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  • De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu
    Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire.  Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes e

De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu

Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire. 

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes en quête de revenus supplémentaires. Aujourd’hui, une opportunité encore peu exploitée s’offre à eux : travailler pour les influenceurs. Et particulièrement sur YouTube. A une époque où les créateurs de contenu devancent les médias traditionnels auprès de la jeune génération, les acteurs du web cherchent activement des compétences journalistiques pour renforcer la crédibilité de leurs productions. Tous, des YouTubeurs divertissants aux plus informatifs, deviennent alors les rédacteurs en chef de journalistes professionnels, œuvrant dans l’ombre. 

Un contexte économique propice

« On va en partie crever. Les médias n'ont plus les moyens de nous payer correctement », lâche Vincent Bresson, journaliste pour Le Pèlerin et collaborateur occasionnel du youtubeur bordelais Simon Puech, spécialisé dans le divertissement. Avec des revenus publicitaires en déclin, une concentration accrue des médias et un marché saturé – entre 2 000 et 2 500 journalistes sont formés chaque année pour seulement 450 départs à la retraite, d’après la Scam – il devient difficile de trouver sa place (et même une place !) et de vivre simplement de sa plume. Plus de 40% des titulaires d’une carte de presse abandonnent la profession au bout de sept ans, selon une étude publiée en 2017 par les Observatoires des métiers de l’audiovisuel et de la presse. La Commission de la Carte d’Identité Professionnelle des Journalistes indique que 66% des journalistes âgés de 30 ans ou moins sont pigistes ou en CDD. Face à une telle précarité, et dans un contexte capitalistique ultra-compétitif, chaque possibilité d’emploi se révèle précieuse. « J’ai commencé à travailler avec les YouTubeurs parce que j’étais en grosse galère de piges. Je ne m’en sortais pas financièrement. J’étais hyper découragée par la presse écrite. Tu es parfois payée 150 balles pour 10 000 signes », témoigne la journaliste Marion Mayer ayant bifurqué un temps vers ce secteur en plein essor.

Des créateurs de contenus en demande

« Nous, on a besoin de débouchés économiques. Eux, sont en demande de gens rigoureux et fiables », constate Vincent Puech. « Depuis le Squeezie gate, tout l’écosystème YouTube fait attention à ses sources », souligne Paul Foucaud, ex-journaliste en alternance chez Hugo Décrypte. En 2019, le plus grand youtubeur français (catégorie formats longs) avait publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques au consensus scientifique. « C’était une vidéo de désinformation massive, alors qu’il avait une responsabilité éditoriale », pointe le journaliste média Vincent Manilève (qui a également publié un article sur le sujet). Depuis cet incident, non seulement le public est devenu plus exigeant, mais les youtubeurs ont réalisé l’importance des sources. Aujourd’hui, Squeezie collabore avec des journalistes pour ses vidéos, et leur recrutement suit un processus semblable à celui des rédactions classiques : phases de candidature, pré-sélection de journalistes, tests rémunérés sous forme de piges, où ils doivent par exemple proposer des idées de sujets vidéo. Pour sa vidéo intitulée « Cet agent secret est un énorme mytho », Lucas Hauchard (alias Squeezie) a fait appel à l’expertise de la journaliste Justine Reix, ex responsable société chez Vice. La vidéo, postée il y a deux mois, culmine aujourd’hui à 6,1 millions de vues.

Très contente de cette première collab avec le seul et l'unique @xSqueeZie avec lequel j'ai pu travailler sur sa dernière vidéo Histoire. De plus en plus de YouTubers font appel à des journaliste et on ne peut que les féliciter pour cette exigence d'info 🔥pic.twitter.com/3XhZqBCMAP

— Justine Reix (@Justine_Reix) August 5, 2024

Un score qui fait rêver en comparaison aux chiffres d’audience bien plus modestes des sites d'information. Travailler avec des YouTubeurs n’est pas qu’un choix pragmatique : ce tremplin permet également de toucher un public que les médias traditionnels peinent à atteindre. D’après le Digital News Report 2023 du Reuters Institute, 55 % des utilisateurs de TikTok et de Snapchat et 52 % des utilisateurs d'Instagram s’informent via des influenceurs. « J’ai couvert le phénomène des dark kitchens – ces services de livraison de repas uniquement accessibles en ligne - pour le média Politis et Simon Puech. La vidéo de Simon a donné une tout autre visibilité au sujet. Bien sûr, c’est gratifiant pour l’égo journalistique de travailler pour un grand média, mais je suis encore plus fier d’avoir sensibilisé un public qui ne suit pas les médias traditionnels », rapporte Vincent Bresson. La vidéo « Ce qu’Uber Eats et Deliveroo vous cachent », postée le 13 décembre 2022, a dépassé 1,3 million de vues. « Simon est déçu quand un contenu ne réunit que 300 000 ou 400 000 vues », précise le coauteur du reportage.

Des auteurs appelés à plus de clarté

Pour toucher ce jeune public, les créateurs de contenus réclament aux journalistes le plus de clarté possible. Un défi, comme le reconnaît Vincent Bresson : « Faire simple est bien plus difficile que de faire compliqué ». Leur objectif principal est de rendre l’information à la fois accessible et divertissante : simplifier sans verser dans le simplisme…  Un équilibre que les médias traditionnels n’atteignent pas toujours : pour la presse, le vrai défi n'est pas tant l’intelligence mais l’accessibilité de leurs articles. Et l’attente du public est là. Après le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni en 2016, Google avait relevé une explosion de recherches comme « Qu’est-ce que l’Union Européenne ? », ou « Qu’est-ce que le Brexit ? », en pleine nuit.

Les influenceurs comme Gaspard G veillent à rendre les informations compréhensibles pour tous, pas seulement à transmettre des faits. Marion Mayer, ancienne coordinatrice éditoriale du YouTubeur explique à quel point la clarté restait la valeur suprême des contenus diffusés : « Quand Gaspard relit un script, si ce n'est pas parfaitement clair pour lui, s'il trouve que c'est trop complexe, il faut le simplifier. Il est essentiel que les gens ne butent pas sur une expression qu'ils ne comprennent pas. » 

Le journaliste, ce rat de bibliothèque

Écrire des vidéos, mener des recherches sur des sujets techniques, organiser des entretiens, visionner des documentaires, écouter des podcasts, faire le travail d’un « rat de bibliothèque »… Telles sont les missions de ces plumes qui s’activent en arrière-plan pour la marque de créateurs qui ont fondé leur business sur leur visage. « Quand on rejoint Hugo Décrypte, on sait très bien que ça va être comme ça. On est tous des travailleurs de l'ombre et nous n'avons pas cette volonté de prendre la lumière. Il n’y a pas trop de frustration par rapport à cela », assure Paul Bonnaud, ancien journaliste chez Hugo Décrypte. Cette position, aussi humble qu’elle soit, interroge dans un monde médiatique où la visibilité est souvent un facteur de réussite. Bien que les journalistes soient crédités, leur présence à l'écran reste quasi-inexistante. Des créateurs, comme Squeezie et Sofyan, choisissent de ne pas créditer leurs journalistes, de peur de se faire voler leurs « talents ». À une époque où le nom d’une personne est devenu sa carte de visite, cette approche soulève des questions. Le crédit ne relève pas d’une question d’ego : il s’agit d’un indicateur de la valeur perçue qu’une personne apporte à une organisation. Ceux qui sont crédités sont souvent ceux qui se voient offrir le plus d’opportunités, rappelle le NiemanLab.

Ce virage vers l’univers des influenceurs n'est pas qu'une adaptation technique ; c'est une mutation du rôle même du journaliste ou de l'idée que l'on s'en fait. « Je ne suis plus la journaliste qui va vous dire quelle pièce de théâtre regarder, mais une autrice qui va faire de son mieux pour vous faire comprendre quelque chose », confie Marion Mayer. Cette transition n’a pas été sans obstacles. Elle explique : « Il a fallu se désnober. Quand tu viens de la presse écrite et que tu écris pour un YouTubeur, tu redescends de quatre étages. » Cette évolution ne se limite pas à un simple changement de milieu ; elle ressemble plutôt à une « mission humilité », selon ses propres mots. Cela implique de renoncer à certaines aspirations idéalisées du métier pour se concentrer sur un travail plus ancré dans les réalités contemporaines, souvent perçu comme moins nobles. Un rôle pas si éloigné de celui d'un auteur ou d'un programmateur pour une émission de radio ou de télévision. Pour jauger ses attentes en matière de rémunération, un journaliste employé par un créateur de contenu confie ainsi avoir pris comme référence le salaire des auteurs de l’émission de France Inter Affaires sensibles.     

Ce travail en coulisses peut agacer certains, surtout quand les sommes en jeu paraissent dérisoires, et souvent réglées en factures... « On parle de travailler main dans la main entre influenceurs et journalistes, mais en réalité, je pense qu’on demande à des journalistes de travailler sous-payés pour des influenceurs qui gagnent des mille et des cents, afin que ces derniers puissent apparaître comme des journalistes », fustige une ex-collaboratrice. Dans cet univers, tout comme dans le domaine des médias, il n’existe pas de grille salariale transparente. Les montants circulent discrètement entre les journalistes, qui avancent à tâtons. Notons que chez Hugo Décrypte, on assure être bien traités : « Hugo tient à récompenser ses employés quand ils font du bon travail. Il y a régulièrement des augmentations. Des primes ont été versées, en particulier durant la présidentielle, lorsque la charge de travail était plus intense et que la valeur générée pour l’entreprise était plus élevée », affirme Paul Bonnaud, ex-rédacteur en chef chez Hugo Décrypte. 

Des rédacteurs en chef qui savent très bien ce qu’ils veulent

Les créateurs de contenu endossent leur rôle de rédacteur en chef. Au lieu de simplement reproduire le travail des journalistes qu'ils engagent, ils réadaptent constamment ce contenu selon leur propre vision. Lena Situations, animatrice du podcast Canapé Six Places sur Spotify, illustre bien cette approche. Pour la préparation de son podcast, elle collabore avec des journalistes professionnels, tels qu'Oumar Diawara (également présentateur sur France TV Slash), Arièle Bonte et Lucie Frobert entre autres, qui s’engagent à lui fournir un contenu rigoureux et vérifié.  Notons que ces journalistes deviennent auteurs et peuvent parfois être tenus par des contrats de confidentialité. 

« Lena s'appuie sur des journalistes pour mener un travail de fond, qu'elle adapte ensuite. Elle prend toujours le soin de retravailler le contenu, même lorsque les délais sont très serrés », raconte Lucie Frobert, rédactrice brand content chez Brut. En général, le journaliste élabore une trame de questions et organise une session rapide avec l'influenceur avant l'enregistrement pour affiner le contenu et poser des questions pertinentes. Lucie Frobert considère d’ailleurs cette collaboration comme l'une des meilleures de sa carrière, tant pour la fluidité des échanges que pour la gestion administrative. « J’ai été payée rapidement, contrairement à certains grands médias pour lesquels il me faut souvent des mois pour obtenir le règlement d'une facture de 200 euros. Il peut se passer des mois de paperasse, car il faut s’enregistrer sur des plateformes externalisées qui ne sont même pas maîtrisées par les médias pour lesquels tu travailles. Là, tout a été fluide »

Des créatrices comme Lena Situations ou encore Sally, spécialisée dans les contenus actu, politique et lifestyle choisissent elles-mêmes des invités et des angles d'approche pour leurs émissions diffusées sur la plateforme de streaming musical. « Les créateurs de contenu savent exactement quelles personnalités intéressent leur communauté et quels sujets s'y rapportent. Leur vision est souvent plus précise et plus pertinente que celle que nous, journalistes, pouvons avoir de l'extérieur », précise Claire Hazan, directrice des podcasts chez Spotify France et Benelux et productrice de Canapé Six Places. On pourrait relever qu’il s’agit plus d’une compétence marketing que journalistique : les créateurs de contenu savent qui inviter pour plaire à leur communauté, sans forcément chercher à explorer le sujet sous un angle inédit. Mais ce souci de l’invité qui « rapporte » se retrouve aussi chez les programmateurs journalistes en quête de gros poissons, ou dans les rédactions écrites qui cherchent le visage à mettre en Une pour vendre.

Les véritables rédacteurs en chef : les plateformes

Bien qu'ils agissent en tant que rédacteurs en chef, la priorité des vidéastes reste avant tout le divertissement. Les titres doivent claquer comme des slogans pour satisfaire les algorithmes qui favorisent souvent les vidéos qui attirent rapidement l'attention et jouent sur le sensationnalisme. « Pour la majorité des créateurs, y compris ceux qui adoptent une approche journalistique, divertir et générer des clics est essentiel. Les miniatures des vidéos illustrent bien ce phénomène. Simon Puech, par exemple, suit les tendances actuelles, ce qui, parfois, peut sembler peu journalistique et même un brin racoleur. Cette surenchère dans le contenu et les titres fait partie du jeu. Sur YouTube, capter l’attention est primordial ; c’est une véritable guerre pour l’attention des spectateurs. C’est différent de mes habitudes journalistiques. C’est sa patte YouTube », témoigne le co-auteur de Simon Puech, Vincent Bresson.

Les miniatures de la chaîne du YouTubeur Simon Puech

Marion Mayer, qui collaborait avec Gaspard G pour « Histoire de » (des vidéos qui racontent “l’histoire d’une personnalité ou d’une affaire qui a marqué la société”) partage un sentiment similaire : « Pour qu'une vidéo soit un succès, il faut impérativement qu'elle attire l'attention, en utilisant des noms qui résonnent avec le public. Cela peut être frustrant, surtout lorsque l'on souhaite traiter une personne moins connue mais tout aussi intéressante ; il est clair que cela attirera moins d’audience. En revanche, des figures de « gros méchants » comme Trump garantissent un bon nombre de vues. »

« Le plus grand défi de notre métier dans les 10 à 15 ans à venir, c’est la dépendance aux plateformes », ajoute Gaspard G, dont la chaîne continue néanmoins de croître, gagnant entre 50 000 et 60 000 abonnés par mois et qui compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube. Il attribue ce succès au fait que peu de créateurs de contenu diffusent de l'information de manière “non militante”. Mais les véritables rédacteurs en chef des influenceurs sont les plateformes, comme il l’admet lui-même. Les créateurs doivent s’adapter aux exigences des algorithmes, qui déterminent la visibilité et le succès de leurs contenus. « Le distributeur est américain et chinois. Les Américains ont tendance à une censure économique si je parle d’un sujet comme le terrorisme, un génocide, un viol. Ce sont des mots importants. On ne va pas amoindrir nos mots pour parler de la réalité. Il y aura un amoindrissement des revenus publicitaires parce que c’est non-annonceur friendly. Sur une plateforme chinoise comme TikTok, ils ne s’embêtent pas. Ils enlèvent le contenu quand cela ne leur convient pas », résume-t-il sur le podcast Media Connect de l’AFP

Cette forme de censure sur les plateformes incite les créateurs et même les médias traditionnels à éviter certains thèmes sensibles par peur d’être pénalisés ou mal référencés. Cela restreint leur liberté d'expression et oriente les créateurs vers des contenus jugés plus « sûrs », mais souvent moins percutants. Ils assurent ainsi  leur viabilité financière. De nombreux médias ont autocensuré le mot viol par peur d’être sanctionnés par les grandes plateformes. Comment déchiffrer le monde si on ne peut pas correctement le décrire ? « On se cache alors derrière des euphémismes : viOl, vil, l'émoji grappe de raisin (en référence au mot anglais rape). On se plie aux règles implicites ou supposées des plateformes, quitte à invisibiliser la violence, à lui faire perdre ses contours », met en perspective la journaliste Lucie Ronfaut.  Ceux qui utilisent des mots "non conformes" aux critères des plateformes sont souvent victimes d'un "shadowban", ou bannissement silencieux : leur nom devient introuvable dans la barre de recherche, même si leur compte reste actif. Les plateformes ne communiquent jamais ces restrictions. Les utilisateurs ne s'en rendent compte que par la baisse de leurs statistiques, avec une diminution des vues, des partages, et des publications. 

Le modèle économique : un impact sur le travail des journalistes 

Le modèle économique des créateurs de contenu reste fragile. La génération qu’ils ciblent n’a pas l’habitude de payer pour l’information, et ils ne disposent pas d’aides publiques. Ces chaînes n'ont pas accès aux dispositifs de soutien dont bénéficient de nombreux créateurs, comme les aides financières du CNC Talents, qui sont disponibles pour les créateurs de vulgarisation à succès. Gaspard G, qui a même été membre de la commission d’aide aux créateurs vidéo du CNC, n’a pas été sélectionné, expliquant que « ce n’est pas faute d’avoir essayé ».

Dans une vidéo intitulée « Je réponds à mes haters », il détaille son modèle économique et ses résultats. Sur une saison complète, sa chaîne YouTube lui a permis de générer entre 275 000 et 300 000 euros. Toutefois, le coût total de toutes les vidéos produites durant cette période s’élève à environ 260 000 euros, englobant les salaires, le matériel et la location d’espace. « On est tout juste à l’équilibre », déclare-t-il. Ces financements proviennent principalement de l'AdSense – les publicités automatiques sur YouTube, qui lui rapportent environ 50 000 euros – ainsi que de partenariats avec des marques, du brand content. « Je m’attendais à une industrie qui roule sur l’or, mais ce n’est pas vraiment le cas, à part pour Squeezie et Hugo », observe une journaliste.

Les structures sont encore en construction, ce qui rend le paysage très chaotique.  Ce manque de financement influence les sujets abordés par les créateurs de contenu. Gaspard G a dû limiter la couverture internationale de son média à trois voyages sur le terrain en douze mois (Martinique, Nouvelle-Calédonie, Ukraine). « Le coût d’une enquête n’est jamais absorbé par le sponsor », admet-il. « Financièrement, les enquêtes me font perdre de l’argent. On essaie de les vendre à des diffuseurs, le but étant d’avoir une diffusion à la télé, puis de les rendre disponibles gratuitement sur YouTube une semaine après. C’est ce que fait Seb la Frite avec ses documentaires sur TFX, et Hugo avec ses interviews de Face Cachée diffusées sur France Télévisions. Cette stratégie permettrait d'entrer dans une logique rentable. »

Les créateurs de contenu le savent bien : les ressources se trouvent chez les médias traditionnels. Après avoir traversé un Far West en pleine évolution, les plumes des créateurs en sont tout aussi conscientes et tentent leur chance dans les rédactions. Pour Max Laulom, qui a travaillé aux côtés de Gaspard G, « le milieu du numérique n’est pas encore assez structuré financièrement en termes de moyens et de processus pour être un véritable nirvana [NDLR ou plutôt un eldorado] pour les journalistes ». Pour l’instant. Lui-même producteur et journaliste, il a décidé de collaborer à nouveau avec les médias traditionnels : « Il ne faut pas se leurrer, c’est là où se concentrent les plus gros budgets. » C’est aussi l’envie d’interagir avec des sources directes, plutôt que de se limiter à de la curation qui incite certains à rejoindre l’autre rive (même si la sédentarité y est toutefois aussi très présente, avec un travail de desk devenu la norme). L’interaction avec un historien en chair et en os, plutôt qu’avec un livre ou un podcast.

Des médias traditionnels attentifs aux journalistes passés par les créateurs de contenus

Les médias traditionnels portent un intérêt croissant aux journalistes habitués aux codes des créateurs de contenu. Ceux-ci, s'ils se sentent limités dans leurs missions auprès des YouTubeurs, ont moins de mal à décrocher des CDI que leurs collègues, notamment au sein des équipes dédiées aux réseaux sociaux. « Faire du bon travail pour les créateurs de contenus, c’est bon pour le CV. C’est mieux perçu qu’il y a dix ans, quand les gens nous regardaient mal », estime Paul Foucaud, ancien alternant chez Hugo Décrypte et désormais en CDI chez BFM, en tant que responsable de la stratégie éditoriale et community manager.

Le journalisme numérique intègre de plus en plus la culture de l’influence, avec une multiplication des sujets vidéos incarnés, comme on le voit avec Brut, Le Monde ou Le Parisien. Cette évolution reflète un changement de perspective dans les médias traditionnels, qui cherchent à se réinventer et à rendre l'information plus accessible à un jeune public. Alexis Delcambre, directeur adjoint du Monde chargé de la transformation numérique, souligne l'impact des réseaux sociaux sur le recrutement : « Nous portons une attention particulière à la maîtrise des nouveaux formats et à la capacité à connecter avec l'audience pour transmettre un message. » Le sociologue des médias Jean-Marie Charon, dans son enquête sur les jeunes journalistes, a également observé cette tendance. Il note que le moyen le plus simple aujourd'hui d'obtenir un CDI dans le journalisme se trouve dans des niches spécialisées, comme la gestion des réseaux sociaux Snapchat ou TikTok. « Les rédactions parisiennes n'hésitent pas à embaucher rapidement ces profils rares, avec l'intention de les garder », ajoute-t-il.

Paul Bonnaud, ancien rédacteur en chef chez Hugo Décrypte, a lui aussi fait le saut vers un média plus traditionnel en rejoignant l’équipe des réseaux sociaux de L’Équipe, en CDI. « J’ai toujours eu une affection particulière pour L’Équipe et l’envie de vivre les Jeux Olympiques au sein d’un média qui me faisait rêver. Je savais que j’aurais plus de moyens sur certains aspects, mais moins de libertés sur d'autres », confie-t-il. Ce transfert lui permet de retrouver une place dans une rédaction produisant des informations originales, alors qu’il se limitait principalement à de la curation lorsqu’il travaillait pour Hugo Décrypte. « J’avais par ailleurs envie d’être 100% responsabilisé sur mon sujet du début à la fin. Quand j’écrivais une vidéo pour Hugo, je ne pouvais pas forcément accentuer sur certains points. Hugo allait remettre à sa sauce. C’est normal, c’est son image qui est en jeu. Ici, je pousse l’exercice jusqu’au bout, je suis certainement un peu plus libre dans le traitement », poursuit-il.

Il serait finalement réducteur d'opposer ces deux univers, qui dialoguent et s'enrichissent mutuellement. Les allers-retours constants des journalistes entre ces deux mondes en sont la preuve. D'un côté, les créateurs de contenu, en pleine expansion, tâchent de bâtir un modèle économique encore incertain et souvent sans cadre précis. De l'autre, les médias traditionnels, bien que dotés de moyens plus importants, peinent à se réinventer face à des défis majeurs, notamment dans la manière dont leur récit est reçu. Cette tension créative entre ces deux sphères peut générer une dynamique positive, un élan vital nécessaire pour réinventer la production d'information. Comme le souligne Julien Potié, bras droit de Hugo Décrypte et chargé du cours “Nouveaux médias et créateurs” à Sciences Po Paris, « on ne souhaite pas présenter le monde des créateurs comme révolutionnaire, et tirer un trait sur ce qui s'est passé avant.  Si nous avons rejoint cet univers, c'est parce que nous sommes des passionnés des médias ». Le journalisme n'a de toute façon pas le choix. L’intégration des compétences liées aux réseaux sociaux et aux nouveaux formats numériques est une condition de son avenir. À la profession de poursuivre cette transformation tout en sachant préserver ses codes déontologiques et ses lignes rouges.

 

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  • Liens vagabonds : YouTube, le nouveau géant de la télévision ?
    YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming. « YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosy

Liens vagabonds : YouTube, le nouveau géant de la télévision ?

YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming.

« YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosystème télévisuel. Contrairement à TikTok ou Facebook, YouTube est présent sur les téléviseurs de salon », avait déjà déclaré Evan Shapiro, cartographe de l'écosystème médias, lors d’un débat sur les prévisions 2024 pour le secteur des écrans, à la Royal Television Society à Londres. Malgré les prédictions concernant sa disparition, la télévision reste une composante majeure dans de nombreux foyers à travers le monde, et YouTube s’y implante de plus en plus. 60 % des enfants âgés de 4 à 15 ans au Royaume-Uni regardent YouTube régulièrement sur leur télévision connectée, selon des données de Barb. 

Ce repositionnement de YouTube en tant que chaîne de télévision marginalise progressivement les autres plateformes de streaming. En août, selon Nielsen, YouTube représentait 10,6 % du temps de visionnage sur les télévisions connectées, contre 7,9 % pour Netflix et 3,1 % pour Prime Video. Pour Robyn Summer, directeur commercial à l'agence marketing Essence Mediacom, YouTube pourrait même dépasser Netflix en termes d'audience quotidienne moyenne d'ici décembre 2024.

introducing fresh features to supercharge your creativity, community & business, including:

✨ AI-powered tools to ignite your imagination
🤗 deeper ways to connect with *your* people
💰 fun new opportunities to make money pic.twitter.com/0V2yWolR11

— YouTube (@YouTube) September 18, 2024

Dans cette même dynamique, YouTube introduit les « Creator Show Pages », une nouveauté qui s'inspire de la mise en page des plateformes comme Netflix ou Prime Video. D’après le vice-président des produits chez Youtube, cette fonctionnalité permettra aux consommateurs de « voir clairement l’intégralité d’une saison, ce qui pourrait les inciter à continuer à regarder ou même à télécharger la saison entière avant un vol ». Cette nouveauté s’ajoute aux avantages déjà mis en place pour optimiser l’impact des créateurs et faciliter leur portée. La place de Youtube sur les téléviseurs permet aux créateurs de considérer leur programmation, leur contenu et leurs investissements dans leurs communautés avec la même perspective que les médias traditionnels.

L'adoption de l'IA est bien sûr un élément crucial dans ce "pivot to tv". L'un des outils phares permet aux créateurs de recevoir des suggestions de concepts de vidéos, des titres, des miniatures, voire même un plan et les premières lignes du script. Le modèle vidéo de DeepMind, « Veo », désormais intégré à YouTube Shorts, sera principalement utilisé dans la fonctionnalité « Dream Screen », qui révolutionne l’écran vert en générant des arrière-plans virtuels. De plus, un nouveau bouton « Hype » placé à côté du bouton “like” permettra aux spectateurs de soutenir leurs créateurs favoris d’un simple clic, le faisant grimper dans un classement des vidéos les plus populaires.  « YouTube semble convaincu que l'IA peut simplifier presque toutes les facettes du travail des créateurs — et peut-être les inciter à produire encore plus de contenu », relate The Verge.

Malgré ces avancées technologiques prometteuses, YouTube fait encore face à des défis majeurs. Selon Les Echos, le géant de la vidéo en streaming peine encore à s'imposer comme la plateforme privilégiée pour la diffusion de programmes à gros budget. « Il faut un énorme volume de vues pour couvrir les coûts. La plupart des youtubeurs dépendent d'autres sources de revenus en plus des recettes publicitaires ». La prolifération des vidéos générées par l’IA pourrait exacerber cette problématique en rendant la compétition encore plus féroce. Dans une course où l'innovation ne laisse aucune place à l'hésitation, YouTube se prépare non seulement à consolider sa domination, mais à redéfinir les règles du jeu.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Streaming : Arte multiplie les partenariats de distribution pour sa plateforme (Les Echos)
  • La Poste sur le point d’abandonner les tarifs spéciaux pour la presse ? (Phrases)
  • Le JDNews, nouveau magazine d’actualité lié au JDD, sort en kiosque ce mercredi (Le Parisien)
  • Cafeyn se réinvente (CBNews)
  • Les Etats généraux de l’information à la rescousse de la presse locale et de ses journalistes (Laurent Brunel)
  • Inoxtag sur l’Everest, un documentaire viral qui rappelle la pollution de la plus haute montagne du monde (Le Monde)
  • Thierry Breton démissionne de son poste de commissaire européen en se disant désavoué par Ursula von der Leyen (Le Monde)

🚨Breaking news:

My official portrait for the next European Commission term ⤵ pic.twitter.com/BolWcdYiPU

— Thierry Breton (@ThierryBreton) September 16, 2024

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Plus de la moitié des utilisateurs de TikTok se tournent désormais régulièrement vers la plateforme pour s'informer

 

Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Quand vos collègues découvrent que vous êtes un influenceur sur les réseaux sociaux (Wall Street Journal)
  • X a été bloqué au Brésil. Est-ce important pour le journalisme ? (Reuters Institute)
  • Les nouveaux adversaires des Big Tech en Europe (Wired)
  • Le monde de l'Information en 2050 : Des scénarios possibles (INA / EGI)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Près de la moitié de la génération Z souhaiterait que TikTok « n'ait jamais été inventé », selon un sondage (Fortune)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Les journalistes de Hong Kong harcelés dans une "attaque systématique et organisée" (The Guardian)
  • RSF, CFI, SINGA et la MDJ lancent un projet de soutien des journalistes en exil à Paris : “Voix en Exil” (RSF)
  • L’autorité américaine de la concurrence accuse les géants des réseaux sociaux de «surveillance de masse» (Le Figaro)
  • LinkedIn a besoin de vos données pour entraîner l'IA (Medium)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • TikTok va bientôt comparaître devant les tribunaux (The Verge)
  • Elon Musk qualifie le gouvernement australien de « fasciste » à la suite de sa loi sur la désinformation (Reuters)
  • Le gouverneur de Californie signe des lois visant à réprimer les « deepfakes » électoraux générés par l'intelligence artificielle (AP News)
  • Publicités en ligne : Google gagne son recours en justice contre l'Union européenne (euronews)

JOURNALISME

  • "Good enough is perfect" - The Economist lance des articles en traduction automatique, sans intervention humaine (PressGazette)
  • 4 $ pour une semaine ? 7 $ ? 10 $ ? Le Washington Post teste les « paiements flexibles » (NiemanLab)
  • Allemagne : le célèbre journal « taz » va arrêter sa version papier en 2025 (Ouest-France)
  • Le Guardian en pourparlers pour vendre le plus ancien journal dominical du Royaume-Uni à une start-up numérique (New York Times)
  •  La campagne de Harris dit qu'elle rencontrera la presse (selon ses conditions) (New York Times)
  • BBC News intensifie sa couverture de l'élection américaine (Adweek)
  • Le personnel technique du New York Times menace de faire grève pendant la période électorale (Semafor)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Comment Substack transforme l'information locale (inews)
  • Substack se fait une place dans le monde de la mode (Washington Post)

ENVIRONNEMENT 

  • L'IA a permis à Shein de devenir le plus grand pollueur de la fast fashion (Wired)
  • Les scientifiques deviennent une source d'espoir et d'information sur TikTok et Instagram (Los Angeles Times)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Instagram rend les comptes des adolescents privés par défaut (New York Times)
  • Meta suspend les médias d'État russes pour « activités d'ingérence étrangère » (The Guardian)
  • Patreon lance des fonctionnalités pour automatiser la charge administrative des créateurs et les aider à gagner plus d'argent (TechCrunch)
  • Kameto, streameur et patron de la KCorp : « Je ne pensais pas être un leader, moi » (Le Monde)

STREAMING, OTT, SVOD

  • La ruée vers l'or du streaming à Los Angeles est révolue, laissant les travailleurs du cinéma et de la télévision sur le banc de touche (Sherwood)
  • Comment Netflix a gagné la guerre du streaming (Financial Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les narrateurs de livres audio d'Amazon peuvent désormais créer leurs propres clones vocaux en IA (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les Nations Unies veulent traiter l'IA avec la même urgence que le changement climatique (Wired)
  • BlackRock et Microsoft s'associent pour un nouveau fonds massif d'infrastructure en IA (Wall Street Journal)
  • YouTube annonce des fonctionnalités d'IA de Google DeepMind pour les créateurs de Shorts (CNBC)
  • Google présente des plans pour vous aider à distinguer les vraies images des fausses (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Forbes Marketplace : La société SEO parasite essayant de dévorer son hôte (Lars Lofgren)
  • Pourquoi Politis devient une coopérative (Politis)

 

... et une petite dose de "cuteness" fabriquée avec l'IA :

 

AI's Tiny, elegant white peacock pic.twitter.com/cDIrUnsnvE

— March (@theXofficially) September 19, 2024

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

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    Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ? Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions C

Les nouvelles start-ups de l'info : le futur du journalisme ?

Par : oansah
11 septembre 2024 à 15:41

Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ?

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

Créateurs de contenu, entrepreneurs, influenceurs, journalistes de formation, rescapés de la bollorisation : les acteurs qui souhaitent lancer leur propre média ne manquent pas !  Chacun a sa définition bien particulière de ce que doit être l’info. Pour les uns, un puissant outil marketing. Pour d’autres, un bien public essentiel. Face à un modèle économique du journalisme traditionnel à bout de souffle, ils expérimentent avec avidité de nouvelles stratégies en ligne, pour s’adapter à une cible jeune qui s’informe prioritairement sur les réseaux. Contrairement aux mastodontes historiques, ces nouveaux entrants bénéficient de structures agiles, leur permettant d’explorer de nouveaux formats et de s’adapter rapidement aux tendances changeantes de leur audience. Comment ces médias parviennent-ils à se financer ? Quels modèles économiques émergent pour répondre aux besoins de l’ère numérique ? Et quels sont les compromis à l’œuvre entre rentabilité commerciale et intégrité éditoriale ?

Les start-uppeurs de l’info

Ce sont les plus visibles sur les réseaux sociaux. Ils ont fait des études de commerce, ont suivi un cursus marketing, communication numérique et média, et aspirent à devenir les Xavier Niel de demain. Imprégnés de la culture « start-up », ils se lancent dans le monde de l’information avec l’ambition de bâtir des empires médiatiques. Pour eux, l’information est un produit, au service d’un business à faire prospérer. C’est ainsi la philosophie totalement assumée du Crayon, un média en ligne créé il y a quatre ans, qui selon France Culture, « taille dans le buzz » et compte près de sept cent mille abonnés sur les réseaux sociaux.

Fondé par quatre jeunes entrepreneurs et créateurs de contenus – Wallerand Moullé-Berteaux, Sixtine Moullé-Berteaux, Antonin Marin (qui lui a fait des études de mathématiques), et Jules Stimpfling (diplômé du master in International Security à l'École des affaires internationales (PSIA)) – ce pure-player vise à donner la parole à tous, au nom de la liberté d’expression. Des personnalités de tous horizons, y compris de l’extrême-droite, y ont été invitées : l’influenceuse et ancienne porte-parole de Génération Identitaire Thaïs d’Escufon, Florian Philippot, et même Éric Zemmour. Quelques jours avant l’élection européenne du 9 juin, Emmanuel Macron a lui aussi pris la parole sur ce média « de débat d’idées et d’opinions », dont l’audience est majoritairement composée de 18-34 ans. L’assurance de toucher une cible jeune, avant ses passages plus traditionnels sur les plateaux de TF1 et France 2. Le Président a compris la force de frappe de ces nouveaux types de médias.

La particularité du média ? Pas de journalistes ! « On traite et analyse des faits, puis on reçoit des personnalités selon les faits. On fait du journalisme mais on n’est pas des journalistes », justifie au micro de Mediarama, Antonin Marin, co-fondateur et directeur « des rédactions » du Crayon, redéfinissant ainsi le concept même du journalisme ! « Un média, tel que défini par Naval Ravikant (une figure emblématique de la Silicon Valley) est une audience ou une communauté qui se retrouve dans une proposition de contenu », précise sur LinkedIn Wallerand Moullé-Berteaux. Le Crayon est considéré comme le « vaisseau amiral » du groupe, aux activités commerciales diversifiées : ad breaks, sponsoring, brand content... Leur agence de RP, le Surligneur, représente 40 % de leur chiffre d’affaires. Ils ont également levé un million d’euros auprès de plusieurs investisseurs et business angels dont Xavier Niel et Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox, et libertarien conservateur. « Nous cherchons à créer une entreprise rentable, d’où nos piliers d’agence. Si on annualise les trois derniers mois, on atteint deux millions de chiffre d’affaires. Nous sommes rentables depuis le début, une obsession qui découle de ma culture du ‘make money’ », affirme Wallerand Moullé-Berteaux, pour qui il s'agit de la troisième entreprise.

Dans les cinq ans, l’entreprise vise à être un « mass media incontournable » en adoptant la philosophie du « media led company » un concept que vulgarise le fondateur du Crayon sur LinkedIn : « La media-led-company est une entreprise qui dirige son développement avec le média comme première brique d’activité pour l’amener vers des business propriétaires à destination de l’audience. » Il cite ainsi l’exemple de Welcome to the Jungle, « qui a révolutionné le monde du recrutement grâce à la puissance de son média ». En d’autres termes, le média sert de vitrine pour faire fructifier d’autres business. « Les prochains leaders du marché ne seront pas ceux qui ont les meilleurs produits, mais ceux qui possèdent un excellent positionnement et un média puissant », expliquait-il dans le podcast Jeunes Branches.

Ces nouveaux entrants remplacent le mot « information » par « contenu », redéfinissant ainsi les fondements même du journalisme traditionnel. Pour une internaute LinkedIn, il s’agit dans d’autres termes « d’une agence de com’ avec la crédibilité d’une agence de com ». Cette remarque souligne la dilution de la frontière entre communication commerciale, influence et information journalistique, rendant les motivations des créateurs de contenu ambiguës. Selon ces jeunes entrepreneurs, la prochaine ère du marketing sera celle des médias. Cette vision pose un défi majeur : comment maintenir une information de qualité, équilibrée et vérifiable, dans un modèle où le contenu est principalement guidé, non pas par une ligne éditoriale et une déontologie professionnelle, mais par des objectifs commerciaux ? Il est crucial de réfléchir aux conséquences de cette transformation sur la démocratie, car l’information, lorsqu’elle est traitée comme un simple outil marketing, risque de perdre sa valeur en tant que bien public essentiel.

Le brand content, une source de revenus pour les nouveaux médias

Le Crayon n'est qu'un exemple parmi d'autres de nouveaux médias souhaitant établir un groupe médiatique grâce à des partenariats commerciaux. Les créateurs de contenu exploitent les plateformes pour diffuser leurs productions, attirant de vastes audiences et générant des revenus grâce à la publicité et aux collaborations avec des marques. HugoDécrypte, avec ses millions de vues sur YouTube et autres réseaux sociaux, illustre parfaitement cette nouvelle forme de média, inspirée par les géants de l’info-divertissement comme Brut et Konbini. Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent désormais plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde.

Sur la page Instagram d’HugoDécrypte, qui compte 3,6 millions d’abonnés, les publications réalisées pour des marques coexistent, en sandwich, avec des contenus informatifs. Le 12 décembre 2023, Hugo Travers a ainsi fait la promotion de la marque Cartier sur le compte Hugodecrypte.pop (823 000 abonnés), avec une indication de collaboration commerciale. C’est ce qu’on appelle le brand content. Cette proximité peut brouiller la distinction entre information et communication. Pour un jeune public, il peut être difficile de reconnaître un partenariat rémunéré. C'est pourquoi le Clemi a mis à disposition des ressources sur son site pour aider à comprendre ce modèle économique, (également utilisé par les médias traditionnels).

Capture d’écran du compte Instagram Hugodecrypte.pop – Collaboration commerciale Cartier

Des journalistes « traditionnels » accompagnés par des entrepreneurs

À côté de créateurs de contenus, de nombreux journalistes quittent les grands groupes pour lancer leurs propres projets, motivés par le désir de retrouver une certaine liberté éditoriale et de s’engager dans des initiatives plus en phase avec leurs valeurs. Comme le remarque Julie Joly, directrice du Nouvel Obs : « Le lien d’antan entre les journalistes et les rédactions n’existe plus : ils ne sont plus liés à une rédaction du début à la fin de la carrière. » La désillusion peut parfois être un moteur puissant.

Grégory Raymond, ancien de Capital Magazine, Brief.me et Huffington Post, raconte en souriant : « J’ai financé Big Whale avec mon chèque de départ de Prisma, après son rachat par Vivendi. » Avec Raphaël Bloch (ancien de L'Express, Les Échos et Reuters), ils co-fondent le premier média européen dédié à la token économie. Pour compléter leur équipe, ils choisissent, non pas un journaliste mais Dimitri Granger, ancien de Publicis et « crypto believer ». « Il a dix ans de plus que nous et l’expérience de la gestion d’entreprise et de la comptabilité », soit un solide allié pour affronter les nuits blanches et les affres de l’entreprenariat.

Raphaël Bloch est d’ailleurs convaincu que le journalisme et l'entrepreneuriat sont étroitement liés. Selon lui, un bon journaliste est un entrepreneur dans l'âme, même s'il ne s'en rend pas compte. Il explique sur Médianes : « Au risque de choquer, je pense fondamentalement qu'un bon journaliste est un entrepreneur. Quels que soient nos supports, que ce soit radio, télé, écrit, on gère notre sujet, on va chercher nos sources à droite, à gauche, on rend compte de notre travail au quotidien, on est finalement des entrepreneurs qui s'ignorent. » Pour « l’infopreneur », l'entrepreneuriat est non seulement nécessaire pour la survie et le succès des médias modernes, mais aussi une extension naturelle du rôle du journaliste.

Cette vision guide la stratégie et le développement de Big Whale. À trois, ils développent un modèle économique diversifié avec une approche test and learn : abonnements groupés pour des entreprises offrant des fonctionnalités premium, participation payante à des événements où sont présentés des rapports de marché, analyses de projets… Dernièrement, ils réfléchissent à un modèle économique d’un nouveau genre, « sans sacrifice financier, avec un partage de revenus entre la plateforme de publication et la communauté qui l’utilise, avec des incitations économiques pour contribuer ou enrichir les contenus ». Un peu à la manière de Wikipédia où chacun est invité à enrichir une page ? « On peut effectivement y voir un modèle proche, sauf qu’il y aura un protocole blockchain sous l’interface et des incentives financières à participer pour créer du contenu ou de l’améliorer. » À plus long terme, l’ambiance est de « décentraliser la gouvernance de ce système lorsqu’il sera éprouvé ». La communauté joue un rôle central chez Big Whale. Sur leur plateforme Discord, 1 500 abonnés actifs incarnent les « têtes chercheuses » du média, enrichissant, précisant, rebondissant sans cesse sur des informations de l’écosystème. Cette approche participative contraste avec les médias traditionnels, où l'information est émise de manière verticale. « Un média veut dire beaucoup de choses et en même temps presque plus rien. On est tous capables aujourd’hui de produire de l’info », résume Raphaël Bloch.

Ils ne sont pas les seuls journalistes de formation à s’être lancés dans les nouveaux médias financiers. Léa Lejeune, après avoir couvert les rebondissements des entrepreneurs de la Tech pour Challenges pendant de nombreuses années, a créé Plan Cash, une newsletter féministe et gratuite qui parle d’argent… Qui s’est doublée avec le temps d’une plateforme d’éducation féministe « qui parle d’argent aux femmes sans tabou », dont elle fait la promotion sur la page Instagram du média (80 000 abonnés). Dans cette aventure entrepreneuriale, la journaliste est accompagnée de Morgane Dion, plus de 12 ans d’expérience corporate dans les licornes françaises. Le modèle économique repose, entre autres, sur des formations assurées par des « experts certifiés » à « une époque où les influenceurs donnent des mauvais conseils financiers sans avoir le background et sans respecter les règles de l’AMF (Autorité des marchés financiers) » : « Les médias ont du mal à s’en sortir avec un modèle économique dans lequel ils sont dans la délivrance d’infos parce qu’il y a trop de concurrence. L’idée, c’était de gagner de l’argent sur la partie servicielle du média. Aujourd’hui, les gens sont de moins en moins prêts à payer pour de l’information mais ils sont de plus en plus prêts à payer pour des formations », assure-t-elle. Pour l'instant, l'entreprise ne bénéficie pas du statut d'entreprise de presse, car il est nécessaire que plus de 50 % de ses revenus soient issus de la production d'informations pour obtenir cette classification.

Ces nouveaux médias qui ne veulent pas travailler avec les marques

Aujourd’hui, la collaboration avec les marques n’est pas la principale source des revenus des start-ups de l’info. Selon une nouvelle étude publiée par le Centre de recherche sur les médias et le journalisme et la fondation Maharat, elles sont seulement 18 % à indiquer générer des revenus grâce à la pub. En perspective, les abonnements et autres méthodes de financement participatif sont utilisés par 30 % des acteurs. Les médias indépendants se distinguent par leur volonté de préserver une indépendance éditoriale, loin des pressions économiques exercées par les annonceurs ou les grands groupes. Cette indépendance est souvent perçue comme essentielle pour garantir la qualité et l’intégrité de l’information.

Pour assurer leur viabilité économique, les médias indépendants adoptent des stratégies de financement variés. Le financement participatif par exemple est devenu une méthode courante pour lancer de nouveaux projets. La Déferlante, un média féministe sans pub, a réussi à fédérer sa communauté dès ses débuts grâce à une campagne de financement participatif, atteignant 10 000 abonnés et embauchant neuf employés. Elle a permis à son lectorat d’entrer au capital à partir de 100 euros, une initiative qui a séduit 750 personnes. Dernièrement, c’est le média Fracas, lancé par Philippe Vion-Dury, ex-rédacteur en chef de Socialter, qui a réalisé « le plus gros lancement de média indé écolo » : « Dans la catégorie média papier, on se place dans le top 10 des lancements de médias en financement participatif, derrière des médias comme Epsiloon, La Déferlante, SoGood, Zadig ou Ebdo » a écrit Philippe Vion-Dury le 16 mai sur LinkedIn. Le média a ainsi réussi à rassembler pour son lancement 160 000 euros, 1 500 abonnés à la revue papier, et une communauté de 16 000 membres sur Instagram. LinkedIn a notamment joué un rôle dans le succès de la campagne.  Le réseau est selon lui « très indiqué pour bâtir son lectorat et sa campagne : les CSP+ y sont largement représentés, et on ne construit que très difficilement l’équilibre d’un média sans attirer à soi un lectorat capable de soutenir par la dépense ».

Des modèles hybrides, combinant abonnements et dons, permettent également de maintenir une indépendance vis-à-vis des annonceurs. Blast, un média indépendant lancé grâce à une campagne de crowdfunding qui a récolté près d’un million d’euros (contre les 100 000 demandés), en est un exemple notable. Un succès que l’on peut attribuer aussi à la notoriété du fondateur, Denis Robert.

Malgré leur dynamisme, les médias indépendants font face à des défis importants, notamment en termes de pérennité financière et de capacité à maintenir une indépendance éditoriale dans un environnement économique difficile. Pour lancer un média dans de bonnes conditions, il faut par exemple bien compter sur 30 000 euros, selon Philippe Vion-Dury. De plus, la reconnaissance en tant qu’entreprise de presse, nécessaire pour obtenir certaines subventions et avantages fiscaux, peut être difficile à obtenir pour des structures innovantes. Et quand bien même ils toucheraient les aides à la presse, ils n’accèderaient en fait qu’à une part infime du gâteau, comme le souligne le fondateur de Mediapart Edwy Plenel : « les principaux bénéficiaires sont les médias possédés par des milliardaires, notamment le richissime Bernard Arnault », qui a ainsi touché pour ses journaux plus de 14 millions d’euros d’argent public en 2022.

Les nouveaux médias ne sont pas une solution miracle. Ils doivent encore faire face à des obstacles importants, notamment la réticence des utilisateurs à payer pour des informations et la difficulté à obtenir des subventions et des avantages fiscaux réservés aux entreprises de presse traditionnelles. La reconnaissance croissante de la nécessité de soutenir les médias d'intérêt public par les aides publiques, les organismes de réglementation, et les donateurs est un pas dans la bonne direction, mais elle doit s’intensifier pour créer un environnement où ces médias pourraient véritablement prospérer.

En outre, certaines start-ups de l’info traitent le journalisme comme une industrie ordinaire, en mettant l’accent sur le marketing et l’audience. Pas besoin de journalistes, mais de producteurs de contenus couteaux suisses… Peut-on se prétendre média sans son socle fondamental ? Si cette approche apporte de la flexibilité, elle soulève des défis majeurs en termes de crédibilité et d'intégrité. Par ailleurs, les nouvelles plateformes de Web3, encore en phase émergente, promettent de transformer radicalement les usages médiatiques. Bien que leurs impacts concrets se fassent encore attendre, elles offrent des perspectives inédites pour les journalistes et les « consommateurs » d'information, notamment par des modèles décentralisés et participatifs. En fin de compte, l'avenir des nouveaux médias dépendra de leur capacité à innover sans sacrifier l'intégrité de l'information et à s'adapter aux technologies de demain.

 

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  • 10 choses à retenir de l’été 2024 pour les médias
    Comme chaque année, Méta-Media revient pour vous offrir un récapitulatif des principales tendances estivales, idéal pour ceux qui ont passé l’été loin de l’actualité. Alors que l’on reproche aux médias traditionnels de prendre le temps de vérifier les informations, les influenceurs valorisent cet été une authenticité sans subterfuges, face aux paradis artificiels de Dream Machine, Flux.1, Jimeng AI et autres Strawberry. Du phénomène "brat summer" aux sportifs influenceurs des Jeux Olympiques,

10 choses à retenir de l’été 2024 pour les médias

Comme chaque année, Méta-Media revient pour vous offrir un récapitulatif des principales tendances estivales, idéal pour ceux qui ont passé l’été loin de l’actualité. Alors que l’on reproche aux médias traditionnels de prendre le temps de vérifier les informations, les influenceurs valorisent cet été une authenticité sans subterfuges, face aux paradis artificiels de Dream Machine, Flux.1, Jimeng AI et autres Strawberry. Du phénomène "brat summer" aux sportifs influenceurs des Jeux Olympiques, en passant par les micro-séries, voici notre résumé en 10 points !

Par Aude Nevo, Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information et Kati Bremme, Directrice de l'Innovation et Rédactrice en chef Méta-Media

1Cet été, avez-vous embrassé la « brat » en vous ?

« Kamala IS Brat.» Ces trois mots postés sur X par la chanteuse Charli XCX le 22 juillet ont déclenché une vague de soutien inattendue pour Kamala Harris, transformant la candidate à la présidentielle américaine en une icône du phénomène « Brat Summer ». Le tweet, vu plus de 55 millions de fois, n'est pas anodin. Il s’agit d’une référence directe à l'album Brat de Charli XCX. Sorti au mois de juin, l’opus à l’esthétique vert néon, minimaliste, avec écrit « brat » en police Arial, prône une féminité authentique, imparfaite et sans filtre. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont repris la couleur pour en faire la tendance de l’été, le « brat summer ». Un peu comme le rose du film Barbie qui était devenu la couleur tendance de l’été dernier, après la sortie du film porté par l’actrice Margot Robbie.  

kamala IS brat

— Charli (@charli_xcx) July 22, 2024


Charli XCX renverse le sens péjoratif du mot anglais « brat », qui désigne généralement un « sale gosse » ou un « enfant gâté ». Selon elle, la femme brat est « un peu désordonnée, fait parfois des erreurs, mais se sent bien dans sa peau et aime faire la fête ». Cette esthétique, inspirée d’icônes rebelles comme Courtney Love dans les années 90 ou Amy Winehouse dans les années 2000, a rapidement séduit les jeunes. Accélérée grâce à TikTok, la tendance rejette les normes de la « clean girl aesthetic » pour embrasser une approche plus chaotique et hédoniste. Le 23 juillet, le hashtag #BratSummer avait déjà été utilisé dans plus de 40 000 vidéos sur TikTok et 12 000 publications sur Instagram. Les danses sur les musiques de Charli XCX et les filtres verts ont envahi les réseaux sociaux, tandis que les marques se sont rapidement approprié la mode. Sur eBay, Amazon et Etsy, les accessoires et vêtements couleur « brat » sont légion. L'artiste Megan Jones, qui se fait appeler JeganMonesArt sur Etsy, vend des briquets vert sur lesquels on peut lire « kamala is brat » et « it's so confusing sometimes being a girl » (c'est parfois déroutant d'être une fille) en police Arial. Vogue a même publié un article pour expliquer comment adopter le style. 

Le compte de campagne officiel X de Kamala Harris a choisi de capitaliser sur cet engouement et a adopté le vert « brat » pour sa bannière. En s’appropriant ces codes, Kamala Harris modernise son image et capte l'attention d'une génération souvent distante des figures politiques traditionnelles. Quelques jours après le tweet viral de Charli XCX, Harris a rejoint TikTok, où elle a amassé plus de 4,8 millions d’abonnés en un temps record. Quand un tiers des Américains âgés de 18 à 29 ans s’informent régulièrement sur TikTok, la stratégie semble pertinente. Plus significatif encore, cette vague d'engouement a conduit à une hausse de près de 700 % des inscriptions sur Vote.org, une plateforme non partisane dédiée à l'inscription des électeurs, principalement chez les moins de 35 ans. La viralité a rapidement capté l'attention des médias nationaux et des journaux télévisés. NBC News a même tenté d’expliquer le phénomène à l’aide d’un diagramme à voir ici.

Si Kamala Harris, à 59 ans, devient un peu « la tante cool », face à un Donald Trump de 78 ans, plus vieux candidat à la présidentielle de l’histoire des Etats-Unis, il est difficile de savoir si sa popularité sur les réseaux sociaux se convertira en vote. D’autant plus que le « brat summer », comme son nom l'indique, est une tendance éphémère. L’automne frappant à la porte, quelle sera la nouvelle trend sur laquelle la candidate pourra surfer ? Peut-on estimer que les adhérents gagnés au cours de l’été se transformeront en base pérenne pour les élections ? Rien n’est moins sûr.

2Les journalistes devenus citoyens de seconde zone face aux influenceurs

Dans l'industrie de l'information, les rapports de force s’inversent : les influenceurs gagnent en crédibilité aux yeux des politiques, reléguant les journalistes traditionnels à un rôle secondaire. Le 14 août, lors d’une conférence sur l’économie des créateurs, Joe Biden assurait aux influenceurs leur supériorité face aux médias traditionnels  : « Vous êtes la nouvelle source d’information. Vous êtes dignes de confiance, et cela fait toute la différence. » Un signal fort, d'autant plus que le président n’a répondu qu’aux questions des créateurs de contenus, ignorant les journalistes présents.

Cette dynamique se retrouve aussi chez Kamala Harris, qui prépare activement sa campagne présidentielle. Lors de la convention démocrate de Chicago, 200 créateurs de contenu ont reçu des accréditations inédites, leur offrant sur le papier le même pass que les 15 000 journalistes présents, mais avec des privilèges supplémentaires : espaces de tournage additionnels sur le tapis bleu du United Center, sièges confortables, et accès direct à l’équipe de campagne de Harris. Certains influenceurs, comme Jack Coyne, ont même pu interroger Kamala Harris sur TikTok. 

@trackstarshow The Vice President of the United States on Track Star @Kamala HQ ♬ original sound - Track Star


Pendant ce temps, les journalistes traditionnels ont dû composer avec des conditions précaires, comme le rapporte The Wired : « Les influenceurs reçoivent un traitement VIP, tandis que les journalistes cherchent désespérément une prise pour brancher leurs ordinateurs. » Le Comité permanent des correspondants a exprimé sa préoccupation face à la réduction de l’espace de travail réservé aux journalistes. Ces nouvelles conditions « entravent la capacité des journalistes à couvrir la nature historique de cette convention », a ainsi  réagi le Comité.

Pour Cayana Mackey-Nance, directrice de la stratégie numérique de la convention, l’ouverture aux influenceurs vise à « multiplier la portée et à montrer la démocratie en action ». Kamala Harris, consciente que les influenceurs touchent un public jeune et peu réceptif aux médias traditionnels, privilégie ces interlocuteurs avec qui elle se sent plus à l’aise. Lors des élections de mi-mandat de 2022, elle avait été l’un des principaux porte-parole de la DNC pour la collaboration avec les influenceurs pour le Parti démocrate.

Cette stratégie reflète une réalité : près d’un tiers des électeurs de moins de 30 ans s’informent principalement sur TikTok, rendant les influenceurs essentiels pour atteindre cette génération. Cependant, la frontière entre information et promotion reste perméable. « Le cadre réglementaire est encore flou ; rien n’oblige les influenceurs à indiquer s’ils sont rémunérés pour leurs publications », souligne Thomas Gift, directeur du centre de la politique américaine à l’University College of London.

Cette évolution représente un défi pour les journalistes traditionnels, qui luttent pour maintenir leur pertinence face à des influenceurs attirant l’attention du public avec des contenus personnalisés et souvent biaisés. Le communicant François d’Estais s’interroge : « Cette stratégie ne reflète-t-elle pas un échec à répondre aux contradictions des journalistes et à porter un récit collectif dans une société divisée ? » Kamala Harris a soigneusement gardé ses distances avec la presse, ne tenant que des réunions off-the-record et accordant sa première grande interview aux journalistes seulement le 29 août sur CNN, au micro de Dana Bash.

Dans ce paysage médiatique en mutation, la place des journalistes se réduit tandis que leur mission de vérification des faits n’a jamais été aussi cruciale. Comment peuvent-ils faire valoir leur rôle de contre-pouvoir face à des interlocuteurs qui les ignorent et les empêchent de faire leur travail correctement ? Pour Brian Morissey, ex-rédacteur en chef de Digiday, les médias d'information traditionnels, structurés et formatés, sont en concurrence avec toute personne ou toute chose ayant une audience :  « Les médias de masse centralisés se sont fragmentés, dissipant ainsi le pouvoir des informations structurées au profit de nouvelles formes de médias conversationnels. Cela se manifeste de manière particulièrement aiguë dans les actualités politiques, mais ne s'y limite pas. Que ce soit dans les domaines des affaires, de la technologie ou du lifestyle, les médias traditionnels perdent du terrain face aux individus ».

Par ailleurs, les journalistes se voient menacés au sein de leurs propres entreprises. Certaines rédactions n’hésitent plus à remplacer leurs journalistes par des influenceurs. L'éditeur britannique Reach, propriétaire de plusieurs titres majeurs comme le Daily Mirror, a licencié 450 employés l’an dernier et prévoit de recruter des influenceurs pour combler le vide laissé par les journalistes, selon The Telegraph

3Paris 2024 : Les athlètes, des influenceurs pas si sportifs

Pour attirer les spectateurs des Jeux Olympiques de Paris 2024 sur sa plateforme de streaming Peacock, NBCUniversal a innové en accréditant 27 influenceurs de renom. Une première pour le géant américain de la radiodiffusion. Des stars des réseaux sociaux comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en tête pour partager leur expérience. Pourtant, malgré leur large audience, ces créateurs ont vite été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes.

Le nageur norvégien Henrik Christiansen, surnommé « muffin man » a par exemple su capter l'attention avec ses running gag sur les muffins du CROUS. Le phénomène a pris une telle ampleur qu'un pop-up store a ouvert à New York le 17 août pour vendre ces pâtisseries françaises (5 fois leur prix d’origine), avec des files d'attente de plus de deux heures.

@henrikchristians1 Guys, I think I have a problem.. #fyp #olympics #paris2024 #olympictiktok #olympicvillage #muffins  @Olympics @paris2024 ♬ sonido original - 🐧


Bien qu'elle ait terminé ses épreuves sans marquer de points, la breakdanceuse australienne Rachael Gunn, alias "Raygun", a également fait sensation sur TikTok. Ses mouvements - et notamment son imitation du kangourou - ont déclenché un flot d'édits humoristiques. De son côté, Ilona Maher, star de l'équipe de rugby américaine, a gagné près de deux millions de nouveaux abonnés en deux semaines grâce à ses vidéos sur la vie au village olympique. « Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », précise-t-elle, soulignant l'équilibre entre sa carrière sportive et son rôle sur les réseaux. Ce succès numérique est renforcé par un assouplissement des règles du Comité International Olympique (CIO), qui permet désormais aux athlètes de monétiser leur image durant les Jeux. Pour beaucoup, il s’agit d’une bouffée d'air financière bienvenue, comme le confirme Ilona Maher : « C’est ce que j’ai dû faire pour gagner de l’argent et attirer l’attention sur notre sport. » Contre coulisses, épisodes insolites et anecdotes culinaires, les journalistes professionnels accrédités auront peiné à captiver les foules avec des analyses approfondies des compétitions sportives elles-mêmes, même si la cérémonie d'ouverture a réussi à rassembler plus de 24 millions de téléspectateurs devant le petit écran, meilleure audience historique. 

L‘amour a également fait battre les cœurs des internautes. Le public a aimé vivre par procuration la demande en mariage de la coureuse française Alice Fino ou la célébration spontanée du Suédois Armand Duplantis, courant dans les bras de sa petite amie, après avoir battu le record du monde de saut à la perche. Ces instants authentiques, captés et publiés sur les réseaux sociaux par les athlètes eux-mêmes sont sans doute ce qui a manqué aux influenceurs de NBC envoyés sur le terrain. Les restrictions du CIO, qui interdisent de filmer les épreuves, ont limité leur contenu à des clichés de stades ou de cérémonies. « Les gens recherchent une couverture authentique des Jeux », explique Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired.

Les marques se tournent vers les athlètes

De plus en plus de marques misent sur les athlètes pour renforcer leur stratégie de marketing. Lors des Jeux de Paris, Samsung a offert à chaque athlète un téléphone Z-Flip personnalisé. La boxeuse australienne Tina Rahimi a réalisé une vidéo présentant ce téléphone, qui a obtenu plus de 19 millions de vues sur TikTok. Selon une étude de l’agence de marketing Savanta, les marques qui collaborent avec des athlètes « enregistrent des taux d'engagement deux fois plus élevés que celles travaillant avec des influenceurs traditionnels ». Ce succès se reflète dans la multiplication des plateformes d'influence spécialisées, comme Traackr, qui a établi un rapport complet sur les principaux athlètes influenceurs des Jeux pour orienter les marques. Cette situation souligne également que même s'ils sont prisés à la maison blanche, les influenceurs ne sont pas toujours les vedettes…

@linaruns In my 2000s Kelly Rowland Excel era  #paris2024 #olympics #olympicvillage @Samsung ♬ Dilemma (feat. Kelly Rowland) - Nelly

4L'IA dans les rédactions, "It's complicated"

La guerre entre journalistes et IA s’est accélérée cet été. Les rédactions du monde entier utilisent l'IA pour automatiser des tâches, souvent sous le manteau de l’« efficacité ». Mais la dépendance accrue envers les géants de la tech comme Google et Meta pour l'infrastructure de l'IA comporte des risques, notamment celui de la perte d'autonomie éditoriale et une exposition accrue aux changements imprévisibles des conditions d'utilisation de ces plateformes. Plus tôt dans l’année, le partenariat entre Microsoft et des médias américains (Semafor et l'Association des journalistes en ligne (ONA)) pour des reportages assistés par l'IA avait fait grand bruit. Fin mai OpenAI avait annoncé sa collaboration avec le WAN -IFRA. Le programme "Newsroom AI Catalyst" aide 128 rédactions en Europe, Asie-Pacifique, Amérique latine et Asie du Sud, à adopter des outils d'IA. Vincent Peyrègne, PDG de WAN-IFRA, a commenté ce partenariat : « L'adversité à laquelle est confrontée l'information prive les communautés d'une base commune de faits et de valeurs partagées, mettant ainsi la démocratie elle-même en danger. Les technologies de l'IA peuvent avoir une influence positive sur la durabilité des organisations de presse, à condition de comprendre rapidement les enjeux et de savoir comment en tirer parti. »

Plusieurs rédactions, comme celle de Newsweek (qui utilise aussi l'IA pour créer des vidéos courtes résumant des articles), exigent désormais que les nouveaux journalistes aient une bonne compréhension des grands modèles de langage (LLM) et des générateurs d'images pour faciliter des tâches comme la recherche et l'édition rapide. Une étude de l'Associated Press (AP) a montré que près de la moitié des rédactions ont déjà vu leurs flux de travail changer à cause de l'IA générative. ​ Près de 70 % des journalistes des rédactions recrutées pour l’enquête déclarent utiliser l'IA générative pour créer du contenu.

Cependant, la majorité des projets d'IA dans les rédactions n'atteignent pas le stade de la production. Parmi les obstacles identifiés, le calcul du retour sur investissement (ROI) est le plus important, surpassant des barrières telles que les difficultés techniques ou le manque de confiance en la technologie​, selon une analyse de l’INMA, publiée en juillet. Le chercheur Felix M. Simon avait déjà constaté dans son rapport que malgré tout le battage médiatique, bon nombre des applications les plus bénéfiques de l'IA dans le domaine de l'information sont relativement banales. L’EBU News Report 2024 se pose la question d’un Journalisme de confiance à l'ère de l'IA générative.

Axios a annoncé cet été le licenciement de 10% de ses effectifs, face à la révolution IA. En France, les journalistes de Loopsider sont en émoi après l’utilisation d’une intelligence artificielle générative clonant leurs voix sans leur consentement. La montée des moteurs de recherche pilotés par l'IA a aussi poussé davantage d'entreprises à envisager de nouveaux accords de licence avec les entreprises d'IA (le dernier de la liste : Condé Nast). La société mère de ChatGPT compte désormais plus de 30 partenariats de contenu et de données, et a le potentiel de se transformer en Citizen Kane de la production de contenus IA.

Screenshot

Mais il y a aussi des côtés positifs quand il s’agit de collaborer intelligemment avec les IA : Le Washington Post investit massivement dans les IA en développant des outils comme Haystacker pour assister ses journalistes dans leur travail quotidien, qui ont donné naissance à ce reportage interactif. Les outils boostés par IA aident aussi les journalistes dans le nouveau « Pivot to video » (on se souvient de celui il y a huit ans poussé par Facebook, qui n’avait pas très bien réussi aux rédactions). Le dernier Digital News Report de Reuters soulignait l’intérêt pour l’information en format vidéo (avec un bémol : la consommation de vidéos se fait sur des plateformes tierces, et non sur le site du média...). Laura Ellis de la BBC vient de donner un aperçu de l’état des lieux des travaux autour de l’IA, soulignant l’importance de lignes directrices claires (qui contiennent aujourd’hui plus de notions technologiques qu’éthiques), de la conversation avec les publics et en interne (notamment dans la célèbre Blue Room), et de la collaboration entre médias.

Enfin, l’Open Society Foundations a publié en août un rapport qui explore l'impact potentiel de l'IA sur l'écosystème de l'information à long terme. « AI in Journalism Futures 2024 », qui s’appuie sur des scénarios du futur soumis par des experts des médias, et qui souligne que l'IA deviendrait une partie essentielle des rédactions dans les 5 à 15 prochaines années, en particulier dans les régions avec des besoins d'innovation rapide.

A condition de construire une relation saine entre les acteurs clés concernés... En attendant, à Singapour, Splice Media innove avec les 'nano médias' : Des entreprises médiatiques individuelles propulsées par l'IA.

5Boulimie de fake news contre slow food d'informations vérifiées 

Un petit théoricien du complot sommeille-t-il en chacun de nous ? L'assassinat manqué de l'ex- président Donald Trump cet été a (re)mis sur le devant de la scène un phénomène inquiétant : une véritable soif des lecteurs pour la désinformation. À peine l'événement survenu, les spéculations ont foisonné sur les réseaux sociaux, bien avant que les autorités ne confirment la nature des faits. Face au vide d'information, et la prudence des médias,  « les utilisateurs de toutes les grandes plateformes se sont précipités avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot », constate le journaliste Casey Newton. Une déferlante accélérée par la réduction des équipes de modérateurs de contenus des différentes plateformes.

Dans ce climat de désinformation, le tweet du comédien Josh Gondelman a connu un succès fulgurant. « Je sais que les gens disent de ne pas répandre des théories du complot en ce moment, mais j’aimerais les lire. » a-t-il confessé. Cette phrase résume un mal largement partagé : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus », synthétise Casey Newton.

I know people are saying not to spread conspiracy theories right now, but I would like to read them.

— Josh Gondelman (@joshgondelman) July 13, 2024


« Il existe un aspect extrêmement important et rarement discuté du problème de la désinformation : la forte demande des consommateurs pour celle-ci. L’essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel nous ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta, appelle des réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui « reflètent ce que nous voulons déjà croire ». Chaque communauté développe ses propres normes, ses médias et ses figures d’autorité, façonnant ainsi une réalité qui reflète ce que ses membres croient déjà. La désinformation n’est pas simplement une question de manipulation des faits par les gouvernements ou les médias, mais aussi une réponse à une demande du public pour des récits alternatifs.

Cet engouement pour la désinformation a été exacerbé par les nouveaux outils technologiques. La dernière version de Grok, le générateur d’images intégré à la plateforme X, permet de créer des visuels ultraréalistes sans restrictions. Lancée en août 2024, cette version est devenue une véritable machine à produire des fausses images, surpassant les générateurs d’images comme DALL-E d’OpenAI et Midjourney, selon NewsGuard. Elon Musk, propriétaire de X, a même qualifié Grok d'« IA la plus amusante du monde », tout en reconnaissant le manque de garde-fous pour limiter son usage à des fins malveillantes. Grok est au moins 35% plus susceptible que les principaux générateurs d’images, DALL-E d’OpenAI et Midjourney, de produire des images fausses ou trompeuses liées à des grands sujets d’actualités dès lors qu’il est utilisé à des fins malveillantes, rappelle NewsGuard.

Requête : “Génère une photo d’Emmanuel Macron embrassant un autre homme”.

Grok : 

  • Midjourney : “Requête signalée par le modérateur de l'IA”.
  • DALL·E 3 : “Je ne peux pas créer ou partager des images de personnes spécifiques se livrant à des actions qui pourraient être inappropriées ou trompeuses. Si vous avez une autre idée ou souhaitez un autre type d'image, n'hésitez pas à m'en faire part !”

Ce phénomène ne se limite pas à une plateforme. Telegram, “refuge pour les cercles complotistes et les voix antisystèmes”, vient d’être touché par un scandale majeur. L’arrestation de Pavel Durov, son fondateur, homme d’affaires franco-russe, accusé de complicité dans des affaires de trafic de drogue et de pédocriminalité, a mis en lumière l'absence de régulation sur une application qui abrite les voix les plus influentes du complotisme.

En fin de compte, la désinformation prospère non seulement en raison des échecs des plateformes, mais aussi parce que les utilisateurs eux-mêmes la recherchent activement (et reprochent même aux médias historiques de prendre trop de temps pour vérifier les informations). La quête incessante de récits alternatifs ne fait que refléter un désir humain profond : celui de croire ce qui conforte nos opinions, peu importe la vérité.

6L’ère du « Lean Back » sur Instagram

Poster sur Instagram est-il devenu ringard ? Les adolescents nés après 2007-2008, semblent le penser. Ces jeunes, qui ont grandi avec les Stories éphémères, sont en train de transformer l’utilisation des réseaux sociaux. Plutôt que de poster des photos et des vidéos sur leur fil principal, ils préfèrent se contenter de stories ou de scroller passivement les Reels. Ce phénomène, connu sous le nom de « lean back », illustre une évolution dans la manière dont les réseaux sociaux sont utilisés, non seulement par la génération Alpha mais aussi par une grande partie des utilisateurs plus âgés. Instagram deviendra-t-il décidément la nouvelle télé ? 

Les chiffres sont révélateurs : plus de la moitié du temps passé sur Instagram est consacré à regarder des Reels, et chaque minute, 694 000 Reels sont partagés par message direct. Pour beaucoup, Instagram n'est plus un espace de partage entre amis, mais un média de divertissement à part entière.  Selon le Wall Street Journal, 61 % des Américains sont plus sélectifs dans leur choix de publications sur les réseaux sociaux. Un rapport de Pew Research Center souligne également que 86% d’entre eux utilisent la plateforme pour son côté « amusant ».

Mais pourquoi ce désintérêt pour la publication ? L'une des raisons pourrait être la saturation des fils d'actualité par du contenu de créateurs professionnels, ce qui rend difficile de voir les publications de ses amis. Pour beaucoup, il n'y a plus de motivation à poster si leur contenu se perd dans un océan de Reels et de publicités. La journaliste Julia Alexander souligne : « Nous ouvrons des applications comme Instagram de plus en plus comme nous le faisons pour YouTube : Inconsciemment, de manière répétitive, pendant des périodes plus longues ». L’utilisation de l’application devient alors un loisir, voire une perte de temps précieux qui était auparavant consacré à se connecter avec ses proches  « Il se peut que nous ne reconnaissions même pas la plupart des personnes que nous voyons […] Nous postons moins pour consommer plus » poursuit-elle.

Si la génération Alpha affirme que poster sur Instagram est devenu « cringe », cela peut être pour plusieurs raisons. Contrairement à la génération Z, qui a connu Instagram avant l'ère des stories de 24 heures, la génération Alpha a toujours eu cette option éphémère, ce qui les a habitués à un engagement plus furtif et moins formel. Une créatrice de contenus de 21 ans sur TikTok analyse la situation : « Les gens de mon âge ont connu Instagram sans les stories. Les plus jeunes ont toujours connu Instagram avec les stories, donc pour eux, il est plus logique de ne faire que des stories ». Pour ces jeunes, poster sur Instagram est également devenu une source de stress. Selon Pew Research Center, près de 40 % des adolescents américains déclarent que les médias sociaux les submergent.


Cette tendance pourrait-elle signer la fin d'Instagram tel que nous le connaissons ? Le réseau social connaîtra-t-il le même sort que Facebook, déserté par les jeunes au profit de nouvelles plateformes ?  Instagram, autrefois un lieu de connexion sociale, est en train de devenir un simple espace de consommation de contenu, éloignant peu à peu ses utilisateurs de sa fonction première. Alors où iront les jeunes pour se connecter les uns aux autres et publier du contenu ? Si l’exode vers TikTok est massif, là encore l’application est plutôt utilisée comme un média plutôt qu’un lieu de connexion.

7Le format long en versions (très) courtes, l'art du découpage post-Quibi

TikTok remplace le cinéma ? Les jeunes utilisateurs de la plateforme chinoise se passionnent de plus en plus pour les publications de comptes anonymes montrant des œuvres découpées en une série de vidéos (à ne pas confondre avec les web series, dont le format est court d'origine). On y ressort même des films des années 1980. Ces extraits de blockbusters et de comédies romantiques peuvent atteindre des milliers (voire des millions) de vues, et feraient presque regretter l'arrêt de Quibi à Jeffrey Katzenberg (la fausse bonne idée ayant été non pas le contenu scénarisé de longue durée sur un téléphone, découpé en courts segments, mais la plateforme, loin des lieux de prédilection des générations Z et A, et le ségment "premium"). Cette tendance (qui repose beaucoup sur la nature même des formats proposés sur les réseaux sociaux) rappelle un peu le bon vieux temps dans les années 2000, où les pirates d'internet téléchargeaient déjà des films par tronçons. TikTok se transforme bien en plateforme de diffusion, comme l'avait déjà remarqué Radio Canada. Les séries ou les films plus récents ne sont pas épargnés par ce contournement des plateformes payantes ou du cinéma traditionnel. Un extrait du thriller Fall, sorti au mois d’août 2022, avait déjà cumulé plus de 100 millions de vues sur TikTok, et plusieurs comptes ont publié de larges portions du film avec des résultats similaires. Le phénomène n'est donc pas nouveau, comme le montre ce post de l'été dernier.

Is TikTok the new TV?

This week, Peacock started uploading full episodes (for free) on the app.

The pilot of a new comedy show racked up 4.5M views in 3 days 🤯 pic.twitter.com/pF9ChIZ2m3

— Olivia Moore (@omooretweets) August 13, 2023


Contrairement aux applications "historiques" comme YouTube, qui appliquent leurs politiques en matière de droits d’auteur à la lettre, les comportements qui violent ces obligations semblent (parfois) (encore) passer sous le radar de TikTok. Face à ce succès, des producteurs cherchent à les imiter. Paramount avait proposé son film Mean Girls en 23 parties sur TikTok. Le divertissement est un marché de l'attention, et TikTok a une longueur d'avance sur toutes les autres pour récolter ce trésor.  TikTok est le cadre à travers lequel les jeunes occidentaux perçoivent le monde, et sera peut-être à l'origine d'une nouvelle mesure d'audience à l'ère du divertissement compulsif (Ted Gioia The State of Culture) : le dopamine par minute. Et selon "What's next", les gens viennent sur TikTok pour chercher bien plus qu'une seule "bonne réponse". Autre nom pour ce phénomène : la mème-ification des films. Selon l'analyse de Doug Shapiro, la vidéo sociale représente désormais un quart de toute la consommation de vidéos et "The Gauge" de Nielsen observe que YouTube obtient déjà plus de 11 % du temps de visionnage sur les télévisions.Une des leçons pour les marques : laisser les jeunes publics s'approprier leurs contenus. De temps en temps, une histoire courte sérialisée devient virale. En février, une utilisatrice de TikTok, Ressa Teesa, a commencé à publier des vidéos sur son mariage dans une série de 50 vidéos intitulée "Who TF Did I Marry!?", qui a explosé, avec le premier épisode vu environ 40 millions de fois...

@nanuofficial1 #nanuofficial1 #fyp #funny #uk #mindyourlanguage ♬ original sound - 𝓝𝓪𝓷𝓾𝓞𝓯𝓯𝓲𝓬𝓪𝓵1

Une des stars du découpage sur les réseaux sociaux : la série historique ITV "Mind your language", datant de fin 1970...

Aujourd'hui, il existe des dizaines d'applications de divertissement scénarisé de courte durée, comme FlexTV, DreameShort, Kalos TV, GoodShort, MiniShortes ou Playlet. Celles-ci proposent des contenus à haute valeur ajoutée avec des titres tels que Knocked Up by My Ex’s Billionaire Uncle et The Call Boy I Met in Paris, généralement découpés en 70 à 100 épisodes d'une minute. Selon TechCrunch, ces applications ont été téléchargées 120 millions de fois dans le monde. Même Uber Eats a lancé un fil de vidéos courtes, à la manière de TikTok, pour favoriser la découverte et aider les restaurants à mettre en valeur leurs plats, même LinkedIn préfère désormais les formats vidéo, et les vidéos courtes chinoises ont connu un essor fulgurant sur les marchés étrangers à travers des applis comme ReelShort. Social Video is eating the world, définitivement. 

Mais tout ceci sera très vite de l'histoire ancienne. DreamFlare, une plateforme qui se présente comme le Netflix, HBO ou TikTok de l’intelligence artificielle, est peut-être en train de révolutionner l'histoire des contenus avec ses flips et ses spins, comme nous le présente Chloé Sondervorst. A l’intersection des films, des jeux et des livres, les nouveaux contenus sont définitivement liquidesMatthieu Lorrain).

8L'authenticité, mot d'ordre de l'été 2024

Se débarrasser des artifices, obéir à son éthique plutôt qu’à son porte-monnaie, vouloir créer une vraie relation avec l’autre : l’authenticité s’est imposée comme la tendance incontournable de cet été. Il y a déjà ce coup de gueule de Bob Sinclar sur Instagram devenu viral mi-août, qui lors d’un concert, n’a vu dans son audience, que des zombies “anesthésiés”, “amorphes”  accrochés à leurs portables. Le DJ appelle à ne plus utiliser les portables en concert pour recréer des moments vrais. Une sonnette d’alarme également tirée par l’anthropologue David le Breton dans son essai “La fin de la conversation” : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder », prévenait-il dans les colonnes de Télérama au mois de juin. Sans aller jusqu'à cacher son smartphone au fond du placard ou ne pas pouvoir l'utiliser à cause de la mauvaise couverture réseau dans son lieu de villégiature, même les influenceurs appellent à une utilisation plus saine des écrins numériques. Mais à l'ére du personal branding, il est difficile d'être "vrai".

 

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Les créateurs de contenus veulent briser le quatrième mur avec leur audience. Cette philosophie se traduit dans les formats adoptés, note la journaliste tech Taylor Lorenz au mois août. Après des années submergées par du contenu bourré de graphiques sophistiqués, de texte en gras à l'écran, d'effets sonores et d'éléments visuels, les créateurs se tournent vers des vidéos plus dépouillées et non montées, offrant ainsi un coup de pouce aux créateurs émergents. Et l’audience est réceptive ! Même la plus grande star de YouTube, MrBeast, a adopté la tendance . « Cette année, j'ai ralenti nos vidéos, mis l'accent sur la narration, laissé les scènes respirer, moins crié, mis plus de personnalité, des vidéos plus longues, etc. Et nos vues ont explosé ! » a-t-il posté sur X en mars. « Mes collègues YouTubers, débarrassons-nous de l'ère du contenu ultra-rapide/sur-stimulant. Ça ne fonctionne même plus. »  Cette tendance explique également pourquoi les podcasts vidéo deviennent si populaires. Ce sont essentiellement de longues conversations non éditées. Elles permettent aux abonnés de créer un lien parasocial avec le créateur. Spotify encourage d’ailleurs ces créateurs à adopter la vidéo pour rivaliser avec YouTube. Le 25 juillet, la plateforme a organisé une masterclass gratuite sur ce sujet. Cette volonté d’être plus accessible pour son audience passe également par l’ouverture aux échanges : depuis cet été, les utilisateurs de Spotify peuvent commenter directement sur l’application Spotify for Podcasters. Les créateurs de podcasts peuvent ainsi directement répondre. 

Enfin, dans cette quête d’authenticité, les créateurs soulignent la nécessité de fixer des limites éthiques. (Et même s’ils ne sont pas journalistes !) Nombre d’entre eux s’efforcent de préserver leur intégrité dans un contexte où ils doivent jongler entre production éditoriale et enjeux commerciaux. Récemment, des créateurs tech ont exprimé leur désaccord avec Google, notamment concernant le programme sur invitation Team Pixel. L'entreprise aurait franchi une ligne rouge en exigeant qu'ils évitent de faire l'éloge des produits concurrents sous peine d'exclusion du programme. « Je me retire officiellement de Team Pixel… le programme n'est plus en accord avec mon éthique ni dans le meilleur intérêt de ma chaîne », a ainsi déclaré le critique tech Adam Matlock sur Twitter

I’m formally removing myself from team pixel. It’s been a good run but the program is no longer in line with my ethics or in the best interest of my channel and the content that I provide to my viewers. I emailed them today and quit. #NoLongerTeamPixel

— TechOdyssey | #TechRejects (@AdamJMatlock) August 15, 2024

Est-il temps de "BeReal" ? 

9Il est plus compliqué que jamais de regarder du sport !

Autrefois, les grands événements sportifs diffusés sur les quelques chaînes en clair de la télé réunissaient les familles, moyennant quelques coupures de pub (ce qui fut le cas avec les JO cet été). Aujourd'hui, la lutte compétitive pour les droits sportifs n'est pas très différente de celle des années précédentes. Ce qui a changé, ce sont les acteurs. La guerre du streaming est arrivée dans le sport. Face à une fragmentation des diffuseurs de contenus sportifs, qui entraîne plus d'argent, plus d'abonnements et plus de confusion sur quand, où et comment regarder, l'été 2024 a été marqué par un recours massif au streaming illégal pour regarder des événements sportifs en direct. Alors que les amateurs de football attendaient avec impatience le début de la nouvelle saison de Premier League (qui a commencé le 16 août), beaucoup ont choisi de contourner les plateformes légales, considérées trop chères, pour se tourner vers des solutions illégales. Pour suivre tous les matchs, les fans doivent souvent s'abonner à plusieurs services de streaming, ce qui peut représenter une dépense importante

Matt Hibbert, directeur de la lutte contre le piratage chez la chaîne anglaise Sky explique : « Nous sommes soucieux de la protection de notre contenu, et souhaitons veiller à ce que les consommateurs puissent profiter du contenu qu'ils aiment, sans les risques que les flux illégaux peuvent représenter ». Sky et d'autres diffuseurs ont intensifié leurs efforts pour lutter contre ce phénomène, notamment en fermant des réseaux de streaming illégal et en poursuivant leurs opérateurs en justice. Quelques jours avant le début de la nouvelle saison de Premier League, un procès historique a eu lieu au Royaume-Uni, où deux frères ont été condamnés à une peine totale de 11 ans de prison pour leur rôle dans la facilitation de flux illégaux de la Premier League.

Parallèlement à cette montée du streaming illégal, Disney (derrière ESPN), Fox et Warner Bros Discovery ne pourront pas créer leur plateforme de streaming commune dans le sport nommée Venu Sports, censée arriver à l’automne. Cette plateforme devait être lancée aux Etats-Unis pour 43 dollars par mois et aurait pu offrir une solution unifiée aux consommateurs. Mais Fubo, qui propose aussi du contenu sportif, a porté plainte contre l’alliance, accusée d’enfreindre le droit de la concurrence : « Cette décision contribuera à garantir que les consommateurs aient accès à un marché plus compétitif avec de multiples options de streaming sportif » , a déclaré David Gandler, cofondateur et directeur général de Fubo, cité dans un communiqué. Une multiplication qui rend l'accès aux contenus sportifs plus difficile qu'avant. L'introduction du streaming a profondément modifié les règles du jeu. Sans parler des ressources considérables des géants de la tech. « Ce que nous avons maintenant, c'est encore l'ancien modèle plus ce nouveau modèle, donc la fragmentation semble beaucoup plus sévère, » explique Jon Christian, responsable de la chaîne d'approvisionnement des médias numériques chez Qvest, décrivant le paysage médiatique actuel comme une « guerre des regards ». 

Plus qu'une guerre des régards, nous sommes face à une guerre des portefeuilles. Une solution potentielle au défi économique de la fragmentation des offres se dessine avec le modèle AVOD (Ad-supported Video on Demand), où les services de streaming sont financés par la publicité, offrant ainsi des abonnements à moindre coût. Une étude récente de Kantar révèle que l'AVOD a connu une croissance significative au deuxième trimestre 2024 et durant l’été, représentant 47 % de tous les nouveaux services adoptés. Ce modèle, de plus en plus accepté par les consommateurs, pourrait permettre de rendre le contenu sportif plus accessible tout en générant des revenus pour les diffuseurs grâce à la publicité.

10Marronnier : la newsletter, une planche de salut renouvelée pour les journalistes indépendants aux Etats-Unis

Les newsletters deviennent non seulement une bouée de sauvetage, mais aussi une véritable opportunité de croissance financière, à une époque où la presse traditionnelle continue de naviguer dans des eaux tumultueuses. 2023 a été une année brutale pour l'industrie du journalisme, avec au moins 8 000 suppressions de postes au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada, selon Press Gazette. La tendance s'est poursuivie en 2024, avec environ 1 000 personnes touchées par des fermetures et des vagues de licenciements rien qu'en janvier.

En 2023, plus de 20 000 emplois dans les médias ont été supprimés.

Source : Chris Cilliza 

En août, Substack a annoncé un bilan positif à Axios : la plateforme de newsletters est en voie de plus que doubler son nombre d'abonnés dans le domaine de la politique et des actualités en 2024, ont déclaré les dirigeants. Le nombre de journalistes de Substack spécialisés dans les actualités et la politique qui gagnent plus d'un million de dollars a doublé au cours de l'année écoulée — et est désormais en "doubles chiffres", selon la société.

« L'économie des créateurs libère la valeur accumulée que de nombreux journalistes vedettes ont créée pour les médias pour lesquels ils travaillaient auparavant », analyse Simon Owens, consultant média. Les journalistes peuvent désormais capter directement les revenus générés par leur expertise et leur notoriété. Et il n'y a pas que Sustack dans la vie : Précédemment rédacteur pour la Silicon Valley chez The Verge, Casey Newton a lancé sa newsletter Platformer en 2020 pour couvrir l'industrie technologique. D'abord diffusée sur Substack, il a finalement décidé, début 2024, de passer à la plateforme de publication Ghost. La plupart des articles sur Platformer sont réservés aux abonnés payants, qui déboursent environ 100 $ par an.

Le succès de Substack est illustré par des exemples concrets. Chris Cillizza, après avoir été licencié de chez CNN, a réussi à attirer 3 000 abonnés payants sur sa newsletter. Fait intéressant, ce sont les articles personnels et introspectifs qui ont suscité le plus grand intérêt, plutôt que les contenus politiques… 

+Et aussi, les tendances étonnantes sur les réseaux sociaux :

L’été 2024 n’a pas déçu en matière de tendances insolites sur les réseaux sociaux. Une qui a véritablement pris de l’ampleur est le phénomène « Very demure, very mindful » (traduisez : « très discret, très précautionneux »). Tout a commencé le 2 août, lorsqu’une créatrice TikTok, Jools Lebron, a posté une vidéo pour expliquer comment gérer son maquillage et sa transpiration « avec pudeur ». Plus tard, elle a publié une autre vidéo, visionnée plus de quatre millions de fois, sur l’art d’être « very demure » et « very mindful » au travail. En contraste avec le « brat summer », on pourrait croire que ce mouvement prône une attitude plus sage, un avant-goût de la rentrée…Mais bien évidemment l’expression est ironique et critique les attentes disproportionnées imposées par la société. Succès garanti sur les réseaux sociaux. Le hashtag #demure compte déjà 280 000 publications sur TikTok. Même le New York Times s’en amuse : « Votre café du matin avec juste un peu de crème ? Demure. La façon dont vous vous asseyez dans le métro ? Very demure. Votre manière de passer le fil dentaire après le déjeuner ? Absolument, totalement demure ». Le terme a été repris par Penn Badgey, Kim et Kloé Kardashian…et même Joe Biden. Alors, après votre « brat summer », comment allez-vous vivre votre « demure fall » ?

 

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Une publication partagée par The White House (@whitehouse)

D'autres tendances comprennent les imitations du défilé d’Angèle lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques, sur la chanson « Night Call  » – devenue le titre le plus shazamé de tous les temps  – ou encore les influenceurs demandant à ChatGPT de "roaster" leur feed Instagram. (Comprenez : leur lancer des piques en un paragraphe bien cinglant). Et il y a bien sûr aussi la "bouillie d'IA" (AI slop) qui inonde les réseaux sociaux, avec l'irrésistible montée de Chubby, le chat généré par IA de TikTok, qui pourrait bien représenter l'avenir d'Internet.

[AI-Generated] (Credit: @mpminds)

Il semble qu'il y en ait encore bien plus à venir...

Sur ce, l'équipe Méta-Media vous souhaite une Bonne rentrée !

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  • Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs
    Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette f

Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs

Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.  

Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes. 

Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.  

@ilonamaherWhen in paris♬ original sound - Ilona Maher

« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme :  « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ». 

En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired. 

Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux. 

Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.  

Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :

  • OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
  • Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
  • De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
  • Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
  • La vidéo sociale envahit le monde (Doug Shapiro)
  • Les responsables d'État américains demandent à X de s'attaquer à la désinformation électorale (Social Media Today)
  • Décès de Susan Wojcicki, ancienne PDG de YouTube, à l'âge de 56 ans (The Guardian)
  • Après la condamnation de Google, la fin de l’impunité des géants du numérique ? (Mediapart)
  • Instagram impose les “Vues” comme statistique principale (Instagram)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Instagram’s @Creators (@creators)

  • Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
  • Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
  • En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
  • Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
  • En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
  • Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
  •  Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
  • La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
  • La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
  • Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)

With great audience comes greater responsibility #DSA

As there is a risk of amplification of potentially harmful content in 🇪🇺 in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk

📧⤵ pic.twitter.com/P1IgxdPLzn

— Thierry Breton (@ThierryBreton) August 12, 2024

3 CHIFFRES

  • La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
  • Selon l'ONG du Centre contre la haine en ligne, 50 publications d'Elon Musk diffusant de la désinformation sur la plateforme X ont cumulé un milliard de vues depuis janvier.
  • Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?

Source : University of Chicago

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les technologies ‘intelligentes’ sont devenues ingérables. Nous avons une affection pour les technologies plus simples (Washington Post)
  • L'opération Gen-Z derrière la métamorphose en ligne de Harris (CNN)
  • Bowling, selfies et le “Dougie” : Biden séduit les influenceurs à la Maison-Blanche (New York Times)
  • À l'approche de l'élection présidentielle, quel rôle jouent les influenceurs ? (Digiday)
  • Voici comment les gens utilisent réellement l'IA (MIT)
  •  Un guide visuel des influenceurs qui façonnent l'élection de 2024 (Wired)

Capture d'écran de The Wired

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Alors que Meta se détourne de la politique, les grands comptes Instagram constatent une baisse de leurs vues (Bloomberg)
  • La recherche IA de Google impose un choix crucial aux sites : partager des données ou disparaître (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'Iran recourt à des sites de désinformation pour influencer les élections américaines, d'après Microsoft (Washington Post)
  • Les médias sénégalais organisent une journée de blackout pour attirer l'attention sur les préoccupations concernant la liberté de la presse (AP)
  • Selon Meta, les tactiques d'IA utilisées par la Russie pour interférer avec les élections américaines échouent (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Comment la semaine agitée d'Elon Musk révèle les failles des législations britanniques en matière de sécurité en ligne (The Guardian)
  • TikTok s’engage à retirer définitivement de l’UE son programme de récompenses (Stratégies)
  • Un projet de loi californien visant à réglementer l'I.A. suscite l'inquiétude dans la Silicon Valley (New York Times)
  • Les électeurs de la génération Z s'opposent aux restrictions sur les réseaux sociaux, selon une nouvelle étude (Bloomberg)

JOURNALISME

  • Le New York Times cessera de soutenir les candidats dans les courses électorales de New York (New York Times)
  • Biden affirme aux créateurs qu'ils ont un avantage que les médias traditionnels n'ont pas : « Vous inspirez confiance. » (TechCrunch)
  • Kamala Harris doit s'adresser à la presse (The Guardian)
  • Le « Washington Post » critique l'attaque de Taylor Lorenz contre Joe Biden, qualifié de « criminel de guerre » (npr)
  • L'ère du journaliste indépendant prend son envol (Axios)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Twitch vient de lancer Video Stories (Twitch)
  • Les newsletters sur LinkedIn valent-elles vraiment le détour ? (journalism.co.uk)
  • La convention du parti démocrate américain sera streamée pour la première fois en format vertical(Axios )

ENVIRONNEMENT

  • Si vous voulez que les Américains prêtent attention au changement climatique, appelez-le simplement “changement climatique” (NiemanLab)
  • Les grandes entreprises technologiques cherchent à modifier les règles sur les émissions nettes nulle  (Financial Times)
  • La répétition rend les mensonges sur le climat plus crédibles — même pour ceux qui soutiennent la science climatique (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'échange entre Elon Musk et Trump sur X a débuté par un incident technologique (The Verge)

Conversation with @realDonaldTrump with topic timestamps https://t.co/ziLJEUhnE7

— Elon Musk (@elonmusk) August 13, 2024

  • Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
  • Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
  • Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
  • Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
  • Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
  • Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
  • Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
  • Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
  • Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)

Capture d'écran de VentureBeat

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
  • Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

 

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  • ✇Méta-media | La révolution de l'information
  • Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)
    Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures ! The Power of one - Frances Haugen Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément

Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)

Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures !

The Power of one - Frances Haugen

Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément des informations toxiques et favorisait la violence. Ses révélations, basées sur 22 000 pages de documents internes, ont montré que Facebook était pleinement conscient des dommages qu'il causait.

Après la publication des "Facebook Files", la valeur boursière de l'entreprise a chuté de 75 %, subissant la plus lourde perte en une seule journée jamais enregistrée pour une entreprise américaine cotée en Bourse. Frances Haugen avait rejoint Facebook en 2019, malgré la mauvaise réputation de l'entreprise, dans l'espoir de réduire la désinformation. Elle écrivait alors : “À l’époque, accepter un poste chez Facebook n’apportait aucune valeur ajoutée au CV ; au contraire, cela risquait d’entacher mon image de marque.” Son autobiographie retrace, avec le plus de sincérité possible, son parcours de "nerd", l’absence de considération éthique des boites tech, les risques encourus devant de telles révélations. La lanceuse d’alerte met en garde contre les dangers d'une technologie non régulée et appelle à une plus grande transparence et responsabilité des réseaux sociaux. Elle critique également la dynamique perverse où les compétences acquises par les législateurs sont désormais rapidement récupérées par les géants de la tech avec des offres salariales alléchantes, sapant ainsi les efforts de régulation. Les assistants parlementaires sont ainsi débauchés par les géants de la tech avec des salaires cinq fois supérieurs à ce que leurs sénateurs peuvent se permettre de leur payer… Un récit éclairant sur les “entrailles” de la tech !

Elon Musk - Walter Isaacson

Elon Musk se perçoit comme un « personnage de bande dessinée essayant de sauver le monde », avec des ambitions titanesques et un ego colossal. C’est ce que rapporte Walter Isaacson, qui a suivi l’entrepreneur milliardaire pendant deux ans. Le biographe a ainsi pu observer de près cet « homme capricieux », avec un accès privilégié à certaines réunions, emails et textos de la star de la tech. Il a ainsi été témoin de moments clés tels que le rachat de Twitter, l'explosion en vol de la fusée Starship, et la naissance de plusieurs de ses enfants.

On en retient qu'Elon Musk règne en maître absolu sur ses entreprises. Il impose des réductions drastiques de coûts dans certains domaines tout en insistant pour que d'autres dépenses soient illimitées. Chez Tesla, son obsession pour les détails du design automobile a fait exploser les coûts et vidé la trésorerie de l’entreprise. Lorsqu'il a acquis Twitter, il a licencié 75 % du personnel et s'est réjoui de renvoyer les dirigeants pour les empêcher de percevoir leurs indemnités de départ. Le rachat du réseau social est en partie due à son addiction aux tweets et à son désir de prendre une revanche sur un passé difficile. Ayant été harcelé à l’école en Afrique du Sud, l'entrepreneur souhaitait posséder son « propre terrain de jeu ». Mais comme le souligne le New York Times, « posséder un terrain de jeu ne vous empêchera pas d’être malmené »…

Cette biographie n'est pas une enquête journalistique classique, mais plutôt un exercice d'admiration qui explore les multiples facettes et les démons d’un milliardaire fantasque, qui n’obéit qu’à ses lubies passagères. Divertissant et inquiétant.

Extremely Online : The Untold Story of Fame, Power and Influence on the Internet – Taylor Lorenz

« Je souhaite raconter des histoires qui ont été effacées de l'histoire par Silicon Valley », annonce Taylor Lorenz. Dans son ouvrage, la journaliste tech du Washington Post s'intéresse à un aspect souvent négligé des réseaux sociaux : l'expérience des utilisateurs eux-mêmes. Contrairement à des livres comme Hatching Twitter de Nick Bilton ou No Filter de Sarah Frier, qui se concentrent principalement sur l'aspect corporate des entreprises technologiques, Taylor Lorenz choisit de se pencher sur les individus qui ont façonné et redéfini le paysage des médias sociaux.

L'essai se distingue par son ambition de narrer l'histoire de l'internet social à travers les yeux des utilisateurs, du boom des blogs dans les années 2000 à l'ère de TikTok. La journaliste analyse comment des figures telles que les « mamans blogueuses » ont non seulement influencé le contenu en ligne, mais ont également été des pionnières dans la monétisation de leurs marques personnelles, devenant ainsi les premières influenceuses. « Pendant une grande partie de l'histoire des médias sociaux, Silicon Valley a été extrêmement hostile envers ces utilisateurs influents. Les fondateurs de la tech éprouvaient presque de la rancune face au pouvoir qu'ils exerçaient sur internet. Lorsque la pandémie a éclaté, ils ont commencé à parler de "l'économie des créateurs" comme si c'était quelque chose de nouveau, alors qu'ils l'avaient dénigrée pendant des décennies parce qu'elle était principalement pionnière par des femmes », explique l’ancienne journaliste du New York Times.

Taylor Lorenz explore également comment les adolescents ont réinventé la célébrité à travers des plateformes comme Vine. En mettant en lumière ces acteurs apparemment marginaux, elle révèle comment ils ont perturbé les structures établies du capitalisme moderne, créé de nouveaux secteurs économiques et redéfini les attentes en matière de contenu et de pouvoir.

La journaliste a d’ailleurs appliqué ce qu'elle a observé sur les réseaux sociaux à sa propre promotion. Pour booster la visibilité de son livre, elle a répondu publiquement à un commentaire désobligeant d’Elon Musk : : « En fait, ce qui a vraiment bien fonctionné, c’est quand j’ai répondu à Elon Musk. Il avait dit quelque chose de méchant à mon sujet, et j’ai répliqué en lui suggérant de lire mon livre. Cela m’a rapporté 100 commandes. »

The Anxious Generation – Jonathan Haidt

Chez les jeunes, une crise de la santé mentale est en cours. Jonathan Haidt, dans son livre The Anxious Generation, note une augmentation de 30% des cas de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents, qu’il qualifie d' « épidémie de santé mentale ». Selon le psychologue, les parents échouent en surprotégeant leurs enfants dans le monde réel tout en les « abandonnant » dans le monde virtuel.

Dans son essai, le psychologue propose des solutions pour limiter les effets nocifs de la technologie, telles que l’interdiction des smartphones avant le lycée et des réseaux sociaux avant 16 ans. Il compare les écoles sans interdiction de téléphone à une « apocalypse zombie » où les élèves ne communiquent pas.

Cette critique rejoint l’analyse de l’anthropologue David Le Breton dans La fin de la conversation, qui affirme que les smartphones isolent, non seulement les enfants, mais aussi les adultes : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder. On n’a jamais autant communiqué, mais jamais aussi peu parlé ensemble. »

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Liens vagabonds : L'attentat contre Trump, révélateur d'un paysage médiatique atrophié

Rien de tel qu’une tentative d’assassinat pour alimenter la machine à rumeurs d'Internet. Samedi 13 juillet, l’attentat contre Donald Trump lors d'un meeting en Pennsylvanie, a déclenché une tempête médiatique dès les premières minutes : USA Today, par exemple, a publié son premier article seulement 19 minutes après les coups de feu, avec un titre initial : « Trump évacué de la scène par les services secrets après des bruits forts qui ont effrayé l'ancien président et la foule ». Sur les réseaux sociaux, les spéculations sur le mobile du tireur foisonnent. Et les théories du complot fleurissent dans un terreau fertile de désinformation. Elon Musk n'a laissé passer qu'environ 30 minutes avant de déclarer son soutien financier pour la campagne présidentielle du candidat républicain. Il n’a fallu que 86 minutes à Dave Portnoy, propriétaire du blog Barstool Sports pour poster un lien vers un T-shirt noir avec l'image d'un Donald Trump ensanglanté le poing levé. La soif de sensationnalisme l'emporte-t-elle sur la véracité des faits ? 

Une bataille des récits 

À l’ère des réseaux sociaux, ce drame illustre d’abord l’appétit des utilisateurs pour les fake news. Le journaliste Casey Newton constate : « Les réseaux sociaux détestent le vide, et au cours des 48 heures après l’attaque, les utilisateurs de chaque grande plateforme se sont empressés de le combler avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot, des fabrications et des blagues ». C’est particulièrement le cas sur X, où la plupart des modérateurs de contenus ont été licencié après le rachat de l’entreprise en 2022. La prudence initiale des médias avant de parler de « tentative d’assassinat » a vivement été critiquée, considérée par certains comme une volonté de tromper, alors que les autorités n’avaient elles-mêmes pas encore confirmé la nature des faits.  Elon Musk, par exemple, a twitté au lendemain de l’événement : « Les médias traditionnels sont une pure machine de propagande. X est la voix du peuple » accompagné d’une image montrant plusieurs gros titres de la presse. Un porte-parole du New York Times s’explique : « Les organismes de presse peuvent tolérer les critiques, mais les informations inexactes détruisent leur bien le plus précieux : leur crédibilité ».  

 L'essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta appelle des « réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui reflètent ce que les gens veulent croire. Ainsi la désinformation ne serait pas liée à des mensonges du gouvernement et de la presse, mais plutôt à l’amour du consommateur pour cette dernière : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus » expliquait l’année dernière un article du New York Times.  

L’écosystème informationnel est-il cassé ?  

De son côté, the New Yorker s’indigne : « La tentative d'assassinat d'un ancien président est traitée avec la même légèreté universelle qu'un album pop ou les publicités d'une usine de glycines chinoise ». Les memes internet sont en effet légion depuis l’événement. Un internaute s’amuse même : « vous pensez que les gens dans les années 1800 étaient aussi drôles quand John Wilkes Booth a tiré sur Lincoln ? ». Finalement, les médias ne seraient qu’un rouage d’une grande machine informationnelle qui récompense la rapidité et la provocation : « Il s’agit d’une machine hyper-efficace, vorace, insatiable – qui dévore n’importe quel évènement, quel que soit son ampleur, pour le démanteler jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui qu’une vieille carcasse fatiguée ». 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L’Arcom renforce les règles de contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels (Le Monde)
  • Le « gendarme » de l’audiovisuel joue sa crédibilité avec l’attribution des chaînes TNT, en particulier à CNews et C8 (Le Monde)
  • IA aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : comment les Jeux seront un terrain d'essai pour les nouvelles technologies (The National)
  • « Marianne » : CMI France et Pierre-Edouard Stérin mettent fin aux négociations exclusives face à la « volonté unanime » des salariés (Le Monde)

 

🔈 #Pluralisme | L’Arcom adopte une délibération relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion dans les médias audiovisuels 🔽

Le communiqué de presse : https://t.co/JfRT3BMK90

— Arcom (@Arcom_fr) July 18, 2024

3 CHIFFRES

  • Google s’apprête à racheter la société de cybersécurité Wiz pour 23 milliards de dollars, selon le Washington Post.
  • Netflix compte désormais 278 millions d'abonnés dans le monde, rapporte le New-York Times.
  • 8 % des fandoms de la génération Z monétisent leur intérêt pour les fandoms (par exemple, les « Swifties » professionnels rapporteront et décoderont les nouvelles et les légendes de Taylor pour les fans plus occasionnels), d’après un rapport de YouTube.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Où les journalistes travaillent-ils, si ce n'est pas dans les médias

Source : Washington Post

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Qu'est-ce que l'IA ? Tout le monde pense savoir, mais personne n'est d'accord. Et c'est un problème (MIT)
  • Une tentative d'assassinat à l'ère des réseaux sociaux (Platformer)
  • “Madmoizelle”, de média pop féministe à “vitrine pour contenus” (Arrêt sur Images)
  • Le doomscrolling sur les réseaux sociaux liée à l'anxiété existentielle, la méfiance, la suspicion et le désespoir, selon une étude (The Guardian)
  • Est-ce que les États-Unis ont toujours autant de journalistes ? (Washington Post)

Capture d'écran MIT

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les données qui alimentent l'intelligence artificielle disparaissent rapidement (New York Times)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Pologne : RSF ouvre des discussions prometteuses pour le droit à l'information avec le nouveau gouvernement (RSF)
  • Comment le temps pris par les médias pour vérifier les faits de la fusillade de Trump a engendré une vague de critiques (Washington Post)
  • En Russie, le/la journaliste américain(e) Masha Gessen est condamné(e) par contumace pour avoir critiqué l'armée (Associated Press)
  • Vous êtes plus enclin à croire les fake news diffusées par une personne que vous connaissez à peine que par votre meilleur ami (NiemanLab)
  • Un journaliste italien a été condamné à payer 5 000 euros à la Première ministre Meloni pour un tweet se moquant de sa taille (Reuters)
  • L’EFCSN et l’AFP annoncent un partenariat (AFP)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • RSF et 25 organisations demandent à la présidente de la Commission européenne des garanties fortes en matière de libertés de la presse (RSF)
  • Le gouvernement chinois soutient les entreprises nationales d'IA, mais impose également des règles strictes pour tester leurs modèles de langage (Wall Street Journal)

JOURNALISME

  • Un procureur russe demande 18 ans de prison pour le journaliste Evan Gershkovich (Washington Post)
  • Elon Musk veut que son bot d'IA diffuse les actualités. Il a du mal à accomplir cette tâche (Wall Street Journal)
  • L'Allemagne interdit le magazine d'extrême droite « Compact » (The Guardian)
  • Les éditeurs australiens qualifient de "catastrophique" une éventuelle interdiction des actualités par Meta (Press Gazette)
  • Le Wall Street Journal licencie un journaliste de Hong Kong qui dirigeait un club de presse en difficulté (Washington Post)
  • La presse papier en Haïti est presque éteinte (ijnet)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Spotify et TikTok poussent les artistes à sortir des albums interminables (Business Insider)
  • X ne tient pas ses promesses concernant les nouvelles émissions vidéo (Bloomberg)

ENVIRONNEMENT

  • Comment rendre compte de l'environnement en Ukraine en temps de guerre ?  (The Fix)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Des influenceurs avec des millions de followers soutiennent Trump, mais peu d'entre eux soutiennent publiquement Biden (NBC News)

This is my president. pic.twitter.com/1PP9LKpEq5

— Bryce Hall (@BryceHall) July 13, 2024

  • TikTok a poussé les jeunes électeurs allemands vers un parti d'extrême droite (Wired)
  • Rencontrez les jeunes hommes qui paient pour fréquenter Mogwarts, une école en ligne pour devenir sexy (GQ)
  • Elon Musk souhaite donner 45 millions de dollars par mois pour soutenir Donald Trump (Washington Post)

I fully endorse President Trump and hope for his rapid recovery pic.twitter.com/ZdxkF63EqF

— Elon Musk (@elonmusk) July 13, 2024

  • Elon Musk veut déplacer les sièges de SpaceX et de X de Californie vers le Texas (Wired)
  • Meta permet enfin aux chercheurs d’accéder aux données d’Instagram (The Verge)

📢 New opportunity! Meta and COS have opened an RFP for a pilot program using Instagram data to study social media’s impact on youth well-being. Check out the details and see if it fits your research: https://t.co/jCheql0toa.

— Center for Open Science (@OSFramework) July 17, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Le métavers était censé être votre nouveau bureau. Vous êtes toujours sur Zoom (Wired)
  • L'Apple Vision Pro est désormais disponible au Royaume-Uni, au Canada, en France, en Allemagne et en Australie (MacRumors)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Warner Bros Discovery étudie la possibilité de séparer ses chaînes de télévision (comme CNN) de ses services de streaming (Deadline)
  • Apple est en discussions pour obtenir des licences de films supplémentaires auprès de Hollywood (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le studio de podcasts Paradiso placé en liquidation judiciaire (La Lettre)
  • Les podcasts politiques explosent à l'approche du jour du scrutin (Press Gazette)
  • Après une année difficile, les podcasts reprennent du poil de la bête (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Meta ne lancera pas son prochain grand modèle en Europe (Axios)
  • OpenAI a illégalement interdit au personnel de parler des risques liés à la sécurité, selon des lanceurs d'alerte (Washington Post)
  • Apple, Nvidia, Anthropic ont utilisé des milliers de vidéos YouTube piratées pour entraîner l'IA (Proof)
  • Les résultats fournis par l'IA de Google apparaissent de moins en moins souvent, d'après une étude (The Verge)
  • L'IA est bénéfique pour la créativité personnelle, mais peut nuire à la créativité collective, selon une étude (TechCrunch)
  •  Gemini sera omniprésente dans la diffusion des Jeux olympiques de Paris (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Taboola va vendre des publicités pour Apple (Axios)
  • Les annonceurs ne montrent pas un grand enthousiasme pour les publicités sur Threads proposées par Meta (Digiday)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Au festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, les créateurs de contenus sur le devant de la scène

Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?

Résumé des points clés

Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante

Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur 

  • Comment se définir par rapport à l’autre ? Pour le créateur Gaspard G – fort de 980 000 abonnés sur sa chaîne YouTube d’information généraliste – la réponse varie en fonction du contexte. « Cela dépend des jours et de la personne à qui je m’adresse », explique-t-il. « Je m’efforce de fournir une couverture des actualités la plus objective possible, entouré de professionnels. » Actuellement, il travaille avec une équipe de cinq salariés ainsi que des prestataires externes pour les recherches et les tâches administratives. Les journalistes qui collaborent avec lui possèdent une carte de presse. Un jeune festivalier a d’ailleurs été surpris de découvrir l’ampleur de son équipe : « Je n’étais pas conscient que tu étais aussi entouré », a-t-il commenté, habitué à ne voir qu’un seul visage (devenu logo) sur les vidéos.
  • Jean Massiet, derrière la chaîne Twitch de vulgarisation politique BackSeat, ne s’embarrasse pas d’étiquettes et précise bien qu’il ne rentre pas dans la définition stricte de journaliste : « Mon métier va beaucoup plus loin parce que je suis aussi influenceur, producteur, chef d’entreprise», bref un homme-orchestre aux multiples fonctions, qui souhaite informer avant tout les jeunes. La moyenne d’âge de son public est de 24 ans.
  • Les médias traditionnels effacent progressivement la barrière entre leurs mondes et ceux des créateurs de contenu en ligne. « Ce mépris, ce scepticisme que certains médias ont cultivé semble s’estomper aujourd’hui », observe Gaspard G. « Nous faisons notre métier avec sérieux et obtenons des interviews pertinentes, y compris avec Emmanuel Macron. Ils ont peut-être ressenti de la jalousie en voyant Volodymyr Zelenskyy choisir de s’entretenir avec Hugo Travers, 27 ans, plutôt qu’avec Laurent Delahousse ou David Pujadas », sourit-il. Jean Massiet partage ce sentiment et note un effort de la presse écrite, qui publie désormais « d’excellents articles » sur cet univers, avec « des enquêtes approfondies et bien écrites ». Cependant, il souligne que la télévision reste encore « réticente au possible » à l’égard du monde du web, qui bouscule les codes de l’information depuis cinq ans.
  • Les médias traditionnels s’allient directement aux créateurs de contenus. France Télévisions collabore ainsi avec Hugo Décrypte pour l'émission "Face Cachée", produite par France 2 et Unfold, la société de production de Hugo Travers et Squeezie. Le partenariat fonctionne de la manière suivante : une semaine après la diffusion de l'émission, France TV perd les droits ou les co-partage pour permettre sa diffusion sur la chaîne privée d'Hugo Décrypte. Cet effort, bien que « louable », ne porte pas ses fruits, estime le journaliste de TF1 Paul Larrouturou, un autre intervenant, pour qui le succès n'est pas au rendez-vous. La recette d’une collaboration réussie reste encore à trouver.

Les partenariats, le bât qui blesse

  • Pour faire vivre cette nouvelle manière d’informer sur les réseaux sociaux, la plus grosse problématique reste le financement, estime Gaspard G. Il a dû lui-même limiter la couverture internationale de son média – trois voyages sur le terrain en douze mois (Israël, Nouvelle-Calédonie, Ukraine) – en raison des « coûts astronomiques » de tels projets pour une structure encore fragile. « Aujourd’hui, malheureusement, on ne dispose pas d’aides publiques, et notre génération n’a pas l’habitude de payer pour l’info », estime-t-il. Pour assurer ses arrières, le créateur de contenu n’hésite donc pas à faire appel aux annonceurs. « On fait avec nos armes pour pouvoir créer un modèle de revenu et payer nos équipes », justifie-t-il. Dans ses vidéos d’actualités, il représente ainsi les intérêts de ses clients. « Pendant une minute, il peut m’arriver de parler d’un VPN, d’une marque, d’un service », explique-t-il. C'est pourquoi certains hésitent à le considérer comme un journaliste. Selon la charte de Munich, le "Saint Graal du journalisme", il ne faut "jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs". « Je te considère comme un confrère. La grande question reste le modèle économique. Moi, je suis salarié d’une rédaction, j’ai le confort d’avoir un salaire qui tombe tous les mois », répond Paul Larrouturou, ancien de Quotidien.

De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus

  • Pour Backseat, le fonctionnement repose sur un modèle similaire. L'émission est majoritairement financée par du financement participatif (au moins les deux tiers), tandis que le reste provient de partenariats. En tout, le budget annuel s'élève à un demi-million d'euros. « Mon public ne m'en veut absolument pas pour les partenariats, parce que je leur explique à quoi ils servent. Je m'assure toujours que le partenariat ait un intérêt éditorial. Cela ne m'intéresse pas de faire de la publicité pour une marque dont je me fiche. En revanche, interviewer le PDG d'une entreprise pour poser des questions citoyennes et faire le lien avec ma chaîne où je parle politique, ça m'intéresse », raconte Jean Massiet. Le streamer affirme être l'un des leaders auprès d'un public particulièrement difficile à atteindre : les jeunes. La plupart de ses clients sont des institutions souhaitant s'adresser aux jeunes, « pas forcément pour faire passer des idées, juste pour dire bonjour », comme l'a fait récemment la Cour des comptes.
  • En fin de compte, la transparence envers son audience est essentielle. Il s'agit toujours de maintenir la confiance par l'explication et la justification. « L'enjeu, c'est la confiance et la crédibilité envers ton public. Il n'y a pas forcément de règles écrites. Il y a une loi qui encadre les influenceurs, mais elle a été rédigée avec les pieds », estime Jean Massiet. « L'important est de ne pas perdre la confiance que les gens placent en nous. C'est un contrat de confiance, une sorte de common law qui se développe avec le temps entre les influenceurs et leur public, en l'absence de règles plus précises imposées par les plateformes. » Il n'est d'ailleurs pas favorable à ce que les plateformes imposent leurs règles, car ce sont des entreprises américaines avec une culture américaine, dont les règles s'appliquent encore mal en Europe.
  • Par ailleurs, cette transparence est de plus en plus demandée par l'audience, rappelle le journaliste Vincent Manilève, notamment depuis les polémiques sur les placements de produits effectués par les « influvoleurs ». Il estime qu'une prise de conscience a eu lieu depuis.

Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus

  • « Le public est un outil de contrôle démocratique », rappelle Jean Massiet. L’audience exige désormais que les vidéos et les images soient sourcées. Selon une étude du Financial Times, avoir des sources fiables, en lesquelles les jeunes peuvent avoir confiance, arrive en priorité dans les demandes des jeunes.

William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique

  • Depuis le bad buzz de Squeezie (Lucas Hauchard), la vigilance du public a redoublé, selon Vincent Manilève. En 2019, le plus grand YouTubeur français (catégorie formats longs) a publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques aux théories scientifiques. « Ça reste une vidéo "théorie du complot" », s'était-il excusé. « C'était une vidéo de désinformation massive, alors qu'il avait une responsabilité éditoriale », explique le journaliste spécialisé dans Internet. Finalement, Squeezie a présenté ses excuses et supprimé la vidéo, bien qu'elle soit encore disponible sur DailyMotion. Depuis cet incident, il veille à sourcer et citer ses références, notamment le New Yorker.
  • Apprendre à utiliser des sources fiables et à respecter le cadre légal est un exercice complexe pour les YouTubeurs. Pour Gaspard G, l'utilisation d'extraits d'archives a été particulièrement ardue. Lorsqu'il a commencé à réaliser des vidéos avec son monteur, il a été plongé dans un « Far West total », ne disposant pas comme dans les grandes rédactions de services juridiques. « Un nombre incalculable de nos vidéos ont été retirées de la plateforme parce que nous n'avions pas tous les droits nécessaires pour citer des archives de TF1, France 2, Blast, Mediapart. Je pensais que cela relevait du droit de citation, mais ce n'était absolument pas le cas », se remémore-t-il. Parfois, la source n’était pas correctement citée ou l'image était zoomée avec une texture superposée, dissimulant ainsi le watermark de la chaîne. En conséquence, ils ont reçu de nombreuses mises en demeure et des vidéos entières ont été supprimées de leur chaîne. Aujourd'hui, le YouTubeur a amélioré ses pratiques et s'appuie sur l'INA, qui propose un forfait permettant aux créateurs de contenus d'utiliser les archives pour un total de 1000 euros par an.
  • Pour que l’apprentissage continue de manière pérenne, l’UNESCO a ainsi un mandat sur l’éducation aux médias et met en place un programme pour ces créateurs de contenus qui les aident à « avoir les bons codes pour informer », note Vincent Manilève. Lui-même, en tant que journaliste web spécialisé, est en contact avec une université des Etats-Unis pour les aider à retranscrire et localiser un cours en ligne à destination des influenceurs pour les aider à mieux informer et à suivre les règles de déontologie.

L’avenir ?

  • Comment les créateurs de contenu voient-ils l’avenir ? « Pas à la télévision », rétorque Jean Massiet : « Si la télé reste majeure en termes d’audience, en termes de génération, il y a un décrochage qui est absolument phénoménal ». Lors de la saison 2022-2023, l'âge moyen des téléspectateurs du journal télévisé de France 2 était de 63 ans et de 57 ans pour celui de TF1, selon Médiamétrie. Il cite ainsi Ikea qui a fait un rapport sur l’aménagement intérieur des ménages dans les pays développés. Aucune télévision n’était représentée devant les canapés. « Cette modification anthropologique est une très mauvaise nouvelle pour la télévision, qui va disparaître des salons des gens» prédit-il. Plus prosaïquement, il ne voit pas l’avenir de sa chaîne sur le format télévisé en raisons de coûts de production. « C’est scandaleusement cher de maintenir à flot une chaîne de télévision. Sur LCP, Public Sénat, c’est 7,5 millions d’euros d’infrastructures par an ! », dénonce le vulgarisateur.
  • Gaspard G anticipe une spécialisation progressive des créateurs de contenus dans les cinq à dix prochaines années. « À l'heure actuelle, Hugo Décrypte fait du JT, je couvre l'actualité froide, et Charles Villa s'intéresse aux sujets d'actualité brûlants… Nous verrons une montée en puissance de YouTubeurs qui choisiront de se spécialiser dans des créneaux particuliers du journalisme. Il est aussi essentiel de permettre à ces jeunes structures de trouver leur équilibre financier, car les coûts peuvent être très élevés », observe-t-il.

Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life »  – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.

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  • Influenceurs : les nouveaux journalistes ?
    Les médias collaborent de plus en plus avec des influenceurs en espérant toucher un public jeune : des pratiques qui agacent parmi les journalistes. Pourtant, à mesure que les réseaux sociaux prennent une place centrale dans la diffusion de l’information, certains journalistes se mettent à suivre les codes des influenceurs, au point que les frontières se brouillent entre l’influence et le journalisme. Par Salomé Saqué, journaliste et autrice de Sois jeune et tais-toi Vêtue d’une longue robe de g

Influenceurs : les nouveaux journalistes ?

Les médias collaborent de plus en plus avec des influenceurs en espérant toucher un public jeune : des pratiques qui agacent parmi les journalistes. Pourtant, à mesure que les réseaux sociaux prennent une place centrale dans la diffusion de l’information, certains journalistes se mettent à suivre les codes des influenceurs, au point que les frontières se brouillent entre l’influence et le journalisme.

Par Salomé Saqué, journaliste et autrice de Sois jeune et tais-toi

Vêtue d’une longue robe de gala dorée, Léna Situations pose sur le tapis rouge des César. Dans la légende de cette photo postée sur son compte Instagram, elle écrit : “J'entends que ma place puisse déranger. Je peux comprendre que je ne suis pas dans la case dans laquelle j'ai commencé ou bien celle dans laquelle certains aimeraient que je reste. Mais je ne me sens jamais autant à MA place que quand à travers le digital je peux réunir des curieux et partager des moments avec des passionnés.”

L’une des influenceuses les plus puissantes du monde répond en ce début d’année 2024 à une polémique montante. Lorsque Canal + a annoncé qu’elle couvrirait la cérémonie en interviewant les stars de cinéma lors de l’événement - un exercice traditionnellement réservé aux journalistes spécialisés dans ce domaine - une bonne partie de la profession a grincé des dents : “Force aux jeunes journalistes férus de cinéma qui auraient kiffé la place de Léna ! (...)  pourtant les jeunes journalistes pépites ça manque pas. Dommage qu’ils n’aient pas assez de followers” . Ce tweet visionné près de 2 millions de fois a été posté par la journaliste Camélia Kheiredine et commenté pendant plusieurs semaines. Les influenceurs seraient-ils en train de remplacer les journalistes ? Le débat est ouvert.

Il faut dire qu’ils possèdent un atout de taille que les grands médias s’arrachent : une audience très large, et particulièrement jeune. Ce graal suscite les convoitises du côté des rédactions, qui cherchent désespérément à atteindre la génération Z. 

Les jeunes, détournés des médias traditionnels 

Or la plupart des jeunes ne s’informent plus via la télévision ou la radio, et encore moins par la presse écrite. Du moins, ce n’est pas leur porte d’entrée vers l’information. D’après le 34ᵉ baromètre Kantar Public, les trois quarts des 18-25 ans s’informent d’abord sur Internet. Près de la moitié d’entre eux s’informent même exclusivement sur les réseaux sociaux. Ils sont donc majoritairement interpellés sur ces plateformes, avant d’être éventuellement reconduits vers les sites des médias traditionnels. Dans ces circonstances, les influenceurs jouent naturellement un rôle crucial, car ce sont eux qui dominent les réseaux sociaux : ils peuvent recommander, ou non, tel ou tel événement, tel ou tel média, relayer une information en particulier et faire basculer le destin d’un article ou d’une vidéo. Le Digital News Report 2023 du Reuters Institute, qui a interrogé près de 100 000 jeunes à travers le monde, révèle que 55 % des utilisateurs de TikTok et de Snapchat et 52 % des utilisateurs d'Instagram (des plateformes essentiellement utilisées par des jeunes) s’informent via des influenceurs. Alors que la télévision est en perte de vitesse avec une audience toujours plus âgée, les médias cherchent naturellement à adapter leur contenu et leur approche pour reconquérir cette audience jeune et dynamique. Dans ce contexte, employer des influenceurs disposant d’une audience clé en main semble être la réponse toute trouvée à cette problématique.

Post Instagram de Léna Mahfouf deux jours après la cérémonie des César 2024

Les influenceurs, aussi compétents que des journalistes ? 

Seulement les influenceurs peuvent-ils réellement faire le travail des journalistes ? Le projet présente plusieurs limites. Premièrement, ils ne disposent pas de la formation propre aux journalistes : à savoir recouper ses sources et vérifier les faits par exemple. Ils sont rarement enquêteurs, et à plusieurs reprises, une partie d’entre eux a même diffusé de fausses informations. Cela a été particulièrement frappant pendant la pandémie. Une autre étude du Reuters Institute a prouvé que les influenceurs ont été à l’origine de 20% des publications de fausses informations à cette période. N’est pas influenceur-journaliste qui veut.

Deuxièmement, ils ne se financent pas de la même manière. Là où les journalistes sont financés par des rédactions censées leur garantir une certaine indépendance, le métier des influenceurs consiste à être payé par des marques dont ils font la promotion. C’est cet aspect là de la polémique autour de Léna Situations que la journaliste culture Paloma Clément-Picos déplorait en janvier 2024. Pour elle, le problème avec cette séquence réside dans le fait qu’elle côtoie des journalistes en s’adonnant à un exercice similaire : « Le problème des équipes marketing, c'est de mettre tout le monde dans le même panier, à savoir : les journalistes payés par des rédactions et des influenceurs qui sont souvent payés par les studios pour faire du contenu » explique-t-elle au micro de Mouv. 

Alors bonne ou mauvaise initiative, la question divise jusque dans les rangs de la profession. La journaliste pour France Inter Marion Mariani, est elle plus indulgente avec la présence de l’influenceuse : “on ne demande pas à Léna son expertise dans le cinéma, mais d’animer un tapis rouge avec sa personnalité et sa fraîcheur. D’ailleurs le live de Canal +, sur la chaîne, était assuré par les journalistes habituels qui sont des spécialistes cinéma. Il y en a donc pour tout le monde !

Quand les journalistes deviennent des influenceurs  

Si l’on s’attarde beaucoup sur ces supposés “remplacements” de journalistes par des influenceurs, l’indignation est moins importante concernant les journalistes qui deviennent eux-mêmes des influenceurs. À ce titre, Hugo Clément fait figure de cas d’école. Formé dans l’une des meilleures écoles de journalisme du pays, il a commencé un parcours classique dans la profession, via France 2 puis Le petit journal, tout en occupant progressivement une place croissante sur les réseaux sociaux. En quelques années, il est devenu la référence française du journalisme sur internet. Aujourd’hui, ses 2,5 millions d’abonnés tous réseaux sociaux confondus (Instagram, X, et Tik-Tok) en font le journaliste le plus suivi de France. Il possède une force de frappe plus importante à lui tout seul que beaucoup de médias réunis, et son média Vakita lancé en 2022 cartonne : bientôt 1 million d’abonnés cumulés. Pourtant, cette audience exceptionnelle ne se traduit pas nécessairement par un report d’audience des jeunes sur l’audiovisuel traditionnel. Preuve en est, lorsque France 2 lui confie en janvier 2024 les rênes d’une émission grand public, Nos grandes décisions, les abonnés ne suivent pas complètement le mouvement malgré une intense promotion sur les réseaux sociaux. Les audiences n’ont pas dépassé les 592.000 personnes.

Force aux jeunes journalistes férus de cinéma qui auraient kiffé la place de Lena ! Quand ils souhaitent rajeunir leur cible dans ce milieu, ils font appel à des influenceurs pourtant les jeunes journalistes pépites ça manque pas. Dommage qu’ils n’aient pas assez de followers ☺ https://t.co/XrDYrRbDv3

— Camélia Kheiredine (@cameliakheir) February 24, 2024

Cette visibilité hors norme sur internet auprès d’un public parfois peu friand des contenus médiatiques fait des émules. Le journaliste et présentateur de Questions pour un Champion Samuel Etienne, fier d’une longue carrière dans l’audiovisuel français, s’est mis sur le tard à l’influence, avec un succès remarqué. Il investit la plate-forme de streaming Twitch en 2020, initialement pour faire le pont entre journalisme traditionnel et public jeune adepte des réseaux, avec sa désormais célèbre revue de presse quotidienne. Mais le succès est tel que le journaliste quitte France Info en 2023 pour se consacrer entre autres à cette plateforme. Il est désormais l’un des créateurs les plus suivis de Twitch (près de 800 000 abonnés) où il continue à rendre accessible le travail de ses confrères entre deux parties de jeu vidéo.

Dans leur sillage, de plus en plus de jeunes journalistes s’expriment en leur nom propre sur les réseaux et y créent un contenu unique, à l’instar de Charles Villa, Nesrine Slaoui ou Marine Périn (Marinette) par exemple, tout en collaborant régulièrement avec des grands médias. Le tout dans un contexte où il est de plus en plus attendu des journalistes de cette génération qu’ils amènent avec eux une audience fidélisée : cela fait désormais partie des atouts à mettre en avant sur un CV. Un changement de paradigme qui brouille là encore un peu plus les frontières entre journalistes et influenceurs.

Hugo Décrypte, modèle hybride 

Si Hugo Clément est le journaliste issu des médias traditionnels le plus suivi de France, il est devancé, et de loin, par son homonyme Hugo Travers (Hugo Décrypte sur les réseaux sociaux), qui semble incarner le parachèvement de cette hybridation. Il représente littéralement la figure du journaliste influenceur. S’il expliquait récemment se sentir plus “youtubeur” que journaliste (bien que son audience soit désormais plus importante sur TikTok ou Instagram que sur ce pure player) il s’adonne indéniablement à une activité journalistique (décryptage, reportages, vérification des sources…). Il touche plus que n’importe qui les 15-34 ans avec un contenu informationnel et son influence ne cesse de grandir. Le créateur de 27 ans a interviewé lors des dernières campagnes électorales l’intégralité des candidats -qui ne peuvent plus se passer de sa visibilité-, a reçu à deux reprises le président de la République, et interviewé des grands noms du cinéma contemporain tels que Zendaya ou Timothée Chalamet, en passant par le milliardaire Bill Gates ou encore le président ukrainien en pleine guerre avec la Russie. Bref, il est devenu incontournable, et s’assume en influenceur. Il est d’ailleurs ami avec des rois de l’influence tels que Seb La Frite, Léna Situations ou encore Squeezie. Il apparaît régulièrement dans leurs vidéos de vacances, et obtient des entretiens avec eux auxquels aucun autre journaliste ne pourrait prétendre. Cerise sur le gâteau du mélange entre influence et journalisme, il a récemment créé une plateforme de mise en relation entre candidats et recruteurs. Financée par les entreprises qui doivent payer pour bénéficier de sa visibilité, les jeunes peuvent y retrouver des offres d’emplois, CDI, CDD, alternances et autres stages.

Alors que l’on apprécie ou non cette nouvelle approche médiatique et ces nouvelles figures du journalisme-influence, force est de constater qu’ils parlent aux plus jeunes, là où les médias traditionnels échouent en grande partie. Nombreux sont ceux qui, dans les médias, voient en ces influenceurs (de divertissement ou non) un chemin pour délivrer du contenu journalistique aux plus jeunes, à l’image d’Elise Lucet. Cette journaliste de renom donne depuis quelques temps des entretiens à des influenceurs ultra puissants, à l’instar de Léna Situations ou Mac Fly et Carlito. Au vu de son nombre croissant d’abonnés sur les réseaux sociaux, c’est à se demander si la papesse du journalisme d’investigation télévisé ne devient pas elle-même une “journaliste influenceuse”. Ce qui amène à se demander si un influenceur n’est pas surtout quelqu’un qui a de l’influence. Influence qu’il peut acquérir via des contenus commerciaux, divertissants, mais aussi journalistiques.

Au fond, la question n’est pas vraiment de savoir si certains influenceurs peuvent faire un travail de journaliste puisque l’on a vu que oui. L’objectif est plutôt de savoir : comment faire pour que les journalistes (re)trouvent de l’influence ? 

Épisode de Janvier 2024 de l’émission de MacFly et Carlito, Table Ovale, intitulée « Le journalisme d’aujourd’hui feat Élise Lucet et HugoDécrypte »

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  • Les réseaux sociaux, nicotine des jeunes ?
    Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le Ne

Les réseaux sociaux, nicotine des jeunes ?

Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le New York Times.

« La crise de santé mentale chez les jeunes est une urgence »

Les données révèlent une véritable crise nationale de la santé mentale chez les jeunes, exacerbée par l’utilisation excessive des réseaux sociaux. Selon Jonathan Haidt dans son livre « The Anxious Generation », le nombre d’enfants et d’adolescents souffrant de dépression et d’anxiété a bondi de près de 30% ces dernières années, aboutissant à une "épidémie de maladie mentale". Vivek Murthy souligne que les adolescents passant plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux courent deux fois plus de risques de présenter des symptômes d’anxiété et de dépression. En moyenne, les adolescents y passent près de cinq heures par jour, augmentant considérablement leur risque de problèmes de santé mentale. Une récente étude de l’Ofcom « Children’s Media Lives » révèle même que les enfants passent entre six à huit heures par jour sur ces plateformes.

Un cercle vicieux

Piégés, les enfants ne peuvent pas quitter les plateformes parce qu’elles sont conçues sournoisement pour les maintenir captifs. « Imaginez un adolescent face aux meilleurs ingénieurs produits du monde, utilisant les sciences cérébrales les plus avancées pour maximiser le temps passé sur une plateforme », déplore le médecin chef. S'y ajoute la pression sociale quand le principal sujet de discussion dans la cour de récréation est telle ou telle nouvelle tendance découverte sur les réseaux. D'emblée, le combat s'annonce inégal.

Des effets néfastes

Les réseaux sociaux ne se contentent pas de rendre les jeunes addicts ; ils poussent à la dépression et exposent intensément à des contenus choquants. Comme un poison lent, ils minent lentement mais sûrement l'estime, en construction, des adolescents. En 2021, la série « Facebook Files » du Wall Street Journal a révélé que la plateforme exacerbait les problèmes d’image corporelle chez un tiers des adolescentes. Récemment, ce même journal a dévoilé qu’Instagram recommandait régulièrement des vidéos à caractère sexuel aux comptes d'enfants de 13 ans, et ce, quelques minutes après leur première connexion ! 

TikTok n'est pas en reste. En novembre, Amnesty International avait publié un rapport intitulé « Poussés vers les ténèbres », soulignant que le fil « Pour toi » de TikTok encourageait la mutilation et les idées suicidaires chez les jeunes. « Ils sont rapidement entraînés dans des spirales de contenus potentiellement dangereux, notamment des vidéos idéalisant et encourageant les pensées dépressives », avertissait le rapport.

Les messages de prévention : un début de lutte

Bien que les messages de prévention puissent sembler cosmétiques, ils favorisent bel et bien la prise de conscience et le changement des pratiques. Mais ce n'est qu'un début. Le Congrès doit agir pour renforcer les efforts de protection : empêcher les plateformes de collecter des données sensibles sur les enfants, restreindre l’utilisation de fonctionnalités telles que les notifications push, la lecture automatique, et le défilement infini. Les entreprises doivent être tenues de partager toutes leurs données sur les effets sur la santé avec des scientifiques indépendants et le public. « Pourquoi avons-nous échoué à répondre aux dangers des réseaux sociaux alors qu’ils ne sont ni moins urgents ni moins répandus que ceux posés par des voitures, des avions ou des aliments dangereux ? », interroge Vivek Murthy. « Ces dangers ne sont pas un échec de volonté et de parentalité : ils sont la conséquence de la libération de technologies puissantes sans mesures de sécurité adéquates, sans transparence, ni responsabilité ». Le commissaire européen Thierry Breton a justement rappelé sur Twitter au mois d'avril un message important : « Nos enfants ne sont pas les cobayes des réseaux sociaux ».

Prendre des mesures à l'échelle individuelle

À titre individuel, il est aussi nécessaire de prévoir des « zones sans technologie ». Dans les Cévennes, des collégiens addicts aux réseaux sociaux ont passé ainsi quatre jours à randonner sans smartphone, rapporte Le Monde. L'objectif : les aider à se déconnecter des écrans, avec pour seuls réseaux sociaux... des ânes.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Législatives 2024 : l'effet dissolution booste les médias d'information (Les Echos)
  • Bardella adulé sur TikTok, la gauche contre-attaque (Mediapart)
  • Législatives 2024 : comment les médias de Vincent Bolloré orchestrent l’alliance du RN et de la droite (Le Monde)
  • Le Rassemblement National déclare qu'il privatiserait la télévision publique française s'il obtient la majorité (The Guardian)
  • Davantage « d’éditorialistes de droite et droite + » : la consigne de BFMTV à ses programmateurs (Mediapart)
  • La famille Arnault s’invite dans le capital de Webedia (CB News)
  • Burkina Faso : la chaîne d’information TV5Monde suspendue pour six mois (Le Monde)
  • La France se place en tête du financement de l’IA générative en Europe (TechCrunch)
  • Radio : l’Arcom fixe l’objectif de basculer au tout-numérique en 2033 (The Media Leader)

3 CHIFFRES

  • La NBC a acquis les droits de diffusion des JO jusqu’en 2032 contre 7,8 milliards de dollars, selon Variety.
  • Cafeyn devient le principal acteur des kiosques numériques français en rachetant pour 4,5 millions d’euros son concurrent principal, Toutabo/ePresse, selon la Correspondance de la Presse.
  • Facebook est le réseau social le plus utilisé par 67 % des Français, suivi d'Instagram selon YouGov.

It's going to be a scene on the Seine. 🤩

Don't miss the #ParisOlympics Opening Ceremony on Friday, July 26 on @nbc and streaming on @peacock. pic.twitter.com/NMgOwL5kC8

— NBC Olympics & Paralympics (@NBCOlympics) June 18, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La France se classe toujours parmi les pays ayant le moins de confiance dans les médias.

Source : Reuters Institute

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • A l’ère numérique, les magazines haut de gamme spécialisés dans les activités de plein air prospèrent en version imprimée (New York Times)
  • Perplexity, machine à “bullshit” (Wired)
  • Les influenceurs des médias sociaux ne deviennent pas riches - ils peinent à joindre les deux bouts (Wall Street Journal)
  • Milliardaires, secrets, Zegnas : la soif de pouvoir de Will Lewis (Daily Beast)

Illustration par Thomas Levinson / Daily Beast / Gettty

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Apple propose l'enregistrement et la transcription gratuits des appels sur les iPhones ; les journalistes se réjouissent (NiemanLab)
  • Stanford met fin à son programme anti-fake news : une première victoire pour Donald Trump (Platformer)
  • Hugo Décrypte est plus cité comme source d’info que Le Monde, Le Figaro et Libé réunis (Huffington Post)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'État islamique a propagé de fausses vidéos imitant CNN et Al Jazeera (Wired)
  • L’Unesco alerte sur la « réécriture de l’Holocauste » par l’intelligence artificielle (La Croix)
  • Comment attaquer la BBC est devenu une constante des élections au Royaume-Uni (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • DMA : plusieurs médias européens demandent une pression accrue sur Google et Apple (mindmedia)
  • « Chat control » : dans la lutte contre la pédopornographie, revers pour le projet de règlement européen de surveillance des messageries (Le Monde)

Signal strongly opposes this proposal.

Let there be no doubt: we will leave the EU market rather than undermine our privacy guarantees.

This proposal--if passed and enforced against us--would require us to make this choice.

It's surveillance wine in safety bottles. https://t.co/i8D4Mlcrgd

— Meredith Whittaker (@mer__edith) May 31, 2024

JOURNALISME

  • Le Washington Post se penche sur une histoire difficile : la sienne (New York Times)
  • En Suède, l'assaut de l'extrême droite contre les médias met à mal le modèle nordique (The Guardian)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Militantisme créatif : l’univers graphique du FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre (Télérama)

Un point de branding électoral intéressant : l’univers graphique du #FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre. 🎨

La raison : il est très décentralisé. Pour une fois, il vient moins des partis que de créations spontanées.

Petit thread décryptage de ce militantisme créatif !👇 pic.twitter.com/vfd7S2rMxm

— François d’Estais (@fdestais) June 15, 2024

ENVIRONNEMENT

  • L'Azerbaïdjan accusé de réprimer les médias avant d'accueillir la Cop29 (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • YouTube copie la fonction la plus intéressante de X (Washington Post)
  • Le milliardaire américain Frank McCourt, propriétaire de l’Olympique de Marseille, envisage de racheter TikTok (La Provence)
  • Pourquoi l'élection britannique n'est pas dominée par TikTok (The Economist)
  • Le Daily Mail prévoit de lancer une douzaine d'émissions sur YouTube en 2024 dans le cadre de sa stratégie de vidéos longues (Digiday)
  • Le débat des mèmes : Trump et Biden entrent sur le champ de bataille viral (Axios)

Capture d'écran Axios

Les utilisateurs d'Instagram s'inquiètent du fait que l'IA récupère leurs photos (Fast Company)

YouTube accentue son combat contre les adblockers (TechCrunch)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Aux Etats-Unis, Netflix lance des expériences immersives permanentes (Variety)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le Netflix brésilien qui triomphe avec des valeurs ultraconservatrices (El Pais)
  • Comment Tubi est devenu le meilleur service de streaming gratuit en Amérique (The Guardian)
  • X souhaite produire davantage de docu-séries sportives pour les fans 'acharnés' (Axios)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Nvidia devient la société la plus valorisée au monde avec le boom de l'IA (The Guardian)
  • Une vidéo deepfake de Nigel Farage jouant à Minecraft 'bien sûr' pas réelle, selon le parti (The Guardian)

  • L'IA ne rapporte pas encore beaucoup d'argent aux entreprises de logiciels — pour l'instant (Bloomberg)
  • Au Japon, SoftBank lance une IA « anti-émotions » qui adoucit la voix des clients mécontents (SCMP)
  • Elle a remporté un prix pour des images générées par IA. Juste un problème : c'était une vraie photo (Washington Post)
  • ILya Sutskever, l'ancien scientifique en chef d'OpenAI, lance une nouvelle entreprise d'IA (TechCrunch)
  • Forbes menace Perplexity d'une action en justice pour plagiat de ses contenus (Axios)
  • OpenAI interdit, Apple cherche un partenaire IA sur le marché chinois (Wall Street Journal)

Superintelligence is within reach.

Building safe superintelligence (SSI) is the most important technical problem of our​​ time.

We've started the world’s first straight-shot SSI lab, with one goal and one product: a safe superintelligence.

It’s called Safe Superintelligence…

— SSI Inc. (@ssi) June 19, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • TikTok lance des avatars IA pour les publicités alors que la FTC met en garde les entreprises contre cette pratique (404media)
  • Discord se refait une beauté pour attirer les marques et les marketeurs sur la plateforme et améliorer l'expérience utilisateur (Digiday)
  • Les annonceurs digitaux recherchent du "contenu haut de gamme" — mais sont en désaccord sur sa définition (Business Insider)
  • Elon Musk vole à Cannes pour reconquérir les annonceurs (Financial Times)

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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  • Reuters Institute : l'évitement de l'actualité atteint un niveau record
    Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne. Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Instit

Reuters Institute : l'évitement de l'actualité atteint un niveau record

Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Institute for the Study of Journalism a publié, ce 17 juin, son rapport annuel, sur les pratiques d’information en ligne. Coûts en hausse, chute des revenus publicitaires et fortes baisses de trafic provenant des réseaux sociaux exacerbent une situation déjà précaire. Les entreprises tech mènent la danse et réorientent leurs stratégies. Certaines dépriorisent explicitement l’actualité et le contenu politique, tandis que d’autres se focalisent davantage sur les créateurs que sur les éditeurs.

Cette « réinitialisation de plateformes » reflète un changement radical dans la consommation d’information, avec une préférence croissante du public pour les formats vidéo. Parallèlement, l’intelligence artificielle générative bouscule les rédactions. Celles-ci doivent rester prudentes dans leur usage, face à un public qui préfère avant tout que « l’humain » reste aux commandes. Le rapport met également l’accent sur un niveau de confiance toujours faible et une tendance croissante à l’évitement sélectif de l’actualité – notamment dans un contexte de conflit permanent en Ukraine et à Gaza. Telles sont les conclusions de cette enquête, menée auprès de 100 000 personnes dans 47 pays et soutenue par la Google News Initiative et YouTube. L’heure est au changement rapide pour renouer avec le public.

Voici les points clés à retenir pour les médias.

1Meta réduit le rôle de l’actualité sur ses plateformes

Meta a réduit le rôle des actualités sur Facebook, Instagram et Threads, et a restreint la portée du contenu politique (sans pour autant définir clairement les critères permettant de qualifier un contenu de « politique »). L’entreprise a également réduit son soutien aux médias, ne renouvelant pas des accords valant des millions de dollars et supprimant son onglet actualités dans plusieurs pays.

La consommation d’actualités sur Facebook (37%) a diminué de quatre points dans tous les pays au cours de l’année, avec une baisse plus marquée dans des pays comme les Philippines (-11 points), l’Argentine (-11) et la Colombie (-10).

2L’utilisation des actualités en ligne se fragmente

Face à une baisse continue de l’utilisation de Facebook pour les actualités émerge une dépendance croissante à une gamme d’alternatives, y compris les messageries et les réseaux centrés sur la vidéo.

YouTube est utilisé pour les actualités par presque un tiers (31%), WhatsApp par environ un cinquième (21%) tandis que TikTok (13%) a dépassé Twitter (10%) pour la première fois.

« Le public s’appuie de plus en plus sur des plateformes concurrentes pour accéder à toutes sortes de contenus et d’informations. Beaucoup de ces plateformes s’éloignent de plus en plus des actualités et des éditeurs, et se concentrent davantage sur d’autres types de contenu et d’autres créateurs. Cet écosystème de plateformes plus complexe, la fin des renvois massifs depuis les réseaux sociaux traditionnels, et la concurrence croissante pour l’attention signifient que les journalistes et les éditeurs devront travailler beaucoup plus dur pour capter l’attention du public, sans parler de les convaincre de payer pour les actualités », analyse Rasmus Nielsen, directeur de l’Institut Reuters.

3La vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne

En lien avec ces changements de plateforme, la vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne, en particulier pour les groupes plus jeunes. Les courtes vidéos d’actualités sont consultées chaque semaine par 66% des sondés, tandis que les formats les plus longs attirent environ la moitié (51%).

Les « consommateurs » d’actualité regardent surtout sur les plateformes en ligne (72%) plutôt que sur les sites des médias (22%), ce qui accroît les défis autour de la monétisation. Ce n’est que dans des pays comme la Norvège que la moitié des utilisateurs (45%) décalrent que leur principale consommation de vidéos se fait via des sites web, ce qui reflète la force des marques sur ce marché.

YouTube et Facebook restent les plateformes les plus importantes pour les vidéos d’actualités en ligne. YouTube est également la principale destination pour les moins de 25 ans, bien qu’Instagram et TikTok ne soient pas loin derrière.

TikTok reste populaire auprès des jeunes, la proportion de personnes l’utilisant pour les actualités est passée à 13% (+2) dans tous les marchés et à 23% pour les 18-24 ans. La portée croissante de TikTok n’a pas échappé à l’attention des politiciens, qui l’ont intégré dans leurs campagnes médiatiques. Le nouveau président populiste de l’Argentine, Javier Milei, a ainsi un compte TikTok avec 2,2 millions d’abonnés.

4Une focalisation croissante sur les influenceurs, en particulier sur YouTube et TikTok

Les utilisateurs de TikTok, Instagram et Snapchat s'informent davantage auprès des influenceurs et célébrités que des journalistes et médias traditionnels.

Sur les réseaux traditionnels, tels que Facebook et Twitter, les médias attirent encore la plupart de l’attention et mènent les conversations.

En France, Hugo Décrypte obtient plus de mentions que les marques d’actualités traditionnelles que sont le Monde et BFMTV. L’âge moyen de son audience est seulement de 27 ans, contre 40 et 45 ans pour les grandes marques.

Le créateur de contenu le plus mentionné sur TikTok au Royaume-Uni est Dylan Page, qui compte plus de 10 millions d’abonnés sur la plateforme. Aux Etats-Unis, Vitus Spehar présente un résumé quotidien, souvent couché au sol, sur @underthedesknews, une sorte de format satirique de la télévision classique.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par V Spehar (@underthedesknews)

Enfin, Taylor Swift, les Kardashian, Lionel Messi ont été largement mentionnés par les jeunes. « Les jeunes ont une vision large de l’actualité, incluant potentiellement les mises à jour sur les dates de tournée d’un chanteur, sur la mode ou sur le football », note le rapport.

« Les consommateurs adoptent la vidéo parce qu’elle est facile à utiliser et offre une large gamme de contenus pertinents et engageants. Mais de nombreuses salles de rédactions traditionnelles sont encore ancrées dans une culture basée sur le texte et peinent à adapter leur narration, tandis que le côté commercial est également réticent car les chiffres ne sont pas concluants», analyse le rapport.

5Les préoccupations concernant la désinformation ont augmenté

Les préoccupations concernant ce qui est réel et ce qui est faux sur la toile en termes d’actualités ont augmenté de trois points au cours de la dernière année. Environ six personnes sur dix (59%) se disent inquiètes. Le chiffre est considérablement plus élevé en Afrique du Sud (81%) et aux Etats-Unis (72%), deux pays qui ont tenu des élections cette année.

Plus d’un quart des utilisateurs de TikTok (27%) déclarent avoir du mal à détecter les actualités fiables, le score le plus élevé parmi les réseaux sociaux. Sur Twitter, les utilisateurs sont également nombreux à être soucieux (24%) : « Cela peut être dû au fait que les actualités jouent un rôle disproportionné sur la plateforme, en raison de la large gamme de points de vue exprimés, encouragée davantage par Elon Musk, un défenseur autoproclamé de la liberté d’expression », suggère l'étude.

Des recherches qualitatives menées au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Mexique indiquent une préoccupation croissante concernant les images 'photo-réalistes' générées par l'IA et les vidéos dites deepfake.

6Les audiences restent prudentes concernant l’utilisation de l’IA

Dans tous les pays, seule une minorité se sent actuellement à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite par des humains avec l’aide de l’IA (36%), et une proportion encore plus faible est à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite principalement par l’IA avec la supervision humaine (19%).

Aux États-Unis, les répondants sont plus à l’aise avec les diverses applications de l'IA par rapport à leurs homologues européens, ce phénomène pouvant être attribué aux messages médiatiques reçus. La couverture médiatique britannique sur l'IA est souvent décrite comme étant excessivement négative et sensationnaliste. En contraste, les récits médiatiques américains mettent davantage l'accent sur le rôle prépondérant des entreprises américaines ainsi que sur les opportunités d'emploi et de croissance associées.

Le simple fait de savoir que les médias utilisent l’IA peut diminuer la confiance. Selon les recherches, les audiences considèrent les actualités étiquetées comme générés par l’IA comme moins dignes de confiance que celles créées par les journalistes. « Cette tension signifie que les médias voudront réfléchir attentivement à quand la divulgation est nécessaire et comment la communiquer », note le rapport.

7L’évitement de l’actualité atteint un niveau record

Jusqu’à 39%, disent maintenant qu’ils évitent parfois ou souvent les nouvelles (soit quatre personnes sur dix) – une augmentation de 3 points par rapport à la moyenne de l’année dernière, avec des augmentations plus significatives au Brésil, en Espagne, en Allemagne et en Finlande. Au Royaume-Uni, il a presque été réduit de moitié depuis 2015.

Ce n'est pas seulement que les nouvelles peuvent être déprimantes, elles sont également incessantes ! Dans tous les marchés, la même proportion, environ quatre personnes sur dix (39 %), disent se sentir « épuisées » par la quantité de nouvelles de nos jours, contre 28 % en 2019, mentionnant fréquemment que la couverture des guerres, des catastrophes et de la politique éclipse d'autres sujets.

Les plateformes qui nécessitent un volume de contenu pour alimenter leurs algorithmes sont potentiellement un autre facteur contribuant à ces augmentations. « Il est notable que, dans notre enquête sur l'industrie, au début de 2024, la plupart des éditeurs ont déclaré qu'ils prévoyaient de produire plus de vidéos, plus de podcasts et plus de newsletters cette année », remarque le rapport.

8Les attentes simples du public

La plupart des sondés souhaite que les nouvelles soient exactes, justes, évitent le sensationnalisme, soient ouvertes sur les agendas et les préjugés, y compris le manque de diversité, admettent leurs erreurs - et ne ménagent pas leurs efforts lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les riches et puissants.

La confiance dans les actualités (40%) est restée stable au cours de la dernière année, mais est toujours inférieure à quatre points par rapport à ce qu’elle était au plus fort de la pandémie.

Pour que la confiance soit acquise, il faut montrer les coulisses. Certaines grandes organisations de presse, comme la BBC, ont créé des unités ou des sous-marques qui répondent aux questions du public ou visent à expliquer comment les nouvelles sont vérifiées. BBC Verify, lancé en mai 2023, vise à montrer et à partager le travail en coulisses pour vérifier les informations, en particulier les images et les contenus vidéo, à une époque où la désinformation est en croissance. « Les gens veulent savoir non seulement ce que nous savons (et ne savons pas), mais aussi comment nous le savons », déclare Deborah Turness, PDG de BBC News.

La confiance, tant au niveau de la marque qu'au niveau général, influence le rôle que les informations peuvent jouer dans la société. Les journalistes et les organisations médiatiques ont à la fois des raisons pragmatiques de s'en préoccuper - « la confiance peut être la clé pour débloquer les revenus des utilisateurs », comme le dit Agnes Stenbom, responsable de IN/LAB chez Schibsted - et des raisons plus fondamentales de s'en préoccuper, car des années de recherche ont documenté comment les personnes qui ont moins confiance dans les informations sont moins susceptibles de croire aux informations qu'elles présentent et d'en tirer des enseignements.

CONCLUSION

Ce rapport annuel intervient à un moment où environ la moitié de la population mondiale participe à des élections nationales et régionales, alors que les guerres continuent de faire rage en Ukraine et à Gaza. Les actualités sont rétrogradées parce que les entreprises tech estiment qu’elles causent plus de problèmes qu’elles n’en valent la peine. « Le trafic en provenance des médias sociaux et des moteurs de recherche devrait devenir de plus en plus imprévisible avec le temps, mais se libérer du cycle algorithmique ne sera pas facile », prévient l’étude.

Pour le Reuters Institute, il reste de l’espoir. Certains éditeurs parviennent à établir une position plus solide : « Si les marques d’informations parviennent à montrer que leur journalisme repose sur l’exactitude, l’équité et la transparence – et que les humains restent aux commandes – les audiences sont plus susceptibles de répondre positivement ».

 

Illustration : @nickfancher Unsplash

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  • Liens vagabonds : Internet, le royaume de l’éphémère
    L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ? Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet. Le contenu disparaît sous nos yeux L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages exis

Liens vagabonds : Internet, le royaume de l’éphémère

L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ? Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet.

Le contenu disparaît sous nos yeux

L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages existantes en 2013 ne sont plus accessibles dix ans plus tard. Même les pages les plus récentes ne sont pas à l’abri de cette tendance, avec 8% des pages existant en 2023 ayant déjà disparu. Cette « dégradation numérique » touche toutes les sphères, des sites gouvernementaux aux médias, en passant par Wikipédia. 23% des pages d’actualités contiennent au moins un lien « brisé ».

En Chine, la situation est critique. Presque toutes les infos publiées sur les portails d’info chinois, les blogs, les forums entre 1995 et 2005 ne seraient plus disponibles, rapporte le New York Times. La journaliste Li Yuan se souvient des « excellentes couvertures médiatiques » du grand tremblement de terre du Sichuan le 12 mai 2008, qui a fait plus de 69 000 morts, une époque où « les journalistes avaient plus de liberté que ne le permettrait généralement le Parti communiste ». Elle ne retrouvé aujourd'hui aucun de ces articles. 

Pourquoi ce fossé qui se creuse ?

Il est d’abord techniquement difficile et coûteux pour les sites web d’archiver du contenu plus ancien, et pas seulement en Chine. Certains sites sacrifient ainsi du matériel ancien sur l’autel de Google, pour améliorer leur référencement. Le moteur de recherche, privilégiant les sites web à chargement rapide. Pour qu’un site soit plus rapide, il suffit donc de se débarrasser de sa substantifique moelle.  « Si certains comprennent ce compromis – qui n’a jamais été agacé par la vitesse de chargement d’un site ? – en revanche, la raison de visiter un site web n’est sûrement pas la bannière pop-up, la demande d’envoi d’alertes, la vidéo qui se lance automatiquement, la multitude de publicités cliquables vous invitant à voir à quoi ressemble une femme qui avait 18 ans et qui en a maintenant 50, réagissait déjà en 2022 l’écrivain Simon Brew, au lieu de réduire tout cela, ce sont les archives qui sont rationnalisées et épurées...».

En Chine, la raison de cet effacement du web est aussi d’ordre politique. Le Parti communiste tient à maintenir à tout prix une pureté politique et une culture « harmonisée » du cyberespace chinois. Les entreprises internet ont ainsi plus d’incitation à la « sur-censure ».

Capture d'écran du site Unofficial Archives

Des actions de résistance

Face à cette menace croissante, des efforts sont déployés pour préserver le contenu en ligne. Des sites comme archive.org, un lieu d’archivages des sites internet, offrent une bouée de sauvetage pour le matériel menacé.  En Chine, le journaliste Ian Johnson a fondé le site web Unofficial Archives, qui cherche à préserver les blogs, les films et les documents en dehors de l’internet chinois. Cependant, ces efforts restent marginaux par rapport à la masse de données effacées quotidiennement.

Cette érosion rend internet moins reconnaissable, un espace qui « n’est plus pour les humains, par les humains », ont récemment alerté les universitaires Jake Renzella et Vlada Rozova sur The Conversation. Les interactions en ligne deviennent dès lors de plus en plus « artificielles » à mesure que l'intelligence artificielle et le contenu généré par des algorithmes gagnent en importance.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Des fausses nouvelles et des vidéos cherchent à saper les Jeux olympiques de Paris (New York Times)
  • La Russie vise les Jeux olympiques de Paris avec une fausse vidéo de Tom Cruise (The Guardian)
  • Grève de vingt-quatre heures au sein de l’Agence France-Presse jeudi, au sujet du statut des journalistes hors de France (Le Monde)
  • Plus d’un million d’euros ont été récoltés suite à la mobilisation Twitch “Streamers 4 Palestinians” (Ouest France)
  • La Sacem atteint un nouveau record de collecte à 1,49 milliard d'euros (Correspondance de la Presse)
  • « Il est de plus en plus difficile pour la presse judiciaire d’accomplir son travail » (Le Monde)
  • Ten Ten : tout comprendre à l’application au succès surprise, qui inquiète jusqu’au ministère de l’intérieur (Le Monde)
  • Européennes : mobilisation contre les violences numériques de genre (Next)

Visuel tiré du faux documentaire «Olympics Has Fallen»

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Le coût de la plupart des grands services de streaming a augmenté de plus de 40 % depuis leur lancement

Source : Axios

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • OpenAI ressemble de plus en plus à Facebook (The Atlantic)
  • Alerte rouge pour les médias de services publics", selon Tim Davie, le patron de la BBC (Deadline)
  • La vie, la mort et la renaissance d'un média généré par une intelligence artificielle (New York Times)
  • À mesure que l'Internet chinois disparaît, "nous perdons des parties de notre mémoire collective"(New York Times)

Capture d'écran du New York Times sur la disparition progressive des contenus sur internet en Chine

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Le moteur de recherche DuckDuckGo a lancé son propre AI Chat, agent conventionnel anonyme et sécurisé (JustGeek)
  • Nvidia, Microsoft et Apple sont plus gros que le marché boursier chinois (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Les utilisateurs de TikTok reçoivent des informations trompeuses sur les élections, selon la BBC (BBC)
  • Israël cible secrètement les législateurs américains avec une campagne d'influence sur la guerre de Gaza (New York Times)
  • Elon Musk ne comprend pas les craintes de l'UE concernant la désinformation sur X, selon une fonctionnaire (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Italie : Meta écope d'une amende de 3,5 millions d'euros pour « pratiques commerciales déloyales » (La Repubblica)

JOURNALISME

  • Le groupe français Keleops (01Net, Journal du Geek, Presse Citron) va racheter le site américain Gizmodo (Les Echos)
  • Will Lewis défend sans détour le remaniement du Washington Post (Vanity Fair)
  • Facebook supprime les publications d'informations locales et les qualifie de spam (Press Gazette)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Facebook et Instagram sont officiellement des plateformes vidéo (Marketing Brew)

ENVIRONNEMENT

  • Près de la moitié des journalistes couvrant la crise climatique à l'échelle mondiale ont reçu des menaces (The Guardian)


Capture d'écran du rapport Covering The Planet

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Donald Trump rejoint TikTok, l'application qu'il avait tenté d'interdire en tant que président (Variety)
  • Instagram confirme le test des publicités « inskippables » (TechCrunch)
  • X autorise officiellement la pornographie sur sa plateforme (Twitter)
  • Le bouton « J'aime » de YouTube ne s'affiche pas pour certains utilisateurs (The Verge)
  • Les professionnels des relations publiques abandonnent X pour LinkedIn (Axios)

Source : Axios

STREAMING, OTT, SVOD

  • Cauchemar à Hollywood ? Un nouveau service de streaming permet aux spectateurs de créer leurs propres émissions grâce à l'IA (The Hollywood Reporter)
  • Le Canada contraint les plateformes de streaming à participer aux contenus locaux (L’Humanité)
  • La NBA est proche d'un accord télévisé de 76 milliards de dollars, un moment décisif pour les médias et le sport (Wall Street Journal)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les clients de Spotify sont les moins susceptibles d'annuler leur abonnement (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Kling, le Sora chinois proposé par Kuaishou (SCMP)
  • Un groupe d'ex ou actuels collaborateurs d'OpenAI dénonce ce qu'ils considèrent comme une culture de désinvolture (New York Times)
  • Future you, un chatbot permettant aux utilisateurs de parler à une version “future” d’eux-mêmes (The Guardian)
  • Comment diriger une armée de détectives numériques à l'ère de l'IA ? (Wired)
  • L'entreprise xAI d'Elon Musk prévoit de construire un supercalculateur d'IA à Memphis (Wall Street Journal)
  • Le nouveau conseil de l'IA de Meta est entièrement composé d'hommes blancs (TechCrunch)
  • À quoi ressemble une belle femme selon l'IA (Washington Post)
  • Le PDG de Zoom veut des clones d'IA en réunion (The Verge)
  • OpenAI a corrigé un problème qui a causé une panne globale pour les utilisateurs de ChatGPT, qui a duré plusieurs heure (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • L'activité de licence d'IA de Shutterstock a généré 104 millions de dollars l'année dernière (Bloomberg)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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  • Liens vagabonds : News Corp, un deal de plus entre la presse et OpenAI
    A chaque mois son nouvel accord entre un média et OpenAI. Le mois dernier, l’accord avec le Financial Times faisait la surprise, aujourd’hui, c’est au tour de News Corp. Que faut-il retenir ?  News Corp a annoncé dans un communiqué de presse ce jeudi 22 mai, la signature d’un partenariat historique de plusieurs années avec OpenAI. Le ton de la déclaration se veut enthousiaste : « Les entreprises unissent leurs forces pour enrichir les produits et plateformes d'IA générative d'OpenAI avec un jo

Liens vagabonds : News Corp, un deal de plus entre la presse et OpenAI

A chaque mois son nouvel accord entre un média et OpenAI. Le mois dernier, l’accord avec le Financial Times faisait la surprise, aujourd’hui, c’est au tour de News Corp. Que faut-il retenir ? 

  • News Corp a annoncé dans un communiqué de presse ce jeudi 22 mai, la signature d’un partenariat historique de plusieurs années avec OpenAI. Le ton de la déclaration se veut enthousiaste : « Les entreprises unissent leurs forces pour enrichir les produits et plateformes d'IA générative d'OpenAI avec un journalisme de qualité ».
     
  • Les PDG de News Corp et d’OpenAI se sont tous deux félicités de cet accord : « Nous croyons qu'un accord historique établira de nouvelles normes de véracité, de vertu et de valeur à l'ère numérique » a déclaré Robert Thomson, PDG de News Corp. Sam Altman a quant à lui déclaré : « Ensemble, nous posons les bases d'un avenir où l'IA respecte profondément, améliore et soutient les normes du journalisme de classe mondiale ».
     
  • L'accord qui pourrait valoir jusqu'à 250 millions de dollars sur cinq ans, permettra à OpenAI d'accéder au contenu actuel et archivé de toutes les publications de News Corp. Il s’agit notamment du Wall Street Journal, du New York Post, du Times et du Sunday Times.
     
  • Faute d'accord global sur les droits des éditeurs, Ils sont de plus en plus nombreux à établir des accords financiers avec OpenAI. A la fin de l’année dernière, OpenAI a conclu un contrat similaire avec Axel Springer, la société mère de Business Insider et Politico. Du côté français, Ouest France et Le Monde ont également passé des accords« Il est dans mon intérêt de trouver des accords avec tout le monde », a déclaré Louis Dreyfus, PDG du journal Le Monde, lors d'une interview. « Sans accord, elles utiliseront nos contenus de manière plus ou moins rigoureuse et plus ou moins clandestine, sans aucun bénéfice pour nous ».
     
  • Le New York Times a adopté l’approche inverse, et a porté plainte contre OpenAI en décembre dernier pour violation des droits d’auteur.
     
  • Cette série d'accords reflète le principe du « winner takes it all », où les principaux éditeurs concluent des accords avec les géants de l'IA, alors que les médias plus modestes et sans intérêt pour OpenAI, restent vulnérables au pillage de leur contenu sans compensation financière. 
  • Toutefois, le journaliste Hamilton Nolan souligne que même les médias passant ces accords pourraient ne pas y trouver leur compte. « Les montants d'argent que les entreprises de médias obtiennent dans ces accords semblent intéressants au départ, mais ce sont des cacahuètes pour OpenAI, qui vaut probablement déjà plus de 100 milliards de dollars ». Il illustre : « C’est l'équivalent d'être satisfait de soi pour avoir gagné cinq dollars en vendant vos clés de maison à des cambrioleurs ».  

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Une dotation de 70 millions pour la formation de l'élite de l'IA en France  (Les Echos)
  • Pourquoi des groupes médias français vont attaquer Google devant le tribunal de commerce (mindmedia)
  • Le groupe Lagardère annonce un protocole d'accord préliminaire en vue de céder Paris Match à LVMH (Le Figaro)
  • Elections européennes : une couverture médiatique en nette baisse (Libération)
  • Droits voisins : une première victoire en justice pour les médias et l’AFP face à X (mindmedia)
  • Lettre ouverte à Squeezie : “Tu as les moyens financiers et humains de sortir de ce cercle infini d’entre-soi masculin sur YouTube” (Causette)
  • Cafeyn s’enrichit d’une vingtaine de titres (The Media Leader)
  • Meredith Whittaker, présidente de Signal : « L’IA concentre le pouvoir dans les mains des géants de la tech » (Le Monde)
  • L'intelligence artificielle, star de la 8e édition de VivaTech (France 24)

    If you are a student interested in building the next generation of AI systems, don't work on LLMs https://t.co/H1qX3gClEu

    — Yann LeCun (@ylecun) May 22, 2024

3 CHIFFRES

  • News Corp signe un accord avec OpenAI pour un montant qui s'élèverait à plus de 250 millions de dollars sur cinq ans, selon le Wall Street Journal.
  • Spotify a reversé 253 millions d’euros aux ayants droit français de la musique en 2023, selon la filiale française de la compagnie.
  • 39 % des Américains estiment qu'il est important, au moins dans une certaine mesure, que les journalistes dont ils obtiennent leurs informations partagent leurs croyances politiques, d’après Pew Research Center.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

L'internet est éphémère


Source: Pew Research Center 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Quand la thérapie sur TikTok est plus lucrative que de voir des clients (The Cut)
  • Ces faux articles flatteurs qui cachent de vraies publicités (60 millions de consommateurs)
  • Apocalypse Google (Arrêt sur Images)
  • Les chaînes de télévision accueillent leur public vieillissant avec un nouveau mantra : l'âge ne compte pas (Wall Street Journal)
  • Meta a abandonné les actualités. Maintenant, l'entreprise les utilise pour du contenu IA (Washington Post)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Céline Galipeau entrevoit la fin des téléjournaux (Le Devoir)
  • Selon des chercheurs britanniques, les garde-fous des chatbots d'IA peuvent être facilement contournées (The Guardian)
  • Le pape ouvre la voie à la canonisation de « l’influenceur de Dieu »  (BBC News)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Tellement facile de diffuser de la désinformation pour les bots d'IA (New York Times)
  • Meta soutient que le contenu électoral généré par l'IA n'atteint pas un « niveau systémique » (MIT)
  • Les journalistes indiens sont en première ligne dans la lutte contre les « deepfakes » électoraux (NiemanLab)

JOURNALISME

  • Google menace de suspendre le financement de Google News Initiative aux États-Unis (Axios)
  • Jim VandeHei a eu une vie plutôt agréable. Mais qu'est-ce qu'il faut en retenir ? (Washington Post)
  • Newscorp conclut un accord avec OpenAI (Newscorp)
  • Vivek Ramaswamy, anti-woke et climatosceptique, prend des parts dans BuzzFeed (Bloomberg)
  • Le poids croissant d’Apple News dans le trafic et les revenus des sites d’info américains (Semafor)
  • Les médias concluent des accords avec OpenAI qu'elles regretteront (Nolan Hamilton)
  • Israël fait marche arrière sur la saisie du matériel vidéo de l'Associated Press après une vive contestation (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

  • Avec l’IA, les émissions carbone de Microsoft ont augmenté de 30% (Bloomberg)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Linktree dépasse les 50 millions d'utilisateurs (TechCrunch)
  • Snap vise la croissance alors que TiKTok est confronté à un avenir incertain aux États-Unis (Digiday)
  • YouTube sert toujours d'hôte aux communautés extrémistes (TechTimes)
  • TikTok prend des mesures pour limiter la portée des médias russes et chinois en une année électorale importante (New York Times)
  • X devrait rétablir les étoiles, et non cacher les « j'aime » (Techcrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Pixar licencie 175 personnes et se recentre sur le cinéma (New York Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Microsoft Edge traduira et doublera les vidéos d'actualité pendant que vous les regardez (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Microsoft va bientôt enregistrer toutes vos actions sur votre PC ! (The Guardian)
  • Le monde est mal préparé aux percées de l'intelligence artificielle, selon un groupe d'experts de haut niveau (The Guardian)
  • Selon le responsable de Meta AI, les grands modèles linguistiques n'atteindront pas l'intelligence humaine (Financial Times)
  • La Chine crée son propre chatbot ChatGPT basé sur Xi Jinping (Readwrite)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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  • Liens vagabonds : Google veut révolutionner notre travail, OpenAI, notre vie
    « Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière.  Cha

Liens vagabonds : Google veut révolutionner notre travail, OpenAI, notre vie

« Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière. 

ChatGPT veut révolutionner notre vie  

  • De son côté, OpenAI a dévoilé lundi 13 mai la nouvelle version de son assistant : ChatGPT-4o. Et surprise, il ne s’agit pas d’un chatbot ordinaire. Son abréviation « o » provient du mot anglais « omni », c’est-à-dire multimodal en français. Il s’agit donc d’un modèle capable de traiter du texte, de l'audio et des images en temps réel. 
  • Toutefois, il ne s’agit pas d’un nouvel outil comme Alexa ou Siri. La véritable révolution réside dans sa capacité à tenir une véritable conversation comme utiliser des onomatopées, faire des blagues, imiter une émotion (à la façon du film Her), permettre à l'utilisateur d'interrompre ou de changer totalement de sujet. « Parler à un ordinateur ne m'a jamais semblé vraiment naturel ; maintenant, c'est le cas », s’est félicité Sam Altman, PDG d'OpenAI. 
  • Auparavant, les assistants vocaux, y compris ChatGPT, pouvaient déjà répondre à des questions. Aujourd'hui, elle est fait en temps réel, et avec le sourire (en tout cas dans la vidéo démo).
  • S’il était déjà possible de prendre une photo de notre frigo avec ChatGPT4, il est désormais possible de prendre son téléphone pour filmer directement notre environnement et le montrer à l’IA. Elle comprend le contexte et peut décrire des scènes en temps réel, comme « décris-moi la ville ». 
  • La version de ChatGPT-4o est progressivement déployée pour les utilisateurs gratuits. Toutefois, le nouveau mode vocal n’est pas encore intégré à l’application. Difficile donc de vérifier s’il est à la hauteur des promesses marketing de la start-up. Sam Altman a en effet expliqué dans un tweet : « le nouveau mode vocal n'a pas encore été livré (bien que le mode texte de GPT-4o l'ait été). Ce que vous pouvez actuellement utiliser dans l'application est l'ancienne version ». 
  • Demain, ce sympathique assistant nous lira-t-il une sélection de news (fabriquées elles-mêmes par une IA ?)

Démonstration des capacités de ChatGPT-4o par OpenAI 

Gemini 1.5 veut révolutionner notre travail 

  • Mardi 14 mai, c’est au tour de Google de montrer une série de nouveautés au cours de sa conférence de presse. La promesse ? intégrer son IA Gemini 1.5 dans toutes ses gammes d’outils.
  • Cette innovation révolutionnera notre façon de travailler. Google bénéficie de l'avantage (comme Microsoft) d'avoir déjà des outils déployés dans les entreprises et sur les ordinateurs personnels. L'IA pourra analyser nos courriels et nous aider à organiser notre agenda par exemple. 
  • À partir de cette semaine, les utilisateurs aux États-Unis découvriront les résumés par IA dans leur moteur de recherche Google au-dessus des liens vers les sites web. Une nouveauté qui risque d’accentuer encore plus les inquiétudes des éditeurs de site web (une bataille des droits voisins puissance 10 est déjà en cours).
  • Enfin, Google a dévoilé son projet « Astra », assistant vocal multimodal voulant faire concurrence ChatGPT-4o. Si Astra ne montre pas encore d’émotion, Google souhaite améliorer son agent dans les prochaines semaines. 

Démonstration du projet Astra par Google 

Révolution technologique ou simple coup de communication ? 

Alors, demain, rira-t-on avec les robots pour mieux vivre avec eux, comme nous l'annonçait Laurence Devillers déjà en 2015 ? Ce qui semble être une promesse technologique révolutionnaire doit néanmoins être nuancé. Les assistants conversationnels d’OpenAI et de Google affichent toujours un taux d’erreur d’environ 20 %. Il reste donc primordial de vérifier les informations fournies avec d'autres sources. De plus, pour Benoit Raphael, journaliste expert en IA, « la hype de l'IA générative semble avoir atteint un plateau », tant en termes d’utilisateurs qu’en termes techniques. Il explique : « GPT-4o, le nouveau modèle d'OpenAI, est à peine meilleur que GPT-4, même s'il est plus rapide. Aujourd'hui, la plupart des modèles se valent ». Le principal enjeu est maintenant le marketing (plusieurs vidéos sur YouTube ont d'ailleurs transformé cette semaine en battle entre les deux géants)...

Mais ces entreprises sont bien en train de construire un avenir où les modèles d'IA recherchent, vérifient et évaluent les informations pour nous fournir une réponse concise à nos questions. Et pour Melissa Heikkilä, journaliste experte IA au MIT, "Encore plus qu'avec des chatbots plus simples, il est judicieux de rester sceptique par rapport à ce qu'ils vous disent".

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Une future entreprise unique de l’audiovisuel public sans France Médias Monde (Le Monde)
  • Le journal gratuit «20 Minutes» va supprimer son édition papier, 56 postes menacés (Libération)
  • Fréquences TNT ; plusieurs nouveaux entrants veulent lancer leur chaîne télé (Les Echos)
  • Streaming vidéo, IA... La France veut réduire le coût environnemental des services des géants du numérique (Le Figaro)
  • Le blocage de TikTok dans un territoire d'outre-mer crée un « dangereux précédent », avertissent les critiques (Politico)
  • Cannes : TikTok sur le tapis rouge (France Culture)

3 CHIFFRES

  • Selon des données collectées par Ecoprod, l’impact moyen d’un long-métrage de cinéma est de 188,7 tonnes CO2-équivalent, soit une centaine de voyages aller-retour en avion entre Paris et New York.
  • Au premier trimestre 2024, les recettes publicitaires nettes de l’ensemble des médias s’élèvent à 3,996 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % par rapport au premier trimestre 2023, selon le Baromètre unifié du marché publicitaire (BUMP).
  • Les responsables de l'information sont légèrement plus optimistes quant à l'impact de l'IA. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées (52 %) ont déclaré être « optimistes » ou « très optimistes » quant à l'effet qu'aura l'IA sur leur entreprise d'ici quelques années, d'après WAN-IFRA.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les renvois vers les sites d'infos en provenance de Facebook ont chuté de 50 % en un an

Source : Mediapost

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • « Au début, on se fait agresser et à 45 ans, on est trop vieille pour travailler » - la misère secrète des femmes travaillant à la télévision (The Guardian)
  • Les moteurs de réponses remplacent les moteurs de recherche : carnage attendu pour les éditeurs (Washington Post)
  • Les liens rompus de Google avec le web (Platformer)
  • Comment les streamers de Twitch pourraient influencer les élections de 2024 (Wired)

Capture d'écran : Washington Post

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les adolescents qui se lient d'amitié avec les chatbots d'IA (The Verge)
  • Le PDG de YouTube : il est temps que les Emmys s'intéressent aux créateurs (Hollywood Reporter)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • L'IA me ment-elle ? Les scientifiques mettent en garde contre une capacité de tromperie croissante (The Guardian)
  • « Goodbye, Delhi » : forcée à partir après 25 ans en Inde, la correspondante de « La Croix » raconte (La Croix)
  • Un tribunal guatémaltèque ordonne la libération d'un journaliste emprisonné depuis près de deux ans pour blanchiment d'argent (AP)
  • Comment le gouvernement indien utilise les lois pour réduire au silence et intimider les journalistes (ijnet)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Le gouvernement français a-t-il le droit d’interdire TikTok en Nouvelle-Calédonie? (Le Figaro)
  • La Quadrature du Net attaque en justice le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie (Quadrature du Net)
  • Après TikTok et X, Facebook et Instagram accusés par Bruxelles d'attenter à la santé mentale des enfants (Les Echos)

JOURNALISME

  • La nouvelle série spin-off de The Office prendra place dans un journal local en difficulté (Washington Post)
  • Sous-payé et sous-évalué : Ce que c'est que d'être un étudiant journaliste palestinien à l'heure actuelle (Teen Vogue)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • TikTok teste le téléchargement de vidéos de 60 minutes et continue de s'attaquer à YouTube (TechCrunch)

ENVIRONNEMENT

  • « Permacomputing » : la discrète communauté qui défend des outils numériques libres, sobres et décroissants (Le Monde)
  • Sous l'eau, Correio do Povo couvre la tragédie humaine des inondations dans le sud du Brésil (Latin American Journalism Review)
  • Comment les compagnies pétrolières manipulent les journalistes (Drilled)
  • Les déserts d'information occultent l'ampleur des catastrophes climatiques (The Nation)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'utilisation d'Internet est statistiquement associée à un plus grand bien-être, selon une nouvelle étude mondiale d'Oxford (University of Oxford)
  • Threads teste un flux semblable à TweetDeck (The Verge)
  • Pourquoi Jack Dorsey a abandonné Bluesky (The Washington Post)
  • Les réseaux sociaux chinois effacent les messages « ostentatoires de richesse et de glorification de l'argent » (The Guardian)
  • Comment WhatsApp est devenu une machine de campagne en Inde (Rest of World)
  • Reddit et OpenAI créent un partenariat (Reddit)
  • Twitter est officiellement X. com maintenant (The Verge)

 

Publié par @zuck
Voir dans Threads

 

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Stanford vient-il de créer le prototype des lunettes AR du futur ? (The Verge)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Qu'est-ce qu'on regarde à la télé ? Pour de nombreux Américains, c'est YouTube (Wall Street Journal)
  • Le retour des bouquets (The Atlantic)
  • Pour le marché du film de Cannes, les conditions sont mûres pour le succès après les premières années de pandémie (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Sony Music met en garde les entreprises technologiques et les diffuseurs de musique contre l'utilisation de ses artistes par l'IA (Financial Times)
  • Spotify est accusé de violation du droit d’auteur par une association américaine (Billboard)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • L'Oklahoma adopte un projet de loi historique protégeant les droits des utilisateurs de Bitcoin (Forbes)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le cofondateur d'OpenAI, Ilya Sutskever, annonce son départ (New York Times)
  • Claude d’Anthropic propose maintenant son propre générateur de prompts (Anthropic)
  • Google et OpenAI se livrent une bataille pour remodeler Internet (The Verge)
  • ChatGPT sera capable de vous parler comme Scarlett Johansson dans Her (The Verge)

You can now generate production-ready prompts in the Anthropic Console.

Describe what you want to achieve, and Claude will use prompt engineering techniques like chain-of-thought reasoning to create more effective, precise and reliable prompts. pic.twitter.com/TqylVRkfP5

— Anthropic (@AnthropicAI) May 10, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment la publicité télévisée a perdu de son importance (Wall Street Journal)
  • Les groupes de presse britanniques mettent en garde Apple contre les projets de blocage des publicités (Financial Times

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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IJF24 : « Lorsqu’il s’agit d’une bataille pour les faits, les journalistes sont des activistes »

Au Festival International de journalisme de Pérouse, les journalistes se réunissent pour des "thérapies en direct" dans un contexte de montée de la désinformation amplifiée par l'IA et de la toute-puissance des grandes plateformes. Et affûtent leurs armes pour les combats à venir.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

« Imaginez Pérouse comme un groupe d'Alcooliques Anonymes... mais pour les journalistes », plaisante Maria Ressa, journaliste philippine et lauréate du Prix Nobel de la paix. Au Festival International de journalisme de Pérouse, la presse s’est adonnée à des « thérapies en direct ». Avec pour toile de fond : des fresques de la Renaissance et les paysages vallonnés de la capitale d’Ombrie. Le besoin de se rassembler, dont on parle tant, ne concerne pas uniquement les communautés auxquelles les médias s'adressent. Les journalistes eux-mêmes ont besoin de se regénérer pour affronter les défis à venir. Les enjeux sont immenses : la montée de la désinformation amplifiée par l’intelligence artificielle, la toute-puissance des grandes plateformes - ces "frenemies" abonnés au capitalisme de surveillance, la perte d’une réalité commune.  A l’ère où près de la moitié de la population mondiale s'apprête à élire ses représentants, les signaux d'alarme s’intensifient. « 2024 est l’année où la démocratie pourrait tomber d’une falaise », prévient Maria Ressa. « La situation n’a jamais été aussi mauvaise qu’aujourd’hui et plus la démocratie recule, plus les journalistes en paient le prix. Lorsqu’il s’agit d’une bataille pour les faits, les journalistes sont des activistes ».

Résumé des principaux champs de bataille.

Les médias de service public : « trop vieux, blancs et angoissés » ?

 « Les jeunes ne nous feront pas confiance juste parce qu’on est la BBC » constate Naja Nielsen, directrice digitale à BBC News. Le simple fait d’être une marque historique n’est plus un gage d’attrait. Même si l’institution britannique reste la première marque anglophone au monde, la confiance de l’audience a baissé de 19% en cinq ans. Comment continuer à être une référence auprès d’un jeune public fuyant ? Cette question existentielle a fait l’objet d’une table ronde centrée sur le rôle des médias publics, « les fondements d’une société saine ». Un impératif demeure : une refonte pour une couverture moins négative et plus diversifiée.

De gauche à droite : Rasmus Nielsen, Renée Kaplan, Naja Nielsen et Anne Lagercrantz

 Les points clés :

  • Les médias de service public jouent un rôle crucial dans le renforcement de la résilience des citoyens face au manipulations de divers acteurs. « Les médias de service public sont parmi les plus fiables et utilisés dans de nombreux pays. Ils rendent les gens plus résistants à la désinformation des États étrangers», a souligné Rasmus Nielsen, directeur du Reuters Institute for the Study of Journalism.
  • Un des principaux défis reste de maintenir une viabilité financière dans un contexte de réduction des financements publics. La BBC a perdu 30% de son budget depuis 2010 et supprimé 1 800 emplois. Les gouvernements conservateurs ont imposé soit un gel de la redevance, soit une augmentation inférieure à l’inflation.
  • Il s’agit également de résister à la montée en puissance des plateformes de streaming. L’objectif est de rester « pertinents pour les publics pour lesquels la télévision linéaire ne l’est plus», rappelle Rasmus Nielsen. En 2022, selon l’Ofcom, le régulateur des télécoms du Royaume-Uni, les Britanniques regardaient en moyenne quatre heures et demie de vidéos par jour, dont seulement deux heures de télévision en direct.
  • Même dans les pays où la confiance dans les médias publics est forte, une certaine lassitude de la part du public émerge. « En Suède, les jeunes sont plus anxieux et pessimistes, quant à l’avenir, et beaucoup d’entre eux sont d’origine étrangère. Jusqu’à 50% des 16-29 évitent les actualités parce qu’elles les mettent de mauvaise humeur», s’alarme Anne Lagercrantz, de la SVT, qui reconnaît être dans « une panique positive » (quoi que cela puisse signifier).
  • La chaîne de télévision publique suédoise tente de s’adapter à son public jeune et de parler à chacun. Sa rédaction est ainsi devenue « video-centric». Ils ont également doublé les rédactions locales, passant de 27 à 50 « pour être au plus proche de leur audience ».
  • Tous les intervenants du panel s’accordent : il s’agit de faire face aux critiques justifiées sur le manque de diversité des médias de service public. « Une collègue de la CBC, (le plus grand diffuseur du Canada) m’a raconté qu’ils avaient demandé à un public diversifié pourquoi ils ne prêtaient pas attention aux médias de service public. Leur réponse : « Parce que vous êtes vieux, blancs et angoissés », se remémore Anne Lagercrantz. Cette constatation doit entraîner un sursaut de la part des institutions.
  • Naja Nielsen de la BBC, « sans être optimiste», a appelé à une approche plus courageuse et honnête dans la recherche de la vérité, sans « agenda caché ». Elle a également insisté sur la nécessité de faire communauté, à une époque où la solitude est devenue une épidémie silencieuse.
  • Lors d’une conférence parallèle sur l’utilité des médias, Janine Gibson, du Financial Times, a rappelé l’utilité de prendre en compte les retours de l’audience, et parfois de manière plus « intime » : « Au FT, nous avons tous les ans une journée animée, par le PDG, où chaque manager doit mener un entretien avec un abonné payant, et retranscrire leurs feedbacks. Et ils ne sont pas toujours gentils », partage Maxime Loisel.

Zéro : le juste prix de la presse ?

Quelle est la valeur des actualités pour une plateforme ? « Aucune », a répondu Jesper Doub, ex-Meta. Celle-ci pourrait même être négative. Meta pourrait quitter le monde de l’info, sans perte commerciale du moins à court terme, a assuré l’ancien employé de Facebook, dans une table ronde intitulée « Qu’est-ce qui a mal tourné entre la presse et les big tech ? ». « Si vous obligez une entreprise privée à payer pour quelque chose qu’elle n’apprécie pas, elle en voudra encore moins », estime Madhav Chinnapa, ancien directeur du développement de l'écosystème de l'information chez Google. Dans une conférence parallèle, des économistes de renom ont posé un constat d’une différente nature sur le juste prix de la presse, devant être attribué par les plateformes.

Les points clés :

  • « Aujourd’hui les rédactions sont clairement lésées», souligne Anya Schiffrin de la School of International and Public Affairs Columbia University. « Google a fait le tour du monde en racontant que seulement 2% des recherches sont directement liées à l’actualité ». D’après des recherches, la quantité d’informations utilisées et exploitées pourrait plutôt s’approcher des… 35% ! (Et sur Alexa, 20%).
  • Une compensation équitable aux Etats-Unis seule devrait dépasser les 12 Milliards de dollars
  • Google, et dans une moindre mesure, Meta, ont décidé arbitrairement de donner aux éditeurs ce qu’ils estiment approprié, sans suivre de critères ou de règle précis, simplement parce qu’ils ont un pouvoir considérable. « C’est presque comme s’ils appartenaient à une religion différente de la mienne. Leur attitude est de dire qu’ils envoient du trafic et qu’il faut arrêter de se plaindre», s’étonne Anya Schiffrin. « Ils donnent de l’argent aux éditeurs individuellement dans l’espoir de diviser la classe et de les amener à s’opposer à la réglementation », poursuit-elle.
  • En réaction à cette dynamique, Jonathan Heawood, directeur exécutif de Public Interest News Foundation, se veut optimiste et espère un « win-win» avec l’arrivée du Digital Market Competition and Consumer Act. Avec ce nouvel arrangement, le régulateur sera en mesure de demander aux plateformes l’accès aux données pertinentes, afin de savoir quel est la part de trafic réel généré par les nouvelles, et la façon dont elles sont monétisées. « Je ne dis pas que c’est la solution pour sauver le journalisme. C’est de l’argent dû et il est temps d’en extraire une partie », explique-t-il.
  • Les journalistes peuvent tirer parti de l’intelligence artificielle pour mieux faire valoir leur prix. C’est en tout cas la position optimiste d’Andrea Carson, de la Trobe University, qui estime que les journalistes occupent une position privilégiée dans la bataille IA : « Les entreprises sont dans une course aux armements car ils ont besoin de bons contenus. C’est un des rares moments de l’histoire où les journalistes sont en position de force, car le modèle est en train de se détériorer. Ils ont besoin d’informations précises. Et pas seulement maintenant, mais aussi dans le futur».

Journalistes influenceurs : récupère ton argent !

Un journaliste est-il un influenceur (qui s’ignore) ? Peut-il accepter des partenariats avec des marques, au risque de franchir la ligne rouge de l’éthique ? Ces questions ont animé un panel en très grande forme intitulée « La montée des influenceurs : ce que les journalistes doivent apprendre ».

De gauche à droite : Mercy Abang, Enrique Anarte Lazo, Fatu Ogwuche et Johanna Rudiger

 Les points clés :

  • Si aucun des participants ne se considère comme un « influenceur », préférant le terme « créateurs de contenus » ou « journalistes », ils comprennent néanmoins la nature de cette attribution. « Je ne considère pas que ce que je fais soit très différent de ce que d'autres journalistes ont fait sur Twitter, lorsqu'ils ne se contentaient pas de partager ce qu'ils écrivaient, mais analysaient la situation. En fin de compte, même si vous ne partagez pas votre opinion, vous aidez les gens à comprendre le monde. Pour moi, c'est une forme d'influence. Et je le fais sans compromettre les normes d'impartialité de mon organisation», partage Enrique Anarte Lazo, du Thomson Reuters Foundation, qui réalise des vidéos informatives sur les réseaux sociaux.
  • Dans une profession décimée par les coupes budgétaires et les licenciements successifs, il faut assurer ses arrières et donc… monétiser son contenu si on se lance sur TikTok&co. « Si vous produisez du contenu pour YouTube, pour Facebook, prenez votre argent Vous vous ferez arnaquer de toute façon. Je pense que les journalistes ont plus que jamais besoin de comprendre le business du journalisme», lance Mercy Abang, CEO de Hostwriter face à un public conquis. « Si vous êtes journaliste, il faut aller sur TikTok, Twitter », insiste-t-elle en rappelant que le jeune public s’informe avant tout sur les réseaux sociaux.
  • Comment faire des partenariats avec des marques sans me compromettre ? « Est-ce que c’est si différent de la publicité publiée dans le journal? », s’interroge Enrique Anarte Lazo.
  • Les jeunes générations qui les soutiennent ne semblent pas être aussi préoccupés par cette question morale, allant jusqu’à encourager les journalistes à demander rémunération. C’est ce que raconte avec amusement Johanna Rudiger, head of social media strategy à Deutsche Welle Culture & Documentaries, qui multiplie les vidéos informatives à côté de son travail à temps plein : “Ma communauté pense parfois que je suis payée pour mes vidéos. Et quand ils découvrent que ce n’est pas le cas, ils ont pitié de moi et essaient de me donner des conseils pour mieux gagner ma vie». Tout travail mérite salaire.
  • Une festivalière se demande si le statut de « news influenceur » ne suscite pas inévitablement une compétition interne avec les autres journalistes de la rédaction. « La vraie concurrence reste les gens qui diffusent la désinformation. Plus on s’éloigne des réseaux sociaux, plus on permet à la désinformation de se propager», souligne Enrique Anarte Lazo… et considère ses collègues plutôt comme une source d’inspiration.

La désinformation, une épidémie hors de contrôle ?

Le fil rouge de chaque conférence était sans aucun doute la désinformation. Avec ce terrible constat en arrière-plan : malgré la multiplication d’organisations de fact-checking dans le monde, la désinformation perdure. Et va s’accroître notamment avec le déferlement de l’IA générative. De faux influenceurs, voire de faux médecins, générés par l'IA ont des millions de vues sur leurs comptes de médias sociaux.

Certaines plateformes abandonnent le navire ou jouent un rôle ambigu. « Les plateformes ont joué un rôle majeur dans les opérations de fact-checking dans le monde, mais nous ne savons pas pour combien de temps. Et cela suscite beaucoup d’inquiétude. Nous recevons beaucoup de signaux contradictoires », remet en contexte Marie Bohner, responsable du développement et des partenariats de l’investigation numérique. Twitter, temple du chaos, par exemple, ne répond aux demandes des journalistes que par un mail « out-of-office ». « J’ai essayé de les contacter 10 fois en quatre mois, avec le même résultat nul », déplore Marianna Spring, spécialiste de la désinformation à la BBC. Enfin, certains terrains sont désertés par les journalistes « Il nous faut des fact-checkers sur TikTok. On en manque cruellement », martèle Shayan Sardarizadeh de BBC Verify.

De gauche à droite : Lee Mwiti, Lucas Graves, Tai Nalon, Shayan Sardarizadeh, et Marie Bohner

Quelques chiffres rappelés lors du festival :

  • Selon le rapport annuel de l’International Fact-Checking Network, 72% des organisatins interrogées ont déclaré qu’elles étaient confrontées au harcèlement en 2023 dans le cadre de leur travail quotidien.
  • D’après une étude de MIT, les mensonges se propagent six fois plus rapidement que « les faits ennuyeux », rappelle Maria Ressa.

L’IA, l’éléphant dans la pièce

L’IA générative a également habité tous les esprits et de nombreuses conférences. Voici quelques réflexions et initiatives :

De gauche à droite : Chris Moran, Charlie Beckett, Julie Pace, et Vivian Schiller

  • Pour David Caswell, expert IA, la principale difficulté rencontrée par les petites rédactions dans le cadre des projets d’IA concerne la confiance : « Le plus grand obstacle n’était pas l’argent, ni les subtilités techniques, mais la confiance. Ils pouvaient absolument le faire, ils l’ont fait. Mais tous ont dû surmonter un certain manque de confiance en leur capacité à le faire dès le début». Pour lui d’ailleurs, les petites rédactions ont un avantage indéniable sur les plus grosses pour faire avancer leurs projets IA : « Elles ne sont pas en train de tout suranalyser. Les grandes rédactions osent moins expérimenter », souligne-t-il.
  • "Sophina" est un générateur de scripts de vidéo TikTok, présenté par la journaliste britannique Sophia Smith Galer, ex-BBC News et VICE News. Pour le former, la journaliste a utilisé plus d'une centaine de ses propres scripts vidéo. L'objectif de "Sophina" est d'aider à transformer divers types de contenu, comme des articles ou des podcasts, en scripts vidéo optimisés pour maximiser leur visibilité et leur potentiel de viralité sur les réseaux sociaux.

Conclusion :

Dans un monde où les enjeux technologiques et médiatiques sont de plus en plus entremêlés, Maria Ressa nous exhorte à garder espoir. Elle affirme : « Si les plateformes tech modéraient leur cupidité juste un petit peu, on serait capable de sauver la démocratie ».  Pour la journaliste, il faut redoubler d’efforts, si on ne veut pas d’un monde à la Black Mirror où l’actualité aura disparu. « Nous menons le bon combat au moment qui compte », assure-t-elle. D'alcooliques anonymes à soldats de l'info...

Pérouse

 

 

Illustration : Jesper Doub et Madhav Chinnapa

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  • Chine, les influenceurs de la colonisation
    Ce sont les nouveaux petits soldats du gouvernement chinois. Des influenceurs vantent les charmes de la région du Xinjiang, terre ancestrale des Ouïghours. Leur mission ? Effacer l’identité ouïghoure au nom d’une stratégie de colonisation soutenue par Pékin. Propos recueillis par Alexandra Klinnik, du MediaLab de l'Information de France Télévisions Sur les réseaux sociaux chinois, des influenceurs font activement la promotion de la région du Xinjiang. Par le biais de vidéos, ils partagent leur i

Chine, les influenceurs de la colonisation

Ce sont les nouveaux petits soldats du gouvernement chinois. Des influenceurs vantent les charmes de la région du Xinjiang, terre ancestrale des Ouïghours. Leur mission ? Effacer l’identité ouïghoure au nom d’une stratégie de colonisation soutenue par Pékin.

Propos recueillis par Alexandra Klinnik, du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Sur les réseaux sociaux chinois, des influenceurs font activement la promotion de la région du Xinjiang. Par le biais de vidéos, ils partagent leur installation dans cette province de l’est de la Chine, berceau historique de la culture des Ouïghours. Maisons gratuites et fonctionnelles, infrastructures de qualité : les bénéfices sont vantés pour donner envie aux citoyens chinois de s’y établir. Derrière cette campagne de séduction se cache une politique orchestrée par le gouvernement chinois. L’objectif ? Rendre les Ouïghours minoritaires dans cette région, afin d’y anéantir leur identité. C’est ce que révèle les réalisatrices Manon Bachelot et Poline Tchoubar dans le magazine d’investigation Sources intitulé Chine, les influenceurs de la colonisation, disponible sur Arte.tv.

Qui sont les influenceurs de la colonisation en Chine ? Quel rôle jouent-ils ?

Manon Bachelot :  Il s’agit de Chinois nouvellement arrivés au Xinjiang, originaires d’autres régions de Chine. Dans leurs vidéos, ils racontent leur propre installation et encouragent d’autres Chinois à venir s’installer en dénombrant les avantages à venir y habiter : maisons gratuites ou très peu chères l’achat, des terres arables pour cultiver du coton mises à disposition, de très bonnes écoles pour les enfants, des hôpitaux de qualité, etc. Il est très difficile d’avoir des informations sur ces influenceurs. Il reste encore beaucoup de zones d’ombres. Nous avons découvert que l’un d’eux travaille pour le XPCC. Il s’agit d’une organisation paramilitaire qui dépend du pouvoir central chinois, faisant l’objet de sanctions de la part de l’Union Européenne depuis 2021 pour violations des droits humains à l’encontre des Ouïghours. Le XPCC gère notamment de nombreux camps où sont enfermés des milliers de Ouïghours. Ce que nous savons, c'est que ces influenceurs, dans leur discours, font le relais de la propagande chinoise. Ils encouragent les Chinois à s'installer dans le Xinjiang et ce, conformément au discours prononcé par le président Xi Jinping le 26 août 2023.

Lors d’une visite à Urumchi, la capitale du Xinjiang, Xi Jinping, lui-même, a déclaré qu'il souhaite encourager le transfert des Ouïghours à l'autre bout du pays, à l'est de la Chine, pour travailler dans les usines, sous couvert d'un programme étatique de "réduction de la pauvreté", tout en encourageant les Chinois à venir s'installer au Xinjiang. L'objectif officiel du pouvoir chinois est de concilier la lutte contre le "séparatisme" et le développement économique du Xinjiang. Mais en réalité, selon des documents officiels du Parti communiste chinois ayant fait l'objet d'une fuite en 2019, l'objectif est de rendre les Ouïghours minoritaires au Xinjiang, ce qui contribue à anéantir leur identité.

Poline Tchoubar : Ces influenceurs publient des vidéos dans lesquelles ils racontent leur installation au Xinjiang au quotidien. Leur statut n'est pas très clair : nous ne savons pas s'ils travaillent tous pour une même structure, ni sur quels critères ils sont sélectionnés. Comme l’a dit Manon, l'un des influenceurs sur lesquels nous avons enquêté travaille dans un incubateur numérique où sont formées les talents du XPCC, l'entreprise publique qui gère une grande partie de l'activité économique au Xinjiang. Cette organisation est sous sanctions américaines car elle est accusée de gérer une partie des camps d'internement de Ouïghours.

Comment avez-vous découvert cette propagande numérique, sachant que l'Internet chinois est une "Grande Muraille numérique" ?

Poline Tchoubar : Nous étions déjà en train de faire des recherches sur les violations des droits de l'homme contre les Ouïghours au Xinjiang quand nous avons vu passer des vidéos qui proposaient des maisons gratuites pour les personnes qui voulaient s'installer au Xinjiang. L'une d'entre elles avait été partagée sur X (anciennement Twitter) par la communauté ouïghoure. Nous avons retrouvé la vidéo originale sur le réseau social chinois Douyin, l’équivalent de TikTok en Chine. Il faut savoir qu'en Chine, les réseaux sociaux étrangers comme Instagram ou Facebook sont bloqués, et ont été remplacés par d'autres réseaux sociaux chinois : WeChat, Weibo... Ces réseaux sont difficilement accessibles depuis l'étranger : souvent, pour s'inscrire, il faut avoir un numéro de téléphone et une carte d'identité chinoise... Heureusement, une partie de ces contenus est accessible sans avoir de compte. En reprenant les mots-clés de la première vidéo proposant des maisons gratuites, nous avons trouvé des centaines de vidéos similaires sur Douyin. C’était l’occasion d’en savoir plus sur ces influenceurs.

Manon Bachelot : Les réseaux sociaux chinois sont très différents de nos plateformes occidentales parce qu’ils sont extrêmement contrôlés et censurés par le régime chinois et en particulier sur la thématique des Ouïghours qui est un sujet très sensible en Chine. Lorsque l’on tape le mot « Ouïghour » sur Douyin par exemple, on obtient uniquement des vidéos de folklore. Cela démontre vraiment la volonté du pouvoir chinois de censurer la parole des Ouïghours. Le gouvernement fait tout pour que l’on ne sache pas ce qu’il se passe au Xinjiang. Nous y avons été directement confrontées lors de nos recherches. Certaines vidéos pouvaient disparaître en quelques heures.

En quoi ces vidéos constituent-elles un changement de stratégie de la part du pouvoir chinois ?

Manon Bachelot : Ces vidéos d’influenceur encourageant la colonisation du Xinjiang ont commencé à émerger il y a deux ans environ. Cela correspond à une intensification du processus de colonisation qui dure depuis les années 1950. Le chercheur Rian Thum, expert de la question à l’Université de Manchester, nous expliquait que ces vidéos constituent un changement de stratégie du pouvoir chinois. Après avoir emprisonné les Ouïghours dans des camps de rééducation ces dernières années à travers une politique de répression très forte, Xi Jinping met désormais en place une politique d’assimilation forcée en mélangeant les populations à travers un double mouvement : les Ouïghours sont transférés à l’est de la Chine pour travailler dans des usines sous couvert de programme de « réduction de la pauvreté » pendant que les Chinois Han sont encouragés à s’installer au Xinjiang. Le but est de mélanger ces populations et de réduire le nombre de Ouïghours au Xinjiang ce qui contribue à anéantir leur culture et leur identité.

CONCLUSION

La stratégie de propagande chinoise s’est adaptée à l’ère numérique, avec le déploiement de tactiques sophistiquées. Les influenceurs sont désormais devenus les porte-voix professionnels de la propagande chinoise. Cette stratégie s’opère dans un contexte de censure numérique : la Chine a dépensé au moins 6,6 milliards de dollars US (environ 5,5 milliards d’euros) en matière de cyber-censure en 2020, selon la fondation Jamestown. En Chine, la voix des influenceurs porte sur les plateformes nationales comme Baidu, WeChat ou encore Weibo.

A l’étranger, le gouvernement chinois fait appel à des influenceurs occidentaux. Le consulat chinois à New York a ainsi payé 300 000 dollars à la société Vippi Media du New Jersey pour recruter des influenceurs prêt à publier des messages à destination de leurs abonnés sur Instagram et TikTok pendant les Jeux Olympiques de Pékin. Il était notamment question de mettre en valeur le travail de la Chine en matière de changement climatique. Selon les recherches de Miburo, une entreprise spécialisée dans le suivi des opérations de désinformation étrangère, au moins 200 influenceurs ayant des liens avec le gouvernement chinois ou ses médias d’Etat opèrent dans 38 langues différentes.

Dans cet arsenal de propagande, d’autres armes sont déployées. Le gouvernement chinois crée de plus en plus de faux sites d’information pour vendre le modèle chinois. La majorité des sites frauduleux se trouve en Amérique latine et en Europe. L’Amérique latine est un choix stratégique, explique le consultant en relations internationales Hernan Alberro à Semafor : “Il y a très peu d’informations sur qui possède réellement les éditeurs de presse et contrôle les entreprises médiatiques, ce qui signifie que c’est plus facile et moins cher d’exploiter des organes de presse obscurs là-bas”. 

Cette propagande ne va faire que s’intensifier dans les prochaines années, notamment avec les efforts en matière de deepfake de la part de la Chine. Il s'agit d'une préoccupation majeure chez les législateurs américains. Un rapport de 2023 de la société d’analyse des réseaux sociaux Graphika a révélé que Pékin avait déjà expérimenté des clips d’actualités générés par intelligence artificielle, qui promeuvent les intérêts du Parti communiste chinois... 

 

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  • Liens vagabonds : TikTok sur le banc des accusés
    États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipa

Liens vagabonds : TikTok sur le banc des accusés

États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipartite récente pour forcer l'entreprise à se désinvestir marque le défi le plus sérieux pour l'application jusqu'à présent, et elle est maintenant confrontée à un vote incertain au Sénat » analyse the Guardian.

Contexte d’une guerre froide numérique

Mercredi, la Chambre a voté massivement en faveur d'une interdiction, avec 352 membres du Congrès votant pour le projet de loi et seulement 65 s'y opposant. Le Sénat a cependant freiné en proposant d'éventuelles modifications à la mesure, brisant les espoirs des partisans d'une adoption rapide et offrant un sursis potentiel à l'application populaire de courtes vidéos. L’entreprise chinoise a quant à elle qualifié le projet de loi « d'inconstitutionnel ». Dans cette guerre froide numérique, il est loin d'être évident que les États-Unis sortiraient vainqueurs.

La vente de TikTok serait rendue obligatoire dans un délai de six mois à un acheteur approuvé par le gouvernement américain. Si ByteDance refuse de vendre TikTok, il serait illégal pour les magasins d'applications et les sociétés d'hébergement web de distribuer ou de mettre à jour l'application aux États-Unis. Celles qui dérogeraient à la règle s’exposeraient à des pénalités. Une interdiction totale semble donc difficile à mettre en place, mais l’accès pourrait être drastiquement limité. La raison ? Les législateurs craignent un risque pour la sécurité nationale des États-Unis et les données de ses utilisateurs.

reminder why lawmakers are considering a tiktok ban:

-bytedance answers to the ccp
-beijing can weaponize americans’ data
-it's in xi’s best interest to control the algorithm + further polarize americanshttps://t.co/KWCf8dxjD4

— ian bremmer (@ianbremmer) March 14, 2024

La réponse de ByteDance

De son côté Bytedance affirme que « 60% de l'entreprise appartient à des investisseurs institutionnels mondiaux ». L'entreprise indique également avoir investi plus de 1 milliard de dollars dans un plan visant à stocker les données sensibles des utilisateurs américains sur des serveurs exploités par Oracle, société américaine de cloud computing. Lors de la récente audition des géants de la tech au Congrès, Shou Zi Chew, le CEO de TikTok, avait insité sur ses origines singapouriennes. Pour Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le vote de la Chambre suivrait une « logique du voleur ». Il souligne : « Quand vous voyez les bonnes choses des autres, vous tentez de vous les approprier ».

Un rachat est-il réellement possible ?

Avec ses 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis, TikTok est une acquisition hors de portée pour la plupart des entreprises. Microsoft, Google et Meta sont sous le coup de la loi antitrust, ce qui limite leurs possibilités d'achat. Steven Mnuchin, ancien secrétaire au Trésor controversé sous Donald Trump, a cependant manifesté son intérêt « C'est une excellente entreprise et je vais constituer un groupe d’investisseurs pour acheter TikTok ».

L’hécatombe pour les créateurs de contenu

Face à la perspective d'une interdiction imminente, plusieurs créateurs expriment leur crainte : « J'achète des articles à des petites entreprises et je les présente sur ma plateforme - je les mets en valeur », a déclaré Ophelia Nichols, une créatrice basée en Alabama aux 12 millions d’abonnés. En Inde où l’application a été interdite en 2020, de nombreux créateurs peinent à faire repartir leur modèle économique : « La manière dont on gagnait en visibilité et en abonnés sur TikTok est [encore] incomparable à toute autre plateforme disponible pour le moment », a déclaré Clyde Fernandes, directeur exécutif chez Opraahfx, une agence de marketing et de gestion d'influenceurs.

De son côté, Jason Koebler, le cofondateur de 404 Media se demande comment le gouvernement américain peut supprimer TikTok « sans violer les droits de liberté d'expression de millions d'Américains et nous mettre sur la voie où un internet relativement ouvert et mondial devient de plus en plus géographiquement cloisonné ».

Affaire à suivre…

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L'AI Act : un premier texte qui omet les enjeux informationnels (RSF)
  • Le marché français de la musique pénalisé par la faiblesse des abonnements en streaming (Le Monde)
  • Intelligence artificielle : un accord de partenariat entre « Le Monde » et OpenAI (Le Monde)
  • 25 recommandations pour l'IA en France (Élysée)
  • BFM-TV et RMC vendus à l'armateur Rodolphe Saadé (Le Figaro)

Le message envoyé ce matin par Rodolphe Saadé aux collaborateurs de CMA CGM pour annoncer son rachat de BFM-TV et RMC. https://t.co/ifm6CHtSv0 pic.twitter.com/bfqv7kLCBH

— Alexandre Berteau (@aberteau_) March 15, 2024

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les Français préfèrent les journalistes aux algorithmes

Source : Arcom 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Comment lutter contre la pollution du web ? (The Atlantic)
  • Bernard Arnault rivalise avec Bezos et Musk en termes de richesse et d'influence sur les médias (Wall Street Journal)
  • L'IA au service de l'information : le nouveau responsable de l'IA du New York Times explique ce que cette technologie puissante peut apporter au journalisme (Reuters Institute)
  • Kate Middleton et la fin de la réalité partagée (The Atlantic)
  • Mettre fin à l’enfance basée sur le téléphone dès maintenant (The Atlantic)
  • Lueurs d’espoirs dans un paysage médiatique morose (New York Times)
  • Kate Middleton et l'espoir dans l'enfer de l'information (CJR)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

    • L'IA pourrait constituer une menace d'extinction pour l'homme, selon un nouveau rapport commandé par le département d'État américain (CNN)
    • OpenAI a signé avec le plus grand groupe de média espagnol Prisa et le Monde (OpenAI)

Le Monde devient le premier média français à signer un partenariat avec OpenAI.

🧠 ChatGPT utilisera les contenus du journal pour plus de pertinence.
💸 Le Monde touchera des revenus conséquents en contrepartie et pourra développer des fonctionnalités IA.https://t.co/WpA6UEuBdw

— François d’Estais  (@fdestais) March 14, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Le projet de filigrane d'IA de Meta est fragile, au mieux (Spectrum)
  • Google interdit au chatbot Gemini de répondre à des questions sur les élections de 2024 (The Guardian)
  • Midjourney a interdit l'accès à son service à tous les employés de Stability AI, les accusant de collecte de données (The Verge)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les régulateurs ont besoin d'une expertise en IA. Ils n'en ont pas les moyens (Wired)
  • L'AI Act a été voté au Parlement Européen (European Parliament)
  • Une « loi sur la liberté des médias » en UE, pour protéger les journalistes et lutter contre les ingérences politiques, a été votée par le Parlement (Le Monde)

🚨BREAKING: The European Commission sent formal requests to Bing, Facebook, Google Search, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube, and X:

Following these companies' designation as Very Large Online Platforms (VLOPs) or Very Large Online Search Engines (VLOSEs) by the DSA, the… pic.twitter.com/OTeFS3OeWC

— Luiza Jarovsky (@LuizaJarovsky) March 15, 2024

JOURNALISME

  • La baisse de la diffusion des quotidiens britanniques s'élève en moyenne à 19 % au second semestre 2023 (Press Gazette)
  • Les gens se font plus confiance qu'ils ne font confiance aux informations. Ils ne devraient pas (Columbia Review)
  • Meta est prêt à abandonner l'information dans l'Illinois s'il est contraint de payer les éditeurs locaux (The Verge)
  • Une liste de subventions et de bourses destinées spécifiquement aux personnes qui s’identifient comme femmes et / ou à la réalisation de reportages sur les femmes (GIJN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Mona Chalabi parle de la narration, du pouvoir des données et de la couverture de la Palestine (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Les réparations de téléphones et d'ordinateurs portables deviennent mainstream, grâce à l'action d'iFixit (Cnet)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Comment ByteDance pourrait sauver TikTok d'une interdiction aux États-Unis (Axios)
  • Le long et difficile chemin de Reddit vers l'introduction en bourse (New York Times)
  • L'ancien secrétaire au Trésor Steven Mnuchin est intéressé par le rachat de TikTok (CNN)
  • L'autorité de régulation italienne inflige une amende de 11 millions de dollars à TikTok (Reuters)
  • Les contenus violents en ligne sont "inévitables" pour les enfants britanniques, selon l'Ofcom (The Guardian)
  • Le New York Times rejette l'allégation de "piratage" de l'OpenAI dans le cadre de la lutte contre le droit d'auteur (Reuters)
  • Ces enfants ont enrichi leurs parents influenceurs. Verront-ils un centime de cet argent ? (Cosmopolitan)
  • Qui pourrait acheter TikTok ? Découvrez les personnes susceptibles d'acquérir l'application (NBC News)
  • Instagram joue la carte du long terme face à TikTok, et est en train de gagner (Business Insider)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • L'ancien directeur d'Oculus chez Meta (et auparavant cadre chez Google) donne son avis sur le Vision Pro (Hugo’s Blog)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube remanie son application TV pour faciliter les achats (The Verge)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Neil Young reviendra sur Spotify après un boycott de deux ans en raison de Joe Rogan (Wall Street Journal)
  • Spotify ajoute des vidéos musicales en version bêta dans certains pays - les Etats-Unis n'en font pas partie (TechCrunch)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Un juge estime qu'un informaticien n'est pas l'inventeur du bitcoin (BBC)
  • Ce que l'histoire de Kate Middleton nous apprend sur le bitcoin (Financial Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Entretien avec Mira Murati, directrice technique d'OpenAI, à propos de Sora et de son plan de déploiement (Wall Street Journal)
  • Les vidéos IA de Sora sont facilement confondues avec des images réelles lors d'un test auprès de consomateurs US (Variety)
  • Les journalistes alimentent l'engouement pour l'IA (BBC)
  • Les accords d'OpenAI avec les éditeurs pourraient poser des problèmes à ses rivaux (TechCrunch)
  • Oubliez les chatbots. Les agents d'intelligence artificielle sont l'avenir (Wired)
  • Apple a discrètement acheté la startup canadienne d'IA DarwinAI (Bloomberg)
  • Google Deep Mind présente SIMA : un agent d'intelligence artificielle polyvalent pour les environnements 3D (DeepMind)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • NewsGuard propose aux marques une veille sur les “fake news” (CBNews)
  • L'éventuelle interdiction de TikTok aux États-Unis préoccupe les spécialistes du marketing (Digiday)
  • AP lance un site de commerce électronique avec Taboola (Axios)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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Liens vagabonds : Le contenu ou la vie, quelle nouvelle économie des médias face à l'IA générative ?

A la Silicon Valley, les accords se multiplient pour permettre aux entreprises technologiques de se servir légalement des contenus disponibles sur Internet pour nourrir leurs IA. Le dernier en date aurait été signé entre Google et Reddit. Le géant du numérique compterait verser 60 millions de dollars par an au réseau social pour entraîner ses modèles. Ce deal s’inscrit dans une tendance croissante qui concerne en priorité les acteurs de l’information. Axel Springer, AP, Semafor, et certains grands médias français font le choix de se lier aux géants de l'IA générative, faute d'accord global sur les droits des éditeurs. Avec, comme effet secondaire, la déstabilisation d'acteurs de moindre envergure. 

Google to pay Reddit $60 million per year for faster access to its content that it has access to already that no one wants to see rank highly in Google Search anyway https://t.co/T3gYvAcBKk pic.twitter.com/pNOoMTDTiq

— Barry Schwartz (@rustybrick) February 23, 2024

Deals entre OpenAI et la presse : un pari risqué ?  

On vous en parlait ici, le géant de l'édition allemand Bild a conclu un partenariat historique avec OpenAI fin décembre. Dans le cadre de cet accord, Axel Springer autorisera OpenAI à utiliser le contenu de ses médias, notamment Bild, Politico et Business Insider, pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle. Le principal objectif du groupe ? Améliorer la qualité des réponses données par ChatGPT grâce à ses articles de presse tout en assurant la pérennité économique de ses médias.  

En juillet, l’agence de presse américaine Associated Press (AP) annonçait également avoir conclu un accord avec la start-up, lui « conférant une licence d'utilisation pour une partie de ses archives de presse ». La publication des contenus n’était cependant pas concerné. Dans cette continuité, le site d’information politique Semafor a récemment développé un outil de recherche en partenariat avec OpenAI piloté par l'IA appelé MISO (pour « multilingual insight search optimizer »). Celui-ci permet aux journalistes de trouver et de résumer efficacement un large éventail d'articles dans différentes langues, facilitant ainsi le processus de curation de contenu. L'entreprise décrit l'outil comme « un robot personnalisé construit sur la plateforme OpenAI et utilisant le moteur de recherche Bing de Microsoft ». 

Selon Mind Media, un partenariat inédit aurait également été noué entre Microsoft et les journaux Ouest France et Le Monde afin de « les aider à appliquer les fonctionnalités de l’intelligence artificielle générative à leurs activités rédactionnelles ». Ce serait le premier accord de ce type entre des médias français et une entreprise technologique de cette envergure. 

Pendant ce temps, le New York Times pourrait peut-être gagner son procès contre OpenAI… 

C’est ce que sous-entendent Timothy B. Lee, journaliste spécialisé dans les droits d’auteur, et James Grimmelmann professeur de droit spécialisé sur la propriété intellectuelle dans un article pour ArsTechnica. Le New York Times intentait fin décembre un procès à Open AI pour violation des droits d’auteur. L’argument principal en faveur d’Open AI serait que « Nous apprenons tous gratuitement ». L’article souligne cependant que : « Le raisonnement semble être que s'il est légal pour un être humain d'apprendre à partir d'un livre protégé par le droit d'auteur, il doit également être légal pour un grand modèle de langage d'apprendre à partir d'un million de livres protégés par le droit d'auteur » avant de poursuivre : « l’utilisation équitable dans un contexte personnel ou universitaire peut ne pas l'être si elle est pratiquée à l'échelle commerciale ».

En effet, la loi mentionne spécifiquement l'enseignement et la recherche comme exemples d'utilisation équitable. Mais pour les deux experts, les entreprises d'IA, comme OpenAI, utilisent des matériaux protégés par des droits d'auteur d'une manière qui pourrait ne pas être considérée comme une utilisation équitable, surtout lorsque les modèles génèrent des contenus qui concurrencent directement les œuvres originales. A l'époque, MP3.com et Texaco avaient perdu leurs arguments concernant l'utilisation équitable, tandis que Google a eu gain de cause. Aujourd'hui, les marchés des licences sont bien plus matures face à l'exploitation numérique des contenus et le problème de "mémorisation" des IA génératives...

En attendant des accords viables, de plus en plus de médias bloquent les robots d’exploration web (crawlers) des IA afin de protéger leurs données. Selon un relevé du Reuters Institute, à la fin de l'année 2023, 48 % des sites d'information les plus utilisés dans dix pays bloquaient les robots d'OpenAI. Un plus petit nombre, 24 %, bloquait le crawler d'IA de Google. Une tentative de protection pour préserver tant bien que mal leur modèle économique et le trafic sur leurs sites.  

Google grand sauveur des éditeurs ?  

Dans un contexte économique difficile, Google se positionne comme sauveur des éditeurs avec son nouvel outil de gestion des paywalls dynamique « Offerwall ». Difficile à croire sachant que le crawler de son IA Gemini participe également à l’absorption des données des médias – et fragilise donc leur modèle économique. L’outil permet aux lecteurs de débloquer l'accès au contenu de leurs sites web en choisissant parmi une série d'options telles que l'achat d'un abonnement, la visualisation d'une publicité vidéo, le partage de données personnelles (en spécifiant leurs intérêts parmi une liste de choix), ou un micropaiement pour un accès à court terme. Google présente Offerwall comme un « moyen pour les éditeurs de diversifier leurs revenus et d'explorer des approches de monétisation alternative ». 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • « Qui veut voir dormir ma sœur » : l’horreur d’un Discord français à peine caché (Numérama)
  • Pluralisme : l'affaire CNews vire au casse-tête pour l'Arcom (Les Echos)
  • Sciences Po : souffrances en silence à l’école de journalisme (Arrêt sur Images)

3 CHIFFRES

  • À la fin de l'année 2023, 48 % des sites d'information les plus utilisés dans dix pays bloquaient les robots d'OpenAI, d’après une étude du Reuters Institute of Journalism.
  • Substack annonce avoir dépassé les 3 millions d'abonnements payants sur sa plateforme, selon leur communiqué.
  • 1 500 milliards de dollars - la valeur de marché de Nvidia, le fabricant de puces qui alimente l'intelligence artificielle, a bondi de plus de 1 500 milliards de dollars au cours des 12 derniers mois, d’après CNBC.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

  • YouTube représente 9% du temps TV aux USA

Source : Nielsen

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Un chatbot qui imite les morts. Est-ce une bonne idée ? (Financial Times)
  • Comment Sora fonctionne (et ce que cela signifie) (Every)
  • Les firmes d'IA contournent vos blocages, devenus inefficaces (The Verge)
  • Les « shukanshi », ces tabloïds racoleurs qui révèlent l’envers du décor au Japon (Le Monde)
  • La course de la Chine pour dominer les IA s'accompagne d'un revers de médaille : elle dépend de la technologie américaine (NYT)
  • Le nouveau métier de l'IA ? Collaborateur polyvalent d'Hollywood (The Hollywood Reporter)
  • TikTok est sur le déclin (Slate)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • L'engouement pour l'IA s'estompe, d'après les résultats des appels d'offres (Yahoo Finance)
  • Google teste la disparition de l’onglet « Actualités » dans ses résultats de recherche (NiemanLab)

help @google where is my "news" tab pic.twitter.com/6ouIaWhwKP

— Sarah Scire (@SarahScire) February 21, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AI)
  • Le personnel de Meta a découvert que l'outil d'abonnement à Instagram permettait l'exploitation des enfants. L'entreprise a quand même continué (Wall Street Journal)
  • Une nouvelle étude montre que les gens peuvent changer d'avis sur la théorie du complot (The Conversation)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les géants du numérique signent un accord contre l’utilisation trompeuse de l’IA dans le cadre d’élections (Le Monde)
  • Julian Assange risque un "déni de justice flagrant" s'il est jugé aux États-Unis, selon un tribunal londonien (The Guardian)
  • TikTok visé par une enquête de la Commission européenne concernant la protection des mineurs (Commission européenne)

Nous ouvrons une procédure formelle pour déterminer si Tik Tok a pu enfreindre le règlement sur les services numériques (#DSA) dans certains domaines :

▪ protection des mineurs
▪ publicité
▪ accès aux données pour les chercheurs
▪ gestion des risques
▪ contenu préjudiciable

— Commission européenne 🇪🇺 (@UEFrance) February 19, 2024


JOURNALISME

  • Les éditeurs testent le nouvel outil de monétisation Offerwall de Google (ToolKits)
  • AP lance un programme de formation à l'IA et couvre l'expansion grâce à deux nouvelles subventions (AP)
  • Vice Media cesse de publier sur son site web et supprime des centaines d'emplois (BBC)
  • Les éditeurs testent un nouvel outil de monétisation de Google appelé Offerwall (Toolkits)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • L'ascension incertaine d'Instagram en tant que site d'information (New York Times)
  • Une nouvelle étude se penche sur les effets positifs du croisement du journalisme et de la comédie (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Les "micro-influenceurs" vont-ils faire basculer les élections américaines ? (Financial Times)
  • Google va payer 60 millions de dollars par an à Reddit pour entraîner ses modèles et se servir de ses contenus (Reuters)
  • Les applications de rencontres Tinder et Hinge sont conçues pour rendre les utilisateurs dépendants, selon une action en justice (CBS news)
  • Les influenceurs de TikTok gagnent beaucoup d'argent grâce aux streams (ABC)
  • Reddit va enfin entrer en Bourse (Les Echos)

Fun to talk Reddit with @andrewrsorkin this morning. Going to be a rough ride for the company as it goes public. $RDDT https://t.co/ADzaxm5s7c

— Alex Kantrowitz (@Kantrowitz) February 23, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Pleurer avec Apple Vision Pro (Wired)
  • Les fans du jeu Kim Kardashian se préparent à la fin de leur vie virtuelle somptueuse (Wall Street Journal)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube domine le streaming TV aux États-Unis, selon le dernier rapport de Nielsen (TechCrunch)
  • Comment Marvel se réinvente discrètement en réponse à la lassitude des superhéros (Hollywood Reporter)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple déclare que Spotify veut un accès "illimité" à ses outils sans payer (The Guardian)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Google DeepMind crée une nouvelle organisation axée sur la sécurité de l'IA (TechCrunch)
  • La course à la domination de l'I.A. par la Chine s'accompagne d'un revirement : elle dépend de la technologie américaine (New York Times)
  • Stable Diffusion revient en force avec une toute nouvelle IA : Cascade (lebigdata)
  • Les Émirats arabes unis soutiennent l'idée de Sam Altman de se transformer en terrain d'essai de l'IA (Bloomberg)
  • Google offre une partie de l'intelligence artificielle qui alimente les chatbots (New York Times)
  • Google interrompt la génération d'images de personnes par l'IA à la suite de réactions négatives sur la diversité (Financial Times)

We're aware that Gemini is offering inaccuracies in some historical image generation depictions. Here's our statement. pic.twitter.com/RfYXSgRyfz

— Google Communications (@Google_Comms) February 21, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • LVMH va à Hollywood pour mettre ses marques à l'écran (Financial Times)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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  • Liens vagabonds : La France en Pôle Position IA ?
    Paris, jeudi 15 janvier - Google annonce l'inauguration de son nouveau centre de recherche en intelligence artificielle à Paris, en présence de son PDG Sundar Pichai. L’objectif ? « Faire émerger de nouveaux partenariats académiques et former des professionnels à cette technologie ». Le nouveau Lab réunira pas moins de 300 chercheurs et ingénieurs travaillant en collaboration avec les universités et les instituts de recherche français.  "La France possède des atouts considérables dans le domaine

Liens vagabonds : La France en Pôle Position IA ?

Paris, jeudi 15 janvier - Google annonce l'inauguration de son nouveau centre de recherche en intelligence artificielle à Paris, en présence de son PDG Sundar Pichai. L’objectif ? « Faire émerger de nouveaux partenariats académiques et former des professionnels à cette technologie ». Le nouveau Lab réunira pas moins de 300 chercheurs et ingénieurs travaillant en collaboration avec les universités et les instituts de recherche français. 

"La France possède des atouts considérables dans le domaine scientifique, avec ses 500 000 chercheurs et des institutions de premier plan tels que le CNRS, Inria, Paris Saclay, l'Institut Curie, ou encore l'Université PSL (Paris Sciences & Lettres)," souligne Google. Cette collaboration avec des institutions françaises de renom vise à stimuler la recherche fondamentale et appliquée en IA, consolidant ainsi la position de la France comme leader dans ce domaine. Google prévoit également de former 100 000 professionnels français aux outils de l'IA d'ici la fin de 2025. 

Oui, la France est le pays le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers et notamment des entreprises de la tech !

L’ouverture du hub Google dédié à l’intelligence artificielle, ouvert à tout l’écosystème français, en est le parfait exemple.

Nous sommes… pic.twitter.com/wn0cTbm2YD

— Bruno Le Maire (@BrunoLeMaire) February 15, 2024

Une démarche qui soulève des questions sur le monopole numérique de Google 

On pourrait pointer du doigt cette initiative comme un moyen pour Google de maintenir son hégémonie dans le domaine de l'IA, en monopolisant les ressources et les talents. C’était déjà le cas avec l’ouverture d’un laboratoire Meta en 2015, puis Google en 2018. « A l’époque, certains regrettaient l’aspiration par les géants américains des cerveaux français, dont Yann LeCun, un des parrains de l’IA moderne, chez Meta » explique Alexandre Piquard, journaliste du Monde

TechCrunch, dans son analyse, tente de disséquer cette inauguration à la vue de tous « Google aurait pu envoyer un courriel à ses employés pour leur dire quand ils pourraient récupérer leurs badges pour le nouveau bureau. Au lieu de cela, l'entreprise a décidé qu'il s'agissait d'une opportunité de relations publiques. L'entreprise doit montrer qu'elle se préoccupe de l'IA et qu'il s'agit d'une priorité. » 

Le nouveau bâtiment accueillera certes des projets d’IA, mais aussi des programmes autour de YouTube et Chrome. « Google aurait pu simplement l'appeler « Google hub » » affirme le média américain, mais l’entreprise souhaite « affirmer haut et fort qu'elle est spécialisée dans l’IA ».  

Paris, un écosystème florissant de startups spécialisées dans l’IA 

Pendant ce temps, des entreprises telles que Nabla, Dust, Gladia et Giskard témoignent de l'essor de l'IA en France. Les importantes levées de fond de Mistral AI, la start-up française valorisée à 2 milliards de dollars, ainsi que l'implantation de la startup californienne Poolside AI à Paris, mettent en lumière la dynamique croissante de ce secteur. 

« En quelques années, nous sommes parvenus à créer plusieurs instituts de recherche interdisciplinaire, des chaires de recherche, à doubler le nombre de diplômés en IA et à augmenter de 500 le nombre de doctorants », s'était félicité Emmanuel Macron en novembre, à l'occasion du lancement du laboratoire Kyutai, porté notamment par Xavier Niel (Iliad) et Rodolphe Saadé (CMA-CGM) et basé également à Paris. 

Un des avantages du pays ? Son attractivité financière (même si elle reste toute relative face aux Etats-Unis), combinée à un soutien gouvernemental. Bpifrance, un fonds soutenu par l'État, a participé à la fois au financement de Mistral et Poolside. Paul Barbaste, cofondateur d'Inclusive Brains, une startup spécialisée dans les neurosciences, explique : « C'est quatre fois moins cher. Et le gouvernement français en paie la moitié ». Au sein d'une approche européenne dans la course à l'IA, la France souhaite définitivement défendre ses atouts. 

Et la protection du travail journalistique français face aux IA dans tout ça ?  

Bruno Le Maire, ministre de l’économie a affirmé refuser « que les systèmes d’intelligence artificielle aient un libre accès au travail des journalistes » lors de son intervention au World AI Cannes Festival vendredi 9 février. S’agirait-il d’un premier réveil officiel sur les risques de l’IA pour la profession en France ? « Quel est l’avenir d’un métier dont les informations, recueillies au prix d’un travail très exigent sont récupérés gratuitement par les systèmes d’intelligence artificielle ? » s’est-il demandé. A la question : bloquer ou ne pas bloquer les « crawlers » des intelligences artificielles sur les sites d’information on n'obtient pas la même réponses selon le média concerné. 

Sur le plan européen, le ministre a appelé à la création d’un marché unique de la donnée régulée et équitable pour contrer la monopolisation des données par les géants du numériques.

La France n’en a pas fini de faire parler d’elle en matière d’IA, mais Bloomberg nuance que la France n’a représenté que 2,9 % du financement mondial du capital-risque et la pénurie d'offres d'actions et d'acquisitions sur le marché local de la technologie ne sera pas réglé de sitôt par les nouveaux venus de l’IA. 

Cela ne va pas empêcher le pays d’accueillir le prochain sommet sur la sécurité de l’intelligence artificielle en 2024, ...à Paris bien-sûr. 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le Conseil d’Etat ordonne à l’Arcom de réexaminer le respect, par CNews, de ses obligations en matière de pluralisme (Le Monde)
  • M6 : Nicolas de Tavernost passe la main (Les Echos)
  • Bruno Le Maire a réaffirmé la volonté de la France de se positionner comme leader européen de l’IA (Siècle Digital)

 

  • Ce qu’il faut retenir du festival mondial de l'IA de Cannes (AI Business)
  • La marque France Bleu disparaîtra pour devenir « Ici » à la rentrée 2024 (Le Monde)
  • Google va créer un nouveau centre d'intelligence artificielle (IA) en France (Reuters)

« Nous allons changer de marque : nous allons nous appeler ICI » indique ce matin @celinepigalle directrice de @francebleu
pic.twitter.com/4NlNssdgk6

— Brulhatour (@Brulhatour) February 14, 2024

3 CHIFFRES

Nous avons passé au crible les contenus publiés par plus de 550 influenceurs actifs en Europe 🔍

Si la quasi-totalité (97%) des comptes analysés publient du contenu commercial, seuls 20% le présentaient systématiquement comme étant de la publicité ↓https://t.co/uRcouMIEMZ

— Commission européenne 🇪🇺 (@UEFrance) February 14, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINEInfographie: La menace de la désinformation plane sur les élections en 2024 | Statista

Vous trouverez plus d'infographies sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Le journalisme est-il préparé face à sa potentielle extinction de masse ? (The New Yorker)
  • Comment les séries réconfortantes ont conquis la télévision en streaming  (The Hollywood Reporter)
  • Comment Elon Musk a cassé Twitter en le transformant en X (Washington Post)
  • Les licenciements et les fermetures d'entreprises ont bouleversé le secteur des médias. Qu'adviendra-t-il des jeunes qui étudient le journalisme ? (Boston Globe)
  • Ce qu'il faut pour réussir en tant qu'influenceur sur les médias sociaux (The Wall Street Journal)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les autres grands gagnants du Super Bowl... sont les créateurs ? (Rolling Stone)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Une campagne d'influence chinoise favorise la désunion avant les élections américaines (New York Times)
  • La nouvelle ère de l'IA et des "Deepfakes" complique les élections de 2024 (Wall Street Journal)
  • OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AINews)
  • Guerre Israël-Gaza : le nombre de journalistes tués atteint un niveau quasi record (CPJ)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Intelligence artificielle : des députés proposent de faire de la CNIL l’autorité régulatrice (Le Monde)

JOURNALISME

  • Des suppressions d'emplois s'annoncent au Guardian alors que la baisse des revenus publicitaires frappe les éditeurs de plein fouet (The Times)
  • CBS News va licencier 20 journalistes dans le cadre de la réduction des effectifs de la Paramount (Los Angeles Times)
  • Accepter l'argent ou se battre ? Les magnats des médias sont divisés sur les accords relatifs à l'IA (The Hollywood Reporter)
  • L'année la plus faste pour Slate (Semafor)
  • Les journalistes font la grève alors que l'industrie de l'information se porte mal (npr)
  • Où tous ces journalistes vont-ils trouver un sens à leur vie ? (Hazlitt)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Oubliez le A1. Les "unes" les plus convoitées du New York Times sont désormais The Daily et son bulletin phare The Morning (Vanity Fair)
  • YouTube vous permet désormais d'intégrer des vidéos musicales dans vos Shorts (TechCrunch)

ENVIRONNEMENT 

  • L’intelligence artificielle va-t-elle donner le coup de grâce au climat ? (Vert)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'endroit le plus civilisé pour consulter les actualités en ligne pourrait être Reddit (Columbia Journalism Review)
  • Dans une bataille avec X, Threads ajoute des sujets de tendance où la politique sera autorisée (TechCrunch)
  • TikTok prend de l'avance en tant que lieu de discussion sur les campagnes électorales (Bloomberg)
  • Le paradoxe des applications de rencontre : Pourquoi les applications de rencontre peuvent être pires que jamais (npr)
  • L’algorithme de TikTok amplifie de manière alarmante les contenus misogynes (L’ADN)
  • Ils voulaient faire carrière dans la technologie. Ils sont coincés dans un "atelier clandestin" de modération de contenu chez TikTok (Rest of The World)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Après avoir essayé le Vision Pro, Mark Zuckerberg déclare que le Quest 3 "est le meilleur produit, point final" (The Verge)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Mark Zuckerberg (@zuck)

  • Cette organisation à but non lucratif utilise la réalité virtuelle pour former les journalistes ukrainiens à couvrir la guerre en toute sécurité (Reuters Institute)
  • Les fans d'Apple commencent à renvoyer leurs Vision Pros (The Verge)
  • TikTok lance une application "réimaginée" pour l'Apple Vision Pro (TechCrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Mickey, Minnie, Donald et Goofy de Disneyland veulent se syndiquer (CNN)
  • Amazon facture désormais aux membres Prime un supplément pour le streaming sans publicité. Pour certains, c'est un deal-breaker (The Wall Street Journal)
  • Le troisième exportateur de télévision n'est pas celui auquel on pourrait s'attendre (The Economist)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le secteur de l'audio se contracte malgré l'essor de la diffusion en continu (Axios)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le bitcoin retrouve une capitalisation boursière de 1 000 milliards de dollars, la crypto-monnaie atteignant son plus haut niveau en deux ans (CNBC)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI présente Sora (OpenAI)

here is sora, our video generation model:https://t.co/CDr4DdCrh1

today we are starting red-teaming and offering access to a limited number of creators.@_tim_brooks @billpeeb @model_mechanic are really incredible; amazing work by them and the team.

remarkable moment.

— Sam Altman (@sama) February 15, 2024

Introducing Sora, our text-to-video model.

Sora can create videos of up to 60 seconds featuring highly detailed scenes, complex camera motion, and multiple characters with vibrant emotions. https://t.co/7j2JN27M3W

Prompt: “Beautiful, snowy… pic.twitter.com/ruTEWn87vf

— OpenAI (@OpenAI) February 15, 2024

 

https://t.co/qbj02M4ng8 pic.twitter.com/EvngqF2ZIX

— Sam Altman (@sama) February 15, 2024

  • L'IA commence à menacer les emplois de cols blancs. Peu d'industries sont à l'abri (Wall Street Journal)
  • L'IA fait revivre les voix d'enfants tués dans des fusillades (Wall Street Journal)
  • Le prochain compagnon de jeu de votre enfant pourrait être un jouet IA alimenté par ChatGP (Forbes)
  • OpenAI en passe d'atteindre le cap des 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires grâce à une croissance fulgurante (Financial Times)
  • Intelligences artificielles, les mille et une façons de les faire dérailler (Le Monde)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Ryan Broderick : “Si les médias traditionnels licencient systématiquement leurs employés, ils peineront à rivaliser avec les créateurs”

Dans un paysage médiatique en constante mutation, les créateurs de contenu émergent comme des figures centrales, bousculant les conventions établies des médias traditionnels. Certains sont devenus, au fil de leurs vidéos, des médias à part entière. 

Propos recueillis par Alexandra Klinnik et Aude Nevo du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Les créateurs de contenu dépasseraient-ils les médias traditionnels, en pleine tourmente économique ? De plus en plus de personnes se tournent vers TikTok, YouTube et Instagram plutôt que vers les sites Web des médias traditionnels, d'après le Reuters Institute. Afin d'explorer cette dynamique en pleine évolution, Ryan Broderick, journaliste spécialiste de la culture web et auteur de la newsletter américaine Garbage Day, apporte ses propres définitions : distinctions entre créateurs de contenu et journalistes, débat autour du terme "influenceur" en tant que concept, défis et opportunités des médias traditionnels face aux créateurs de contenus qui ont conquis le coeur des jeunes. Interview.

Les créateurs de contenus pourraient-ils représenter l’avenir des médias ? 

Pour le moment, les créateurs de contenu surpassent les médias numériques. Beaucoup comme MrBeast ou Marques Brownlee, deviennent eux-mêmes des entreprises médiatiques. Mais l’avenir reste assez flou. Les créateurs de contenu semblent appartenir à la gig economy, c’est-à-dire “l’économie des petits boulots”.

Quelles distinctions faites-vous entre créateurs de contenu et journalistes ?

Cela dépend de ce qu’ils font et comment ils le font. Est-ce que quelqu’un diffusant une vidéo de “lets play” (ndlr : un jeu vidéo avec le commentaire d’un joueur) se considère comme un critique de jeux vidéo ? Probablement pas, mais ils sont absolument engagés dans la critique des médias. Il peut y avoir des éléments journalistiques, mais cela se mêle aux besoins du support. Je ne dis pas que c'est du bon journalisme, mais cela se produit. 

Pensez-vous que le terme influenceur est un terme fourre-tout ?

La journaliste Taylor Lorenz aborde fréquemment cette question. Selon moi, le concept d’influenceur manque de fondement solide. Si l'on examine un influenceur au hasard, on découvrira souvent une personne impliquée dans la gestion d'une entreprise de médias numériques, voire d'une petite entreprise à part entière. Il est réducteur de regrouper ces modèles d'entreprises manifestement différents. Bien que l'on puisse ne pas apprécier personnellement les activités d'un modèle OnlyFans ou d'un vlogueur de voyage, il est crucial de distinguer la manière dont ils développent leurs audiences et génèrent des revenus en ligne. Cela nous permet d'apprendre de leurs pratiques et de les examiner avec la rigueur qu'elles méritent. Une situation similaire s'est produite lors de la panique généralisée entourant les YouTubers dans les années 2010. Lorsque les médias traditionnels cesseront de chercher à se démarquer de la communauté en ligne et reconnaîtront leur intégration dans le même écosystème, soumis aux mêmes dynamiques de plateforme que tous les autres, l’industrie et les pratiques journalistiques s’amélioreront considérablement.

Quels sont les défis et les opportunités pour les créateurs indépendants de contenu ?

L’épuisement professionnel et la qualité constante constituent les plus grands défis. Le créateur indépendant doit produire de nombreux contenus, à un rythme constant. C’est une tâche difficile à réaliser pour une seule personne ou un petit groupe. Mais les opportunités sont assez importantes. Il existe de vastes audiences fatiguées des grandes entreprises médiatiques. Elles souhaitent savoir qui se cache réellement derrière les médias. Nous en sommes maintenant à un stade où les lecteurs et les téléspectateurs veulent savoir qui leur transmet l'information. La démarche me paraît saine.

Les créateurs de contenu comblent-ils les “lacunes” des médias traditionnels ? 

Ils ont tendance à mieux comprendre comment fournir des informations en ligne. Une grande organisation médiatique ne peut tout simplement pas s’adapter aussi rapidement et aussi souvent qu’un créateur solo. Il y a aussi la question du ton. Au moins pour le moment, les internautes ne recherchent pas seulement l’authenticité, mais aussi un sentiment d’informalité. Si un journaliste du New York Times se lançait sur TikTok en essayant de suivre ses codes, il serait rapidement identifié comme maladroit et étrange. Alors qu’un créateur solo n’a pas le même problème.

A l’avenir, quel impact auront les créateurs de contenus sur les médias traditionnels ? 

Je suppose que les grands créateurs continueront à devenir des organisations médiatiques à part entière. Nous ne sommes pas loin du jour où un grand créateur achètera ou s'associera à un site de médias numériques et le dirigera. Je ne pense pas que cela influencera l'éthique du journalisme. Cela pourrait changer le fonctionnement des institutions journalistiques, de la même manière que l'essor des journalistes vedettes de magazines dans les années 70, ou des personnalités médiatiques comme Oprah lançant des magazines et des chaînes de télévision dans les années 2000. Le déclin des institutions médiatiques et la montée des créateurs indépendants sont au moins partiellement liés à la manière dont les organes de presse ont fonctionné pendant les années de Trump, du Brexit (et de Le Pen). Les audiences sont clairement polarisées et fatiguées par la manière de présenter les informations. Elles cherchent de nouvelles façons de les recevoir, que cela soit un podcast ou un compte TikTok qu'elles apprécient.

Que peuvent faire les médias traditionnels pour se protéger de la concurrence des créateurs de contenu en ligne ?

Les médias traditionnels peuvent collaborer avec des créateurs de contenu, apprendre de leurs techniques et valoriser leurs propres employés. S'ils paient correctement leurs collaborateurs et qu’ils soutiennent leurs carrières, ils découvriront des salles de rédaction remplies de créateurs lus et appréciés du public. Il s'agit d'établir un lien avec les lecteurs. Mes parents avaient l’habitude de choisir leurs journaux et programmes d’information télévisés en fonction des journalistes/animateurs qu’ils appréciaient. Il ne s’agit que de cela. Si les médias traditionnels licencient systématiquement leurs employés et se concentrent trop sur leur marque, ils peineront à rivaliser avec les créateurs qui s'adressent directement à leur public.

En quoi les créateurs de contenu en ligne ont-ils changé la façon dont les gens consomment l'information ?

Nous sommes actuellement dans une phase de transition, à cheval entre le passé et l’avenir. La prédominance de la vidéo me préoccupe, il s’agit selon moi d’une mauvaise façon de s'informer. Nous avons tendance à supposer que tout ce que nous voyons dans une vidéo est vrai. Et même si l'on découvre que ce n'est pas le cas, nous avons toujours l'envie de croire que cela pourrait être vrai ou refléter quelque chose de réel. Il s’agit d’une habitude dangereuse, régulièrement exploitée par l'extrême droite pour susciter la panique et le chaos.

Donner son opinion pour créer la polémique est également une pratique dangereuse qui ne cesse de refaire surface. La tendance la plus importante qui se profile à l'horizon - du moins aux États-Unis - est la montée des paniques morales. Et certains créateurs renforcent les clivages en s’improvisant leaders de foules armées de fourches.

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Liens vagabonds : Le modèle de Netflix évolue et rabat les cartes du « old streaming »

Dans la course des géants du streaming, Netflix semble avoir une longueur d’avance. La société a conclu cette semaine un accord de 10 ans avec la WWE - une entreprise américaine spécialisée dans l'organisation d'événements de divertissement -  pour les droits de l’émission de catch "Monday Night Raw", un programme hebdomadaire diffusé depuis 31 ans sur le petit écran. Cet accord évalué à 5 milliards de dollars contribue à la diversification des contenus de Netflix en même temps qu’il signe un « changement radical pour l'industrie du divertissement qui passe de la télévision linéaire à la diffusion en continu » analyse Axios. Passage à la loupe de la stratégie de différenciation de la plateforme :

Netflix mise sur le sport en direct pour diversifier ses contenus, mais pas que…

« Notre partenariat modifie et renforce fondamentalement le paysage médiatique, élargit considérablement la portée de la WWE et permet à Netflix d'accéder à des rendez-vous hebdomadaires en direct » a déclaré Mark Shapiro, président et directeur de TKO (société détenant WWE). Netflix n’en est cependant pas à son coup d’essai. En 2023, la société avait annoncé qu'elle organiserait son tout premier événement sportif en direct, avec des pilotes de F1 et des golfeurs professionnels s'affrontant lors d'un tournoi de golf. Quelques mois plus tôt, l’entreprise s’était déjà essayé à la diffusion en direct avec une émission de stand-up du comédien américain Chris Rock. Pour compléter ce portefeuille d’activités, l’accent a été porté sur la création de films originaux et émissions de télé réalité comme « Too hot to handle » ou « Love is Blind ».

« La société s'est lancée dans la télé-réalité, les romans à l'eau de rose et les séries internationales, tout en confiant de grosses sommes d'argent à des scénaristes de renom tels que Shonda Rhimes et Ryan Murphy » explique le Financial Times. En 2021, les dépenses annuelles en contenu avaient dépassé les 17 milliards de dollars.

Les raisons de cette diversification ? Une réaction à la perte de ses licences à l’instar de la série "Friends" au fur et à mesure que la concurrence se multiplie.

Un changement de paradigme porté par une hausse des recettes et des abonnements

Si Netflix a connu une année noire en 2022 caractérisée par une chute de sa marge d’exploitation et un lourd endettement de plus de 14 millions de dollars, l’entreprise a su remonter la pente en 2023. La plateforme a gagné 13 millions d’abonnés supplémentaires, notamment en raison de sa politique de restriction des mots de passe. Elle a augmenté considérablement ses revenus grâce à l’augmentation de ses prix et le lancement d’un abonnement financé par la publicité. Mais le véritable changement est venu de la réduction des coûts, favorisée par une grève des scénaristes à Hollywood qui a interrompu les productions. Alors que le chiffre d'affaires a augmenté de 6,6 % en 2023, le bénéfice net a progressé de 20 %.

Bien que Netflix éclipse les autres plateformes de streaming, il reste encore du chemin à faire pour que la compagnie rivalise avec Youtube qui propose du contenu créé gratuitement par ses utilisateurs.  Ce qui est certain, selon The Wired, c’est que : « l'ancien cahier des charges de Netflix a été mis au placard. Le nouveau - un mélange de programmes originaux et sous licence, de contenus financés par la publicité et d'événements en direct - ressemble de plus en plus au paradigme du câble que le streaming avait l'intention de remplacer ». La télévision traditionnelle perdra-t-elle ce combat de catch ?

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • IA : la France peine à faire entendre sa ligne pro-innovation en Europe (Les Echos)
  • Succès de Squeezie : dans les coulisses des concepts YouTube qui détrônent la télé (Libération)
  • Le Conseil d’Etat pourrait demander à l’Arcom d’être plus intransigeante envers CNews sur le respect du pluralisme (Le Monde)
  • C8 à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de « Touche pas à mon poste » (Le Monde)
  • Intelligence artificielle : les créateurs en appellent à Rachida Dati (La Croix)
  • Amazon va trop loin dans la surveillance des salariés selon la CNIL (Les Echos)

3 CHIFFRES

  • La consommation linéaire passe sous la barre des 50% de la consommation vidéo totale en France, selon le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
  • Les revenus publicitaires de LinkedIn aux États-Unis augmenteront de 14,1% pour atteindre 4,56 milliards de dollars cette année, d’après Business Insider.
  • La CNIL sanctionne Amazon France d’une amende de 32 millions d’euros.

ℹ🔴 La CNIL sanctionne AMAZON FRANCE LOGISTIQUE d’une amende de 32 millions d’euros notamment pour avoir mis en place un système de #surveillance de l’activité et des performances des salariés excessivement intrusif 👉https://t.co/OPxjqboAbz pic.twitter.com/HFk4fGysSI

— CNIL (@CNIL) January 23, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La désinformation en tête des risques mondiaux en 2024

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • La désillusion des journalistes partout dans le monde (Reuters Institute)
  • Pitchfork va me manquer, mais ce n'est que la moitié du problème (Ezra Klein)
  • Comment les algorithmes des médias sociaux 'uniformisent' notre culture en prenant des décisions à notre place (NPR)
  • L'avenir du journalisme s'assombrit (New York Times)
  • La guerre du streaming est terminée et Netflix a gagné (Financial Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • New York est la première ville à déclarer que les médias sociaux constituent un danger pour la santé publique (Washington Post)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Les deepfakes audio deviennent l'arme de prédilection de la désinformation électorale (Financial Times)
  • Un nombre croissant d'applications facilitent l'automatisation du militantisme pro-israélien en ligne (Washington Post)
  • Elon Musk propage des informations erronées sur les élections, mais les vérificateurs de X sont partis depuis longtemps (New York Times)
  • Clarissa Ward demande à Israël de laisser les journalistes rendre compte librement de l'actualité à Gaza (Washington Post)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • DMA : Meta et Google permettent désormais à leurs utilisateurs de pouvoir dissocier les différents plateformes (Correspondance de la Presse)
  • Digital Market Act: Meta et Google livrent un aperçu du big bang qui s'apprête à secouer l'internet européen (Le Figaro)

JOURNALISME

  • Le Los Angeles Times annonce le licenciement d’au moins 115 journalistes (Los Angeles Times)
  • La nouvelle PDG de la radio publique américaine NPR dit qu’elle déteste le mot « contenus » (NPR)
  • Au sein du complexe politico-médiatico-industriel américain en pleine déconfiture (Semafor)
  • Après les licenciements du LA Times, une nouvelle pression pour obliger Google et Facebook à payer pour l'information (San Francisco Chronicle)
  • Le HuffPost U.K. connaît des problèmes de trésorerie qui obligent les pigistes à courir après l'argent pendant des mois (Press Gazette)
  • Business Insider prévoit de réduire son effectif mondial de 8% (Press Gazette)
  • La guerre de l'information en Ukraine se retourne-t-elle contre ses propres journalistes ? (Columbia Journalism Review)
  • Guerre contre Gaza : Le photojournaliste Motaz Azaiza évacué au Qatar (Middle East Eye)
  • Les travailleurs syndiqués de Condé Nast se mettent en grève suite à l'annonce de licenciements (Axios)

L.A. Times began laying off at least 115 people in the newsroom beginning today in an effort to stem deep financial losses. Many cherished colleagues - including some with years of service - are being forced to say good-bye. @latimes https://t.co/rQDX4pFI9x

— Meg James (@MegJamesLAT) January 23, 2024

 

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Le plus grand journal norvégien s'exprime sur ce que les lecteurs aiment - et n'aiment pas - dans les articles audio (INMA)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Le gouvernement flamand veut obliger TikTok et YouTube à partager leurs revenus (The Guardian)
  • Twitch change ses règles de monétisation (The Verge)
  • Meta met en place des limitations de messagerie plus strictes pour les adolescents et des contrôles parentaux (TechCrunch)
  • Les influenceurs TikTok promettent de vous rendre riche. Le calcul n'est pas juste (Rolling Stone)
  • Nous sommes entrés dans l'ère du visage TikTok (Dazed Beauty)
  • BeReal, qui compte maintenant 23 millions d'utilisateurs actifs quotidiens, intègre des marques et des célébrités (TechCrunch)
  • X submergé par des fausses images explicites de Taylor Swift générées par l'IA (The Verge)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Microsoft licencie environ 10% des effectifs de sa branche jeux vidéo (The Verge)
  • Des conférenciers en hologramme enthousiasment les étudiants d'une université britannique novatrice (The Guardian)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Netflix débarque dans le sport en direct (CNBC)
  • Les abonnés et les revenus de Netflix augmentent grâce à la politique de répression du partage de mots de passe (Wall Street Journal)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Cette playlist Spotify qui vous comprend vraiment ? Elle a été écrite par une IA (New York Times)
  • Les réseaux de podcasts testent des outils d'IA pour la traduction des émissions, l'aide à la production et la vente de publicité (Digiday)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • NFT, chaos dans le monde de l’art (Capital)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Un nouvel outil logiciel gratuit permet aux artistes d'"empoisonner" les modèles d'IA cherchant à s'entraîner sur leurs œuvres (VentureBeat)
  • Comment l'IA peut trouver les films, les séries télévisées et les livres parfaits pour vous (Wall Street Journal)
  • La plupart des sites d'information bloquent les robots d'intelligence artificielle. Les médias de droite les accueillent à bras ouverts (Wired)
  • Schibsted remporte un franc succès avec l'IA audio (INMA)
  • L'IA annonce la prochaine génération d'escroqueries financières (Financial Times)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • La boutique TikTok est énorme. Est-ce que cela va durer ? (The New Consumer)
  • Les plateformes sociales deviennent des "moteurs de marketing", les créateurs cherchant à conclure des accords directs pour gagner de l'argent (Digiday)
  • Publicis investira 300 millions d'euros dans l'IA pour poursuivre sa transformation (Les Echos)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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    Alors que C8 vient d’être à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de “Touche pas à mon poste”, Claire Sécail, historienne des médias, décrypte l’univers télévisuel de Cyril Hanouna, ses codes et ses dérives. Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions Au fil des années, les plateaux de l’animateur se sont mués en estrades de choix pour l’extrême droite politique et culturelle, qui peut y dérouler à loisir ses théories civilisationnelles.

TPMP : le divertissement au service de la désinformation

Alors que C8 vient d’être à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de “Touche pas à mon poste”, Claire Sécail, historienne des médias, décrypte l’univers télévisuel de Cyril Hanouna, ses codes et ses dérives.

Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Au fil des années, les plateaux de l’animateur se sont mués en estrades de choix pour l’extrême droite politique et culturelle, qui peut y dérouler à loisir ses théories civilisationnelles. Dans le court essai Touche pas à mon peuple !, Claire Sécail montre l’évolution d’un trublion du PAF devenu cheval de Troie de Vincent Bolloré.  Simplifiant les enjeux à l’extrême, coupant court à la nuance, mettant dos à dos le “peuple” vs “l’élite”,  “le populisme hanounesque” est devenu “une entreprise de désinformation qui sape les termes de la conversation sociale et menace par extension les fondements de la démocratie”, alerte la chercheuse du CNRS. Réunissant 1,7 million de téléspectateurs en moyenne chaque soir, TPMP “participe à la mise en tension de la société en montrant une caricature de ses clivages”. L’historienne propose un guide pour s’armer face aux “discours qui sidèrent" et la dégradation du débat public.

Vous avez consacré plus de 300 heures de visionnage de “Touche pas à mon poste” dans le cadre de votre étude précédente, auxquelles s’ajoutent 70 heures pour votre essai récent “Touche pas à mon peuple”. Pourquoi avoir poursuivi sur ce terrain hanounesque ? 

Aucune émission n’a connu une évolution de genre aussi frappante. Lors de sa création sur le service public [France 4, ndlr ] en 2010, “TPMP” était une émission de télévision sur la télévision. Elle est ensuite devenue une émission de divertissement avant de se muer en magazine de société enrôlée dans l’agenda idéologique de Vincent Bolloré. C’est en 2018 que Cyril Hanouna franchit le cap de la politique avec l’émission Balance ton Post. Les thématiques correspondent à celles que l’on peut retrouver aujourd’hui dans “L’heure des pros”, émission animée par Pascal Praud sur CNews : les tensions communautaires, la mise en avant d’Eric Zemmour, la religion… Dans l’idéologie Bolloré, il s’agit de remettre Dieu partout dans l’espace public, par le biais d’un talk show d’actualité ou d’un divertissement. L’émission de Cyril Hanouna a même voulu lancer un débat : “Pour ou contre l’IVG en France”. A l’époque, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, est obligée d’intervenir. Elle a rappelé qu’un tel choix de programmation pouvait être un délit puni par la loi. 

A ses débuts, le succès de l’émission lui vaut des louanges de la presse. Le Figaro y voit « un phénomène suffisamment prometteur pour avoir relancé la mode du talk-show » par exemple…  Quel regard portez-vous sur son évolution ?

Il avait un créneau. Cyril Hanouna était reconnu pour ses qualités d’animateur et son sens du show. Il n’était pas la cible de ce mépris social dont il estime aujourd’hui être victime de la part d’une élite intellectualisante et bien-pensante. Le climat s’est particulièrement dégradé en 2015 : l’audience à plus d’un million de téléspectateurs et la signature par Vincent Bolloré d’un contrat de 50 millions d’euros par an sur cinq ans (contre 19 millions auparavant) nourrissent un sentiment d’impunité chez Hanouna. Il multiplie les humiliations auprès de ses chroniqueurs : l’affaire des nouilles dans le slip, le dérapage du canular homophone, des propos sexistes en cascade. Il se défend de manière agressive vis-à-vis de ceux qui le critiquent pour ce comportement.  L’anti-intellectualisme lui sert de mécanique de défense face à une attaque. L’anti-élitisme hanounesque repose sur le dénigrement systématique des personnalités ayant formulé une critique à son encontre, jamais sur les motifs même de la critique. Or critiquer ne revient pas à faire du mépris social !

Cyril Hanouna est le premier à recevoir des Gilets jaunes sur ses plateaux…  Il considérait que son émission était “un rond-point sur lequel peut se pencher toute la France”. 

C’est vrai. Au départ, il n’était clairement pas de leur côté. Des chroniqueurs tels que Gilles Verdez et Karim Zéribi l’incitent à adopter une empathie beaucoup plus claire et forte vis-à-vis des Gilets jaunes. Son intérêt précoce répond moins d’une prise au sérieux de leur discours que d’une admiration pour leurs performances sur les réseaux sociaux. Il s’intéresse également au mouvement pour son apolitisme revendiqué, qui résonne avec une promesse répétée de TPMP : “ici, on ne fait pas de politique”.  A plusieurs reprises, il les reçoit sur le plateau en jouant sur la proximité et l’authenticité. Ces interventions comptaient énormément pour les Gilets Jaunes. Marqués par le sentiment de ne pas être entendu, d’être invisible, d’être ignorés par les élites, ils ont vu dans cette mise en lumière une forme de reconnaissance. Les Gilets jaunes représentent la caution du peuple arborée par Cyril Hanouna pour asseoir sa légitimité à parler au nom des Français. Cyril Hanouna s’est laissé griser par ce rôle de représentant du peuple, alors que le mouvement, au contraire, ne cherchait pas de porte-parole ! Il se présente comme un homme qui comprend les problèmes des catégories populaires.

Grâce à Complément d’enquête diffusé sur France 2, on voit à quel point sa vie personnelle - avec ses yachts - est aux antipodes de cette réalité : il élabore des systèmes d’optimisation pour contourner les lois. Pendant la campagne présidentielle de 2022, il néglige d’ailleurs complètement la problématique du pouvoir d’achat, alors qu’elle est l'une des principales préoccupations des Français. Il se dit proche de son public - composé de catégories populaires pas ou peu diplômés (ouvriers, employés, artisans, commerçants, femmes au foyer, inactifs) - mais il néglige leurs intérêts.

Comment définir le “populisme” de Cyril Hanouna ?

Cette supposée proximité avec le “peuple” qu’il revendique fonde sa légitimité. C’est cela, le populisme. Il y a une entité homogène idéalisée - le peuple - et une entité disqualifiée - l’élite. Entre les deux se tient la volonté générale du peuple qui ne peut qu’être portée par un leader charismatique. Cette volonté générale ne doit pas avoir d’obstacle. Le corps institué est réprouvé. Il s’en prend soit aux institutions comme dans le cadre de l’affaire Lola, soit en attaquant des députés : “Ça ne sert à rien un élu, ça coûte cher”, l’entend-on répéter. Dans la tradition de l’antiparlementarisme protestataire, il banalise un discours de rejet à l’égard des institutions. Pour lui, le fonctionnement de la démocratie représentative constitue un frein à l’expression de la volonté générale du peuple. 

Une étude consacrée à la télévision italienne montre que les téléspectateurs exposés précocement aux chaînes de Silvio Berlusconi présentaient à l’âge adulte une moindre sophistication sur le plan cognitif et civique. Peut-on subir le même sort avec TPMP ? 

Cette étude montre que les jeunes précocement confrontés à ces programmes développent des difficultés d’apprentissage. Les plus âgés, eux, perdent en capacité de socialisation.. Pire : les jeunes téléspectateurs des programmes commerciaux du réseau Mediaset tendent à devenir des adultes plus réceptifs aux rhétoriques populistes (Forza Italia, Mouvement 5 étoiles).

Une étude américaine a travaillé sur Fox News, en prenant appui sur un panel de 300 personnes de sensibilité républicaine. Les chercheurs ont demandé à la moitié du panel de regarder CNN au lieu de Fox News pendant un mois. Ils ont ensuite fait passer un questionnaire sur des thématiques différentes – violence policière, crise sanitaire. Ceux qui ont regardé CNN pendant un mois avaient une compréhension plus large de ces sujets, avec des positions plus modérées. Ils avaient par ailleurs moins tendance au rejet, à l’invective. Au contraire, l’étude montre que les émissions de Fox News contribuent à polariser la société, à la mettre en tension. Elles peuvent enfermer dans une représentation de la société qui ne correspond pas à la réalité, et incitent à voir le monde comme une guerre de civilisation.

Quand une société se polarise, que l’on y efface tout le spectre des visions alternatives, on perd sa pluralité. Or le pluralisme, c’est le contraire du populisme.  Nous ne disposons pas d’étude de réception sur les publics de Cyril Hanouna, mais, comme pour les divertissements berlusconiens, l’animateur touche des jeunes souvent éloignés des programmes d’information traditionnels. Le risque de l’exposition précoce et répétée à ses émissions reste donc une question pertinente.  

“Se taire ou fermer les yeux, c’est ajouter à la faillite morale collective de notre époque, dont la trajectoire de Cyril Hanouna n’est que l’un des symptômes”, écrivez-vous ? Que faire ?

Je renvoie l’Arcom à son travail de contrôle sur les émissions. On a le sentiment que l’instance attend tranquillement 2025, où la question du renouvellement de la fréquence de C8 et de CNews sera posée, pour trancher véritablement. Pour l’heure, elle gère l’intendance des débordements d’un animateur en prenant des sanctions pécuniaires très bien intégrées dans le ratio coût-bénéfice de Vincent Bolloré. On sait très bien qu’il ne fait pas cela pour de l’argent, mais pour un objectif idéologique. Les politiques ont aussi leur responsabilité. Ceux qui considèrent Cyril Hanouna comme un animateur lambda en allant sur son plateau contribuent à construire et renforcer sa légitimité. 

Depuis plusieurs années, il n’a cessé de dégringoler dans le baromètre des animateurs préférés des Français (OpinionWay/TV Magazine) Une bonne nouvelle ?

Cet indicateur nous permet de le remettre à sa juste place. Il a cessé d’être perçu dans le débat public comme populaire. C’est dommage, je fais partie de ceux qui pensent qu’il avait le talent pour faire du vrai divertissement. Mais désormais, il est avant tout perçu comme clivant. 

Touche pas à mon peuple, éd.Seuil, coll.Libelle, 84p

 

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Liens vagabonds : Face à la chute de trafic en provenance des réseaux sociaux, quelles alternatives pour les médias ?

Augmentation des coûts, baisse des recettes publicitaires, ralentissement de la croissance des abonnements…Seule la moitié des rédacteurs en chef, PDG et responsables du secteur numérique interrogés pour une étude du Reuters Institute se disent confiants quant aux perspectives du journalisme pour l'année à venir. Réalisée auprès d'un échantillon stratégique de plus de 300 dirigeants du secteur numérique issus de plus de 50 pays et territoires, l’enquête montre une forte baisse du trafic référent en provenance des médias sociaux vers les médias. Alors que de nombreux organismes d'information traditionnels peinent à se faire connaître, ou n’en n’ont pas les moyens, quelles alternatives s’offrent à eux ?  

Les raisons de cette chute  

Selon l’étude, le trafic Facebook vers les sites d'information a chuté de 48 %, le trafic en provenance de X a chuté de 27 %, et le trafic en provenance d'Instagram a chuté de 10 % (causant, parmi d'autres, l'arrêt de BuzzFeed News l'année dernière). Les raisons ? Du côté de Méta, il s’agit d’une priorisation des contenus des influenceurs au détriment des journalistes pour tenter de contrer la concurrence de TikTok. L’arrivée très médiatisée d’Elon Musk chez X a encore plus chamboulé ce petit microcosme. Désinformation, difficulté à distinguer les titres de presse des autres sources de contenu – la somme de ces événements a entrainé le départ express de nombreux journalistes vers un avenir plus radieux…sur bluesky notamment, ou encore LinkedIn. Nic Newman, auteur du rapport a commenté ces chiffres : « Atteindre le public en ligne devient de plus en plus difficile à mesure que Facebook se retire de l'actualité et que X devient moins accueillant pour les éditeurs. » 

WhatsApp, le nouvel eldorado ? 

Face à ce problème, les médias se tournent vers WhatsApp (+61) et Instagram (+39), notamment pour leurs canaux de diffusion multimodaux. Ces derniers offrent aux créateurs et aux médias la possibilité d'interagir avec leurs abonnés à travers des messages directs. Ces échanges peuvent prendre la forme de messages écrits, vocaux, images, vidéos, ainsi que de sondages. Lancée en septembre, la fonctionnalité sur WhatsApp compte aujourd’hui plus de 225 canaux de diffusion. Même si son utilisation reste timide chez les médias français – la majorité n’a pas de canaux et le Monde, parmi les plus suivis, ne compte que 66 600 abonnés – la fonctionnalité connait un franc succès outre-Atlantique. Le New York Times compte par exemple 7,3 millions d’abonnés sur sa chaîne. WhatsApp n’est plus seulement « l'application que l’on utilise lorsqu’on voyage hors de son pays » a déclaré Will Cathcart, responsable de WhatsApp« elle se généralise aujourd’hui de manière significative ».  

L'avenir dans la vidéo ?  

Face à la nature de ces plateformes, les médias doivent davantage se tourner vers le format vidéo afin d’atteindre un public plus jeune. Naturellement donc, ils planifient d’accentuer leur présence sur TikTok (+55), et YouTube (+44). Toutefois, le Reuters Institute souligne que « de nombreux médias traditionnels ont [toujours] du mal à se faire connaître par rapport aux jeunes créateurs qui maîtrisent le langage et les conventions de ses plateforme ». Dylan Page, un jeune influenceur du Royaume-Uni, a régulièrement plus de vues à ses vidéos que la BBC ou le New York Times réunis, même sur des sujets de fond, comme le conflit à Gaza.  

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • On a testé TF1+, un service de streaming qui ne s’est pas foulé (Numerama)
  • « Touche pas à mon peuple » : Cyril Hanouna, émission suicide (Le Monde)
  • Hachette stoppe net son projet de déménagement à 150 millions d'euros (Les Echos)
  • CES 2024 : les startups françaises toujours en force à Las Vegas ? (Maddyness)
  • Intelligence artificielle : les éditeurs français s’organisent pour faire reconnaître leurs droits (Le Figaro)
  • Intelligence artificielle : un «Label Création humaine» pour garantir qu’un livre a bien été écrit par un humain (Libération)
  • Canal+ prend presque 30 % de la plateforme Viaplay (Les Echos)
  • Rachida Dati, ministre de la culture : une nomination surprise, fruit d’un deal avec Emmanuel Macron (Le Monde)
  • Canal+ obtient l'autorisation de l'Autorité de la Concurrence pour le rachat d'OCS et d'Orange Studio (Autorité de la concurrence)

3 CHIFFRES

  • Les tarifs pleins des abonnements numériques à la presse auraient gonflé de 20% en moyenne l’an dernier au Royaume-Uni, selon Press Gazette.
  • Plus de la moitié des Américains (52 %) craignent que l'augmentation des "deepfakes" n'influence les élections (McAfee)
  • Twitch licencie 500 employés, soit environ 35 % de son personnel, d'après Bloomberg.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Scott Galloway

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Voici les plus grands risques mondiaux auxquels nous serons confrontés en 2024 et au-delà (Forum économique mondial - Davos)
  • Les éditeurs indépendants de presse locale sont confrontés à de nouveaux défis dans le cadre de la réorganisation de leurs modèles économiques (Poynter)
  • L’effondrement de l’information ? (Hubert Guillaud)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • CES 2024 : tous les téléviseurs, ordinateurs portables, équipements pour la maison intelligente et autres nouveautés du salon (The Verge)
  • Fox Corp. lance une plateforme blockchain pour négocier avec les entreprises d'IA (Axios)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Lorsqu'on est témoin d'un génocide, il ne suffit pas d'éviter l'actualité (Pranav Jeevan P)
  • Fox s'associe à Polygon Labs pour lutter contre la méfiance à l'égard des deepfakes (TechCrunch)
  • Les partis politiques et les candidats ont recours à des poursuites judiciaires pour faire taire les journalistes pendant les élections : une tendance croissante au Brésil (LatAm Journalism Review)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • La Commission européenne se penche sur l'alliance Microsoft-OpenAI (Les Echos)
  • L'Ofcom débauche le personnel des grandes entreprises technologiques pour faire appliquer les nouvelles règles de l'internet (Financial Times)
  • Le Conseil de l’Europe a publié ses lignes directrices sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans le journalisme (Conseil de l’Europe)

JOURNALISME

  • Tendances des médias d'information pour 2024 : L'IA, Whatsapp, les newsletters et la vidéo parmi les domaines de prédilection (PressGazette)
  • Un bouleversement surprise au Los Angeles Times (Poynter)
  • Chez “Libé”, débat tendu autour du traitement de la guerre à Gaza (Arrêt sur Images)
  • L'assassinat sans précédent de journalistes affecte la couverture de Gaza (New Lines Magazine)
  • NBC News procède à des licenciements (Deadline)
  • Le trafic du Washington Post a chuté de plus de 50 % au cours des dernières années (Puck)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Eric Newcomer, auteur de Substack, déclare que ses revenus ont dépassé le million de dollars en 2023 (Axios)

ENVIRONNEMENT 

  • L'éditeur spécialisé dans le climat “The Cool Down” trouve sa rentabilité après l'ajout de publicités (AdWeek)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Fox s'associe à Polygon Labs pour lutter contre la méfiance à l'égard des deepfakes (TechCrunch)
  • Comment Google a perfectionné le web (The Verge)
  • Twitch va interdire les personnes qui font semblant d'être nues (The Verge)
  • Discord licencie 17 % de ses employés (The Verge)
  • Pourquoi Platformer quitte Substack (Platformer)
  • Google licencie des centaines de personnes travaillant sur son assistant à commande vocale (Semafor)
  • Twitter a temporairement suspendu les comptes de plusieurs journalistes, dont certains critiques à l'égard d'Elon Musk (The New Republic)
  • Pourquoi MrBeast rejette Elon Musk (Wall Street Journal)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Peacock se lance dans l'inconnu en diffusant un match éliminatoire de la NFL (New York Times)
  • Le télétexte perdure en Suède grâce à la nostalgie et au contenu fiable (The Guardian)
  • Netflix supprime plus de 100 émissions dans le cadre d'un changement de programmation majeur (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • La nouvelle politique de streaming de Spotify aurait rendu 152 millions de chansons inéligibles à une compensation l'année dernière (Bloomberg)
  • Le studio de podcasts Nouvelles Écoutes se recentre sur son offre payante de documentaires et enquêtes (Télérama)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Les premiers ETF Bitcoin approuvés par les régulateurs américains (The Verge)
  • Les pédophiles utilisent de mieux en mieux les crypto-monnaies pour brouiller les pistes (The Wired)
  • Une fille aurait été violée dans le métavers. Est-ce le début d'un sombre avenir? (The Guardian)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI déclare que les poursuites engagées contre elle par le New York Times sont "sans fondement" (New York Times)
  • Accord aux Etats-Unis sur le clonage des voix dans les jeux vidéo (Los Angeles Times)
  • L’affiche de Roland-Garros 2024 a été réalisée avec Midjourney (Numérama)
  • L'IA générative a un problème de plagiat des images (IEEE Spectrum)
  • Ces applications alimentées par l'IA peuvent entendre la cause d'une toux (MIT Technology review)
  • OpenAI fait signer 260 entreprises pour la version entreprise de ChatGPT (Bloomberg)
  • Alexa d'Amazon se dote de nouvelles expériences génératives alimentées par l'IA (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • CNBC va commencer à vendre des cours payants (Axios)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

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Wilson Fache, prix Albert-Londres 2023 : "Je souhaite que nous, les reporters de guerre, parvenions à rester choqués face aux horreurs du terrain"

À l'âge de 31 ans, Wilson Fache a décroché le prestigieux prix Albert-Londres, dans la catégorie presse écrite. Soit la récompense ultime pour tout journaliste. Ses faits d'armes ? Des reportages captivants à Bagdad, Kaboul ou encore Kyiv.

Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l'Information de France Télévisions / Crédit photo : Benjamin Géminel / Hans Lucas

Reporter de guerre belge, Wilson Fache suit l’offensive contre les djihadistes de l’État islamique jusqu’à la fin de la bataille de Mossoul, arpente les tranchées en Ukraine, explore la gare routière désaffectée de Tel-Aviv, sorte de cour des miracles des temps modernes. Témoin direct d’un monde en décomposition, il en recueille les bribes avec une plume affûtée pour Libération, L’Echo ou encore Mouvement. Entretien avec un journaliste qui tient à son indépendance.

Aviez-vous le prix Albert-Londres à l’esprit lors de vos reportages ?  

Cela serait exagéré de dire que l'on écrit pour les prix, mais on le garde en tête. Ce qui importe est l’histoire en tant que telle, la manière de la raconter. Les critères sont connus : le prix Bayeux-Calvados (le prix des correspondants de guerre) et le prix Albert Londres favorisent les sujets magazine, les séries d’articles. L’écriture, le récit, les personnages peuvent s’y déployer sans contraintes. C’est compliqué de faire des « articles à prix », quand on rédige 4000 signes. Ma chance reste d’être freelance, de disposer d’une grande liberté. Si j’ai envie de faire du mag, je pitche du mag.  

50% des lauréats du prix Albert Londres ne possèdent pas de carte de presse. Victor Castanet, lauréat du Prix Albert Londres (catégorie livre) en 2023, qui révélait les défaillances des Ephad privés Orpea dans « Les Fossoyeurs », n’a pas de carte de presse. Vous êtes journaliste belge, avec la carte de presse belge. Quel regard portez-vous sur les conditions d’attribution de la CCIJP ? (Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels)  

De l’extérieur, cette situation me semble absurde. Quand on voit que la moitié des lauréats n’y ont pas eu droit, on se dit qu’il y a forcément un problème. La carte de presse ne se limite pas à un rôle symbolique. Elle est surtout pratique, notamment sur des terrains compliqués, où elle est d’une nécessité absolue pour obtenir des accréditations.  

Par ailleurs, le système français me semble plus contraignant. En Belgique, la carte de presse est délivrée pour cinq ans, au lieu d’un an. Ce dispositif simplifie la vie. La majorité de mes collègues belges la possèdent.  

Est-ce un choix d’être journaliste indépendant ?  

C’était au départ la seule voie qui s’offrait à moi. Je souhaitais faire du reportage à l’étranger. Aucun média n’allait m’engager en CDD ou CDI, à la sortie de l’école de journalisme, et m’envoyer directement sur le terrain. Ce n’était donc pas tant un choix, puisqu’il n’y en avait pas d’autres. En revanche, il s’agit aujourd’hui d’une décision totalement assumée. Quel plaisir de faire ce métier en toute liberté malgré les difficultés financières : le fait de pouvoir partir où je veux, quand je veux, sur les sujets et les formats de mon choix. Cela serait difficile d’y renoncer pour passer en contrat. Pour le moment, j’ai préféré refuser les propositions. L’idée d’être assis derrière un bureau, ce n’est pas possible. Mon métier, c’est le terrain. 

La notoriété du prix Albert-Londres protège-t-elle contre un marché précaire en offrant plus d’opportunités à ses lauréats ? 

Obtenir le prix ouvre la porte à davantage de piges, d’offres de nouveaux médias et du monde de l’édition. Je suis actuellement en discussion avec des éditeurs. On m’a également sollicité pour dispenser des cours en école de journalisme en Belgique. 

Au-delà de l’écrit, qui est votre terrain de prédilection, vous faites également du reportage télé et de la radio… Comment ces activités se complètent-elles ?  

En tant que journaliste indépendant, je ne peux pas vivre uniquement de la presse écrite. Faire de la radio et de la télé me plaît. Cela apporte de la diversité. Mais le premier facteur reste financier : les rémunérations que je reçois pour mon travail en télé me servent à « subventionner » mes articles. 

Mais quand je traite le même sujet pour les trois supports, je divise mon cerveau en trois. C’est assez frustrant. Quand je suis occupé à filmer, à faire attention à la lumière, à la séquence, aux sons, c’est de l’espace de cerveau qui est indisponible pour réfléchir aux informations complémentaires dont j’ai besoin pour mes articles. Mais cet exercice peut également être bénéfique. Filmer une scène ou enregistrer un son me permet de récupérer des citations que j’aurais peut-être manquées sur le moment-même ou que l'on ne m’aurait pas traduites. Les images et les sons recueillis me permettent d’enrichir mon écriture de sens, de couleurs, de scènes et de dialogues. 

Vous avez par exemple fait tout un travail autour du son dans votre reportage écrit dans les tranchées en Ukraine intitulé « Le pire, c’est le silence », publié dans l’Echo en février 2023 

Cet article est un bon exemple. Il y a toute une scène où un char russe tire sur les positions ukrainiennes. Je suis seul dehors avec les soldats ukrainiens. Mon fixeur n’est pas présent, puisqu’il a peur. Il a préféré rester à l’abri, dans la tranchée. Je n’ai aucun traducteur avec moi. J’ai tout filmé, et j’ai pu ensuite tout retranscrire et traduire. 

Vous expliquez que dans ce genre de moment, la concentration remplace la peur… 

Quand ça pète, je dois tout d’un coup comprendre ce qui se passe, penser à ma séquence, à la lumière, au cadrage. Si je fais du son, je dois penser à régler le volume, aux questions à poser… La concentration prend en effet le pas sur la peur.  

A l’heure de la désinformation et de la défiance croissante du public vis-à-vis des journalistes, pourquoi faire le choix d’un journalisme de narration ? Ce type d’écriture rend-t-il les faits plus crédibles ? On a tendance à penser qu’il faudrait au contraire opter pour un style le plus neutre possible, chirurgical…  

Le journalisme de narration est utile pour prouver au lecteur que le journaliste était vraiment sur place. Parfois, il subsiste un doute. Il arrive que des articles se créent à distance sur fonds de témoignages au téléphone, de dépêches d’agences. Le lecteur ne sait plus très bien qui a récolté l’information qu’il est en train de lire. Quand on décrit des gens, des scènes, des sons, des ambiances, il devient évident pour le lecteur que l'on est bien sur place. Ce n’est pas un article que l'on a pondu depuis son bureau. Le travail du journaliste devient donc plus crédible. Une écriture agréable, prenante, va également aider le lecteur à poursuivre sa lecture. On n’a pas d’autre but que ça finalement. La majorité des gens s’arrêtent de lire après les deux ou trois premiers paragraphes. Tout l’enjeu est de leur donner envie d’aller jusqu’au bout. 

Quels sont vos modèles de journalistes-écrivains ? 

Marie Colvin, journaliste américaine, tuée lors d’un reportage à Homs pendant la guerre civile syrienne, est une source d’inspiration. Son dernier reportage en Syrie où elle décrit des civils tapis  dans une cave lors d’un bombardement est assez spectaculaire (ndlr : « Dernier rapport de Homs, la ville meurtrie »). On a l’impression d’y être. J’admire à la fois son courage - elle n’hésitait pas à se rendre dans des endroits risqués, où peu de journalistes s’aventureraient -, sa capacité à angler, à raconter des histoires vraies avec des personnages et une écriture fine. 

Dans un autre registre, j’aime beaucoup le style d’Emmanuel Carrère. C’est une écriture assez simple. Je n’aime pas les écritures trop pompeuses, je trouve que ça ne marche jamais. Il est plus difficile d’écrire de manière simple, précise, de faire du beau avec du peu. Tout dire en une tournure de phrase. 

Vous vous définissez également comme reporter d’après-guerre… 

Le reporter de guerre doit être aussi un reporter d’après-guerre. Il ne s’agit pas de quitter le pays en question une fois les guerres terminées. On a cette responsabilité, même si c’est parfois moins impressionnant. La guerre, finalement, est assez simple à raconter. L’après-guerre peut parfois être beaucoup plus complexe à saisir.  

Comment gérez-vous vos émotions lors de vos reportages ? 

Les émotions prennent peu de place, lorsque je suis focalisé sur le travail. La caméra, le micro, le stylo, créent une sorte de distance. Quand une mère perd son fils, qu’une fille perd son père, je pense surtout à noter ce que la personne dit, les traits de son visage, la façon dont elle le dit, le contexte.   

Vous appartenez à la « génération Mossoul », après la « génération Sarajevo » et « la génération Printemps Arabe ». De quelle manière la bataille de Mossoul vous a-t-elle marqué ?  

Cela a été mon premier terrain, dès 2015 : la guerre contre Daesh en Irak, et assez rapidement la bataille de Mossoul. J’ai tout appris sur le terrain. J’ai eu de la chance d’être très bien entouré. J’habitais dans une colocation avec des journalistes - entre autres - français et irakiens, dont Allan Kaval (Prix Albert Londres 2020), Jérémy André, Meethak Al-Khatib et Oriane Verdier, tandis que Laurence Geai, Camille Courcy et Samuel Forey (Prix Albert Londres 2017) n’étaient jamais bien loin. J’étais l’un des plus jeunes et des moins expérimentés. On allait beaucoup sur le terrain ensemble pour des questions de sécurité ou de logistique : partage de coûts de transport ou de traducteurs. On n’a pas envie d’aller seul sur la ligne de front. On était dans l’entraide et non pas la compétition. Face à une actualité dense, les opportunités de piges étaient nombreuses pour chacun. Il ne s’agissait pas de se battre pour récupérer des commandes. La coopération était de mise. Tous les terrains ne sont pas aussi solidaires : il y a des pays où les relations entre les correspondants sont plus tendues. 

La bande de Gaza demeure un terrain inaccessible pour les journalistes qui n’y étaient pas au début de l’offensive israélienne. Ceux qui y sont y meurent. Les récits de ce qui se passe à Gaza sont rares et incomplets. Quel regard portez-vous sur cet angle mort journalistique ?  

C’est assez unique dans l’histoire du journalisme d’avoir un conflit aussi intense, qui se déroule en huis clos. Les seuls journalistes susceptibles de documenter la guerre à Gaza sont soit des journalistes locaux, de moins en moins nombreux puisque de plus en plus tués, soit de rares « embedded » (embarqués) avec l’armée israélienne qui vont sur le terrain quelques heures et reviennent avec des infos à valeur journalistique peu élevée. Dans l’histoire du journalisme, d’avoir ainsi des journalistes qui sont assiégés, enfermés, c’est assez rare. Cela me rappelle Alep-Est, en Syrie, et Marioupol, en Ukraine. Cela rend le travail des rares journalistes sur place d’autant plus précieux, mais en même temps insuffisant. Il faudrait des milliers de journalistes à Gaza, et non pas quelques dizaines. La quantité d’informations qu’il faut récolter, vérifier, contextualiser, est énorme. Si je pouvais me rendre à Gaza, j’irais. Dès que cela sera possible, je souhaite y aller et y passer beaucoup de temps. 

Quels conseils donneriez-vous à un journaliste qui veut être reporter de guerre ? 

Il faut être certain de vouloir faire ce métier pour les bonnes raisons. On ne l’exerce pas pour des raisons égoïstes, pour son petit trip personnel, l’adrénaline ou la gloire, parce qu’on veut rentrer à Bruxelles ou à Paris et faire le malin en racontant ses exploits une clope au coin des lèvres. Parfois, j’ai des étudiants qui me disent : « j’ai couvert une manifestation, l’adrénaline c’est génial, maintenant je veux devenir reporter de guerre ». Quel enfer !  

On ne fait pas ce métier pour soi, mais pour les autres. Cela ne veut pas dire que l'on est dans une démarche sacrificielle pour autant. Je fais ce métier parce que je l’aime, que j’ai envie de porter l’histoire de ces gens, que je suis touché par ces thématiques.   

Est-ce que cela vaut vraiment le coup de se mettre autant en danger pour le « droit à l’info » ? 

Est-ce que je me mets tant en danger que ça ? J’ai finalement été deux ou trois fois sur la ligne de front lors de l’année écoulée. Je passe la majorité de mon temps dans des pays en guerre, mais pas forcément au plus près de la ligne de front. Il y a beaucoup d’histoires à raconter à l’arrière, auprès des civils. Parler économie, culture, relations interpersonnelles : on n’a pas besoin d’être en danger de mort. Il y a toujours un petit risque mais qui reste acceptable comparé à une véritable ligne de front. 

Quels sont vos vœux pour la presse en 2024 ? 

Moins d’éditorialistes et plus de reporters. Et moins d’extrême-droite. En Belgique, on a une sorte de cordon sanitaire : les représentants d’extrême droite ne sont pas invités sur les plateaux. La parole d’extrême droite n’est pas une parole comme les autres et ne doit pas être traitée comme telle par les autres.  

Je souhaite aussi que nous, les journalistes qui couvrons des guerres, parvenions à rester choqués face aux horreurs du terrain. Le risque, c’est que l’on finisse par s’habituer à ces récits, ces scènes si on les voit de manière quasi quotidienne pendant des années. Le risque, c’est que notre empathie s’érode. L’être humain s’habitue à n’importe quelle situation rapidement : c’est vrai pour les civils en période de guerre qui finissent par s’habituer et retrouver une forme de quotidienneté. C’est vrai pour les reporters de guerre. J’ai déjà vu des camps de réfugiés, les corps, les blessés, les enterrements, les destructions, les ruines. Cela fait presque dix ans que je le vois. Mais ce n’est pas pour autant  que cela est normal. Pour les victimes d’une guerre, tout ceci reste exceptionnel :  jamais auparavant leur maison n’avait été détruite, jamais auparavant les membres de leur famille n’avaient été tués. Il faut parvenir à illustrer et transmettre cette exceptionnalité de la guerre. C’est pour cela qu’il faut rester choqué. 

 

 

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