

  • Comment le journalisme est devenu la profession la plus dangereuse au Mexique (Financial Times)
  • Lors de la Mostra de Venise, le manque d'accès aux vedettes de cinéma laisse les journalistes internationaux frustrés (Variety)
  • Écart générationnel, rhétorique militaire et polarisation : ce qui doit changer dans le journalisme sportif italien (The Fix)
  • Un conseiller en sécurité de Reuters tué, deux journalistes blessés à Kramatorsk, en Ukraine (Reuters)
  • "Le point de non-retour" : la chute de Stand News, autrefois principal média en ligne de Hong Kong (Reuters)
  • Les lecteurs préfèrent cliquer sur un titre clair et simple, comme celui-ci (NiemanLab)

Crédit image : NiemanLab

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Cet agrégateur de nouvelles/application de rencontre aide les passionnés d'actualité à se rencontrer (NiemanLab)
  • Est-ce que nous faisons fondre notre cerveau en faisant défiler des vidéos courtes sans fin ? (Sophia Smith Galer)

ENVIRONNEMENT 

  • Le gouvernement Albanese accusé d’essayer d’‘enterrer les mauvaises nouvelles’ concernant l’état de santé de la Grande Barrière de Corail (The Guardian)
  • La longue bataille du climat dans les pages du « Monde » (Le Monde)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Si TikTok est interdit, les créateurs de haut niveau pourraient se tourner vers Facebook plutôt que vers Instagram (emarketer)
  • La lutte de marques autour de ‘Demure’ révèle un changement massif dans le pouvoir des mèmes (Wired)
  • Pizza Hut permet aux clients de payer leur pizza avec des danses TikTok (gizmodo)
  • La tournure politique marquée d'Elon Musk (Wall Street Journal)
  • X se prépare à une interdiction au Brésil (BBC)

Source : Wall Street Journal

 STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les frères Kelce signent un accord de podcast 'New Heights' avec Wondery d'Amazon pour plus de 100 millions de dollars (The Wrap)
  • Qu'est-ce qui fait une bonne alchimie ? Pour les podcasts de discussion, c'est fondamental (New York Times)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le plus grand défenseur de Telegram : l’industrie mondiale de la crypto-monnaie (New York Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le nouvel assistant vocal Alexa d'Amazon utilisera Claude AI (The Verge)
  • Le nouvel outil d'IA du Washington Post passe au crible d'énormes ensembles de données (Axios)
  • SAG-AFTRA obtient l'adoption d'une loi en Californie pour limiter les répliques d'IA (Variety)
  • La prise de notes automatique par IA de Google Meet est disponible (The Verge)
  • Gannett ferme un site accusé de publier des critiques de produits basées sur l'IA (The Verge)
  • Bonjour, vous êtes ici parce que vous avez dit que l'édition d'images par IA était comme Photoshop (The Verge)
  • Des grands sites internet disent non à l'extraction de données par l'IA d'Apple (Wired)
  • GameNGen Google : Les modèles de diffusion sont des moteurs de jeu en temps réel (GitHub)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Les éditeurs font la promotion du jeu sur leurs plateformes (Axios)
  • Voici comment 7 directeurs d'audience de médias envisagent les résumés générés par l'IA de Google (NiemanLab)
  • Apple réduit ses effectifs dans ses applications Livres et News (The Verge)

 

 

Par KATI BREMME, ALEXANDRA KLINNIK ET AUDE NEVO

 

 

 

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  • Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs
    Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette f

Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs

Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.  

Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes. 

Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.  

@ilonamaherWhen in paris♬ original sound - Ilona Maher

« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme :  « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ». 

En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired. 

Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux. 

Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.  

Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :

  • OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
  • Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
  • De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
  • Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
  • La vidéo sociale envahit le monde (Doug Shapiro)
  • Les responsables d'État américains demandent à X de s'attaquer à la désinformation électorale (Social Media Today)
  • Décès de Susan Wojcicki, ancienne PDG de YouTube, à l'âge de 56 ans (The Guardian)
  • Après la condamnation de Google, la fin de l’impunité des géants du numérique ? (Mediapart)
  • Instagram impose les “Vues” comme statistique principale (Instagram)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Instagram’s @Creators (@creators)

  • Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
  • Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
  • En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
  • Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
  • En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
  • Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
  •  Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
  • La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
  • La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
  • Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)

With great audience comes greater responsibility #DSA

As there is a risk of amplification of potentially harmful content in 🇪🇺 in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk

📧⤵ pic.twitter.com/P1IgxdPLzn

— Thierry Breton (@ThierryBreton) August 12, 2024

3 CHIFFRES

  • La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
  • Selon l'ONG du Centre contre la haine en ligne, 50 publications d'Elon Musk diffusant de la désinformation sur la plateforme X ont cumulé un milliard de vues depuis janvier.
  • Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?

Source : University of Chicago

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les technologies ‘intelligentes’ sont devenues ingérables. Nous avons une affection pour les technologies plus simples (Washington Post)
  • L'opération Gen-Z derrière la métamorphose en ligne de Harris (CNN)
  • Bowling, selfies et le “Dougie” : Biden séduit les influenceurs à la Maison-Blanche (New York Times)
  • À l'approche de l'élection présidentielle, quel rôle jouent les influenceurs ? (Digiday)
  • Voici comment les gens utilisent réellement l'IA (MIT)
  •  Un guide visuel des influenceurs qui façonnent l'élection de 2024 (Wired)

Capture d'écran de The Wired

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Alors que Meta se détourne de la politique, les grands comptes Instagram constatent une baisse de leurs vues (Bloomberg)
  • La recherche IA de Google impose un choix crucial aux sites : partager des données ou disparaître (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'Iran recourt à des sites de désinformation pour influencer les élections américaines, d'après Microsoft (Washington Post)
  • Les médias sénégalais organisent une journée de blackout pour attirer l'attention sur les préoccupations concernant la liberté de la presse (AP)
  • Selon Meta, les tactiques d'IA utilisées par la Russie pour interférer avec les élections américaines échouent (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Comment la semaine agitée d'Elon Musk révèle les failles des législations britanniques en matière de sécurité en ligne (The Guardian)
  • TikTok s’engage à retirer définitivement de l’UE son programme de récompenses (Stratégies)
  • Un projet de loi californien visant à réglementer l'I.A. suscite l'inquiétude dans la Silicon Valley (New York Times)
  • Les électeurs de la génération Z s'opposent aux restrictions sur les réseaux sociaux, selon une nouvelle étude (Bloomberg)

JOURNALISME

  • Le New York Times cessera de soutenir les candidats dans les courses électorales de New York (New York Times)
  • Biden affirme aux créateurs qu'ils ont un avantage que les médias traditionnels n'ont pas : « Vous inspirez confiance. » (TechCrunch)
  • Kamala Harris doit s'adresser à la presse (The Guardian)
  • Le « Washington Post » critique l'attaque de Taylor Lorenz contre Joe Biden, qualifié de « criminel de guerre » (npr)
  • L'ère du journaliste indépendant prend son envol (Axios)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Twitch vient de lancer Video Stories (Twitch)
  • Les newsletters sur LinkedIn valent-elles vraiment le détour ? (journalism.co.uk)
  • La convention du parti démocrate américain sera streamée pour la première fois en format vertical(Axios )

ENVIRONNEMENT

  • Si vous voulez que les Américains prêtent attention au changement climatique, appelez-le simplement “changement climatique” (NiemanLab)
  • Les grandes entreprises technologiques cherchent à modifier les règles sur les émissions nettes nulle  (Financial Times)
  • La répétition rend les mensonges sur le climat plus crédibles — même pour ceux qui soutiennent la science climatique (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'échange entre Elon Musk et Trump sur X a débuté par un incident technologique (The Verge)

Conversation with @realDonaldTrump with topic timestamps https://t.co/ziLJEUhnE7

— Elon Musk (@elonmusk) August 13, 2024

  • Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
  • Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
  • Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
  • Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
  • Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
  • Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
  • Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
  • Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
  • Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)

Capture d'écran de VentureBeat

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
  • Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

 

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  • Lectures d'été : Nos recommandations (2/2)
    Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain. The Chaos Machine – Max Fisher Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New Y

Lectures d'été : Nos recommandations (2/2)

Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain.

The Chaos Machine – Max Fisher

Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New York Times, Max Fisher, souhaite montrer concrètement la duplicité des réseaux sociaux. Les algorithmes utilisés exploitent les émotions pour maximiser l’engagement, en dépit de la violence engendrée. L’auteur s’est ainsi penché sur l’influence clé des réseaux sociaux dans la victoire de Trump aux élections américaines, et dans les émeutes au Sri Lanka et en Birmanie. Il montre notamment que le plaisir de l’indignation est l’un des sentiments clé qui est exploité par les algorithmes conçus par Google pour YouTube et Meta pour Facebook, Instagram et WhatsApp. La division alimente l’engagement, ce qui à son tour génère des revenus publicitaires…

A travers les interviews de chercheurs, le journaliste explique notamment comment les algorithmes et la conception des réseaux sociaux « façonnent délibérément nos expériences », exerçant « une attraction si puissante sur notre psychologie et notre identité qu’elle change notre façon de penser, de nous comporter et de nous relier les uns aux autres ». Un ouvrage nécessaire pour prendre du recul.

Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde – David Colon

« Rupert Murdoch est très bon dans ce qu'il fait. La question est : est-ce qu'il fait quoi que ce soit de bon ? » se demandait l’avocat Théodore Kheel, qui a travaillé tant pour que contre le magnat de la presse. À 93 ans, Rupert Murdoch continue d'exercer une influence colossale à l’échelle mondiale avec son empire médiatique, qui inclut The Sun, le Wall Street Journal, Fox News et bien d'autres. Dans sa biographie captivante intitulée Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde, David Colon explore le rôle de Murdoch dans la concentration des médias et sa réputation controversée, le qualifiant parfois de « cancer pour la démocratie ». Ce portrait révèle comment le magnat australien a construit un réseau tentaculaire, comprenant 175 journaux, des dizaines de chaînes de télévision, un studio hollywoodien et une maison d'édition sur quatre continents.

Surnommé « grand manipulateur », « sorcier des médias », « Roi Soleil », « antéchrist » ou encore « homme le plus dangereux du monde », Rupert Murdoch est au centre d'un débat intense sur l'impact de ses méthodes. « Lire la biographie de Murdoch, c’est aussi lire en filigrane celle des propriétaires de grands médias », prévient David Colon.

Read Write Own – Chris Dixon

Dans Read Write Own, Chris Dixon offre une vision enthousiaste et idéaliste de la technologie blockchain comme remède aux maux d'Internet. L’essai se présente comme une défense argumentée de la blockchain, la présentant comme la solution idéale pour créer un Internet plus décentralisé et équitable, loin du contrôle des grandes entreprises technologiques.

Ce « puriste d’internet » aborde l'histoire du web pour contextualiser l'évolution vers la blockchain. Il argumente que les blockchains pourraient surpasser les réseaux centralisés en offrant un environnement où les règles sont codifiées dans le logiciel, éliminant ainsi la nécessité de faire confiance aux entreprises de la tech. « « Tout le monde parle de l’IA qui va tout détruire, estime l’auteur. La véritable menace est que cinq grandes entreprises finissent par tout contrôler, et que nous soyons tous soumis à ce qu’elles décident. Cela me semble très ennuyeux, monotone et dystopique. J’ai l’impression d’être une personne folle, debout sur le coin de la rue en criant : ‘Pourquoi cela ne devrait-il pas être un problème plus important pour plus de gens ?’ »

Si Read Write Own est un essai intéressant en faveur de la blockchain et de sa philosophie, il ne mentionne ni les critiques, ni les échecs récurrents dans l'écosystème crypto, et ne s'attaque pas aux questions cruciales sur la lente adoption de la blockchain et les nombreux projets frauduleux…

 

 

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  • Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)
    Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures ! The Power of one - Frances Haugen Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément

Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)

Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures !

The Power of one - Frances Haugen

Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément des informations toxiques et favorisait la violence. Ses révélations, basées sur 22 000 pages de documents internes, ont montré que Facebook était pleinement conscient des dommages qu'il causait.

Après la publication des "Facebook Files", la valeur boursière de l'entreprise a chuté de 75 %, subissant la plus lourde perte en une seule journée jamais enregistrée pour une entreprise américaine cotée en Bourse. Frances Haugen avait rejoint Facebook en 2019, malgré la mauvaise réputation de l'entreprise, dans l'espoir de réduire la désinformation. Elle écrivait alors : “À l’époque, accepter un poste chez Facebook n’apportait aucune valeur ajoutée au CV ; au contraire, cela risquait d’entacher mon image de marque.” Son autobiographie retrace, avec le plus de sincérité possible, son parcours de "nerd", l’absence de considération éthique des boites tech, les risques encourus devant de telles révélations. La lanceuse d’alerte met en garde contre les dangers d'une technologie non régulée et appelle à une plus grande transparence et responsabilité des réseaux sociaux. Elle critique également la dynamique perverse où les compétences acquises par les législateurs sont désormais rapidement récupérées par les géants de la tech avec des offres salariales alléchantes, sapant ainsi les efforts de régulation. Les assistants parlementaires sont ainsi débauchés par les géants de la tech avec des salaires cinq fois supérieurs à ce que leurs sénateurs peuvent se permettre de leur payer… Un récit éclairant sur les “entrailles” de la tech !

Elon Musk - Walter Isaacson

Elon Musk se perçoit comme un « personnage de bande dessinée essayant de sauver le monde », avec des ambitions titanesques et un ego colossal. C’est ce que rapporte Walter Isaacson, qui a suivi l’entrepreneur milliardaire pendant deux ans. Le biographe a ainsi pu observer de près cet « homme capricieux », avec un accès privilégié à certaines réunions, emails et textos de la star de la tech. Il a ainsi été témoin de moments clés tels que le rachat de Twitter, l'explosion en vol de la fusée Starship, et la naissance de plusieurs de ses enfants.

On en retient qu'Elon Musk règne en maître absolu sur ses entreprises. Il impose des réductions drastiques de coûts dans certains domaines tout en insistant pour que d'autres dépenses soient illimitées. Chez Tesla, son obsession pour les détails du design automobile a fait exploser les coûts et vidé la trésorerie de l’entreprise. Lorsqu'il a acquis Twitter, il a licencié 75 % du personnel et s'est réjoui de renvoyer les dirigeants pour les empêcher de percevoir leurs indemnités de départ. Le rachat du réseau social est en partie due à son addiction aux tweets et à son désir de prendre une revanche sur un passé difficile. Ayant été harcelé à l’école en Afrique du Sud, l'entrepreneur souhaitait posséder son « propre terrain de jeu ». Mais comme le souligne le New York Times, « posséder un terrain de jeu ne vous empêchera pas d’être malmené »…

Cette biographie n'est pas une enquête journalistique classique, mais plutôt un exercice d'admiration qui explore les multiples facettes et les démons d’un milliardaire fantasque, qui n’obéit qu’à ses lubies passagères. Divertissant et inquiétant.

Extremely Online : The Untold Story of Fame, Power and Influence on the Internet – Taylor Lorenz

« Je souhaite raconter des histoires qui ont été effacées de l'histoire par Silicon Valley », annonce Taylor Lorenz. Dans son ouvrage, la journaliste tech du Washington Post s'intéresse à un aspect souvent négligé des réseaux sociaux : l'expérience des utilisateurs eux-mêmes. Contrairement à des livres comme Hatching Twitter de Nick Bilton ou No Filter de Sarah Frier, qui se concentrent principalement sur l'aspect corporate des entreprises technologiques, Taylor Lorenz choisit de se pencher sur les individus qui ont façonné et redéfini le paysage des médias sociaux.

L'essai se distingue par son ambition de narrer l'histoire de l'internet social à travers les yeux des utilisateurs, du boom des blogs dans les années 2000 à l'ère de TikTok. La journaliste analyse comment des figures telles que les « mamans blogueuses » ont non seulement influencé le contenu en ligne, mais ont également été des pionnières dans la monétisation de leurs marques personnelles, devenant ainsi les premières influenceuses. « Pendant une grande partie de l'histoire des médias sociaux, Silicon Valley a été extrêmement hostile envers ces utilisateurs influents. Les fondateurs de la tech éprouvaient presque de la rancune face au pouvoir qu'ils exerçaient sur internet. Lorsque la pandémie a éclaté, ils ont commencé à parler de "l'économie des créateurs" comme si c'était quelque chose de nouveau, alors qu'ils l'avaient dénigrée pendant des décennies parce qu'elle était principalement pionnière par des femmes », explique l’ancienne journaliste du New York Times.

Taylor Lorenz explore également comment les adolescents ont réinventé la célébrité à travers des plateformes comme Vine. En mettant en lumière ces acteurs apparemment marginaux, elle révèle comment ils ont perturbé les structures établies du capitalisme moderne, créé de nouveaux secteurs économiques et redéfini les attentes en matière de contenu et de pouvoir.

La journaliste a d’ailleurs appliqué ce qu'elle a observé sur les réseaux sociaux à sa propre promotion. Pour booster la visibilité de son livre, elle a répondu publiquement à un commentaire désobligeant d’Elon Musk : : « En fait, ce qui a vraiment bien fonctionné, c’est quand j’ai répondu à Elon Musk. Il avait dit quelque chose de méchant à mon sujet, et j’ai répliqué en lui suggérant de lire mon livre. Cela m’a rapporté 100 commandes. »

The Anxious Generation – Jonathan Haidt

Chez les jeunes, une crise de la santé mentale est en cours. Jonathan Haidt, dans son livre The Anxious Generation, note une augmentation de 30% des cas de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents, qu’il qualifie d' « épidémie de santé mentale ». Selon le psychologue, les parents échouent en surprotégeant leurs enfants dans le monde réel tout en les « abandonnant » dans le monde virtuel.

Dans son essai, le psychologue propose des solutions pour limiter les effets nocifs de la technologie, telles que l’interdiction des smartphones avant le lycée et des réseaux sociaux avant 16 ans. Il compare les écoles sans interdiction de téléphone à une « apocalypse zombie » où les élèves ne communiquent pas.

Cette critique rejoint l’analyse de l’anthropologue David Le Breton dans La fin de la conversation, qui affirme que les smartphones isolent, non seulement les enfants, mais aussi les adultes : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder. On n’a jamais autant communiqué, mais jamais aussi peu parlé ensemble. »

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Liens vagabonds : L'attentat contre Trump, révélateur d'un paysage médiatique atrophié

Rien de tel qu’une tentative d’assassinat pour alimenter la machine à rumeurs d'Internet. Samedi 13 juillet, l’attentat contre Donald Trump lors d'un meeting en Pennsylvanie, a déclenché une tempête médiatique dès les premières minutes : USA Today, par exemple, a publié son premier article seulement 19 minutes après les coups de feu, avec un titre initial : « Trump évacué de la scène par les services secrets après des bruits forts qui ont effrayé l'ancien président et la foule ». Sur les réseaux sociaux, les spéculations sur le mobile du tireur foisonnent. Et les théories du complot fleurissent dans un terreau fertile de désinformation. Elon Musk n'a laissé passer qu'environ 30 minutes avant de déclarer son soutien financier pour la campagne présidentielle du candidat républicain. Il n’a fallu que 86 minutes à Dave Portnoy, propriétaire du blog Barstool Sports pour poster un lien vers un T-shirt noir avec l'image d'un Donald Trump ensanglanté le poing levé. La soif de sensationnalisme l'emporte-t-elle sur la véracité des faits ? 

Une bataille des récits 

À l’ère des réseaux sociaux, ce drame illustre d’abord l’appétit des utilisateurs pour les fake news. Le journaliste Casey Newton constate : « Les réseaux sociaux détestent le vide, et au cours des 48 heures après l’attaque, les utilisateurs de chaque grande plateforme se sont empressés de le combler avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot, des fabrications et des blagues ». C’est particulièrement le cas sur X, où la plupart des modérateurs de contenus ont été licencié après le rachat de l’entreprise en 2022. La prudence initiale des médias avant de parler de « tentative d’assassinat » a vivement été critiquée, considérée par certains comme une volonté de tromper, alors que les autorités n’avaient elles-mêmes pas encore confirmé la nature des faits.  Elon Musk, par exemple, a twitté au lendemain de l’événement : « Les médias traditionnels sont une pure machine de propagande. X est la voix du peuple » accompagné d’une image montrant plusieurs gros titres de la presse. Un porte-parole du New York Times s’explique : « Les organismes de presse peuvent tolérer les critiques, mais les informations inexactes détruisent leur bien le plus précieux : leur crédibilité ».  

 L'essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta appelle des « réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui reflètent ce que les gens veulent croire. Ainsi la désinformation ne serait pas liée à des mensonges du gouvernement et de la presse, mais plutôt à l’amour du consommateur pour cette dernière : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus » expliquait l’année dernière un article du New York Times.  

L’écosystème informationnel est-il cassé ?  

De son côté, the New Yorker s’indigne : « La tentative d'assassinat d'un ancien président est traitée avec la même légèreté universelle qu'un album pop ou les publicités d'une usine de glycines chinoise ». Les memes internet sont en effet légion depuis l’événement. Un internaute s’amuse même : « vous pensez que les gens dans les années 1800 étaient aussi drôles quand John Wilkes Booth a tiré sur Lincoln ? ». Finalement, les médias ne seraient qu’un rouage d’une grande machine informationnelle qui récompense la rapidité et la provocation : « Il s’agit d’une machine hyper-efficace, vorace, insatiable – qui dévore n’importe quel évènement, quel que soit son ampleur, pour le démanteler jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui qu’une vieille carcasse fatiguée ». 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L’Arcom renforce les règles de contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels (Le Monde)
  • Le « gendarme » de l’audiovisuel joue sa crédibilité avec l’attribution des chaînes TNT, en particulier à CNews et C8 (Le Monde)
  • IA aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : comment les Jeux seront un terrain d'essai pour les nouvelles technologies (The National)
  • « Marianne » : CMI France et Pierre-Edouard Stérin mettent fin aux négociations exclusives face à la « volonté unanime » des salariés (Le Monde)

 

🔈 #Pluralisme | L’Arcom adopte une délibération relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion dans les médias audiovisuels 🔽

Le communiqué de presse : https://t.co/JfRT3BMK90

— Arcom (@Arcom_fr) July 18, 2024

3 CHIFFRES

  • Google s’apprête à racheter la société de cybersécurité Wiz pour 23 milliards de dollars, selon le Washington Post.
  • Netflix compte désormais 278 millions d'abonnés dans le monde, rapporte le New-York Times.
  • 8 % des fandoms de la génération Z monétisent leur intérêt pour les fandoms (par exemple, les « Swifties » professionnels rapporteront et décoderont les nouvelles et les légendes de Taylor pour les fans plus occasionnels), d’après un rapport de YouTube.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Où les journalistes travaillent-ils, si ce n'est pas dans les médias

Source : Washington Post

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Qu'est-ce que l'IA ? Tout le monde pense savoir, mais personne n'est d'accord. Et c'est un problème (MIT)
  • Une tentative d'assassinat à l'ère des réseaux sociaux (Platformer)
  • “Madmoizelle”, de média pop féministe à “vitrine pour contenus” (Arrêt sur Images)
  • Le doomscrolling sur les réseaux sociaux liée à l'anxiété existentielle, la méfiance, la suspicion et le désespoir, selon une étude (The Guardian)
  • Est-ce que les États-Unis ont toujours autant de journalistes ? (Washington Post)

Capture d'écran MIT

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les données qui alimentent l'intelligence artificielle disparaissent rapidement (New York Times)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Pologne : RSF ouvre des discussions prometteuses pour le droit à l'information avec le nouveau gouvernement (RSF)
  • Comment le temps pris par les médias pour vérifier les faits de la fusillade de Trump a engendré une vague de critiques (Washington Post)
  • En Russie, le/la journaliste américain(e) Masha Gessen est condamné(e) par contumace pour avoir critiqué l'armée (Associated Press)
  • Vous êtes plus enclin à croire les fake news diffusées par une personne que vous connaissez à peine que par votre meilleur ami (NiemanLab)
  • Un journaliste italien a été condamné à payer 5 000 euros à la Première ministre Meloni pour un tweet se moquant de sa taille (Reuters)
  • L’EFCSN et l’AFP annoncent un partenariat (AFP)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • RSF et 25 organisations demandent à la présidente de la Commission européenne des garanties fortes en matière de libertés de la presse (RSF)
  • Le gouvernement chinois soutient les entreprises nationales d'IA, mais impose également des règles strictes pour tester leurs modèles de langage (Wall Street Journal)

JOURNALISME

  • Un procureur russe demande 18 ans de prison pour le journaliste Evan Gershkovich (Washington Post)
  • Elon Musk veut que son bot d'IA diffuse les actualités. Il a du mal à accomplir cette tâche (Wall Street Journal)
  • L'Allemagne interdit le magazine d'extrême droite « Compact » (The Guardian)
  • Les éditeurs australiens qualifient de "catastrophique" une éventuelle interdiction des actualités par Meta (Press Gazette)
  • Le Wall Street Journal licencie un journaliste de Hong Kong qui dirigeait un club de presse en difficulté (Washington Post)
  • La presse papier en Haïti est presque éteinte (ijnet)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Spotify et TikTok poussent les artistes à sortir des albums interminables (Business Insider)
  • X ne tient pas ses promesses concernant les nouvelles émissions vidéo (Bloomberg)

ENVIRONNEMENT

  • Comment rendre compte de l'environnement en Ukraine en temps de guerre ?  (The Fix)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Des influenceurs avec des millions de followers soutiennent Trump, mais peu d'entre eux soutiennent publiquement Biden (NBC News)

This is my president. pic.twitter.com/1PP9LKpEq5

— Bryce Hall (@BryceHall) July 13, 2024

  • TikTok a poussé les jeunes électeurs allemands vers un parti d'extrême droite (Wired)
  • Rencontrez les jeunes hommes qui paient pour fréquenter Mogwarts, une école en ligne pour devenir sexy (GQ)
  • Elon Musk souhaite donner 45 millions de dollars par mois pour soutenir Donald Trump (Washington Post)

I fully endorse President Trump and hope for his rapid recovery pic.twitter.com/ZdxkF63EqF

— Elon Musk (@elonmusk) July 13, 2024

  • Elon Musk veut déplacer les sièges de SpaceX et de X de Californie vers le Texas (Wired)
  • Meta permet enfin aux chercheurs d’accéder aux données d’Instagram (The Verge)

📢 New opportunity! Meta and COS have opened an RFP for a pilot program using Instagram data to study social media’s impact on youth well-being. Check out the details and see if it fits your research: https://t.co/jCheql0toa.

— Center for Open Science (@OSFramework) July 17, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Le métavers était censé être votre nouveau bureau. Vous êtes toujours sur Zoom (Wired)
  • L'Apple Vision Pro est désormais disponible au Royaume-Uni, au Canada, en France, en Allemagne et en Australie (MacRumors)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Warner Bros Discovery étudie la possibilité de séparer ses chaînes de télévision (comme CNN) de ses services de streaming (Deadline)
  • Apple est en discussions pour obtenir des licences de films supplémentaires auprès de Hollywood (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le studio de podcasts Paradiso placé en liquidation judiciaire (La Lettre)
  • Les podcasts politiques explosent à l'approche du jour du scrutin (Press Gazette)
  • Après une année difficile, les podcasts reprennent du poil de la bête (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Meta ne lancera pas son prochain grand modèle en Europe (Axios)
  • OpenAI a illégalement interdit au personnel de parler des risques liés à la sécurité, selon des lanceurs d'alerte (Washington Post)
  • Apple, Nvidia, Anthropic ont utilisé des milliers de vidéos YouTube piratées pour entraîner l'IA (Proof)
  • Les résultats fournis par l'IA de Google apparaissent de moins en moins souvent, d'après une étude (The Verge)
  • L'IA est bénéfique pour la créativité personnelle, mais peut nuire à la créativité collective, selon une étude (TechCrunch)
  •  Gemini sera omniprésente dans la diffusion des Jeux olympiques de Paris (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Taboola va vendre des publicités pour Apple (Axios)
  • Les annonceurs ne montrent pas un grand enthousiasme pour les publicités sur Threads proposées par Meta (Digiday)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Au festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, les créateurs de contenus sur le devant de la scène

Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?

Résumé des points clés

Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante

Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur 

  • Comment se définir par rapport à l’autre ? Pour le créateur Gaspard G – fort de 980 000 abonnés sur sa chaîne YouTube d’information généraliste – la réponse varie en fonction du contexte. « Cela dépend des jours et de la personne à qui je m’adresse », explique-t-il. « Je m’efforce de fournir une couverture des actualités la plus objective possible, entouré de professionnels. » Actuellement, il travaille avec une équipe de cinq salariés ainsi que des prestataires externes pour les recherches et les tâches administratives. Les journalistes qui collaborent avec lui possèdent une carte de presse. Un jeune festivalier a d’ailleurs été surpris de découvrir l’ampleur de son équipe : « Je n’étais pas conscient que tu étais aussi entouré », a-t-il commenté, habitué à ne voir qu’un seul visage (devenu logo) sur les vidéos.
  • Jean Massiet, derrière la chaîne Twitch de vulgarisation politique BackSeat, ne s’embarrasse pas d’étiquettes et précise bien qu’il ne rentre pas dans la définition stricte de journaliste : « Mon métier va beaucoup plus loin parce que je suis aussi influenceur, producteur, chef d’entreprise», bref un homme-orchestre aux multiples fonctions, qui souhaite informer avant tout les jeunes. La moyenne d’âge de son public est de 24 ans.
  • Les médias traditionnels effacent progressivement la barrière entre leurs mondes et ceux des créateurs de contenu en ligne. « Ce mépris, ce scepticisme que certains médias ont cultivé semble s’estomper aujourd’hui », observe Gaspard G. « Nous faisons notre métier avec sérieux et obtenons des interviews pertinentes, y compris avec Emmanuel Macron. Ils ont peut-être ressenti de la jalousie en voyant Volodymyr Zelenskyy choisir de s’entretenir avec Hugo Travers, 27 ans, plutôt qu’avec Laurent Delahousse ou David Pujadas », sourit-il. Jean Massiet partage ce sentiment et note un effort de la presse écrite, qui publie désormais « d’excellents articles » sur cet univers, avec « des enquêtes approfondies et bien écrites ». Cependant, il souligne que la télévision reste encore « réticente au possible » à l’égard du monde du web, qui bouscule les codes de l’information depuis cinq ans.
  • Les médias traditionnels s’allient directement aux créateurs de contenus. France Télévisions collabore ainsi avec Hugo Décrypte pour l'émission "Face Cachée", produite par France 2 et Unfold, la société de production de Hugo Travers et Squeezie. Le partenariat fonctionne de la manière suivante : une semaine après la diffusion de l'émission, France TV perd les droits ou les co-partage pour permettre sa diffusion sur la chaîne privée d'Hugo Décrypte. Cet effort, bien que « louable », ne porte pas ses fruits, estime le journaliste de TF1 Paul Larrouturou, un autre intervenant, pour qui le succès n'est pas au rendez-vous. La recette d’une collaboration réussie reste encore à trouver.

Les partenariats, le bât qui blesse

  • Pour faire vivre cette nouvelle manière d’informer sur les réseaux sociaux, la plus grosse problématique reste le financement, estime Gaspard G. Il a dû lui-même limiter la couverture internationale de son média – trois voyages sur le terrain en douze mois (Israël, Nouvelle-Calédonie, Ukraine) – en raison des « coûts astronomiques » de tels projets pour une structure encore fragile. « Aujourd’hui, malheureusement, on ne dispose pas d’aides publiques, et notre génération n’a pas l’habitude de payer pour l’info », estime-t-il. Pour assurer ses arrières, le créateur de contenu n’hésite donc pas à faire appel aux annonceurs. « On fait avec nos armes pour pouvoir créer un modèle de revenu et payer nos équipes », justifie-t-il. Dans ses vidéos d’actualités, il représente ainsi les intérêts de ses clients. « Pendant une minute, il peut m’arriver de parler d’un VPN, d’une marque, d’un service », explique-t-il. C'est pourquoi certains hésitent à le considérer comme un journaliste. Selon la charte de Munich, le "Saint Graal du journalisme", il ne faut "jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs". « Je te considère comme un confrère. La grande question reste le modèle économique. Moi, je suis salarié d’une rédaction, j’ai le confort d’avoir un salaire qui tombe tous les mois », répond Paul Larrouturou, ancien de Quotidien.

De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus

  • Pour Backseat, le fonctionnement repose sur un modèle similaire. L'émission est majoritairement financée par du financement participatif (au moins les deux tiers), tandis que le reste provient de partenariats. En tout, le budget annuel s'élève à un demi-million d'euros. « Mon public ne m'en veut absolument pas pour les partenariats, parce que je leur explique à quoi ils servent. Je m'assure toujours que le partenariat ait un intérêt éditorial. Cela ne m'intéresse pas de faire de la publicité pour une marque dont je me fiche. En revanche, interviewer le PDG d'une entreprise pour poser des questions citoyennes et faire le lien avec ma chaîne où je parle politique, ça m'intéresse », raconte Jean Massiet. Le streamer affirme être l'un des leaders auprès d'un public particulièrement difficile à atteindre : les jeunes. La plupart de ses clients sont des institutions souhaitant s'adresser aux jeunes, « pas forcément pour faire passer des idées, juste pour dire bonjour », comme l'a fait récemment la Cour des comptes.
  • En fin de compte, la transparence envers son audience est essentielle. Il s'agit toujours de maintenir la confiance par l'explication et la justification. « L'enjeu, c'est la confiance et la crédibilité envers ton public. Il n'y a pas forcément de règles écrites. Il y a une loi qui encadre les influenceurs, mais elle a été rédigée avec les pieds », estime Jean Massiet. « L'important est de ne pas perdre la confiance que les gens placent en nous. C'est un contrat de confiance, une sorte de common law qui se développe avec le temps entre les influenceurs et leur public, en l'absence de règles plus précises imposées par les plateformes. » Il n'est d'ailleurs pas favorable à ce que les plateformes imposent leurs règles, car ce sont des entreprises américaines avec une culture américaine, dont les règles s'appliquent encore mal en Europe.
  • Par ailleurs, cette transparence est de plus en plus demandée par l'audience, rappelle le journaliste Vincent Manilève, notamment depuis les polémiques sur les placements de produits effectués par les « influvoleurs ». Il estime qu'une prise de conscience a eu lieu depuis.

Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus

  • « Le public est un outil de contrôle démocratique », rappelle Jean Massiet. L’audience exige désormais que les vidéos et les images soient sourcées. Selon une étude du Financial Times, avoir des sources fiables, en lesquelles les jeunes peuvent avoir confiance, arrive en priorité dans les demandes des jeunes.

William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique

  • Depuis le bad buzz de Squeezie (Lucas Hauchard), la vigilance du public a redoublé, selon Vincent Manilève. En 2019, le plus grand YouTubeur français (catégorie formats longs) a publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques aux théories scientifiques. « Ça reste une vidéo "théorie du complot" », s'était-il excusé. « C'était une vidéo de désinformation massive, alors qu'il avait une responsabilité éditoriale », explique le journaliste spécialisé dans Internet. Finalement, Squeezie a présenté ses excuses et supprimé la vidéo, bien qu'elle soit encore disponible sur DailyMotion. Depuis cet incident, il veille à sourcer et citer ses références, notamment le New Yorker.
  • Apprendre à utiliser des sources fiables et à respecter le cadre légal est un exercice complexe pour les YouTubeurs. Pour Gaspard G, l'utilisation d'extraits d'archives a été particulièrement ardue. Lorsqu'il a commencé à réaliser des vidéos avec son monteur, il a été plongé dans un « Far West total », ne disposant pas comme dans les grandes rédactions de services juridiques. « Un nombre incalculable de nos vidéos ont été retirées de la plateforme parce que nous n'avions pas tous les droits nécessaires pour citer des archives de TF1, France 2, Blast, Mediapart. Je pensais que cela relevait du droit de citation, mais ce n'était absolument pas le cas », se remémore-t-il. Parfois, la source n’était pas correctement citée ou l'image était zoomée avec une texture superposée, dissimulant ainsi le watermark de la chaîne. En conséquence, ils ont reçu de nombreuses mises en demeure et des vidéos entières ont été supprimées de leur chaîne. Aujourd'hui, le YouTubeur a amélioré ses pratiques et s'appuie sur l'INA, qui propose un forfait permettant aux créateurs de contenus d'utiliser les archives pour un total de 1000 euros par an.
  • Pour que l’apprentissage continue de manière pérenne, l’UNESCO a ainsi un mandat sur l’éducation aux médias et met en place un programme pour ces créateurs de contenus qui les aident à « avoir les bons codes pour informer », note Vincent Manilève. Lui-même, en tant que journaliste web spécialisé, est en contact avec une université des Etats-Unis pour les aider à retranscrire et localiser un cours en ligne à destination des influenceurs pour les aider à mieux informer et à suivre les règles de déontologie.

L’avenir ?

  • Comment les créateurs de contenu voient-ils l’avenir ? « Pas à la télévision », rétorque Jean Massiet : « Si la télé reste majeure en termes d’audience, en termes de génération, il y a un décrochage qui est absolument phénoménal ». Lors de la saison 2022-2023, l'âge moyen des téléspectateurs du journal télévisé de France 2 était de 63 ans et de 57 ans pour celui de TF1, selon Médiamétrie. Il cite ainsi Ikea qui a fait un rapport sur l’aménagement intérieur des ménages dans les pays développés. Aucune télévision n’était représentée devant les canapés. « Cette modification anthropologique est une très mauvaise nouvelle pour la télévision, qui va disparaître des salons des gens» prédit-il. Plus prosaïquement, il ne voit pas l’avenir de sa chaîne sur le format télévisé en raisons de coûts de production. « C’est scandaleusement cher de maintenir à flot une chaîne de télévision. Sur LCP, Public Sénat, c’est 7,5 millions d’euros d’infrastructures par an ! », dénonce le vulgarisateur.
  • Gaspard G anticipe une spécialisation progressive des créateurs de contenus dans les cinq à dix prochaines années. « À l'heure actuelle, Hugo Décrypte fait du JT, je couvre l'actualité froide, et Charles Villa s'intéresse aux sujets d'actualité brûlants… Nous verrons une montée en puissance de YouTubeurs qui choisiront de se spécialiser dans des créneaux particuliers du journalisme. Il est aussi essentiel de permettre à ces jeunes structures de trouver leur équilibre financier, car les coûts peuvent être très élevés », observe-t-il.

Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life »  – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.

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  • D'Albert Londres aux influenceurs artificiels : c'est quoi être journaliste ?
    C’est une audace, voire une provocation. Tenter de répondre à la question « En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », relève d’une évidente prise de risque. Tant la réponse est manifestement connue. Par Hervé Brusini, président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur en chef de France Télévisions Le ou la professionnelle de l’information a pour emploi la négation même de sa fonction. Telle est l’idée du moment, truquer, désinformer, mentir sont ses gestes quotidiens. Voilà en

D'Albert Londres aux influenceurs artificiels : c'est quoi être journaliste ?

C’est une audace, voire une provocation. Tenter de répondre à la question « En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », relève d’une évidente prise de risque. Tant la réponse est manifestement connue.

Par Hervé Brusini, président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur en chef de France Télévisions

Le ou la professionnelle de l’information a pour emploi la négation même de sa fonction. Telle est l’idée du moment, truquer, désinformer, mentir sont ses gestes quotidiens. Voilà enfin démasqué le jeu qui est le sien, avec à la clé, défiance et rejet. L’acte d’accusation est dressé, la condamnation, forcément sans appel. Le trait peut sembler forcé, il reflète néanmoins les enquêtes d’opinion conduites depuis belle lurette. Bien sûr, face à une telle désaffection, le coupable souhaite faire entendre qu’il n’y est pour rien, arguant de la fameuse présomption d’innocence. À défaut d’être « objectif » (vocable que l’on pensait être un vieux mot appartenant à un vieux débat), je suis « honnête », dit-il. Et de dénoncer les « fakes news » et les réseaux sociaux comme grands adversaires et pourvoyeurs de chaos « informationnel » (pour le coup, nouveau mot forgé afin de décrire le champ de l’actuelle tourmente).

Au fil des années, le journaliste s’est vu convoqué – souvent par lui-même – à un apprentissage toujours plus sophistiqué, consacré aux techniques de la désinformation, de la fausse nouvelle et autres infox pour mieux les déjouer, les combattre. Tout naturellement, l’apprentissage du journaliste est allé, et va de pair avec celui du public et c’est tant mieux car absolument salutaire. L’éducation aux médias est donc devenue un devoir du journalisme nouveau à l’adresse des jeunes générations, ainsi que de tous les citoyens et citoyennes. Comme une raison de survie en démocratie. Or, chemin faisant, l’équation information/fake news s’est installée, faisant par exemple, du pape en doudoune blanche une représentation plus connue du « Saint-Père » que ses portraits officiels. Penser François c’est d’abord le voir accoutré de ce qu’il n’a jamais porté. Dans cette éducation essentiellement braquée sur la fabrique du faux, tout se passe comme si l’enseignant chargé d’instruire la peinture, se focalisait sur les faussaires. Le peintre devient un second plan, la contrefaçon occupe le premier. Périlleuse pédagogie quand semble-t-il, la dose du poison peut devenir supérieure à celle du bienfait. Tout accaparé par ce champ nouveau, sur le fond, le journalisme répond à la question de son utilité, par une évidente raison d’être : ma fonction première, clame-t-il, c’est informer. Qu’entend-on par là ? Rapporter des faits, en ajoutant la mention « vérifiés », tel est aux yeux du monde démocratique, le gage, la définition moderne de sa qualité. Un peu comme penser c’est exister, informer/valider revient à exercer le journalisme. Voilà qui présente un inconvénient  : séduisante, la définition renvoie fortement à elle-même. Sans véritable épaisseur, elle est pour le moins circulaire, et donc sans grande chance d’expliquer concrètement ce singulier métier. Car ce dernier s’évertue à se considérer comme s’il avait toujours été là. Or, il y eut bien un « avant » la presse. Le récit lui-même si cher aux articles des reporters, cette narration qu’ils et elles ont mis et mettent en mouvement, trouve ses origines à des temps anciens où micros, caméras et rotatives flottaient encore dans les limbes.

L’Antiquité, en effet, n’usait que le roseau pour raconter les guerres. Et pourtant, c’est bien là que tout a commencé. Peu à peu, des arts de faire, des procédures ont établi les fondations du journalisme bien avant la naissance de ce mot. Et puis la feuille imprimée est arrivée. Avec elle, l’information de masse a pris son essor, facilitée par les lois sur la liberté de la presse ou sur l’instruction obligatoire. Jadis très prisé, le feuilleton racontait, le reportage aussi. Sa déambulation sur le terrain, sa vision des choses, sa rencontre avec de multiples témoins. Des signatures attiraient leurs lecteurs… Tout cela a forgé un puissant dispositif de vérité. Puis, l’interview venue des États-Unis dans les années 1900 a complété ces techniques de production du réel. Outre-Atlantique, des femmes, appartenant à un groupe qualifié de muckrakers (fouille-merde), ont initié le journalisme d’immersion et la collecte de données. L’enquête, l’investigation leur doit beaucoup. Que sait-on aujourd’hui de tout cela ? Fort peu, car l’intérêt n’est pas vraiment au rendez-vous. Si prompt à avancer « la mise en perspective » ou « la contextualisation » pour comprendre un conflit, une actualité, une question de société, le journalisme répugne à s’administrer les remèdes qu’il préconise. L’Histoire semble être pour lui un sépia nostalgique, pourquoi pas sympathique, mais en tout état de choses, une perte de temps. Pire, en soi, l’information semble échapper à l’Histoire. Après tout la question « Quel temps fait-il aujourd’hui ? » s’est toujours posée. Voilà une info, pourquoi donc aller chercher plus loin. En revanche, la technologie, l’économie, les rapports de forces… sont volontiers avancés comme les marqueurs d’évolution, lorsque le passé retrouve ici et là quelques couleurs. Tout cela existe bel et bien, et l’influence de ces facteurs est puissante. Mais la définition détaillée, concrète de la construction de l’information, n’est guère explorée et a fortiori promue. On lui préférera le plus souvent, l’autre évocation « d’une construction » au sens manipulatoire du terme. Voilà qui est bien plus croustillant, certainement.

Triste constat d’une non-prise en compte d’un passé pourtant structurant. Ainsi, les crises qui ont secoué la presse à la fin du XIXe et du début XXe siècle, sont en grande partie méconnues, même si elles parlent des rapports existants entre public et journalisme. Les valeurs actuelles exigées du et par le monde de l’information sont issues de retentissants scandales de l’époque, avec pour toile de fond, la corruption, la propagande. La déontologie, pour un « journalisme digne de ce nom », a connu sa première charte rédigée noir sur blanc, comme un puissant contrat social. Pourquoi  ? Parce que la défiance massive que nous connaissons, a commencé à s’installer dès cette époque. La question de l’indépendance occupant d’hier à aujourd’hui une place prépondérante. Là encore, qu’en est-il de la mémoire entretenue de ces grands enjeux ? Lui consacre-t-on suffisamment de temps pour que soient transmises les leçons à en tirer ?

« En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », souvent cela revient à vivre un désarroi, une violence potentielle physique ou morale, avec à terme la tentation d’un désengagement. La perte de mémoire à son propre endroit est peut-être à ce prix. Comment en effet affronter le présent numérique et sa déferlante en ignorant son passé par ailleurs structurant ? On parle si souvent de disruption dans les médias, mais que sait-on de la continuité, de la sédimentation des techniques d’élaboration des faits ? Et puis, il y a ce choc : le smartphone en mode vigilance permanente, le public maîtrise désormais les codes et techniques des expressions écrites et vidéos. La fonction journaliste est donc peu ou prou confrontée à ce savoir-faire aujourd’hui partagé. Pour autant les citoyennes comme les citoyens ne sont pas des journalistes au sens où l’histoire même de l’information a « construit » ce que l’on peut appeler « une fonction sociale en démocratie ». Et pourtant. Et pourtant, elles et ils inventent de nouveaux formats, de nouvelles langues, des communautés… Passionnantes ouvertures. Les réseaux sociaux drainent certes, haine et abjection, mais l’innovation, le sourire et l’intelligence sont aussi de la partie. Des rôles inédits apparaissent. Vieux et nouveau monde coexistent dans cet univers immatériel aux lourdes conséquences matérielles. Les uns « informent », les autres à présent « influencent ». Pour le plus grand plaisir du marketing. Le logiciel fait tourner les toiles sociales à plein régime d’enfermement. Le blogueur d’il y a presque 20 ans fait déjà figure de vieille lune. L’IA promet d’accroître les performances des pauvres humains à la productivité numérique réduite. Pour forcer la cadence en posts, voici que se démultiplie bientôt l’IA, entendez Influence Artificielle. Redoutable et enthousiasmant.

En quoi consiste alors le journalisme dans cette déflagration des discours ? De solides éléments de réponse sont à trouver dans ce retour sur l’Histoire. Les fondamentaux de l’information sont là, jour après jour, on les voit au fil des décennies, en cours d’élaboration jusqu’à l’actuel paysage médiatique et sa surabondance. Alors, l’éducation aux médias invoquée par tous ne peut laisser sur le côté cette longue chronique de vérités quotidiennes, essentielles – redisons-le – en démocratie. Nul doute que les États généraux de l’information actuellement en cours, dont la restitution est prévue pour juin 2024, auront à cœur d’insister sur cette production de savoir, pour tenter de retrouver quelques balises bien utiles si l’on veut répondre réellement à la question : « Mais en quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? ».

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  • Influenceurs : les nouveaux journalistes ?
    Les médias collaborent de plus en plus avec des influenceurs en espérant toucher un public jeune : des pratiques qui agacent parmi les journalistes. Pourtant, à mesure que les réseaux sociaux prennent une place centrale dans la diffusion de l’information, certains journalistes se mettent à suivre les codes des influenceurs, au point que les frontières se brouillent entre l’influence et le journalisme. Par Salomé Saqué, journaliste et autrice de Sois jeune et tais-toi Vêtue d’une longue robe de g

Influenceurs : les nouveaux journalistes ?

Les médias collaborent de plus en plus avec des influenceurs en espérant toucher un public jeune : des pratiques qui agacent parmi les journalistes. Pourtant, à mesure que les réseaux sociaux prennent une place centrale dans la diffusion de l’information, certains journalistes se mettent à suivre les codes des influenceurs, au point que les frontières se brouillent entre l’influence et le journalisme.

Par Salomé Saqué, journaliste et autrice de Sois jeune et tais-toi

Vêtue d’une longue robe de gala dorée, Léna Situations pose sur le tapis rouge des César. Dans la légende de cette photo postée sur son compte Instagram, elle écrit : “J'entends que ma place puisse déranger. Je peux comprendre que je ne suis pas dans la case dans laquelle j'ai commencé ou bien celle dans laquelle certains aimeraient que je reste. Mais je ne me sens jamais autant à MA place que quand à travers le digital je peux réunir des curieux et partager des moments avec des passionnés.”

L’une des influenceuses les plus puissantes du monde répond en ce début d’année 2024 à une polémique montante. Lorsque Canal + a annoncé qu’elle couvrirait la cérémonie en interviewant les stars de cinéma lors de l’événement - un exercice traditionnellement réservé aux journalistes spécialisés dans ce domaine - une bonne partie de la profession a grincé des dents : “Force aux jeunes journalistes férus de cinéma qui auraient kiffé la place de Léna ! (...)  pourtant les jeunes journalistes pépites ça manque pas. Dommage qu’ils n’aient pas assez de followers” . Ce tweet visionné près de 2 millions de fois a été posté par la journaliste Camélia Kheiredine et commenté pendant plusieurs semaines. Les influenceurs seraient-ils en train de remplacer les journalistes ? Le débat est ouvert.

Il faut dire qu’ils possèdent un atout de taille que les grands médias s’arrachent : une audience très large, et particulièrement jeune. Ce graal suscite les convoitises du côté des rédactions, qui cherchent désespérément à atteindre la génération Z. 

Les jeunes, détournés des médias traditionnels 

Or la plupart des jeunes ne s’informent plus via la télévision ou la radio, et encore moins par la presse écrite. Du moins, ce n’est pas leur porte d’entrée vers l’information. D’après le 34ᵉ baromètre Kantar Public, les trois quarts des 18-25 ans s’informent d’abord sur Internet. Près de la moitié d’entre eux s’informent même exclusivement sur les réseaux sociaux. Ils sont donc majoritairement interpellés sur ces plateformes, avant d’être éventuellement reconduits vers les sites des médias traditionnels. Dans ces circonstances, les influenceurs jouent naturellement un rôle crucial, car ce sont eux qui dominent les réseaux sociaux : ils peuvent recommander, ou non, tel ou tel événement, tel ou tel média, relayer une information en particulier et faire basculer le destin d’un article ou d’une vidéo. Le Digital News Report 2023 du Reuters Institute, qui a interrogé près de 100 000 jeunes à travers le monde, révèle que 55 % des utilisateurs de TikTok et de Snapchat et 52 % des utilisateurs d'Instagram (des plateformes essentiellement utilisées par des jeunes) s’informent via des influenceurs. Alors que la télévision est en perte de vitesse avec une audience toujours plus âgée, les médias cherchent naturellement à adapter leur contenu et leur approche pour reconquérir cette audience jeune et dynamique. Dans ce contexte, employer des influenceurs disposant d’une audience clé en main semble être la réponse toute trouvée à cette problématique.

Post Instagram de Léna Mahfouf deux jours après la cérémonie des César 2024

Les influenceurs, aussi compétents que des journalistes ? 

Seulement les influenceurs peuvent-ils réellement faire le travail des journalistes ? Le projet présente plusieurs limites. Premièrement, ils ne disposent pas de la formation propre aux journalistes : à savoir recouper ses sources et vérifier les faits par exemple. Ils sont rarement enquêteurs, et à plusieurs reprises, une partie d’entre eux a même diffusé de fausses informations. Cela a été particulièrement frappant pendant la pandémie. Une autre étude du Reuters Institute a prouvé que les influenceurs ont été à l’origine de 20% des publications de fausses informations à cette période. N’est pas influenceur-journaliste qui veut.

Deuxièmement, ils ne se financent pas de la même manière. Là où les journalistes sont financés par des rédactions censées leur garantir une certaine indépendance, le métier des influenceurs consiste à être payé par des marques dont ils font la promotion. C’est cet aspect là de la polémique autour de Léna Situations que la journaliste culture Paloma Clément-Picos déplorait en janvier 2024. Pour elle, le problème avec cette séquence réside dans le fait qu’elle côtoie des journalistes en s’adonnant à un exercice similaire : « Le problème des équipes marketing, c'est de mettre tout le monde dans le même panier, à savoir : les journalistes payés par des rédactions et des influenceurs qui sont souvent payés par les studios pour faire du contenu » explique-t-elle au micro de Mouv. 

Alors bonne ou mauvaise initiative, la question divise jusque dans les rangs de la profession. La journaliste pour France Inter Marion Mariani, est elle plus indulgente avec la présence de l’influenceuse : “on ne demande pas à Léna son expertise dans le cinéma, mais d’animer un tapis rouge avec sa personnalité et sa fraîcheur. D’ailleurs le live de Canal +, sur la chaîne, était assuré par les journalistes habituels qui sont des spécialistes cinéma. Il y en a donc pour tout le monde !”

Quand les journalistes deviennent des influenceurs  

Si l’on s’attarde beaucoup sur ces supposés “remplacements” de journalistes par des influenceurs, l’indignation est moins importante concernant les journalistes qui deviennent eux-mêmes des influenceurs. À ce titre, Hugo Clément fait figure de cas d’école. Formé dans l’une des meilleures écoles de journalisme du pays, il a commencé un parcours classique dans la profession, via France 2 puis Le petit journal, tout en occupant progressivement une place croissante sur les réseaux sociaux. En quelques années, il est devenu la référence française du journalisme sur internet. Aujourd’hui, ses 2,5 millions d’abonnés tous réseaux sociaux confondus (Instagram, X, et Tik-Tok) en font le journaliste le plus suivi de France. Il possède une force de frappe plus importante à lui tout seul que beaucoup de médias réunis, et son média Vakita lancé en 2022 cartonne : bientôt 1 million d’abonnés cumulés. Pourtant, cette audience exceptionnelle ne se traduit pas nécessairement par un report d’audience des jeunes sur l’audiovisuel traditionnel. Preuve en est, lorsque France 2 lui confie en janvier 2024 les rênes d’une émission grand public, Nos grandes décisions, les abonnés ne suivent pas complètement le mouvement malgré une intense promotion sur les réseaux sociaux. Les audiences n’ont pas dépassé les 592.000 personnes.

Force aux jeunes journalistes férus de cinéma qui auraient kiffé la place de Lena ! Quand ils souhaitent rajeunir leur cible dans ce milieu, ils font appel à des influenceurs pourtant les jeunes journalistes pépites ça manque pas. Dommage qu’ils n’aient pas assez de followers ☺ https://t.co/XrDYrRbDv3

— Camélia Kheiredine (@cameliakheir) February 24, 2024

Cette visibilité hors norme sur internet auprès d’un public parfois peu friand des contenus médiatiques fait des émules. Le journaliste et présentateur de Questions pour un Champion Samuel Etienne, fier d’une longue carrière dans l’audiovisuel français, s’est mis sur le tard à l’influence, avec un succès remarqué. Il investit la plate-forme de streaming Twitch en 2020, initialement pour faire le pont entre journalisme traditionnel et public jeune adepte des réseaux, avec sa désormais célèbre revue de presse quotidienne. Mais le succès est tel que le journaliste quitte France Info en 2023 pour se consacrer entre autres à cette plateforme. Il est désormais l’un des créateurs les plus suivis de Twitch (près de 800 000 abonnés) où il continue à rendre accessible le travail de ses confrères entre deux parties de jeu vidéo.

Dans leur sillage, de plus en plus de jeunes journalistes s’expriment en leur nom propre sur les réseaux et y créent un contenu unique, à l’instar de Charles Villa, Nesrine Slaoui ou Marine Périn (Marinette) par exemple, tout en collaborant régulièrement avec des grands médias. Le tout dans un contexte où il est de plus en plus attendu des journalistes de cette génération qu’ils amènent avec eux une audience fidélisée : cela fait désormais partie des atouts à mettre en avant sur un CV. Un changement de paradigme qui brouille là encore un peu plus les frontières entre journalistes et influenceurs.

Hugo Décrypte, modèle hybride 

Si Hugo Clément est le journaliste issu des médias traditionnels le plus suivi de France, il est devancé, et de loin, par son homonyme Hugo Travers (Hugo Décrypte sur les réseaux sociaux), qui semble incarner le parachèvement de cette hybridation. Il représente littéralement la figure du journaliste influenceur. S’il expliquait récemment se sentir plus “youtubeur” que journaliste (bien que son audience soit désormais plus importante sur TikTok ou Instagram que sur ce pure player) il s’adonne indéniablement à une activité journalistique (décryptage, reportages, vérification des sources…). Il touche plus que n’importe qui les 15-34 ans avec un contenu informationnel et son influence ne cesse de grandir. Le créateur de 27 ans a interviewé lors des dernières campagnes électorales l’intégralité des candidats -qui ne peuvent plus se passer de sa visibilité-, a reçu à deux reprises le président de la République, et interviewé des grands noms du cinéma contemporain tels que Zendaya ou Timothée Chalamet, en passant par le milliardaire Bill Gates ou encore le président ukrainien en pleine guerre avec la Russie. Bref, il est devenu incontournable, et s’assume en influenceur. Il est d’ailleurs ami avec des rois de l’influence tels que Seb La Frite, Léna Situations ou encore Squeezie. Il apparaît régulièrement dans leurs vidéos de vacances, et obtient des entretiens avec eux auxquels aucun autre journaliste ne pourrait prétendre. Cerise sur le gâteau du mélange entre influence et journalisme, il a récemment créé une plateforme de mise en relation entre candidats et recruteurs. Financée par les entreprises qui doivent payer pour bénéficier de sa visibilité, les jeunes peuvent y retrouver des offres d’emplois, CDI, CDD, alternances et autres stages.

Alors que l’on apprécie ou non cette nouvelle approche médiatique et ces nouvelles figures du journalisme-influence, force est de constater qu’ils parlent aux plus jeunes, là où les médias traditionnels échouent en grande partie. Nombreux sont ceux qui, dans les médias, voient en ces influenceurs (de divertissement ou non) un chemin pour délivrer du contenu journalistique aux plus jeunes, à l’image d’Elise Lucet. Cette journaliste de renom donne depuis quelques temps des entretiens à des influenceurs ultra puissants, à l’instar de Léna Situations ou Mac Fly et Carlito. Au vu de son nombre croissant d’abonnés sur les réseaux sociaux, c’est à se demander si la papesse du journalisme d’investigation télévisé ne devient pas elle-même une “journaliste influenceuse”. Ce qui amène à se demander si un influenceur n’est pas surtout quelqu’un qui a de l’influence. Influence qu’il peut acquérir via des contenus commerciaux, divertissants, mais aussi journalistiques.

Au fond, la question n’est pas vraiment de savoir si certains influenceurs peuvent faire un travail de journaliste puisque l’on a vu que oui. L’objectif est plutôt de savoir : comment faire pour que les journalistes (re)trouvent de l’influence ? 

Épisode de Janvier 2024 de l’émission de MacFly et Carlito, Table Ovale, intitulée « Le journalisme d’aujourd’hui feat Élise Lucet et HugoDécrypte »

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  • Les réseaux sociaux, nicotine des jeunes ?
    Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le Ne

Les réseaux sociaux, nicotine des jeunes ?

Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le New York Times.

« La crise de santé mentale chez les jeunes est une urgence »

Les données révèlent une véritable crise nationale de la santé mentale chez les jeunes, exacerbée par l’utilisation excessive des réseaux sociaux. Selon Jonathan Haidt dans son livre « The Anxious Generation », le nombre d’enfants et d’adolescents souffrant de dépression et d’anxiété a bondi de près de 30% ces dernières années, aboutissant à une "épidémie de maladie mentale". Vivek Murthy souligne que les adolescents passant plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux courent deux fois plus de risques de présenter des symptômes d’anxiété et de dépression. En moyenne, les adolescents y passent près de cinq heures par jour, augmentant considérablement leur risque de problèmes de santé mentale. Une récente étude de l’Ofcom « Children’s Media Lives » révèle même que les enfants passent entre six à huit heures par jour sur ces plateformes.

Un cercle vicieux

Piégés, les enfants ne peuvent pas quitter les plateformes parce qu’elles sont conçues sournoisement pour les maintenir captifs. « Imaginez un adolescent face aux meilleurs ingénieurs produits du monde, utilisant les sciences cérébrales les plus avancées pour maximiser le temps passé sur une plateforme », déplore le médecin chef. S'y ajoute la pression sociale quand le principal sujet de discussion dans la cour de récréation est telle ou telle nouvelle tendance découverte sur les réseaux. D'emblée, le combat s'annonce inégal.

Des effets néfastes

Les réseaux sociaux ne se contentent pas de rendre les jeunes addicts ; ils poussent à la dépression et exposent intensément à des contenus choquants. Comme un poison lent, ils minent lentement mais sûrement l'estime, en construction, des adolescents. En 2021, la série « Facebook Files » du Wall Street Journal a révélé que la plateforme exacerbait les problèmes d’image corporelle chez un tiers des adolescentes. Récemment, ce même journal a dévoilé qu’Instagram recommandait régulièrement des vidéos à caractère sexuel aux comptes d'enfants de 13 ans, et ce, quelques minutes après leur première connexion ! 

TikTok n'est pas en reste. En novembre, Amnesty International avait publié un rapport intitulé « Poussés vers les ténèbres », soulignant que le fil « Pour toi » de TikTok encourageait la mutilation et les idées suicidaires chez les jeunes. « Ils sont rapidement entraînés dans des spirales de contenus potentiellement dangereux, notamment des vidéos idéalisant et encourageant les pensées dépressives », avertissait le rapport.

Les messages de prévention : un début de lutte

Bien que les messages de prévention puissent sembler cosmétiques, ils favorisent bel et bien la prise de conscience et le changement des pratiques. Mais ce n'est qu'un début. Le Congrès doit agir pour renforcer les efforts de protection : empêcher les plateformes de collecter des données sensibles sur les enfants, restreindre l’utilisation de fonctionnalités telles que les notifications push, la lecture automatique, et le défilement infini. Les entreprises doivent être tenues de partager toutes leurs données sur les effets sur la santé avec des scientifiques indépendants et le public. « Pourquoi avons-nous échoué à répondre aux dangers des réseaux sociaux alors qu’ils ne sont ni moins urgents ni moins répandus que ceux posés par des voitures, des avions ou des aliments dangereux ? », interroge Vivek Murthy. « Ces dangers ne sont pas un échec de volonté et de parentalité : ils sont la conséquence de la libération de technologies puissantes sans mesures de sécurité adéquates, sans transparence, ni responsabilité ». Le commissaire européen Thierry Breton a justement rappelé sur Twitter au mois d'avril un message important : « Nos enfants ne sont pas les cobayes des réseaux sociaux ».

Prendre des mesures à l'échelle individuelle

À titre individuel, il est aussi nécessaire de prévoir des « zones sans technologie ». Dans les Cévennes, des collégiens addicts aux réseaux sociaux ont passé ainsi quatre jours à randonner sans smartphone, rapporte Le Monde. L'objectif : les aider à se déconnecter des écrans, avec pour seuls réseaux sociaux... des ânes.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Législatives 2024 : l'effet dissolution booste les médias d'information (Les Echos)
  • Bardella adulé sur TikTok, la gauche contre-attaque (Mediapart)
  • Législatives 2024 : comment les médias de Vincent Bolloré orchestrent l’alliance du RN et de la droite (Le Monde)
  • Le Rassemblement National déclare qu'il privatiserait la télévision publique française s'il obtient la majorité (The Guardian)
  • Davantage « d’éditorialistes de droite et droite + » : la consigne de BFMTV à ses programmateurs (Mediapart)
  • La famille Arnault s’invite dans le capital de Webedia (CB News)
  • Burkina Faso : la chaîne d’information TV5Monde suspendue pour six mois (Le Monde)
  • La France se place en tête du financement de l’IA générative en Europe (TechCrunch)
  • Radio : l’Arcom fixe l’objectif de basculer au tout-numérique en 2033 (The Media Leader)

3 CHIFFRES

  • La NBC a acquis les droits de diffusion des JO jusqu’en 2032 contre 7,8 milliards de dollars, selon Variety.
  • Cafeyn devient le principal acteur des kiosques numériques français en rachetant pour 4,5 millions d’euros son concurrent principal, Toutabo/ePresse, selon la Correspondance de la Presse.
  • Facebook est le réseau social le plus utilisé par 67 % des Français, suivi d'Instagram selon YouGov.

It's going to be a scene on the Seine. 🤩

Don't miss the #ParisOlympics Opening Ceremony on Friday, July 26 on @nbc and streaming on @peacock. pic.twitter.com/NMgOwL5kC8

— NBC Olympics & Paralympics (@NBCOlympics) June 18, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La France se classe toujours parmi les pays ayant le moins de confiance dans les médias.

Source : Reuters Institute

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • A l’ère numérique, les magazines haut de gamme spécialisés dans les activités de plein air prospèrent en version imprimée (New York Times)
  • Perplexity, machine à “bullshit” (Wired)
  • Les influenceurs des médias sociaux ne deviennent pas riches - ils peinent à joindre les deux bouts (Wall Street Journal)
  • Milliardaires, secrets, Zegnas : la soif de pouvoir de Will Lewis (Daily Beast)

Illustration par Thomas Levinson / Daily Beast / Gettty

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Apple propose l'enregistrement et la transcription gratuits des appels sur les iPhones ; les journalistes se réjouissent (NiemanLab)
  • Stanford met fin à son programme anti-fake news : une première victoire pour Donald Trump (Platformer)
  • Hugo Décrypte est plus cité comme source d’info que Le Monde, Le Figaro et Libé réunis (Huffington Post)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'État islamique a propagé de fausses vidéos imitant CNN et Al Jazeera (Wired)
  • L’Unesco alerte sur la « réécriture de l’Holocauste » par l’intelligence artificielle (La Croix)
  • Comment attaquer la BBC est devenu une constante des élections au Royaume-Uni (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • DMA : plusieurs médias européens demandent une pression accrue sur Google et Apple (mindmedia)
  • « Chat control » : dans la lutte contre la pédopornographie, revers pour le projet de règlement européen de surveillance des messageries (Le Monde)

Signal strongly opposes this proposal.

Let there be no doubt: we will leave the EU market rather than undermine our privacy guarantees.

This proposal--if passed and enforced against us--would require us to make this choice.

It's surveillance wine in safety bottles. https://t.co/i8D4Mlcrgd

— Meredith Whittaker (@mer__edith) May 31, 2024

JOURNALISME

  • Le Washington Post se penche sur une histoire difficile : la sienne (New York Times)
  • En Suède, l'assaut de l'extrême droite contre les médias met à mal le modèle nordique (The Guardian)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Militantisme créatif : l’univers graphique du FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre (Télérama)

Un point de branding électoral intéressant : l’univers graphique du #FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre. 🎨

La raison : il est très décentralisé. Pour une fois, il vient moins des partis que de créations spontanées.

Petit thread décryptage de ce militantisme créatif !👇 pic.twitter.com/vfd7S2rMxm

— François d’Estais (@fdestais) June 15, 2024

ENVIRONNEMENT

  • L'Azerbaïdjan accusé de réprimer les médias avant d'accueillir la Cop29 (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • YouTube copie la fonction la plus intéressante de X (Washington Post)
  • Le milliardaire américain Frank McCourt, propriétaire de l’Olympique de Marseille, envisage de racheter TikTok (La Provence)
  • Pourquoi l'élection britannique n'est pas dominée par TikTok (The Economist)
  • Le Daily Mail prévoit de lancer une douzaine d'émissions sur YouTube en 2024 dans le cadre de sa stratégie de vidéos longues (Digiday)
  • Le débat des mèmes : Trump et Biden entrent sur le champ de bataille viral (Axios)

Capture d'écran Axios

Les utilisateurs d'Instagram s'inquiètent du fait que l'IA récupère leurs photos (Fast Company)

YouTube accentue son combat contre les adblockers (TechCrunch)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Aux Etats-Unis, Netflix lance des expériences immersives permanentes (Variety)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le Netflix brésilien qui triomphe avec des valeurs ultraconservatrices (El Pais)
  • Comment Tubi est devenu le meilleur service de streaming gratuit en Amérique (The Guardian)
  • X souhaite produire davantage de docu-séries sportives pour les fans 'acharnés' (Axios)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Nvidia devient la société la plus valorisée au monde avec le boom de l'IA (The Guardian)
  • Une vidéo deepfake de Nigel Farage jouant à Minecraft 'bien sûr' pas réelle, selon le parti (The Guardian)

  • L'IA ne rapporte pas encore beaucoup d'argent aux entreprises de logiciels — pour l'instant (Bloomberg)
  • Au Japon, SoftBank lance une IA « anti-émotions » qui adoucit la voix des clients mécontents (SCMP)
  • Elle a remporté un prix pour des images générées par IA. Juste un problème : c'était une vraie photo (Washington Post)
  • ILya Sutskever, l'ancien scientifique en chef d'OpenAI, lance une nouvelle entreprise d'IA (TechCrunch)
  • Forbes menace Perplexity d'une action en justice pour plagiat de ses contenus (Axios)
  • OpenAI interdit, Apple cherche un partenaire IA sur le marché chinois (Wall Street Journal)

Superintelligence is within reach.

Building safe superintelligence (SSI) is the most important technical problem of our​​ time.

We've started the world’s first straight-shot SSI lab, with one goal and one product: a safe superintelligence.

It’s called Safe Superintelligence…

— SSI Inc. (@ssi) June 19, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • TikTok lance des avatars IA pour les publicités alors que la FTC met en garde les entreprises contre cette pratique (404media)
  • Discord se refait une beauté pour attirer les marques et les marketeurs sur la plateforme et améliorer l'expérience utilisateur (Digiday)
  • Les annonceurs digitaux recherchent du "contenu haut de gamme" — mais sont en désaccord sur sa définition (Business Insider)
  • Elon Musk vole à Cannes pour reconquérir les annonceurs (Financial Times)

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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  • Reuters Institute : l'évitement de l'actualité atteint un niveau record
    Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne. Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Instit

Reuters Institute : l'évitement de l'actualité atteint un niveau record

Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Institute for the Study of Journalism a publié, ce 17 juin, son rapport annuel, sur les pratiques d’information en ligne. Coûts en hausse, chute des revenus publicitaires et fortes baisses de trafic provenant des réseaux sociaux exacerbent une situation déjà précaire. Les entreprises tech mènent la danse et réorientent leurs stratégies. Certaines dépriorisent explicitement l’actualité et le contenu politique, tandis que d’autres se focalisent davantage sur les créateurs que sur les éditeurs.

Cette « réinitialisation de plateformes » reflète un changement radical dans la consommation d’information, avec une préférence croissante du public pour les formats vidéo. Parallèlement, l’intelligence artificielle générative bouscule les rédactions. Celles-ci doivent rester prudentes dans leur usage, face à un public qui préfère avant tout que « l’humain » reste aux commandes. Le rapport met également l’accent sur un niveau de confiance toujours faible et une tendance croissante à l’évitement sélectif de l’actualité – notamment dans un contexte de conflit permanent en Ukraine et à Gaza. Telles sont les conclusions de cette enquête, menée auprès de 100 000 personnes dans 47 pays et soutenue par la Google News Initiative et YouTube. L’heure est au changement rapide pour renouer avec le public.

Voici les points clés à retenir pour les médias.

1Meta réduit le rôle de l’actualité sur ses plateformes

Meta a réduit le rôle des actualités sur Facebook, Instagram et Threads, et a restreint la portée du contenu politique (sans pour autant définir clairement les critères permettant de qualifier un contenu de « politique »). L’entreprise a également réduit son soutien aux médias, ne renouvelant pas des accords valant des millions de dollars et supprimant son onglet actualités dans plusieurs pays.

La consommation d’actualités sur Facebook (37%) a diminué de quatre points dans tous les pays au cours de l’année, avec une baisse plus marquée dans des pays comme les Philippines (-11 points), l’Argentine (-11) et la Colombie (-10).

2L’utilisation des actualités en ligne se fragmente

Face à une baisse continue de l’utilisation de Facebook pour les actualités émerge une dépendance croissante à une gamme d’alternatives, y compris les messageries et les réseaux centrés sur la vidéo.

YouTube est utilisé pour les actualités par presque un tiers (31%), WhatsApp par environ un cinquième (21%) tandis que TikTok (13%) a dépassé Twitter (10%) pour la première fois.

« Le public s’appuie de plus en plus sur des plateformes concurrentes pour accéder à toutes sortes de contenus et d’informations. Beaucoup de ces plateformes s’éloignent de plus en plus des actualités et des éditeurs, et se concentrent davantage sur d’autres types de contenu et d’autres créateurs. Cet écosystème de plateformes plus complexe, la fin des renvois massifs depuis les réseaux sociaux traditionnels, et la concurrence croissante pour l’attention signifient que les journalistes et les éditeurs devront travailler beaucoup plus dur pour capter l’attention du public, sans parler de les convaincre de payer pour les actualités », analyse Rasmus Nielsen, directeur de l’Institut Reuters.

3La vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne

En lien avec ces changements de plateforme, la vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne, en particulier pour les groupes plus jeunes. Les courtes vidéos d’actualités sont consultées chaque semaine par 66% des sondés, tandis que les formats les plus longs attirent environ la moitié (51%).

Les « consommateurs » d’actualité regardent surtout sur les plateformes en ligne (72%) plutôt que sur les sites des médias (22%), ce qui accroît les défis autour de la monétisation. Ce n’est que dans des pays comme la Norvège que la moitié des utilisateurs (45%) décalrent que leur principale consommation de vidéos se fait via des sites web, ce qui reflète la force des marques sur ce marché.

YouTube et Facebook restent les plateformes les plus importantes pour les vidéos d’actualités en ligne. YouTube est également la principale destination pour les moins de 25 ans, bien qu’Instagram et TikTok ne soient pas loin derrière.

TikTok reste populaire auprès des jeunes, la proportion de personnes l’utilisant pour les actualités est passée à 13% (+2) dans tous les marchés et à 23% pour les 18-24 ans. La portée croissante de TikTok n’a pas échappé à l’attention des politiciens, qui l’ont intégré dans leurs campagnes médiatiques. Le nouveau président populiste de l’Argentine, Javier Milei, a ainsi un compte TikTok avec 2,2 millions d’abonnés.

4Une focalisation croissante sur les influenceurs, en particulier sur YouTube et TikTok

Les utilisateurs de TikTok, Instagram et Snapchat s'informent davantage auprès des influenceurs et célébrités que des journalistes et médias traditionnels.

Sur les réseaux traditionnels, tels que Facebook et Twitter, les médias attirent encore la plupart de l’attention et mènent les conversations.

En France, Hugo Décrypte obtient plus de mentions que les marques d’actualités traditionnelles que sont le Monde et BFMTV. L’âge moyen de son audience est seulement de 27 ans, contre 40 et 45 ans pour les grandes marques.

Le créateur de contenu le plus mentionné sur TikTok au Royaume-Uni est Dylan Page, qui compte plus de 10 millions d’abonnés sur la plateforme. Aux Etats-Unis, Vitus Spehar présente un résumé quotidien, souvent couché au sol, sur @underthedesknews, une sorte de format satirique de la télévision classique.

 

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Enfin, Taylor Swift, les Kardashian, Lionel Messi ont été largement mentionnés par les jeunes. « Les jeunes ont une vision large de l’actualité, incluant potentiellement les mises à jour sur les dates de tournée d’un chanteur, sur la mode ou sur le football », note le rapport.

« Les consommateurs adoptent la vidéo parce qu’elle est facile à utiliser et offre une large gamme de contenus pertinents et engageants. Mais de nombreuses salles de rédactions traditionnelles sont encore ancrées dans une culture basée sur le texte et peinent à adapter leur narration, tandis que le côté commercial est également réticent car les chiffres ne sont pas concluants», analyse le rapport.

5Les préoccupations concernant la désinformation ont augmenté

Les préoccupations concernant ce qui est réel et ce qui est faux sur la toile en termes d’actualités ont augmenté de trois points au cours de la dernière année. Environ six personnes sur dix (59%) se disent inquiètes. Le chiffre est considérablement plus élevé en Afrique du Sud (81%) et aux Etats-Unis (72%), deux pays qui ont tenu des élections cette année.

Plus d’un quart des utilisateurs de TikTok (27%) déclarent avoir du mal à détecter les actualités fiables, le score le plus élevé parmi les réseaux sociaux. Sur Twitter, les utilisateurs sont également nombreux à être soucieux (24%) : « Cela peut être dû au fait que les actualités jouent un rôle disproportionné sur la plateforme, en raison de la large gamme de points de vue exprimés, encouragée davantage par Elon Musk, un défenseur autoproclamé de la liberté d’expression », suggère l'étude.

Des recherches qualitatives menées au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Mexique indiquent une préoccupation croissante concernant les images 'photo-réalistes' générées par l'IA et les vidéos dites deepfake.

6Les audiences restent prudentes concernant l’utilisation de l’IA

Dans tous les pays, seule une minorité se sent actuellement à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite par des humains avec l’aide de l’IA (36%), et une proportion encore plus faible est à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite principalement par l’IA avec la supervision humaine (19%).

Aux États-Unis, les répondants sont plus à l’aise avec les diverses applications de l'IA par rapport à leurs homologues européens, ce phénomène pouvant être attribué aux messages médiatiques reçus. La couverture médiatique britannique sur l'IA est souvent décrite comme étant excessivement négative et sensationnaliste. En contraste, les récits médiatiques américains mettent davantage l'accent sur le rôle prépondérant des entreprises américaines ainsi que sur les opportunités d'emploi et de croissance associées.

Le simple fait de savoir que les médias utilisent l’IA peut diminuer la confiance. Selon les recherches, les audiences considèrent les actualités étiquetées comme générés par l’IA comme moins dignes de confiance que celles créées par les journalistes. « Cette tension signifie que les médias voudront réfléchir attentivement à quand la divulgation est nécessaire et comment la communiquer », note le rapport.

7L’évitement de l’actualité atteint un niveau record

Jusqu’à 39%, disent maintenant qu’ils évitent parfois ou souvent les nouvelles (soit quatre personnes sur dix) – une augmentation de 3 points par rapport à la moyenne de l’année dernière, avec des augmentations plus significatives au Brésil, en Espagne, en Allemagne et en Finlande. Au Royaume-Uni, il a presque été réduit de moitié depuis 2015.

Ce n'est pas seulement que les nouvelles peuvent être déprimantes, elles sont également incessantes ! Dans tous les marchés, la même proportion, environ quatre personnes sur dix (39 %), disent se sentir « épuisées » par la quantité de nouvelles de nos jours, contre 28 % en 2019, mentionnant fréquemment que la couverture des guerres, des catastrophes et de la politique éclipse d'autres sujets.

Les plateformes qui nécessitent un volume de contenu pour alimenter leurs algorithmes sont potentiellement un autre facteur contribuant à ces augmentations. « Il est notable que, dans notre enquête sur l'industrie, au début de 2024, la plupart des éditeurs ont déclaré qu'ils prévoyaient de produire plus de vidéos, plus de podcasts et plus de newsletters cette année », remarque le rapport.

8Les attentes simples du public

La plupart des sondés souhaite que les nouvelles soient exactes, justes, évitent le sensationnalisme, soient ouvertes sur les agendas et les préjugés, y compris le manque de diversité, admettent leurs erreurs - et ne ménagent pas leurs efforts lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les riches et puissants.

La confiance dans les actualités (40%) est restée stable au cours de la dernière année, mais est toujours inférieure à quatre points par rapport à ce qu’elle était au plus fort de la pandémie.

Pour que la confiance soit acquise, il faut montrer les coulisses. Certaines grandes organisations de presse, comme la BBC, ont créé des unités ou des sous-marques qui répondent aux questions du public ou visent à expliquer comment les nouvelles sont vérifiées. BBC Verify, lancé en mai 2023, vise à montrer et à partager le travail en coulisses pour vérifier les informations, en particulier les images et les contenus vidéo, à une époque où la désinformation est en croissance. « Les gens veulent savoir non seulement ce que nous savons (et ne savons pas), mais aussi comment nous le savons », déclare Deborah Turness, PDG de BBC News.

La confiance, tant au niveau de la marque qu'au niveau général, influence le rôle que les informations peuvent jouer dans la société. Les journalistes et les organisations médiatiques ont à la fois des raisons pragmatiques de s'en préoccuper - « la confiance peut être la clé pour débloquer les revenus des utilisateurs », comme le dit Agnes Stenbom, responsable de IN/LAB chez Schibsted - et des raisons plus fondamentales de s'en préoccuper, car des années de recherche ont documenté comment les personnes qui ont moins confiance dans les informations sont moins susceptibles de croire aux informations qu'elles présentent et d'en tirer des enseignements.

CONCLUSION

Ce rapport annuel intervient à un moment où environ la moitié de la population mondiale participe à des élections nationales et régionales, alors que les guerres continuent de faire rage en Ukraine et à Gaza. Les actualités sont rétrogradées parce que les entreprises tech estiment qu’elles causent plus de problèmes qu’elles n’en valent la peine. « Le trafic en provenance des médias sociaux et des moteurs de recherche devrait devenir de plus en plus imprévisible avec le temps, mais se libérer du cycle algorithmique ne sera pas facile », prévient l’étude.

Pour le Reuters Institute, il reste de l’espoir. Certains éditeurs parviennent à établir une position plus solide : « Si les marques d’informations parviennent à montrer que leur journalisme repose sur l’exactitude, l’équité et la transparence – et que les humains restent aux commandes – les audiences sont plus susceptibles de répondre positivement ».

 

Illustration : @nickfancher Unsplash

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  • Liens vagabonds : L’ère du smartphone intelligent est-elle arrivée ?
    Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des f

Liens vagabonds : L’ère du smartphone intelligent est-elle arrivée ?

Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des fonctionnalités phares ? L’intégration de ChatGPT dans les produits Apple. Tim Cook, le CEO d'Apple, a déclaré : « Apple va transformer ce que les utilisateurs peuvent faire avec nos produits, et ce que nos produits peuvent faire pour nos utilisateurs ». Mais alors, est-ce vraiment si révolutionnaire ?  

Enjeux Économiques 

Apple a conclu un partenariat stratégique avec OpenAI pour intégrer ChatGPT dans ses programmes d'IA. Cette alliance permet à Apple d'améliorer significativement les capacités de Siri, rendant l'assistant vocal plus conversationnel et capable de traiter des requêtes complexes. L'objectif est de proposer une expérience utilisateur plus fluide et intuitive, ce qui pourrait renforcer la fidélité des utilisateurs et attirer de nouveaux clients. 

Aucun des deux acteurs n’a reçu d’argent dans l’affaire. Pourtant, le partenariat offre des avantages économiques importants pour les deux entreprises. Pour Apple, cela signifie une amélioration de ses produits sans coûts initiaux élevés. Pour OpenAI, l'accès direct à plus d'un milliard d'utilisateurs Apple constitue une opportunité commerciale majeure. Ces derniers auront accès à ChatGPT gratuitement, mais l’entreprise espère bien les convertir en abonnés payants pour ses services premiums.  

Si quelqu'un s'est opposé à cette collaboration, c'est bien Elon Musk. L'entrepreneur a menacé de bannir les produits Apple de ses entreprises si l'intégration d'OpenAI devenait trop intrusive : « Si Apple intégrait OpenAI au niveau du système d'exploitation, alors les appareils Apple seraient interdits dans toutes mes entreprises », a-t-il déclaré sur X. Selon Forbes, cette collaboration déplairait à Elon Musk car elle irait à l'encontre de ses intérêts personnels : « Étant donné le partenariat déjà profond d'Apple avec Google, qui implique l'offre exclusive de son moteur de recherche, il est logique que le prochain partenariat en matière d'IA soit avec Google et son moteur d'IA Gemini Gen. », explique le média. 

Impact sur les Utilisateurs 

La promesse d’Apple est de transformer l’expérience utilisateur grâce à l'intégration de l'IA générative dans ses produits. Siri, désormais alimenté par ChatGPT, pourra répondre à des requêtes plus nuancées et complexes, facilitant ainsi une interaction plus naturelle et efficace avec les appareils. La question de la protection de la vie privée peut alors se poser ? Les données des utilisateurs seront-elles partagées à OpenAI ? Apple affirme que les utilisateurs devront approuver l’envoi à ChatGPT d’une question, d’un document ou d’une photo pour que l’IA s’active.  L’entreprise aurait aussi obtenu d'OpenAI qu'il accepte de ne pas enregistrer les requêtes de ses clients sans demander la permission, protégeant ainsi leur vie privée.  

Les nouvelles fonctionnalités d'Apple Intelligence, comme la transcription et le résumé de contenus audio dans Notes et Téléphone, ainsi que la recherche avancée dans Photos, offrent une praticité accrue dans la gestion des informations personnelles. Ces innovations visent à rendre la technologie plus accessible et utile au quotidien, répondant mieux aux besoins individuels des utilisateurs. 

Fonctionnalités Phares 

  • Outils d'Écriture : Avec iOS 18, iPadOS 18 et macOS Sequoia, les utilisateurs peuvent réécrire, réviser et résumer des textes dans diverses applications comme Mail, Notes et Pages. 
  • Notifications Prioritaires : Les notifications les plus importantes sont mises en avant pour une gestion plus efficace. 
  • Transcription Audio : Les utilisateurs peuvent enregistrer, transcrire et résumer des contenus audios dans les apps Notes et Téléphone. 
  • Image Playground : Création rapide d'images amusantes avec des styles variés tels que Animation, Illustration et Sketch. 
  • Recherche Avancée dans Photos : Trouver des photos en les décrivant verbalement, facilitant ainsi la navigation dans les albums. 
  • Intégration de ChatGPT avec Siri : Siri peut utiliser les connaissances de ChatGPT avec l'approbation de l'utilisateur pour des réponses plus précises et informées. 

Apple Intelligence marque une étape importante dans l'évolution technologique de l'entreprise. On peut toutefois se poser des questions sur l’utilité réelle de toutes ses fonctionnalités. TechTrash souligne avec ironie : « tout un tas d’astuces pour résoudre les grands problèmes existentiels de nos vies ». La véritable révolution numérique est-elle vraiment pour aujourd'hui ? 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TF1 et M6 sous la menace d’un big bang dans le PAF (Agefi)
  • Françoise Joly, directrice de l’information de TV5Monde, convoquée à un entretien préalable à son licenciement (Le Monde)
  • Le journal « Sud Ouest » en grève reconductible contre un plan social (Le Monde)
  • RSF annonce le décès à 53 ans de son directeur général, Christophe Deloire (Le Figaro)
  • Comment le Rassemblement national a su tirer profit de TikTok (Télérama)
  • CMI, Libé, Editis… les multiples casquettes de Denis Olivennes lui rapportent gros (l’Informé)
  • Audiovisuel public : l’indépendance budgétaire menacée (Le Monde)
  • Le média Madmoizelle envisage de licencier l'intégralité de ses journalistes (La Lettre)

 

 

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3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Pourquoi les Américains utilisent-ils les médias sociaux ?


Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Bienvenue à l'ère du smartphone A.I (New York Times)
  • Le potentiel impact « dévastateur » des AI Overviews de Google sur la visibilité des éditeurs révélé (Press Gazette)

Capture d'écran du New York Times

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Des éditeurs du monde entier affectés par la classification des actualités comme spam par Facebook (Press Gazette)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Le nombre de journalistes tués en Ukraine atteint 81 (Counteroffensive)
  • Une journaliste chinoise liée au mouvement #MeToo condamnée à cinq ans de prison (The Guardian)
  • Le journaliste américain Evan Gershkovich bientôt jugé en Russie pour "espionnage" (france24)
  • Le procès de X contre Media Matters devrait commencer en avril 2025 (Reuters)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Droits voisins : la justice donne raison au groupe Le Figaro contre le réseau X (Le Figaro)
  • Meta met en pause ses plans de former une IA avec les données des utilisateurs européens, cédant à la pression réglementaire (TechCrunch)
  • Des chercheurs alertent sur le flou entretenu par certains grands acteurs de l'IA pour échapper à la règlementation européenne (Radboud University)

JOURNALISME

  • L'UER annonce ses demandes stratégiques sur l'IA générative et les médias (UER)
  • Le propriétaire de Business Insider a signé un énorme contrat avec OpenAI. ChatGPT ne crédite toujours pas les plus grands scoops du site (Nieman Lab)
  • La société sud-africaine Media24 ferme ses journaux (Moneyweb)
  • Le fiasco grandissant pour Will Lewis et le Washington Post (Politico)
  • Le plan de Yahoo Sports pour les Jeux Olympiques de Paris ? Une équipe de médaillés d'or comme correspondants (Hollywood Reporter)
  • Certains médias de droite paient le prix après avoir propagé des désinformations sur les élections de 2020 (NBC News)
  • Google signe un accord avec une organisation pour distribuer 100 millions de dollars aux entreprises de presse canadienne (The Canadian Press)

ENVIRONNEMENT

  • Silence des médias sur l'appel du chef de l'ONU à interdire les publicités pour le pétrole et le gaz (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Comment les Américains obtiennent des informations sur TikTok, X, Facebook et Instagram (Pew Research Center)
  • Nous sommes en 2024. Elon Musk règne sur X. Et le monde politique est toujours accro (Notus)
  • Voodoo rachète le réseau social BeReal pour 500 millions d’euros (Le Figaro)
  • Les marques de mode sur mesure du Vietnam prospèrent à l'ère de TikTok (rest of world)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Apple va lancer le Vision Pro sur les marchés internationaux (Techcrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Alerte à la streamflation : Pourquoi les prix des abonnements augmentent soudainement (encore) (The Hollywood Reporter)
  • D'après Netflix, “l'univers de Bridgerton” a généré 275 millions de livres sterling pour l'économie britannique (The Guardian)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Spotify annonce la création d'une agence créative interne et teste des publicités avec des voix générées par intelligence artificielle (TechCrunch)
  • Spotify, les auteurs-compositeurs veulent que vous réussissiez. Pourquoi continuez-vous à leur faire du mal ? (Variety)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les hackers ciblent les utilisateurs d'IA pour protester contre le "vol d'art" (404media)
  • Elon Musk retire sa plainte contre OpenAI et le PDG Sam Altman (Axios)
  • Les coachs de carrière en intelligence artificielle de LinkedIn sont maintenant disponibles (Wired)
  • Un nouvel outil d'IA qui mesure avec précision la taille des foules met en lumière les protestations qui agitent le Brésil (rest of world)
  • Amazon débloque 230 millions de dollars pour soutenir des start-up dans l’IA (amazon)
  • OpenAI aurait doublé son chiffre d’affaires en six mois (Information)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Pour les éditeurs de nouvelles et les sites tech cherchant à engager les utilisateurs, les jeux sont une affaire sérieuse (New York Times)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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  • Fatie Toko : le bon côté de la tech
    Comment se débarrasser de sa peur des nouvelles technologies ? Fatie Toko, directrice de l’innovation du groupe La Poste, propose quelques pistes éclairées dans son essai « techno-optimiste » : Et si la tech pouvait sauver le monde ? Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions La société, totalement pervertie par les nouvelles technologies ? « Nos ados sont toujours plus affectés par un chagrin d’amour que par un sevrage temporaire de leur smartphon

Fatie Toko : le bon côté de la tech

Comment se débarrasser de sa peur des nouvelles technologies ? Fatie Toko, directrice de l’innovation du groupe La Poste, propose quelques pistes éclairées dans son essai « techno-optimiste » : Et si la tech pouvait sauver le monde ?

Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

La société, totalement pervertie par les nouvelles technologies ? « Nos ados sont toujours plus affectés par un chagrin d’amour que par un sevrage temporaire de leur smartphone », nuance Fatie Toko. La directrice de l’innovation du groupe de la Poste veut croire au bien-fondé et aux effets positifs de la tech sur la société. Dans son essai Et si la tech pouvait sauver le monde ?, la franco-ivoirienne choisit de voir « le remède, pas le poison » et fustige les « discours alarmistes de certains médias ». La nouvelle vague d’innovations technologies offre un immense potentiel pour résoudre les crises à venir, assure-t-elle. Celle qui livre un récit « techno-optimiste » mais pas « techno-naïf » déroule les raisons de se réjouir : des plateformes pour accélérer le développement économique durable et la sécurité alimentaire dans les pays à faibles revenus, des capacités d’analyses d’images satellitaires et de données géographiques pour réduire la pollution, la vision par ordinateur pour protéger les écosystèmes terrestres et marins… Entretien sur les initiatives et les défis à venir du monde de la tech.

Que reprochez-vous à la couverture tech des médias ?

Les médias ont un biais négatif général sur les nouvelles technologies. Ils ont tendance à faire appel à des experts, qui complexifient des sujets déjà difficiles à appréhender pour le grand public. Je regrette ce manque de vulgarisation. Les questions posées sont souvent alarmistes : « est-ce qu’il va y avoir des robots tueurs ? », « L’IA va-t-elle nous remplacer ? ». Cette approche détourne l’attention des questions essentielles telles que la manière de s’informer, de se protéger, de tirer profit des nouvelles technologies. La peur n’est pas une fatalité, ni une nécessité absolue. Dans mon travail, je m’intéresse notamment aux initiatives émergentes en Afrique et je refuse de céder à la peur qui entoure souvent les avancées technologiques. Il existe de nombreuses initiatives, tant au niveau de politiques publiques que dans le domaine scientifique, visant à promouvoir des technologies plus éthiques, responsables et durables. Mon livre vise à mettre en lumière ces aspects positifs souvent méconnus et présenter une vision équilibrée des nouvelles technologies.  

Quelles initiatives vous incitent à être aussi optimiste ?   

Des initiatives émergent en matière de santé, d’environnement, de lutte contre les vulnérabilités et l’éducation. J’ai ainsi découvert des couveuses connectées au Cameroun qui permettent de mettre des sondes et des caméras dans les cabines des prématurés pour surveiller les signaux vitaux et la température à l’intérieur. De nombreuses solutions technologiques, des caméras par vision par ordinateur, nous permettent de voir comment les animaux réagissent aux aléas climatiques. Dans le domaine de la santé, le recours à l’intelligence artificielle, l’analyse et la visualisation des données, la réalité augmentée et immersive, permet par exemple de voir l’environnement du « bloc » à travers les yeux d’un chirurgien qui opère. Il s’agit d’une plateforme médicale tout-en-un unique, conçue pour couvrir l’ensemble du cycle d’une intervention. Cette solution peut être une assistance vitale dans la médecine humanitaire et notamment les premiers actes de secours des civils en temps de guerre.   

Si vous évoquez les raisons d’être optimiste, vous mentionnez également les défis à venir. Vous écrivez notamment que la menace la plus importante pour l’État est celle constituée par la concentration inédite des géants du numérique. « Les GAFAM risquent de devenir des véritables États plateformes qui portent atteinte à la souveraineté des nations ». Mais n’est-ce pas déjà le cas ?  

En effet. Elles sont les plus grandes bénéficiaires de la mondialisation. Elles se moquent des lois, car les outils de régulation ne peuvent pas les soumettre. Les problèmes actuels ne sont pas uniquement dus à la technologie, mais aussi à des questions de régulation et d’idéologie favorables à certaines puissances économiques. Les géants du numérique ne sont pas surpuissants juste parce qu’ils exploitent les données, mais aussi parce qu’ils bénéficient d’un environnement mondialisé et de politiques qui les favorisent. Il est crucial de mettre en place des normes mondiales pour protéger les citoyens contre les risques liés à la cybersécurité et à la manipulation de l’information. Cela nécessite une collaboration internationale pour établir une base éthique et réglementaire solide afin de protéger les individus et les consommateurs.   

 La régulation de l’IA par exemple est devenue un énorme défi pour le législateur. Dans son livre que vous citez « Les algorithmes font-ils la loi ? », Aurélie Jean explique que « la réflexion et la conception de lois pour l’encadrement des algorithmes sont fortement impactés par la discipline elle-même. Intangible, complexe et en perpétuelle évolution, elle impose son rythme avec un certain flou artistique sur sa compréhension chez les acteurs de la loi voire les lobbystes eux-mêmes ». Et souligne le manque de formation des élites et du personnel politique…  

La compréhension de ces questions est extrêmement complexe pour ceux qui ne sont pas des data scientistes. Le personnel politique ne possède pas nécessairement les compétences scientifiques requises pour appréhender la complexité de l’intelligence artificielle. L’IA pose un défi en raison de sa complexité multidisciplinaire et de sa convergence de domaines. On est tous fragile face à cette révolution technologique, car elle est difficile à lire.  

Vous expliquez que l’Afrique devient le nouveau terrain de jeu des GAFAM.   

 Le contexte de régulation est très peu contraignant dans ces régions. Cette absence de règles facilite l’adoption de technologies nouvelles. Contrairement à d’autres régions où chaque innovation suscite un débat et des craintes, en Afrique, l’adoption est rapide et sans préambule. Si une technologie démontre son utilité, elle est immédiatement intégrée et déployée. Il n’y a pas ce débat d’experts qui précède l’usage. Sous couvert de philanthropie et au nom de la connectivité, des entreprises installent des centres de données et des laboratoires d’expérimentation sur le continent. La jeunesse de la population et l’absence de régulation offrent un terrain propice à ces essais à grande échelle, à l’instar de Google qui a établi en 2019 son centre de recherche en intelligence artificielle à Accra (Ghana) et installé à Lomé (Togo) en 2022 un câble internet sous-marin dans le cadre de son projet d’infrastructure réseau pour relier l’Afrique à l’Europe. Ces initiatives amplifient les risques en termes de protection de données et de dépendance économique et infrastructurelle.   

Comment adopter une relation plus sereine avec les nouvelles technologies ?  

Il est essentiel de ne pas les craindre. Il faut commencer par chercher à comprendre. Les technologies offrent cet avantage : l’information est accessible à tous. Je mentionne Objectif IA, une formation accessible en ligne pour tous les Français, qui sensibilise et explique l’intelligence artificielle dans notre quotidien, tout en prodiguant des conseils sur l’hygiène numérique et le consentement éclairé. Il s’agit de s’informer encore et toujours. Il est crucial de réfléchir à l’usage que l’on en fait. Prenez l’exemple de ChatGPT : je l’utilise pour gagner du temps dans l’organisation de mes cours, la préparation du matériel pédagogique, la rédaction de scénarios, etc. Enfin un mot pour les jeunes : soyons modestes et tolérants envers la jeunesse. Arrêtons, nous les adultes, d’être nostalgique. Ce ne sont pas eux qui ont l’utilisation la plus compulsive de leurs écrans. Notre devoir est de les guider vers une utilisation intelligente. Le consentement est un aspect souvent négligé : nous devons accompagner les jeunes en leur posant des questions sur les implications de leurs actions en ligne, sur les coûts, les impacts. Trop souvent, nous les culpabilisons. C’est contre-productif et encourage même les jeunes à dissimuler leurs activités numériques à leurs parents, plutôt que d’en parler ouvertement. Cela les pousse à se replier dans un monde virtuel, coupés de la réalité, plutôt que d’engager des conversations sur une utilisation raisonnée des technologies.  

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  • VivaTech : l'IA sur le tapis rouge
    La capitale des Lumières serait-elle en train de se transformer en « capitale de l'intelligence artificielle » ? C'est ce qu'a affirmé le président Emmanuel Macron mardi, lors d'une rencontre avec les leaders du secteur. Ce grand discours intervient la veille de l’ouverture de VivaTech, plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies. Par Aude Nevo et Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions A défaut de voir les stars du cinéma à Cannes, ce sont bien le

VivaTech : l'IA sur le tapis rouge

La capitale des Lumières serait-elle en train de se transformer en « capitale de l'intelligence artificielle » ? C'est ce qu'a affirmé le président Emmanuel Macron mardi, lors d'une rencontre avec les leaders du secteur. Ce grand discours intervient la veille de l’ouverture de VivaTech, plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies.

Par Aude Nevo et Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

A défaut de voir les stars du cinéma à Cannes, ce sont bien les stars de l’IA qui ont défilé au salon VivaTech. Parmi elles, Dario Amodei, co-fondateur de l'entreprise américaine d'intelligence artificielle Anthropic, Arthur Mensch, patron et co-fondateur de la startup française Mistral AI, Yann Le Cun, directeur du laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle du groupe Meta, et le controversé patron de X, Elon Musk, qui a fait une apparition en visioconférence, devant ses adorateurs. Mais VivaTech, c’est avant tout une place de marché. Derrière chaque robot, chaque voiture, chaque casque de réalité virtuelle, se profile un entrepreneur en quête de financements. Cette année, l'IA a dominé presque toutes les discussions. Le monopole de la Chine et des États-Unis a été largement débattu, alimentant la crainte des Européens de manquer le coche. Un fossé s’est creusé entre la grande majorité, désireuse d'innover toujours plus rapidement, et ceux, plus prudents, qui appellent d'abord à la régulation. Résumé des points clés.

Le journalisme, grand absent ?

À VivaTech, temple du business et de la start-up nation, le journalisme est rarement à l'honneur. Organisée par Publicis et Les Échos, cette grand- messe des « technolâtres » ouvre grand ses portes à ses invités, qu'importe leur pedigree, pourvu qu'ils exercent une influence économique notable. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit d'Elon Musk. En terrain conquis, le magnat des affaires libertarien est intervenu à distance devant un public en extase, réuni dans le Dôme de la Porte de Versailles.

Maurice Lévy, président de VivaTech et Elon Musk, à distance.

  • Si l’on se réfère au titre original de la conférence, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Elon Musk (sans oser le demander) », clin d’œil (daté?) au film de Woody Allen, la session promettait d’être franche et directe. La salle avait été assurée de pouvoir poser ses questions (« en 15 secondes top chrono »), l'orateur se revendiquant comme un ardent défenseur de la liberté d'expression. Si le milliardaire s’est plié de bonne grâce aux questions conventionnelles et admiratives de ses fans survoltés (telles que « Quelle est votre plus grande peur ? », « L’IA », « Votre plus grand espoir ? » — « Mars »), il a fait preuve de grossièreté face à la seule interrogation critique de la session. Lorsqu'une journaliste de Business Insider a soulevé les problèmes rencontrés par Tesla, « qui traverse une période tumultueuse avec des ventes en baisse, une chute en bourse et des licenciements », il a préféré l'humilier directement : « Passons à la question suivante, car je ne pense pas que Business Insider soit une publication sérieuse », suscitant les rires moqueurs de ses partisans. Un véritable « bad boy » dans la cour d'école, affichant ouvertement son mépris pour les médias qui ne pensent qu'au « nombre de clics ». En maître de cérémonie, Maurice Lévy, président de VivaTech, n’a pas levé un sourcil mais a préféré remercier mille fois son hôte de marque, de faire « l’honneur de sa présence »… dans un événement également organisé par un média, les Échos !
  • Dans cet exercice très cadré, il a été beaucoup question d’intelligence artificielle, “star du show Vivatech”. En début de semaine, Elon Musk a annoncé déployer son service d’intelligence artificielle, Grok, développé par sa start-up (xAI) en Europe à tous les utilisateurs ayant un abonnement X Premium. “Grok sera le robot d’IA le plus drôle possible, car “si on doit tous mourir un jour, autant mourir en riant”. Pour lui, les algorithmes de Google, d’OpenAI et de Microsoft ne sont pas efficaces : “Mon inquiétude, c’est qu’ils font du politiquement correct, c’est dangereux. Le mieux pour l’IA ? C’est de penser par elle-même, d’être curieuse, c’est ce qui sera le mieux pour l’humanité. Ces IA ont été entraînées pour mentir.  Demandez à ChatGPT de vous générer une image de Waffen-SS, il en créera une d’un groupe de femmes issues de la diversité. Ce n’est pas la vérité”.

La Chine, un concurrent de taille dans la course à l’IA 

Comme chaque année, un panel d’intervenants venant de toute part a pris la parole lors des conférences. Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, le moteur de recherche chinois a évoqué ses projets en matière d’IA dans la conférence « AI View from China ».

 Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, et Maurice Levy, président du conseil de surveillance de Publicis Groupe. 

 Les points clés 

  • Le Google chinois est l'un des acteurs du pays les plus avancés dans l'IA. Là où la concurrence veut trouver le modèle de langage le plus performant, Baidu cherche la « super app » qui révolutionnera le secteur : « Aux États-Unis et en Europe, tout le monde se concentre sur la mise au point du modèle de fondation le plus avant-gardiste. Mais en Chine, les gens se demandent de plus en plus quelle sera l'application qui fera la différence à l'ère de l'IA » explique Robin Li. Sans le citer, il est possible que l’homme d’affaire fasse référence au succès de WeChat, messagerie largement déployée en Chine dont le succès pourrait l’avoir inspiré. Selon lui, une approche axée sur les applications peut « accélérer la transformation de l'ère de l'internet à l'ère de l'IA ». Cette super-app prendra-t-elle la forme d’un chatbot ?
  • Ernie, l’équivalent chinois de ChatGPT, a été lancé par Baidu en mars 2023. Peu connu en Europe, il est pourtant largement implanté en Chine et compte aujourd'hui 200 millions d'utilisateurs. Pour Robin Li, l’enjeu est de créer le meilleur modèle possible sur le territoire chinois : « Nous ne sommes pas aussi bon qu'OpenAI en anglais. Mais nous surpassons ChatGPT4 en chinois car Baidu est principalement entrainé avec des données chinoises ». Selon lui, « les européens devraient travailler sur des données dans leur propre langage pour espérer devenir des forces dominantes de l’IA ». Si Mistral Large, le LLM (large language model), de la startup française est par exemple entraîné en parti sur des données françaises, la proportion n’a pas été communiquée. 
  • Pour entraîner un LLM, il faut une quantité immense de données. Pour Robin Li, ce n'est pas tant l'accès à ces données qui pose problème, mais leur traitement. Cela requiert de nombreux ingénieurs, une ressource parfois insuffisante.
  • L’entrepreneur a également fait part de ses réserves quant à l’arrivée prochaine d’une intelligence artificielle qui puisse surpasser l’esprit humain. Selon lui, les « AGI » (artificial general intelligence) ne sont pas prêtes d’arriver sur le marché.  « Nombreux sont ceux qui spéculent sur l'arrivée de l'AGI, avançant des délais de deux à cinq ans. Pour ma part, je pense que cette technologie ne sera pas disponible avant au moins une décennie » a-t-il affirmé.
  • Accélérer à tout prix : c'est le vœu de Robin Li. Interrogé sur ses plus grandes craintes pour l'avenir, il répond : « Tout le monde est surpris par la vitesse à laquelle la technologie a progressé ces deux dernières années, mais pour moi, ce n'est pas encore assez rapide. C'est trop lent ».
  • Cette pensée est pourtant en adéquation avec plusieurs autres intervenants du salon, qui semblent oublier le chaos potentiel d’un manque de régulation de l’IA en termes de discrimination, de propriété intellectuelle, et de désinformation. Bruno le Maire, lors de sa visite surprise afin de remplacer Emmanuel Macron en visite en Nouvelle-Calédonie a affirmé : « l’Europe doit retrouver le goût du risque afin de créer l’IA française et européenne dont nous avons besoin pour notre économie ». 

« Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises ».

Madhumita Murgia, rédactrice IA en chef chez FT et Yann LeCun VP & Chief AI Scientist chez Meta.

 Les points clés 

  • Lors de son intervention, Yann LeCun, VP & Chief AI Scientist chez Meta, a souhaité s’adresser aux étudiants. « Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises. Il n'y a rien que l'on puisse mettre sur la table, vous devriez travailler sur la prochaine génération d’IA ».
  • Le « baron du deeplearning » comme il se fait appeler, a également déclaré que les LLM ont une maîtrise limitée de la logique et n'atteindront pas le niveau d'intelligence humaine : « L’intelligence n'est pas une échelle linéaire. Il existe un écart entre l'intelligence que nous pouvons reproduire et l'intelligence humaine ». « Les machines ne comprennent pas le monde réel et n'ont pas de mémoire persistante » poursuit-il.
  • Les entreprises sont de plus en plus réticentes à l’idée de partager leurs modèles en open source à cause de la concurrence : « Au cours des douze dernières années, la communauté s'est considérablement ouverte. OpenAI faisait de la recherche open source, ce qui a contribué aux avancées très rapides de l’IA. Maintenant, des intérêts commerciaux émergent. OpenAI n'est plus du tout ouvert, et Google de moins en moins. Ce changement de paradigme est très mauvais pour l’industrie ».
  • Les applications les plus prometteuses de l'IA ne se trouvent pas chez Méta, mais au sein des start-ups qui développent des systèmes dans des langages peu exploités par l'IA. « Avoir une IA qui communique dans leur propre dialecte offre un accès technologique à des personnes qui en sont actuellement privées », souligne Yann LeCun. À titre d'exemple, il évoque une initiative d'une start-up sénégalaise utilisant un modèle open source pour fournir des informations médicales en français et en Wolof, les deux langues locales du pays. Cette solution facilite l'accès aux soins dans un contexte où consulter un médecin est souvent difficile.
  • Pourquoi les talents ne restent-ils pas en Europe ? « Les futurs chercheurs vont là où ils auront le plus d’impact et le plus de chances de réussir » explique Yann LeCun. Selon lui, « le faible salaire dans la recherche scientifique publique » est l’une des raisons qui poussent les nouveaux acteurs du secteur à claquer la porte. 
  • L’enjeu est de taille pour le président français Emmanuel Macron. S’il n’a pas abordé la question des salaires des chercheurs à l'Élysée lors de son discours sur l'IA du mardi 21 mai, il a annoncé des mesures ambitieuses visant à accroître le nombre de professionnels formés dans ce domaine. Son plan prévoit de passer de 40 000 à 100 000 professionnels formés par an, et un investissement supplémentaire de 400 millions d'euros dans les neuf clusters d'IA français, reconnus comme des centres d'excellence universitaire.

If you are a student interested in building the next generation of AI systems, don't work on LLMs https://t.co/H1qX3gClEu

— Yann LeCun (@ylecun) May 22, 2024

 Où sont les femmes ? 

Bruno le Maire lors de son intervention sur les femmes dans le secteur de la tech.

Les points clés 

  • Les grandes absentes du salon, ce sont les femmes. Valérie Pécresse, présente ce mercredi a déploré ce manque de représentation :« Nous avons besoin de reconvertir beaucoup de Franciliens qui pensent que la tech n’est pas pour eux. Parallèlement, je constate en déambulant dans les stands que les femmes ne sont pas suffisamment représentées ».
  • De son côté lors de son intervention, Bruno Le Maire a promis qu’il était temps de « mettre des quotas dans les classes préparatoires ».
  • Ce constat est également partagé par Béatrice Kosowski, Présidente IBM France, lors de la conférence « From Regulator to Innovator: European AI and Sovereignty ». Selon elle, 85 000 postes seraient vacants dans le secteur du numérique. Il y a donc urgence à former des jeunes dans ce domaine, en mettant l'accent sur la parité, car « autrement, les outputs de l’IA seront biaisés ». Elle souligne que les femmes ne représentent que 32% des effectifs dans les métiers de la tech en Europe, et environ 20% en France.
  • Ce manque de représentation avait été reproché à OpenAI en décembre dernier, lorsque son nouveau conseil d’administration avait évincé toute présence féminine pour devenir le club des “Big Tech Boys”. Parmi les 702 (sur 750) employés qui avaient signé la lettre demandant le retour de Sam Altman après son éviction, plus de 75% étaient des hommes.
  • Les chiffres montrent également un écart de confiance entre hommes et femmes concernant la conduite de projets liés à l’IA. 26% des femmes se disent confiantes, contre 49% des hommes. En cause ? les représentations sociales et les stéréotypes de genre qui pèsent sur l’orientation et l’auto-censure des femmes (syndrome de l’imposteur).

 Les « musk-see » du salon 

Si la présence (à distance) d’Elon Musk, a fait jaser la « techosphère », certaines innovations ont également fait entendre parler d’elles. Tour d’horizon de ces gadgets plus ou moins utiles. 

  • Le secteur de la santé est à l’honneur cette année. La startup SquareMind propose par exemple une technologie pour aider les dermatologues dans le dépistage des cancers de la peau. Ce dispositif automatisé numérise l'intégralité de la peau du patient en très haute résolution à l’aide d’un bras mécanique. « Grâce à l'intelligence artificielle, il peut signaler l'apparition de nouveaux grains de beauté entre deux visites » explique son co-fondateur Ali Khachlouf. Autre démonstration qui a suscité l’émerveillement du public : un fauteuil roulant développé par la startup suisse Scewo qui peut monter et descendre des escaliers en toute sécurité.

Un pas en avant pour l’accessibilité des personnes en fauteuil roulant avec @scewo_official #Vivatech @VivaTech #Handicap pic.twitter.com/gt4vAf17Nv

— Mathieu Flaig (@MathieuFlex) May 22, 2024

  • Mais notre coup de cœur est sans nul doute Buddy, un petit robot à l’allure « kawai » dont le but est d’aider les enfants sur le spectre autistique dans leur apprentissage. Fabriqué par la société française Blue Frog Robotics et désigné en France comme « robot for good », Buddy a été approuvé par le ministère de l’Éducation nationale. Présenté comme « un compagnon émotionnel avec qui l’enfant pourra nouer un lien social », Buddy permet aux petits d’interagir avec un avatar ayant des traits humains (deux yeux, une bouche) sans le stress que pourrait générer une interaction réelle. « Buddy permet de simuler certains codes sociaux mais n'a aucune conscience de ce qu’il est », souligne un développeur présent au stand. Un autre projet en cours vise à utiliser Buddy pour réinclure en classe les enfants en situation d’exclusion. L’initiative née sous l’impulsion de la Fondation des hôpitaux de France présidée par Brigitte Macron a été lancée auprès de 2000 enfants malades. À l’aide d’une tablette disponible dans leur chambre d’hôpital, les jeunes patients peuvent contrôler le petit robot à distance, parler à travers lui, entendre le professeur et répondre aux questions. Des tests sont en cours pour mesurer les impacts socio-psychologiques du dispositif sur les patients. Si les résultats sont positifs, Buddy pourrait être déployé à plus grande échelle. Toutefois, on peut se questionner sur le coût d’un tel programme et son déploiement réel par la suite. L’éducation nationale étant déjà en proie à des restrictions budgétaires, qui financera ces Buddy dans nos écoles ? 

📣Salon #Vivatech 2024 #AvecFranceTravail
✅@BlueFrogRobotic présente #Buddy
↪dopé à l'#IA pour interagir avec des enfants #autistes, malades ou assistance auprès des personnes âgées
↪création d'empathie, de lien émotionnel @VivaTech @FranceTravail pic.twitter.com/8JOOjmBkos

— Eric Huguet 🌍 (@ERICHUGUET4) May 23, 2024

  • Évidemment, certaines innovations auraient pu rester au stade de l’idée. Par exemple, SmartGolf est un fournisseur de services de golf nouvelle génération, qui propose une analyse du swing et un coaching par l'IA sans balle. Le but ? Pouvoir faire du golf directement de chez soi. Pratique lorsque l’on n’a pas de terrain à proximité. Un gadget qui n’est pas sans rappeler wii sport, disponible pour la modique somme de 450 dollars. Mais le plaisir du golf ne réside-t-il pas dans le fait de taper la balle ? Du côté automobile, comme chaque année, de nombreux modèles de voitures aux designs toujours plus futuristes se sont fait concurrence. Une dizaine de constructeurs étaient présents, avec des promesses marketing plus ou moins similaires, englobant IA, énergie verte, pilotage automatique etc. Parmi eux, le cybertruck de Tesla s’est fait remarquer par ses dimensions hors norme : 5,69 mètres de longueur sur 2,4 mètres de largeur pour 3 tonnes. Non commercialisé en France (et pas prêt de l’être), le pick-up en acier inoxydable est disponible aux Etats-Unis pour environ 100 mille dollars.

 

It's the @Tesla Cybertruck. And it's at #VivaTech 💥 pic.twitter.com/rO3RoP3nGM

— Viva Technology (@VivaTech) May 22, 2024

  • Airbus a également présenté ses innovations les plus ambitieuses à VivaTech. Le cheval de bataille du géant de l'aérospatiale ? Permettre aux avions de se déplacer en totale autonomie dans les aéroports. Le projet intègre des technologies telles que l'automatisation avancée, la vision par ordinateur, et l'apprentissage automatique. Une menace pour la sécurité selon certains syndicats de pilotes. Pour minimiser l'empreinte carbone de ses essais, Airbus utilisera un camion électrique, le « Air-truck » qui reproduit les fonctions d'un cockpit d'avion. Le stand proposait également d’effectuer un vol simulé au-dessus d'Osaka à bord d'un taxi aérien du futur. L’occasion de faire un parallèle avec le volocity, un taxi volant proposant une offre 100% électrique et décarbonée. Déjà présenté au salon en 2022, il devait effectuer ses premiers vols commerciaux à l'occasion des JO de Paris 2024 pour environ 250 euros. Deux ans plus tard, le taxi volant du futur sillonnera bien le ciel de Paris afin de profiter de la vitrine médiatique des Jeux Olympiques, mais sans client ! 

J'aurais peut être dû prendre le volocopter pour rentrer plutôt que la ligne 12 😁#vivatech@jblefevre60 @kalydeoo @pierrepinna @Nicochan33 @tewoz @loutro1990 @CHRISTINESOTO12 @RLDI_Lamy @jeancayeux pic.twitter.com/gEoqJ9V2zv

— Yann Marchand (@Ym78200) May 23, 2024

Conclusion

En conclusion, la transformation de Paris en une "capitale de l'intelligence artificielle" semble bien en marche, soutenue par les ambitions du président Emmanuel Macron et l'engouement généré par le salon VivaTech. Au-delà des innovations gadget, des exercices de com' de la part des politiques, de l'aliénation de certains tech lovers, de la recherche du business à tout prix, cet événement a rassemblé les acteurs les plus influents du secteur, témoignant de l'importance croissante de l'IA dans les discussions technologiques et économiques. Rappelons que la France accueillera, les 10 et 11 février 2025, la prochaine édition du sommet international de l'intelligence artificielle. 

 

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  • Liens vagabonds : Google veut révolutionner notre travail, OpenAI, notre vie
    « Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière.  Cha

Liens vagabonds : Google veut révolutionner notre travail, OpenAI, notre vie

« Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière. 

ChatGPT veut révolutionner notre vie  

  • De son côté, OpenAI a dévoilé lundi 13 mai la nouvelle version de son assistant : ChatGPT-4o. Et surprise, il ne s’agit pas d’un chatbot ordinaire. Son abréviation « o » provient du mot anglais « omni », c’est-à-dire multimodal en français. Il s’agit donc d’un modèle capable de traiter du texte, de l'audio et des images en temps réel. 
  • Toutefois, il ne s’agit pas d’un nouvel outil comme Alexa ou Siri. La véritable révolution réside dans sa capacité à tenir une véritable conversation comme utiliser des onomatopées, faire des blagues, imiter une émotion (à la façon du film Her), permettre à l'utilisateur d'interrompre ou de changer totalement de sujet. « Parler à un ordinateur ne m'a jamais semblé vraiment naturel ; maintenant, c'est le cas », s’est félicité Sam Altman, PDG d'OpenAI. 
  • Auparavant, les assistants vocaux, y compris ChatGPT, pouvaient déjà répondre à des questions. Aujourd'hui, elle est fait en temps réel, et avec le sourire (en tout cas dans la vidéo démo).
  • S’il était déjà possible de prendre une photo de notre frigo avec ChatGPT4, il est désormais possible de prendre son téléphone pour filmer directement notre environnement et le montrer à l’IA. Elle comprend le contexte et peut décrire des scènes en temps réel, comme « décris-moi la ville ». 
  • La version de ChatGPT-4o est progressivement déployée pour les utilisateurs gratuits. Toutefois, le nouveau mode vocal n’est pas encore intégré à l’application. Difficile donc de vérifier s’il est à la hauteur des promesses marketing de la start-up. Sam Altman a en effet expliqué dans un tweet : « le nouveau mode vocal n'a pas encore été livré (bien que le mode texte de GPT-4o l'ait été). Ce que vous pouvez actuellement utiliser dans l'application est l'ancienne version ». 
  • Demain, ce sympathique assistant nous lira-t-il une sélection de news (fabriquées elles-mêmes par une IA ?)

Démonstration des capacités de ChatGPT-4o par OpenAI 

Gemini 1.5 veut révolutionner notre travail 

  • Mardi 14 mai, c’est au tour de Google de montrer une série de nouveautés au cours de sa conférence de presse. La promesse ? intégrer son IA Gemini 1.5 dans toutes ses gammes d’outils.
  • Cette innovation révolutionnera notre façon de travailler. Google bénéficie de l'avantage (comme Microsoft) d'avoir déjà des outils déployés dans les entreprises et sur les ordinateurs personnels. L'IA pourra analyser nos courriels et nous aider à organiser notre agenda par exemple. 
  • À partir de cette semaine, les utilisateurs aux États-Unis découvriront les résumés par IA dans leur moteur de recherche Google au-dessus des liens vers les sites web. Une nouveauté qui risque d’accentuer encore plus les inquiétudes des éditeurs de site web (une bataille des droits voisins puissance 10 est déjà en cours).
  • Enfin, Google a dévoilé son projet « Astra », assistant vocal multimodal voulant faire concurrence ChatGPT-4o. Si Astra ne montre pas encore d’émotion, Google souhaite améliorer son agent dans les prochaines semaines. 

Démonstration du projet Astra par Google 

Révolution technologique ou simple coup de communication ? 

Alors, demain, rira-t-on avec les robots pour mieux vivre avec eux, comme nous l'annonçait Laurence Devillers déjà en 2015 ? Ce qui semble être une promesse technologique révolutionnaire doit néanmoins être nuancé. Les assistants conversationnels d’OpenAI et de Google affichent toujours un taux d’erreur d’environ 20 %. Il reste donc primordial de vérifier les informations fournies avec d'autres sources. De plus, pour Benoit Raphael, journaliste expert en IA, « la hype de l'IA générative semble avoir atteint un plateau », tant en termes d’utilisateurs qu’en termes techniques. Il explique : « GPT-4o, le nouveau modèle d'OpenAI, est à peine meilleur que GPT-4, même s'il est plus rapide. Aujourd'hui, la plupart des modèles se valent ». Le principal enjeu est maintenant le marketing (plusieurs vidéos sur YouTube ont d'ailleurs transformé cette semaine en battle entre les deux géants)...

Mais ces entreprises sont bien en train de construire un avenir où les modèles d'IA recherchent, vérifient et évaluent les informations pour nous fournir une réponse concise à nos questions. Et pour Melissa Heikkilä, journaliste experte IA au MIT, "Encore plus qu'avec des chatbots plus simples, il est judicieux de rester sceptique par rapport à ce qu'ils vous disent".

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Une future entreprise unique de l’audiovisuel public sans France Médias Monde (Le Monde)
  • Le journal gratuit «20 Minutes» va supprimer son édition papier, 56 postes menacés (Libération)
  • Fréquences TNT ; plusieurs nouveaux entrants veulent lancer leur chaîne télé (Les Echos)
  • Streaming vidéo, IA... La France veut réduire le coût environnemental des services des géants du numérique (Le Figaro)
  • Le blocage de TikTok dans un territoire d'outre-mer crée un « dangereux précédent », avertissent les critiques (Politico)
  • Cannes : TikTok sur le tapis rouge (France Culture)

3 CHIFFRES

  • Selon des données collectées par Ecoprod, l’impact moyen d’un long-métrage de cinéma est de 188,7 tonnes CO2-équivalent, soit une centaine de voyages aller-retour en avion entre Paris et New York.
  • Au premier trimestre 2024, les recettes publicitaires nettes de l’ensemble des médias s’élèvent à 3,996 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % par rapport au premier trimestre 2023, selon le Baromètre unifié du marché publicitaire (BUMP).
  • Les responsables de l'information sont légèrement plus optimistes quant à l'impact de l'IA. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées (52 %) ont déclaré être « optimistes » ou « très optimistes » quant à l'effet qu'aura l'IA sur leur entreprise d'ici quelques années, d'après WAN-IFRA.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les renvois vers les sites d'infos en provenance de Facebook ont chuté de 50 % en un an

Source : Mediapost

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • « Au début, on se fait agresser et à 45 ans, on est trop vieille pour travailler » - la misère secrète des femmes travaillant à la télévision (The Guardian)
  • Les moteurs de réponses remplacent les moteurs de recherche : carnage attendu pour les éditeurs (Washington Post)
  • Les liens rompus de Google avec le web (Platformer)
  • Comment les streamers de Twitch pourraient influencer les élections de 2024 (Wired)

Capture d'écran : Washington Post

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les adolescents qui se lient d'amitié avec les chatbots d'IA (The Verge)
  • Le PDG de YouTube : il est temps que les Emmys s'intéressent aux créateurs (Hollywood Reporter)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • L'IA me ment-elle ? Les scientifiques mettent en garde contre une capacité de tromperie croissante (The Guardian)
  • « Goodbye, Delhi » : forcée à partir après 25 ans en Inde, la correspondante de « La Croix » raconte (La Croix)
  • Un tribunal guatémaltèque ordonne la libération d'un journaliste emprisonné depuis près de deux ans pour blanchiment d'argent (AP)
  • Comment le gouvernement indien utilise les lois pour réduire au silence et intimider les journalistes (ijnet)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Le gouvernement français a-t-il le droit d’interdire TikTok en Nouvelle-Calédonie? (Le Figaro)
  • La Quadrature du Net attaque en justice le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie (Quadrature du Net)
  • Après TikTok et X, Facebook et Instagram accusés par Bruxelles d'attenter à la santé mentale des enfants (Les Echos)

JOURNALISME

  • La nouvelle série spin-off de The Office prendra place dans un journal local en difficulté (Washington Post)
  • Sous-payé et sous-évalué : Ce que c'est que d'être un étudiant journaliste palestinien à l'heure actuelle (Teen Vogue)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • TikTok teste le téléchargement de vidéos de 60 minutes et continue de s'attaquer à YouTube (TechCrunch)

ENVIRONNEMENT

  • « Permacomputing » : la discrète communauté qui défend des outils numériques libres, sobres et décroissants (Le Monde)
  • Sous l'eau, Correio do Povo couvre la tragédie humaine des inondations dans le sud du Brésil (Latin American Journalism Review)
  • Comment les compagnies pétrolières manipulent les journalistes (Drilled)
  • Les déserts d'information occultent l'ampleur des catastrophes climatiques (The Nation)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'utilisation d'Internet est statistiquement associée à un plus grand bien-être, selon une nouvelle étude mondiale d'Oxford (University of Oxford)
  • Threads teste un flux semblable à TweetDeck (The Verge)
  • Pourquoi Jack Dorsey a abandonné Bluesky (The Washington Post)
  • Les réseaux sociaux chinois effacent les messages « ostentatoires de richesse et de glorification de l'argent » (The Guardian)
  • Comment WhatsApp est devenu une machine de campagne en Inde (Rest of World)
  • Reddit et OpenAI créent un partenariat (Reddit)
  • Twitter est officiellement X. com maintenant (The Verge)

 

Publié par @zuck
Voir dans Threads

 

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Stanford vient-il de créer le prototype des lunettes AR du futur ? (The Verge)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Qu'est-ce qu'on regarde à la télé ? Pour de nombreux Américains, c'est YouTube (Wall Street Journal)
  • Le retour des bouquets (The Atlantic)
  • Pour le marché du film de Cannes, les conditions sont mûres pour le succès après les premières années de pandémie (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Sony Music met en garde les entreprises technologiques et les diffuseurs de musique contre l'utilisation de ses artistes par l'IA (Financial Times)
  • Spotify est accusé de violation du droit d’auteur par une association américaine (Billboard)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • L'Oklahoma adopte un projet de loi historique protégeant les droits des utilisateurs de Bitcoin (Forbes)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le cofondateur d'OpenAI, Ilya Sutskever, annonce son départ (New York Times)
  • Claude d’Anthropic propose maintenant son propre générateur de prompts (Anthropic)
  • Google et OpenAI se livrent une bataille pour remodeler Internet (The Verge)
  • ChatGPT sera capable de vous parler comme Scarlett Johansson dans Her (The Verge)

You can now generate production-ready prompts in the Anthropic Console.

Describe what you want to achieve, and Claude will use prompt engineering techniques like chain-of-thought reasoning to create more effective, precise and reliable prompts. pic.twitter.com/TqylVRkfP5

— Anthropic (@AnthropicAI) May 10, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment la publicité télévisée a perdu de son importance (Wall Street Journal)
  • Les groupes de presse britanniques mettent en garde Apple contre les projets de blocage des publicités (Financial Times) 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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Biographies des journalistes : comment engager son lectorat en incarnant son média ?

Les biographies permettent au lectorat d’en savoir plus sur les journalistes derrière les papiers. Mediapart et le New York Times expliquent comment cet outil est une manière de renforcer confiance et engagement.

Par Agathe Kupfer, journaliste indépendante 

Si vous pouvez reconnaître dans la rue le ou la présentateur·ice du journal de 20 heures, il y a peu de chance que vous reconnaissiez le ou la journaliste qui a signé le dernier papier que vous avez lu. En presse écrite, les signatures et les pages de bios ne disent pas grand-chose de l’auteur·ice et de son travail. 

Pourtant, incarner son média, même à l’écrit, permet aux lecteur·ices d’en savoir plus sur le·la journaliste qui a écrit tel ou tel article. Par cette même occasion, les journalistes peuvent être plus transparent·es sur leur manière de travailler, de choisir leur sujet et leur expertise pour en parler. La jeune génération va chercher l’information chez des sources dans lesquelles ils et elles ont confiance, d’après une étude du Financial Times sur le rapport des jeunes générations aux médias et à l’information parue en mars. Le·la lecteur·ice fait confiance à une source lorsqu’elle a une expertise et une crédibilité pour parler d’un sujet, si il·elle se sent proche d’elle et enfin si ses intentions, biais et possibles conflits d’intérêts sont connus. 

L’incarnation devient alors essentielle pour les médias qui cherchent à toucher un public jeune, notamment via les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram, mais aussi à instaurer un lien de confiance en général. Certains médias choisissent de mettre des journalistes devant une caméra afin de montrer aux lecteur·ices les visages de certaines personnes qui travaillent dans la rédaction. 

Pourtant, cette stratégie n’est pas la seule pour engager son lectorat en misant sur la transparence et l’incarnation. Sous-estimées et peu utilisées en France, les biographies accessibles depuis le site du média sont une manière de valoriser le travail des journalistes à l’origine des articles que nous lisons et plus largement les équipes derrière les médias comme le fait Contexte, média destiné aux profesionnel·les de la politique. Aux États-Unis, la pratique est courante, la majorité des grands sites d’information ont des fiches biographiques, plus ou moins détaillées, pour leurs journalistes. En France, la tendance est autre : certains médias ont construit des pages auteur·ices qui associent un nom de journaliste à la série de papiers qu’il·elle a écrits. Quand vous lisez un papier vous avez ainsi la possibilité de cliquer sur le nom du journaliste qui en est à l’origine (en tête ou en bas de page) ; vous serez redirigé·e vers l’ensemble des papiers qu’il·elle a produits pour le média. 

La menace de l’intelligence artificielle

Une habitude américaine qui pourrait s’expliquer par « la figure du journaliste star qui existe même dans la presse écrite aux États-Unis et moins en France », suppose Renaud Creus, directeur de la communication de Mediapart qui accompagne le nom de ces journalistes de quelques lignes biographiques et d’une déclaration d’intérêts. Côté américain, Edmund Lee, qui dirige la trust team du New York Times (une équipe transversale dont l’objectif est d’établir des stratégies pour renforcer la confiance des lecteur·ices dans le journal), estime que la France et plus largement l’Europe ont « un état d’esprit plus traditionnel qu’aux États-Unis » attachée au fait d’écrire de manière synthétique et d’aller à l’essentiel. 

À l’ère du numérique, de la multiplication des sources d’information et l’arrivée des contenus générés par l’intelligence artificielle, ne laisser qu’un nom en signature ne semble plus suffire pour montrer aux lecteur·ices qu’ils·elles peuvent avoir confiance en l’article qu’ils·elles lisent. Inclure les biographies de ses journalistes est aussi un moyen pour un média d’information de rappeler que ses articles ne sont pas écrits par des robots. « Maintenant, les lecteur·ices peuvent être encore plus facilement berné·es et nous voulons que ce soit d’autant plus clair que ce sont des humains qui font notre travail et pas des robots », affirme Edmund Lee. Pour cette raison, le New York Times, qui avait intégré les biographies à son site peu après son arrivée sur internet en 1996, a commencé à intégrer une version enrichie de ces dernières en septembre. « Les gens veulent tout savoir, leurs attentes sont différentes d’auparavant », estime Edmund Lee.

Les journalistes du quotidien américain doivent à présent expliquer dans leur fiche biographique ce qu’ils·elles ont fait avant d’intégrer la rédaction, les sujets qu’ils·elles couvrent et l’éthique journalistique à laquelle ils·elles s’astreignent. Le lieu depuis ils·elles travaillent est aussi inscrit. « Les lecteur·ices ont de fausses idées concernant nos journalistes. Beaucoup pensent par exemple que nous sommes tous·tes de New York, alors que ce n’est pas vrai. La majorité sont d’ailleurs et travaillent aussi ailleurs », explique Edmund Lee. 

Renforcer la culture de l’information

En donnant des informations personnelles sur les journalistes, ces médias renforcent autant la confiance que la transparence sur leur manière de travailler. La plus grande innovation des biographies du New York Times est la partie sur l’éthique journalistique. « Quand nous l’avons testée auprès des lecteur·ices, ils·elles ont eu l’impression que c’était la chose la plus importante à savoir », affirme Edmund Lee. Ainsi, par le biais de ses journalistes, le New York Times rappelle qu’il est un média indépendant qui n’a pas de connection avec les sujets dont il traite. 

Les lecteur·ices apprennent également dans cette rubrique la manière dont les journalistes travaillent. On peut lire dans la biographie de la journaliste Vivan Yee, reporter au Caire qui couvre l’Afrique du Nord : « Consciente que je ne suis pas originaire de la région ou de la culture que je couvre, j'essaie toujours de mieux comprendre l'endroit où je me trouve, tout en remettant en question mes propres hypothèses et préjugés. » Ou encore de comprendre comment un·e journaliste traite ses sources, comme l’explique le journaliste d’investigation Ben Protess dans sa bio : « Je prends également des mesures pour éviter de créer un conflit. Ainsi, lorsque je rencontre une source, je paie le café ou le déjeuner et je n'accepte pas de cadeaux. »

Répondre aux besoins de sa communauté

Aujourd’hui, près de 90% de la rédaction du New York Times a adopté cette nouvelle biographie, soit près de 600 journalistes. Mettre en place cette innovation à l’échelle d’une si grande rédaction demande cependant beaucoup de moyens. La trust team du New York Times a fait des recherches pendant deux ans pour concevoir ces nouvelles biographies. Elle a notamment sondé un panel de lecteur·rices restreint choisi·es à la suite d’entretiens. Une maquette leur a été présentée avec plusieurs catégories (leur formation et origines, leur éthique, leur rôle, leur travail, d’où travaillent-ils, etc) pour composer les biographies. Ils·elles pouvaient en enlever ou en ajouter et changer leur ordre. Engager sa communauté de lecteur·ices dans le développement et l’évolution du média est par ailleurs une manière de soigner le lien de confiance avec elle.

Il a fallu ensuite convaincre les journalistes de la rédaction d’écrire leurs nouvelles biographies. L’équipe d’Edmund Lee a encore une fois commencé par constituer un petit groupe pilote de journalistes pour inciter les autres à le faire petit à petit. Le procédé est toujours le même pour l’implantation des nouvelles biographies. Une fois que les journalistes l’ont rédigée grâce aux indications et aux exemples de la trust team, elles sont relues et éditées par cette même équipe avant d’être validées par leur rédacteur·ice en chef. Une fois encore le temps accordé à ce suivi et ces relectures demande beaucoup de moyens dont le New York Times dispose. 

Mais quelle que soit l’échelle d’un média, des pratiques peuvent être imaginées pour implémenter des biographies qui répondent aux besoins du lectorat. En plus d’une page « équipe », toutes les signatures des articles des Jours sont cliquables et présentent une biographie de la personne concernée ainsi qu’une photo. Cette page s’accompagne également d’un onglet « m’écrire » avec un formulaire de contact. Un autre exemple du côté de Brief.me, une newsletter d'actualité quotidienne, qui présente chaque membre du média sous l’onglet « l’équipe » avec une bio, une photo et une déclaration d’intérêt. Sans avoir de catégories spécifiques, les biographies de ces deux médias, dont les équipes sont petites, allient parcours professionnels, sujets de prédilection et souvent aussi des informations sur la personnalité de la personne. 

Montrer la diversité d’une rédaction

Les biographies sont « une façon d’incarner la rédaction, de montrer que derrière un site, des articles, des signatures, il y a aussi des visages et des gens », estime Renaud Creus à Mediapart. « On est une rédaction avec 65 journalistes et autant de profils différents », ajoute-t-il. En plus d’être liées aux signatures des articles, ces pages biographiques sont aussi accessibles depuis le bas de la page d’accueil en cliquant sur les photos des membres de la rédaction. Les journalistes de Mediapart n’ont pour l’instant pas d’obligation pour la remplir. Sur sa page, chacun·e doit y faire figurer sa déclaration d’intérêt mais ils·elles choisissent d’écrire ce qu’ils·elles veulent sans être contraint·es par des catégories spécifiques. L’équipe de Mediapart a pour objectif proche d’établir quelques indications et une trame avec leur parcours professionnel, pourquoi ils·elles traitent ces sujets et comment ils·elles les abordent pour de futures biographies enrichies. 

Un procédé similaire est utilisé par Contexte qui présente son équipe (éditoriale mais pas que) sur sa page « Équipe » par un trombinoscope. Par ailleurs, cette page ne présente qu’une vingtaine de membres et change chaque jour pour découvrir d’autres membres de l’entreprise. En cliquant sur les photos de membres de l’équipe, on découvre une courte biographie ainsi que plusieurs liens vers leurs réseaux sociaux et enfin leur déclaration d’intérêts.

Inspirer la confiance pour les sources 

Si ces informations rendent service aux lecteur·ices, elles rendent aussi service aux journalistes. Les biographies de la rédaction de Mediapart s’accompagnent de liens pour permettre à des personnes de les contacter dans le but de leur communiquer des informations. « Ils peuvent aller chercher qui est la personne qui couvre le sujet concerné et c’est aussi une manière de renforcer le lien de confiance », explique Renaud Creus. Un constat que partage Edmund Lee au New York Times : « les sources font davantage confiance aux journalistes car l’accès à certaines informations personnelles leur permettent de se sentir plus à l’aise pour leur parler. » L’ajout des liens vers les réseaux sociaux, comme celui de liens en général, permet également à ces pages d’être mieux référencées sur internet. 

Les biographies permettent d’éduquer les lecteur·ices à la culture de l’information mais aussi de mettre en avant les valeurs d’une rédaction notamment la transparence et le respect d’une éthique journalistique. « Ajouter des biographies aux noms des journalistes permet de montrer la diversité et la richesse de notre rédaction mais en ne mettant pas une personne au-dessus des autres », conclut Renaud Creus. 

 

Cet article d'Agathe Kupfer est republié sous licence Creative Commons depuis le site Médianes. 

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