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Des fonctions support essentielles ⎢IHU

Article publié en juin dans notre hors-série dédié à l’IHU

Le bon fonctionnement de l’IHU repose sur des activités complémentaires à la recherche. Focus sur trois d’entre elles.

SUBVENTIONS ET FINANCEMENTS

« Bien que chaque salarié occupe un poste dédié au sein de l’IHU, nous sommes tous polyvalents et amenés régulièrement à faire de nouvelles choses. Cela fait évoluer l’institut autant que cela nous fait évoluer personnellement », énonce Clélia Kinderstuth, sa directrice administrative et financière. Comme l’indique le qualificatif de son poste, son métier porte entre autres sur le suivi des sources de financement de l’IHU. La première : l’État qui lui a attribué une dotation de 67 millions d’euros pour la tranche 2011-2019 et une seconde de 14 millions pour la période 2020-2025.
« En parallèle, nous disposons d’autres subventions ainsi que de financements propres à chaque projet, indique Clélia Kinderstuth. Pour cela, nous répondons à des appels à projets tout comme nous initions des partenariats avec des organismes publics ou privés. » Parmi eux : des industriels de la santé, l’Agence nationale de la recherche, l’Europe, la Fondation Arc, Bpifrance ou encore la Région Grand Est. L’objectif désormais est de développer des recherches pleinement auto-financées, relève-t-elle tout en rappelant que l’IHU poursuit un but non lucratif.

« Nous sommes tous polyvalents et amenés régulièrement à faire de nouvelles choses. »

Clélia Kinderstuth, directrice administrative et financière. ©Laetitia Piccarreta

UNE VALORISATION OPTIMISÉE

Après avoir été cheffe de projet innovation, Marie-Muguet Klein est chargée de valorisation, une fonction également assumée par deux de ses collègues, dont sa responsable d’équipe. En « parfaite synergie », elle accompagne les chercheurs dans la mise en valeur de leurs projets et de leurs résultats. Cette finalité implique dès leur genèse « d’évaluer des facteurs contextuels afin de vérifier qu’ils répondent bien à un besoin médical et n’ont pas d’équivalents à l’identique sur le marché », explique-t-elle. Les degrés de faisabilité technologique, de viabilité économique et de valorisation du concept sont par ailleurs analysés (par le biais de financements internes appelés sandbox et/ou de POC (Proof Of Concept) ainsi que par un processus de suivi et de validation). De même, les questions de la propriété intellectuelle sont étudiées afin de protéger les travaux.
Ces étapes permettent, au besoin, de rediriger – voire de stopper – le plus tôt possible les recherches afin de ne pas mobiliser inutilement des moyens humains et financiers. À l’inverse, elles se veulent une preuve du caractère prometteur du concept… « Elles permettent donc, par la suite, de chercher des financements complémentaires auprès d’académiques ou d’industriels avec des arguments scientifiques et médico-économiques solides pour continuer le développement », explique Marie-Muguet Klein qui s’attelle également à l’élaboration et au suivi de ces contrats de collaboration. Enfin, une fois la solution dérisquée à travers l’application de nos processus, un transfert de cette dernière peut être envisagé par le biais d’une licence ou d’une cession que ce soit à un industriel de la santé ou via la création d’une start-up permettant ainsi d’atteindre de le marché et d’impacter positivement le parcours patient.

« Évaluer les facteurs contextuels [des projets de recherche] afin de vérifier qu’ils répondent bien à un besoin médical et n’ont pas d’équivalents. »

Marie-Muguet Klein, chargée de valorisation. ©Laetitia Piccarreta

SAVOIR-FAIRE ET FAIRE SAVOIR

« Dans nos murs, nous avons des experts reconnus qui mènent des projets d’envergure. Pourquoi nous ne le dirions pas ? », sourit Gaëlle Giovannoni. Chef projet web, elle cumule actions de communication interne et externe en « adaptant les messages et les supports de diffusion aux publics ciblés. Par exemple, sur LinkedIn, je poste principalement des actualités à destination des institutionnels et des professionnels du secteur de la santé et des technologies médicales. L’idée est de faire la promotion de nos projets au niveau régional comme national et international, d’annoncer les formations que nous proposons ou encore d’évoquer les récompenses que peuvent recevoir des membres de l’institut pour leurs travaux de recherche. »
« Sur notre site internet www.IHU-strasbourg.eu, nous sommes plus dans la vulgarisation dans le but de sensibiliser le grand public à l’excellence de nos activités », explique encore Gaëlle Giovannoni qui se décrit, non sans une certaine fierté, comme « une travailleuse de l’ombre ». Toutes ses publications ont un fil conducteur commun : « Nous ne sommes pas là pour rien. Nous sommes là pour vous soigner ! »

Gaëlle Giovannoni, chef projet web ©Laetitia Piccarreta

 

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Une évolution verte à opérer en urgence ⎢IHU

Article publié en juin 2026 dans notre hors-série dédié à l’IHU

Ancien directeur médical adjoint de l’IHU Strasbourg, le Professeur Patrick Pessaux alerte sur la nécessité de tenir compte des impacts environnementaux du système de santé. Il préside notamment le Collectif écoresponsabilité en santé et l’Institut européen de la transition écologique en santé qu’il a contribué à fonder au coeur de la capitale alsacienne.

Le système de santé est responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau français, contre 5 % pour l’aéronautique. Quelque 16 000 tonnes de médicaments prescrits par la médecine de ville sont récupérées chaque année en pharmacie d’officine pour être incinérées. Bien que les ressources s’amenuisent, 400 à 1 200 litres d’eau sont consommés chaque jour pour un patient hospitalisé. Environ 20 % des déchets des blocs opératoires correspondent à du matériel ouvert, mais non usité… Une opportunité à saisir « Toutes ces réalités, on ne les évoque pas assez, expose le Professeur Patrick Pessaux. Elles démontrent pourtant qu’il y a urgence à revoir le système de santé sous le prisme de la transition écologique. Cette évolution ne doit pas être perçue comme une contrainte. Au contraire, elle doit être considérée comme une opportunité de redonner du sens à l’hôpital, d’améliorer la prise en charge des patients et les conditions de travail de l’ensemble des professionnels de santé. »

« La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Pour les soins, c’est la même chose. » Patrick Pessaud

Dans ces perspectives, Patrick Pessaux a, par exemple, travaillé dès 2017 avec l’équipe d’anesthésie du service de chirurgie viscérale et digestive qu’il dirigeait au Nouvel hôpital civil de Strasbourg. Appliquées dans la plateforme clinique occupée par le service au premier étage de l’IHU Strasbourg, leurs réflexions ont conduit à la suppression de substances anesthésiantes à l’impact carbone trop lourd et à la mise en place d’un tri sélectif notamment de plastiques en vue de leur recyclage. Elles se traduisent également par la revalorisation d’ustensiles chirurgicaux et le remplacement de plateaux d’anesthésie et de dispositifs médicaux à usage unique par des produits à usages multiples.

Données et sensibilisation

Plus généralement, des modèles et des indicateurs doivent désormais être générés pour évaluer scientifiquement l’empreinte environnementale de l’ensemble des pratiques de soins. Y compris chirurgicaux. Grâce à la donnée, ils doivent aussi afficher les bénéfices des mesures prises pour le patient et le financement de la santé. Cet enjeu est tel qu’il figure parmi les principaux objectifs de l’IETES, l’Institut européen de la transition écologique en santé que le Professeur Pessaux a contribué à fonder à Strasbourg en septembre 2025 et préside depuis.
Cet institut a également pour ambition de sensibiliser les décideurs, les praticiens et les industriels de la santé aux transitions et de les former en adéquation. Il vise par ailleurs : à accompagner les établissements hospitaliers dans leur stratégie durable ; à impulser un réseau européen pour comparer et partager des pratiques ; à créer une plateforme documentaire ; à favoriser l’émergence d’innovations en soutenant des start-ups.

Innovation et prévention

« L’innovation est un levier intéressant pour intégrer des considérations environnementales poussées dès la conception des instruments de demain. Au travers de ses recherches sur un bloc du futur reposant sur la robotique et l’IA, l’IHU de Strasbourg joue un rôle important dans cette démarche », pointe Patrick Pessaux. Les avancées technologiques ne feront néanmoins pas tout. Une modification de pratiques plus communes s’impose aussi. Exemple : « Lors d’une chirurgie ambulatoire, donner du paracétamol en comprimé à un patient a un impact carbone douze fois moins élevé que le faire par intraveineuse. »
En parallèle, relève encore l’expert strasbourgeois, un renforcement des politiques de prévention ainsi que des pratiques prédictives et personnalisées est attendu. Et pour cause ! « La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Pour les soins, c’est la même chose. Pour le patient comme pour la planète, le meilleur soin est celui que l’on n’a pas besoin de réaliser. »

©Laetitia Piccarreta

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ST-ART, l’art de durer

Article publié dans Or Norme N°62 (septembre 2026)

ST-ART est née ici et n’a jamais vraiment quitté ses racines, même en partant à la conquête de la Bretagne. Voilà trois décennies que la foire fait de Strasbourg une capitale de l’art contemporain accessible, exigeante et vivante.

Trente ans, c’est à la fois une performance rare dans le paysage des foires françaises et une promesse tenue. Cette manifestation a en effet su se réinventer sans jamais renoncer à ses convictions fondatrices : exigence artistique, pédagogie et accessibilité.
Rétrospectivement, les chiffres donnent le vertige. Plus de 3 000 galeries accueillies, un demi-million de visiteurs, 50 000 oeuvres exposées dont 700 vendues en moyenne chaque année. Derrière ces volumes, c’est pourtant une autre arithmétique qui compte : celle des premières fois. Première acquisition d’un collectionneur intimidé ; première participation d’une jeune galerie ; première reconnaissance d’un artiste repéré ici avant d’être consacré ailleurs… Kamel Mennour, qui compte aujourd’hui trois galeries à Paris et une à Londres, a fait ses premiers pas dans une foire d’art contemporain sous les nefs du Parc des Expositions de Strasbourg.

ST-ART n’est pas de ces foires qui empilent. Elle sélectionne, avec un comité artistique indépendant dont la composition dit déjà beaucoup : Georges-Michel Kahn, collectionneur et galeriste spécialiste de l’abstraction, présent depuis 1998 ; Rémy Bucciali, dernier graveur éditeur en taille-douce de France, fidèle depuis 1997 ; Stéphanie Pioda, historienne de l’art et journaliste. Un trio de passionnés qui choisit les galeries, avec la complicité de Carole Schaller. « L’année dernière, on en comptait 60. Ce n’est pas un manque mais un choix éditorial : on préfère en avoir moins mais mieux pour garantir la qualité, laisser le temps de la découverte et inspirer confiance aux acheteurs », explique la responsable des salons culturels chez Strasbourg Évents, forte de huit ans d’expérience dans la galerie 1900-2000 à Paris. « Trop de stands peuvent vite submerger et changer la nature de la visite. On peut vite basculer de la posture de l’acheteur à la visite muséale, moins propice à l’achat », complète Christophe Caillaud-Joos, directeur général de Strasbourg Évents. Cette rigueur n’empêche pas la fidélité : les galeries Ritsch-Fisch et Arnoux sont là depuis les origines ou presque. Et des galeries de la trempe de Denise René ou Suzanne Tarasieve y ont posé leurs cimaises. En 30 ans, tous les pays ont été représentés dans les allées de la foire régionale.

Souhire Ehresmann, Carole Schaller et Christophe Caillaud-Joos. ©Salomé Dollinger

Démystifier sans dévaluer
ST-ART ne soutient pas seulement les artistes, elle fait aussi naître des collectionneurs. Lancé en 2025, l’espace ST-ART your collection ouvre la porte aux premiers pas : une sélection d’oeuvres proposées par les galeries participantes à moins de 1 000 euros.
Exigeante dans le choix, accessible dans le prix. « ST-ART, c’est le début », sourit Christophe Caillaud-Joos. Le début d’une collection, d’une relation à l’art, d’une confiance en son propre regard. Car chaque achat, quel qu’en soit le montant, commence par le même geste : poser les yeux sur une oeuvre et se dire que c’est elle.

La pédagogie, autre pilier de l’accessibilité
Visites guidées gratuites animées par des étudiants en histoire de l’art, partenariats avec la HEAR et le CERFAV, panneaux explicatifs intégrés au parcours, remise en avant d’un ADN historique lié au verre… Pour cette édition anniversaire, la soirée d’ouverture du 10 novembre 2026 accueillera également Hector Obalk, dont le spectacle Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures a déjà conquis près de 200 000 spectateurs.

Le flair pour les talents avant l’heure
Depuis 2024, le Prix de la Jeune Création Européenne, co-créé avec la SAAMS, distingue un artiste de moins de 35 ans basé en Europe, proposé par les galeries participantes. Karine N’guyen Van Tham, lauréate 2025, a depuis exposé à la Biennale de Venise. « Elle a livré un témoignage bouleversant en expliquant en quoi ST-ART et ce prix ont changé sa vie », se souvient Souhire Ehresmann, directrice de ST-ART et des manifestations Strasbourg Évents. En 2026, c’est Jonathan Tignor, représenté par la Pigment Galerie (Barcelone), qui porte cette flamme. À la clé : une dotation de 2 000 euros et un stand en solo-show offert. La Fondation François Schneider, partenaire historique dédiée à l’eau, a de son côté révélé Bianca Bondi, nommée au Prix Marcel Duchamp 2025.

Cap sur la Bretagne
En janvier dernier, ST-ART a franchi les frontières de l’Alsace pour poser ses valises à Rennes. 23 galeries, dont sept bretonnes, plus de 4 000 visiteurs… Un succès inattendu et déjà une deuxième édition confirmée pour 2027 ! Cette aventure illustre la capacité du modèle à voyager sans se trahir. Une troisième destination ? « Uniquement si le projet a du sens et peut s’appuyer sur une véritable identité territoriale. Mais on ne le fera pas à tout prix », sourit Christophe Caillaud-Joos. C’est peut-être là, finalement, ce qui distingue ST-ART après 30 ans : une certaine idée de la mesure.

 

En 30 ans, ST-ART a accueilli 500 000 visiteurs, 50 000 oeuvres et plus de 3 000 galeries ©Bartosch Salmanski

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Strasbourg veut bâtir son avenir économique

Article publié dans Or Norme N°62 (septembre 2026)

En créant un Conseil métropolitain de l’économie, l’Eurométropole ne veut pas se contenter d’installer une nouvelle instance de dialogue. Inspirée des méthodes de l’entreprise, elle ambitionne de rapprocher durablement élus, dirigeants, universitaires et acteurs du territoire pour faire de la création de valeur le moteur de son développement. Un changement de culture autant que de gouvernance.

Strasbourg sait raconter son patrimoine, ses institutions européennes, sa qualité de vie. Plus rarement son économie. C’est précisément ce récit que la nouvelle équipe municipale entend réécrire. « L’économie doit être au coeur d’un projet de société », résume Nathalie Roos, ancienne dirigeante internationale de Mars, Lipton ou L’Oréal, aujourd’hui chargée de concevoir le futur Conseil métropolitain de l’économie. « On continuera évidemment à parler de Strasbourg pour son histoire, sa culture ou ses institutions européennes. Mais il faut aussi que demain on parle d’une ville innovante, capable d’exercer un leadership économique européen et d’aider l’Europe à rayonner dans le monde. »
Cette ambition s’inscrit dans la volonté affichée par Catherine Trautmann de replacer le développement économique parmi les priorités du mandat. La création du Conseil métropolitain de l’économie, présentée le 9 juin 2026 au Club de la Presse, constitue la traduction opérationnelle de cette orientation. L’objectif n’est pas seulement de consulter davantage les entreprises. Il est de modifier la manière dont la puissance publique construit sa stratégie économique.

Favoriser l’économie

Le lancement du Conseil métropolitain de l’économie, le 9 juin 2026, marque le point de départ d’une nouvelle démarche de concertation entre l’Eurométropole de Strasbourg et les acteurs économiques du territoire. ©Laetitia Piccarreta

Pour Nathalie Roos, le point de départ est simple : « Ce n’est pas la politique publique qui fait réussir l’économie ; ce sont les entreprises. En revanche, la politique publique peut créer les conditions de leur réussite. » Cette conviction irrigue tout le projet. Inspirée par ses vingt années passées chez Mars, elle transpose au territoire une philosophie qu’elle résume par un principe : « Un bénéfice n’est durable que s’il est partagé. » Une idée qui dépasse le seul monde économique. « Je ne veux pas entrer en concurrence avec Bâle, Stuttgart ou Karlsruhe. Je veux que Strasbourg contribue à rendre toute l’Europe plus forte. » Cette vision rompt avec une approche où collectivités et entreprises évoluent parfois côte à côte. « Il y avait clairement un manque de dialogue entre les entreprises et le monde politique », constate-t-elle. Le Conseil entend précisément recréer ce lien.

Un conseil conçu comme un conseil d’administration

Le fonctionnement retenu s’inspire directement de la gouvernance d’entreprise. Le Conseil s’articulera autour d’une assemblée d’une cinquantaine de membres – représentants des entreprises, des organisations professionnelles, des universités, des collectivités, de l’économie sociale et solidaire et des partenaires transfrontaliers – qui se réunira trois fois par an. Un comité stratégique composé d’une douzaine de dirigeants préparera les travaux, définira les priorités et suivra leur mise en oeuvre. « Le Conseil métropolitain représente les entreprises comme un conseil d’administration représente les actionnaires », explique Nathalie Roos. « Le comité stratégique, lui, fonctionne comme un comité exécutif : il prépare les décisions, construit les feuilles de route et suit les indicateurs. »
L’instance ne disposera toutefois d’aucun pouvoir décisionnel. Elle formulera des recommandations destinées à éclairer les choix de l’exécutif métropolitain.

Ancienne dirigeante de Mars, Lipton et L’Oréal, Nathalie Roos pilote la conception du futur Conseil métropolitain de l’économie, dont la première réunion est prévue à l’automne 2026. ©Laetitia Piccarreta

Des priorités très concrètes

Avant même la constitution officielle du Conseil, une vaste consultation a été lancée auprès des acteurs économiques du territoire afin d’identifier les principaux freins au développement. Elle s’est achevée le 30 juin 2026. Logement, foncier économique, mobilité, simplification administrative, recrutement, transition énergétique ou attractivité devraient naturellement figurer parmi les premières priorités. Nathalie Roos souhaite néanmoins aller plus loin en recherchant rapidement des « quick wins », ces améliorations visibles susceptibles d’entretenir la dynamique collective. « Il ne faut pas perdre le momentum », insiste-t-elle.
Au-delà des difficultés immédiates, plusieurs filières apparaissent comme stratégiques : intelligence artificielle, défense, nouvelles énergies, mobilités, santé ou encore technologies industrielles. La proximité de l’Université de Strasbourg, du port autonome, des institutions européennes et des bassins économiques allemands et suisses constitue autant d’atouts que le Conseil entend mieux articuler.

Catherine Trautmann, présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, et Pernelle Richardot, vice-présidente chargée du développement économique, portent la création du Conseil métropolitain de l’économie, appelé à rapprocher durablement entreprises et collectivités. ©Laetitia Piccarreta

Faire émerger un écosystème

Au fond, le Conseil métropolitain de l’économie ne poursuit pas seulement un objectif de compétitivité. Il cherche à créer un espace où dirigeants, chercheurs, étudiants, collectivités et partenaires transfrontaliers construisent ensemble les conditions d’un développement partagé. « Je veux que tout le monde réussisse », résume Nathalie Roos. « Les grandes entreprises, les PME, les ETI, les indépendants, les jeunes entrepreneurs, l’économie sociale et solidaire. Le succès des uns entraîne le succès des autres. » Les premiers enseignements de la consultation ont été analysés dès juillet. Les priorités seront arrêtées à la rentrée, avant une première réunion officielle du Conseil métropolitain de l’économie prévue à l’automne, a priori à la mi-octobre. Une étape qui dira si Strasbourg parvient réellement à transformer une ambition politique en une nouvelle manière de gouverner son économie.

↑ De gauche à droite : Anne-Pernelle Richardot, Catherine Trautmann et Nathalie Roos ©Laetitia Piccarreta

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Pierre Jakubowicz « Parlons de la culture pour tout ce qu’elle rapporte ! »

Interview publié dans Or Norme N°62 (septembre 2026)

C’était au coeur de la seconde canicule de l’été, en juillet dernier. L’adjoint à la culture avait quitté les débats d’un Conseil municipal pour évoquer avec nous les dossiers de sa délégation. Une petite heure trop vite passée, il en aurait largement fallu deux autres de plus tant la culture imprègne depuis longtemps la politique municipale à Strasbourg…

Votre nomination à ce poste d’adjoint à la Culture a pu surprendre, c’est pourtant tout sauf un hasard s’il vous a été attribué…

Vous avez raison, je ne suis pas là par l’effet du hasard. La culture fait partie de ma vie depuis mes plus jeunes années. J’ai eu la chance d’avoir une mère artiste et passionnée de culture. Elle m’a emmené pour la première fois dans les musées à l’âge de trois ans. Un peu plus tard, j’ai pu découvrir avec elle les ballets russes au théâtre du Châtelet. Elle a réussi à désacraliser tout ça très vite pour que je ne ressente aucune limite à ce que je voyais. En même temps, elle-même peignait et sculptait. Dès tout petit, j’ai baigné dans cet univers créatif, très vite elle m’a acheté des toiles et des pinceaux pour que je puisse peindre à ses côtés. J’ai rapidement adoré ça. La culture a toujours habité mon quotidien et, depuis très longtemps, je ne peux pas me rendre dans une ville sans aller dans un musée ou à l’opéra, s’il y en a un… Enfin, élu en 2020, j’ai candidaté pour occuper certains postes réservés à l’opposition et je me suis retrouvé administrateur de la HEAR, de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg et de l’Opéra du Rhin, par exemple. Avec Catherine Trautmann, nous nous étions promis de ne pas reproduire les erreurs des autres et donc de ne pas parler de poste avant le soir du second tour. On s’est dit gagnons d’abord et on verra bien ensuite pour l’attribution des responsabilités. Deux jours après la victoire, Catherine m’a spontanément dit qu’elle me voyait bien à la Culture. Je lui ai dit tout de suite que j’étais d’accord. Tout cela n’a pas pris trente secondes…

©Tobias Canales

Impossible de ne pas évoquer immédiatement les terribles inquiétudes qui traversent tous les acteurs de la culture. Ils savent tous que l’argent public est devenu rare et que rien ne va s’arranger dans ce domaine avant longtemps. Que pouvez-vous dire aujourd’hui à tous ces acteurs, quels engagements pouvez-vous prendre qui les rassureraient ?

En ce qui nous concerne, nous ne voulons pas faire de la culture une variable d’ajustement. Aujourd’hui, le budget de la culture à Strasbourg, c’est un peu moins de 100 millions d’euros, dont 45 millions de subventions à des acteurs du territoire, ce qui est énorme. En outre, ce sont 900 agents qui, au sein de la collectivité, travaillent dans ce domaine. Strasbourg reste aujourd’hui, par dépense par habitant, la première des grandes villes de France, hors Paris bien sûr, en termes d’engagement sur la culture. Cet engagement, on souhaite le pérenniser et même le renforcer. Ce sont des choix budgétaires qui seront faits quand on aura enregistré les résultats de l’audit financier actuellement en cours de réalisation. Nous n’ignorons rien des difficultés rencontrées dans beaucoup de secteurs culturels, notamment ce point important qu’est la diminution constante de la marge artistique quand, à côté, il faut subir toutes les hausses de la vie courante. Il y a là un grand sujet sur la précarité culturelle, la précarité des artistes. Enfin, il y a aussi une insuffisance flagrante en matière de lieux de création et de diffusion, que ce soit dans le théâtre, les arts graphiques, la musique… Donc, on voit bien que tenir notre rang et rester présent ne suffit plus. Alors, on va lever beaucoup plus de fonds européens et, comme nous l’avons promis durant la campagne, nous allons créer un vrai service municipal du mécénat qui va aider les acteurs culturels à se rapprocher des mécènes. Nous collecterons les fonds venant du privé et les redistribuerons aux acteurs culturels. C’est innovant, de mémoire je n’ai pas le souvenir qu’on ait déjà initié ça à Strasbourg, en dehors bien sûr du mécénat sur les grands projets.

Parlons de l’Opéra du Rhin et des immenses problématiques que pose la rénovation inéluctable du bâtiment emblématique de la place Broglie. Concrètement, que va-t-il se passer et comment se présente l’évolution de l’enveloppe budgétaire globale ?

D’abord, en accord avec la direction de l’Opéra et celle du Ballet, on a repoussé d’un an le calendrier qui avait été annoncé car, vraiment, il nous fallait le temps de bien évaluer l’ensemble du dossier tel qu’il avait été appréhendé par l’ancienne équipe municipale. En fait, cette équipe s’était contentée de faire réaliser des études préalables et de poser l’hypothèse de l’utilisation du palais des Fêtes pendant les travaux. On a donc repoussé d’un an le départ de l’Opéra de son bâtiment pour ne pas fragiliser sa programmation. Nous avons voulu sécuriser l’institution. Au jour où nous parlons, quatre équipes d’architectes et de programmateurs travaillent sur ce projet. Je vous épargne les détails de procédure, mais leurs projets finaux complets seront remis en mars 2027. Nous choisirons au mois de juin suivant, avec un critère déterminant : celui de la jauge de la nouvelle salle, de façon à pouvoir conserver la belle dynamique de succès public de l’Opéra du Rhin et l’excellence de cette extraordinaire maison. Cela étant dit, ce report d’un an nous donne aussi quelques mois pour voir si l’on trouve un autre endroit que le Palais des Fêtes comme lieu de repli. Avec les services, nous étudions toutes les alternatives possibles. Tout est ouvert et j’estime que l’on s’est ainsi donné tous les moyens d’oeuvrer dans l’intérêt de l’institution…

« NOUS ALLONS CRÉER UN VRAI SERVICE MUNICIPAL DU MÉCÉNAT QUI VA AIDER LES ACTEURS CULTURELS À SE RAPPROCHER DES MÉCÈNES. »

Vous n’ignorez pas que beaucoup regrettent l’époque, peut-être fantasmée d’ailleurs, où Strasbourg fourmillait de projets culturels et où une écoute particulière était accordée à celles et ceux qui les portaient. C’est une époque révolue ?

Certainement pas. Et je ne reviendrai même pas sur toutes ces opportunités ratées ces dernières années, de la Fondation Gandur, prête à s’installer à Strasbourg, à la Maison européenne du dessin de presse avec le fonds Wolinski, sans parler de quelques legs qui nous étaient destinés. Au contraire de ce qui s’est alors passé, on a su être réactifs pour rafler le marché international du film documentaire à Marseille. Nous avons récupéré un événement qui réunit 2 000 professionnels venus de 60 pays et ainsi prouvé que quand on veut on peut ! Et puisque vous évoquez les grands projets, j’en profite pour vous annoncer que nous travaillons déjà activement sur celui d’une grande exposition artistique de portée internationale. Nous avons inscrit au prochain contrat triennal un budget permettant d’organiser, en 2029, une exposition de rang mondial. Strasbourg retrouve donc l’ambition culturelle qu’elle mérite… ←

©Tobias Canales

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À l’Opéra avec Chrysoline Dupont

L’opéra demeure l’une des dernières utopies possibles. Un lieu où des inconnus consentent à vivre ensemble la même histoire, à retenir leur souffle au même instant, à sortir changés d’une émotion qu’ils ne partageront pourtant jamais tout à fait de la même manière. C’est cette promesse que Chrysoline Dupont place au centre de sa première saison à la tête de l’Opéra national du Rhin. Plus qu’une programmation, elle dessine une manière d’habiter le monde.

L’affiche donne le ton. Une montagne surgit sous un ciel traversé d’étoiles filantes. Une ascension et un sommet. Le symbole pourrait sembler héroïque ; il est tout l’inverse. Grande amatrice de ski et de haute montagne, la nouvelle directrice sait qu’aucune cime ne se conquiert seule. En montagne comme à l’opéra, chacun a besoin des autres. Les chanteurs, les musiciens, les costumiers, les techniciens, les administrateurs, les artisans des ateliers, jusqu’au public lui-même composent cette cordée sans laquelle rien n’advient. L’opéra est un art collectif ou il n’est pas. Elle parle peu d’elle-même. Son regard se tourne toujours vers les oeuvres, les artistes, les équipes. Pourtant, son histoire éclaire sa vision. Chez sa grand-mère marseillaise, les mercredis avaient la couleur du Rosenkavalier, de Rigoletto ou de la Tétralogie mise en scène par Patrice Chéreau. La famille n’était pas musicienne, mais ses parents étaient des fervents mélomanes. Très tôt, la jeune Chrysoline comprend que les maisons d’opéra seront son paysage et son terrain de jeu.

Une maison lyrique est d’abord une aventure humaine

Après Sciences Po Paris, elle frappe à la porte de Gérard Mortier, alors directeur de l’Opéra de Paris. « J’ai envie de travailler avec vous, monsieur. Prenez-moi ! » L’audace lui ouvre un monde. Elle y découvre une conception de l’art qui refuse les compromis et considère la création comme une nécessité démocratique. Plus tard, au Festival d’Aixen- Provence auprès de Bernard Foccroulle, elle apprend ce qu’est réellement le métier : accompagner les artistes, construire une saison, penser une institution dans le temps long. L’Orchestre de chambre de Paris puis l’Opéra-Comique viendront confirmer cette conviction profonde : une maison lyrique est d’abord une aventure humaine.

©Pascal Bastien

Sa saison raconte la confiance

Lorsqu’elle arrive à Strasbourg, Chrysoline Dupont ne parle ni de rupture ni de révolution. Elle revendique au contraire la continuité. « Une institution solide est un bien précieux », dit-elle. Son ambition est plus subtile : ouvrir encore davantage les portes et faire circuler les idées et les émotions. Son discours tranche avec les clichés qui poursuivent encore le monde lyrique. « Il faut en finir avec l’opéra bashing et les stéréotypes. Je mets ma confiance dans la jeunesse et dans nos institutions. » Le propos n’a rien de défensif. Il s’appuie sur une réalité : les salles sont pleines, près d’un tiers des spectateurs strasbourgeois ont moins de 28 ans, les actions éducatives irriguent le territoire. Pour elle, le problème n’est pas l’opéra ; c’est le récit que l’on continue d’en faire. Sa saison raconte cette confiance. Ariane à Naxos, Pelléas et Mélisande, Rigoletto ou Lucie de Lammermoor côtoient Le Paradis et la Péri, L’Amour des trois oranges ou Le Petit Ramoneur. Les grands titres dialoguent avec les oeuvres plus rares, les jeunes metteurs en scène avec les artistes confirmés. Rien n’y relève de l’effet de catalogue. Chaque choix semble répondre à une même intuition : rester en éveil avec une curiosité intacte. Cette volonté d’ouverture dépasse les seules oeuvres. Les Opéras volants continueront d’aller vers les habitants éloignés des scènes lyriques. Les ateliers resteront gratuits. Les représentations « Relax » accueilleront des spectateurs en situation de handicap dans des conditions adaptées. À Mulhouse, un partenariat avec la chaire de philosophie de Cynthia Fleury prolongera une réflexion sur le soin, la vulnérabilité et la réparation. L’opéra ne se contente plus de représenter le monde ; il cherche aussi à prendre soin de ceux qui l’habitent.

Strasbourg lui apparaît comme une évidence

Ville-frontière, capitale européenne, Strasbourg porte dans son histoire le dialogue des cultures. L’Opéra national du Rhin doit, selon elle, penser naturellement ses liens avec Stuttgart, Vienne, Londres, Genève ou Nancy. Les coproductions, les circulations d’artistes et les collaborations internationales ne relèvent pas d’une stratégie d’image : elles prolongent l’identité profonde d’une maison née au coeur de l’Europe. Sa référence à Jacques Rancière n’est pas un clin d’oeil intellectuel. Le Partage du sensible résume sa manière d’envisager le théâtre musical : créer un espace où l’on apprend à regarder ensemble. Dans un monde fragmenté, saturé d’écrans et d’opinions irréconciliables, l’opéra demeure un lieu singulier. Pendant quelques heures, des inconnus acceptent de former une communauté provisoire. Ils rient, pleurent, se taisent ensemble. Ils éprouvent cette étrange sensation d’appartenir, l’espace d’un spectacle, à quelque chose de plus vaste qu’eux-mêmes.

Faire tomber les murs

Briser les chaînes : celles qui séparent les générations, les territoires et les idées reçues. Loin d’être un manifeste, elle mettra son ambition en oeuvre avec calme et détermination. À l’heure où tant d’institutions cherchent leur raison d’être, elle rappelle que l’opéra n’est pas un sanctuaire réservé à quelques initiés. Il est un lieu où le merveilleux continue de rendre le réel plus habitable. Une possibilité d’utopie, fragile, mais vivante.

©Pascal Bastien

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Bibliothèques idéales : tous les mots du monde

Comme tous les ans à pareille époque, depuis bientôt deux décennies maintenant, Strasbourg se transforme trois semaines durant en une ville où ce sont les livres qui prennent la parole. Pour dire le monde et ses maux. Au programme du 18 septembre au 4 octobre, plus de 70 rencontres, débats, lectures et spectacles musicaux.

Aragon avait raison, « C’est une chose étrange à la fin que le monde », il ne savait pas à quel point il avait raison, il ne pouvait pas le savoir. Si ce premier vers du poème Que la vie est belle (1954) a été retenu cette année comme ligne d’horizon plus que comme slogan de cette édition, c’est que cette étrangeté du monde qui confine désormais à l’absurde est au final ce qui nourrit l’acte d’écriture et, au-delà, de création.
En ce mois de septembre qui est celui des rentrées, de l’imperceptible changement de lumière qui annonce la fin d’un cycle et donc, à Strasbourg, des Bibliothèques idéales (BI), il ne pouvait sans doute pas y avoir plus belle antienne pour scander les dizaines de rencontres qui permettront de regarder le monde sous un angle inédit, à cet instant précis de l’histoire où personne ne pourrait dire dans quel sens il tourne, ni de quel côté il va tomber. Même si pour Aragon il s’agissait d’en célébrer la beauté et l’aube sans cesse renaissante, ce dont nous sommes assez loin, il y a là comme une évidence.


« Oui parce que les enjeux du moment sont immenses », confirme François Wolfermann, le directeur des BI. « La fascisation de la planète, les mécanismes de domination, ce qu’on fait de l’autre sont quand même au coeur de nos préoccupations à tous ». Davantage encore à quelques mois d’une élection présidentielle dans notre pays qui s’annonce incertaine, tendue et pleine de dangers. Avec pour point central le langage et son utilisation, sa déformation.
À ce titre, la rencontre entre Olivier Mannoni, Barbara Cassin et Cécile Alduy le dimanche 20 septembre, intitulée « D’abord, ils sont venus chercher les mots » sera éclairante puisqu’il s’agira d’analyser ce phénomène que nous voyons tous se produire, aux Etats-Unis mais pas seulement, d’un pouvoir qui commence à dissoudre les mots et les outils, à les corrompre.
Comme depuis sa création, le festival des Bibliothèques idéales s’évertuera ainsi à interroger le monde, à essayer de lui donner une forme plausible en faisant dialoguer les disciplines, les générations, les regards et les publics. Trois semaines durant, écrivains, philosophes, scientifiques, poètes, artistes, journalistes, musiciens et chercheurs partageront leurs réflexions dans une programmation qui refuse les frontières habituelles entre les savoirs. Les BI n’empilent pas les conférences, elles composent un paysage qui donne aussi une large, et même de plus en plus large, place aux créations artistiques originales et contemporaines mêlant musiques et littérature.
« Nous travaillons beaucoup avec des artistes nationaux et aussi avec beaucoup d’artistes d’ici, parce que c’est le rôle du festival que de valoriser les talents que nous avons dans la région », poursuit François Wolfermann. Une dizaine de créations feront ainsi entendre les textes autrement avec un spectacle d’ouverture programmé le 18 septembre consacré aux langues régionales de France, rappelant que chaque langue porte une manière particulière de raconter le monde et qui sera comme un manifeste.

Rima Abdul-Malak  @Jeanne Accorsini.

Titiou Lecoq ©DR

Et parce que tout ici est affaire de passerelles et de dialogue entre les arts, des écrivains comme Douglas Kennedy ou Eric-Emmanuel Schmitt verront leurs textes prendre une autre dimension au son du piano. L’immense John Howe en sera aussi. Quelle que soit la forme qu’on lui donne, la littérature demeure naturellement le coeur battant de ce festival. Aux côtés, ou plutôt à la suite d’Amélie Nothomb, qui lancera symboliquement cette édition le vendredi 18 septembre, le public retrouvera Douglas Kennedy, Yasmina Khadra, Etienne Klein et Adèle Van Reeth, Johann Chapoutot, Simone Polak et Frédérique Neau-Dufour, Pierre Rosanvallon, Philippe Besson, Enki Bilal, Olivier Guez, Joann Sfar pour ne lancer que quelques noms à la volée, qui exploreront les mémoires, les territoires, les imaginaires, les frontières.
Les frontières, les territoires qui sont aussi des enjeux géopolitiques au moment où, de l’Ukraine au Proche Orient, les guerres font rage. Des grands noms du journalisme comme Pierre Haski, Céline Marangé ou Claude Guibal viendront le décrypter puisque si la guerre se vit, elle doit aussi se raconter, être racontée. À ce titre, la journée consacrée au Liban et à sa littérature (le 3 octobre), mais aussi car il ne peut en être autrement à la guerre, en collaboration avec L’Orient- Le Jour et en présence de Rima Abdul-Malak, s’annonce comme un moment exceptionnel.

C’est une chose étrange à la fin que le monde oui et le décrypter oblige à modifier la courbe du temps, à le remonter. Les Bibliothèques idéales ont cette capacité-là. Pascal Blanchard, Rachida Brakni, Xavier Le Clerc, Sandrine Lemaire et Nicolas Bancel viendront ainsi aborder la décolonisation, une part absente de nos époques, pour mieux comprendre son héritage et sa place dans notre récit collectif. Puisqu’il n’est finalement question que de ça, toujours, de récit et d’héritage.

Découvrir le programme

Les Prix Strasbourg
Pour la première fois de leur déjà longue histoire, les Bibliothèques idéales ont décerné un prix littéraire. Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, le CIC et le groupe EBRA se sont en effet associés au festival strasbourgeois pour lancer les Prix Strasbourg : quatre distinctions qui mettent à l’honneur des oeuvres et des auteurs qui éclairent notre époque, interrogent le monde contemporain et portent les valeurs d’une société profondément humaniste. Le Grand Prix Strasbourg Crédit Mutuel (Roman Badanine et Mikhaïl Roubine, Le Tsar en personne, Ed. Les Arènes), le Prix Strasbourg Espoir CIC (Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, Ed. Grasset), le Prix Strasbourg Bibliothèques idéales (Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie, Ed.Gallimard) et le Prix Strasbourg EBRA (Marion Dubreuil, Pelicot, un procès pour l’histoire, Ed. Futuropolis), récompensant pour ce dernier un essai ou une enquête journalistique, seront remis le mardi 29 septembre à 18h en l’église Saint-Guillaume, épicentre de la manifestation.

 

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Affaire Lyhanna : réflexions en marge de la polémique

Or Champ est une tribune libre confiée à une personnalité par la rédaction de Or Norme. Comme toute tribune libre, elle n’engage pas la responsabilité de la rédaction de la revue, mais la seule responsabilité de sa ou son signataire.

Par Bernard Alexandre, avocat, associé du Cabinet Alexandre, Levy, Kahn, Braun et associés à Strasbourg.

Le 29 mai 2026, Lyhanna, onze ans, disparaît à la sortie de son collège. Son corps est retrouvé le 4 juin. Lyhanna a subi un viol avant sa mort. Jérôme Barella est mis en examen pour enlèvement, séquestration de mineure, viol et meurtre.
On est saisi par l’horreur totale du crime et rien, dans la réflexion qui suit sur le fonctionnement de la justice, ne doit détourner le regard du caractère absolument tragique de cette affaire.
Que deux camps se renvoient des anathèmes est, en soi, le signe de la sensibilité de l’affaire. D’un côté, on dénonce la « mécanique du bouc émissaire » ; de l’autre, on ignore le manque chronique de moyens de la justice en se focalisant exclusivement sur des sanctions individuelles. Mécaniquement, la vérité se situe toujours quelque part entre deux excès.
À ce stade, il faut rester factuel sur le traitement du cas Jérôme Barella par la justice. Dès 2017, celui-ci avait fait l’objet d’un signalement pour des relations sexuelles avec mineur. Sans suite. En 2022, une plainte l’avait visé pour viol sur un enfant de 9 ans, classée sans suite en 2024 après avoir navigué de façon erratique entre Béthune et Auch. En 2025 une plainte dénonçait des viols en série attribués au même homme sur une autre fillette de onze ans. Elle a circulé, une nouvelle fois dans le désordre, entre les parquets de Toulouse et d’Auch ; neuf mois et onze jours plus tard, à date de la disparition de Lyhanna, la plainte n’avait non seulement pas abouti mais Jérôme Barella expressément visé n’avait même jamais été entendu. Début 2026, un signalement pour d’autres faits similaires avait été adressé par l’Aide sociale à l’enfance au parquet d’Auch, transmis par un mail jamais reçu compte tenu d’un dysfonctionnement du filtre antispam.
Restant toujours factuel, il est constant que la France figure en queue du classement européen du nombre de juges par habitant.
Il n’est pas l’heure de juger mais il est grand temps de réfléchir à des axes d’amélioration.
L’avocat que je suis tire plusieurs enseignements de cette effroyable affaire :
Premièrement : augmenter le nombre de juges par habitant n’empêchera jamais les défaillances individuelles mais cela peut les réduire.
Deuxièmement : lorsqu’un magistrat se trompe d’adresse de transmission du dossier ou omet de cocher la case « urgent », il n’imagine évidemment pas qu’il laisse en liberté un meurtrier violeur d’enfant. C’est la notion de lien de causalité qu’appliquent au quotidien les tribunaux en matière d’infraction involontaire : la carence analysée chronologiquement est vénielle. Mais analysée rétroactivement en connaissant l’issue tragique, elle devient une faute grave. Les juges sanctionnent régulièrement par cette relecture chronologiquement inversée ; ils doivent accepter de s’appliquer également à eux-mêmes ce raisonnement.
Troisièmement : il existe manifestement une problématique organisationnelle liée à la transmission d’un dossier d’un tribunal à un autre. Les moyens technologiques actuels permettent des solutions simples et sécurisées.
Et de grâce, évitons tous les surenchères et cherchons ensemble les axes d’amélioration du système judiciaire – y compris les avocats, qui ne sont pas exempts du sujet et doivent aussi avoir un rôle exigeant de sentinelle.

©Abdesslam Mirdass

 

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Un édifice charnière

Article publié en juin dans notre hors-série dédié à l’IHU

À Strasbourg, au coeur du site historique de l’Hôpital civil, l’Institut Hospitalo- Universitaire de Strasbourg (IHU) a pris place là où s’élevait autrefois l’ancienne maternité. Un bâtiment neuf, livré après un concours lancé en 2011 et remporté en 2012 par l’agence de Patrick Schweitzer associée à KS Groupe, pour un budget d’environ 20 millions d’euros et près de 10 000 m². Un projet charnière, à la fois couture urbaine et manifeste technologique.

Photographie : Laetitia Piccarreta, DR

Inscrire un nouveau bâtiment dans l’Hôpital Civil, c’est s’insérer dans une histoire déjà longue. L’histoire du lieu ne se contente pas d’entourer le projet : elle en constitue la matière même. Sous l’ancienne maternité, les équipes ont mis au jour des vestiges archéologiques qu’il a fallu traiter avec précaution, ainsi que des engins explosifs nécessitant des opérations de déminage. « On ne construit pas ici comme ailleurs. Chaque intervention suppose de tenir compte de ce qui nous précède », rappelle Daniel Zanini.


Hors sol, le contexte est tout aussi exigeant. Le site est majoritairement composé de bâtiments anciens protégés, au milieu desquels s’élève la silhouette très contemporaine du Nouvel Hôpital Civil (NHC). Construire ici supposait un équilibre délicat entre héritage et modernité. « Nous étions sur un site patrimonial extrêmement sensible. L’Architecte des Bâtiments de France nous a demandé de respecter strictement les gabarits existants, de contenir les hauteurs et surtout d’inscrire le projet dans un environnement architectural très hétérogène », explique Patrick Schweitzer.
L’idée de Patrick Schweitzer est de faire de l’IHU une transition entre l’architecture classique du site et le NHC très contemporain. Plutôt qu’un objet autonome, le bâtiment s’affirme comme une pièce de liaison, un trait d’union. Sa hauteur est contenue, son implantation épouse les alignements existants et évite tout effet de surplomb sur les bâtiments patrimoniaux voisins. Même les équipements techniques, regroupés et masqués en toiture, disparaissent du champ visuel afin de préserver les perspectives du site historique. « Le projet a été pensé sur-mesure pour ce lieu. Il ne fonctionnerait nulle part ailleurs, il est unique », souligne Patrick Schweitzer. La façade quant à elle, habillée d’un bardage irisé, joue avec la lumière : grisée par temps couvert, dorée au soleil, elle inscrit le bâtiment dans une matérialité changeante.

Une machine médicale hors norme

Ce qui distingue l’IHU d’un hôpital classique tient d’abord à la nature de ses plateaux techniques. Au premier étage, dédié aux soins, deux grandes salles hybrides concentrent l’innovation. Ces blocs nouvelle génération associent imagerie de pointe et acte opératoire dans un même espace. Le chirurgien peut visualiser en temps réel des images superposées au corps du patient, ajuster son geste, passer d’une intervention conventionnelle à une approche guidée par l’imagerie sans changer de salle. La technologie n’est plus périphérique : elle est intégrée au coeur même de l’acte médical. Un étage plus haut, place à la transmission. L’enseignement occupe le deuxième niveau, où des médecins forment d’autres médecins, alternant cours théoriques et mises en situation pratiques. Une salle spécifique accueille les industriels venus présenter robots chirurgicaux et dispositifs innovants, déjà commercialisés ou encore en développement. Les praticiens testent, manipulent, évaluent les outils avant leur déploiement. L’IHU devient ainsi un espace de dialogue direct entre recherche industrielle et expertise clinique.

Patrick Schweitzer, architecte.

Au troisième étage, la recherche s’organise au plus près des équipes médicales. Start-up et chercheurs y développent des programmes en collaboration avec les praticiens de l’institut, avec l’objectif de déposer des brevets et de transformer les découvertes en applications concrètes. Les projets n’y restent pas théoriques : ils sont pensés pour trouver une traduction rapide en pratique clinique.


Soins, formation, recherche : trois niveaux superposés, une même dynamique. L’IHU n’est pas un simple lieu de prise en charge, mais un accélérateur d’innovation. L’organisation verticale du bâtiment rend lisible cette chaîne de valeur : tester, expérimenter, perfectionner, puis transférer vers le patient.

Un bâtiment traversé de lumière

L’architecture accompagne cette logique d’interdisciplinarité en rendant les circulations visibles et les rencontres naturelles. Au coeur du bâtiment, un large puits de lumière structure les trois niveaux et met en relation soins, enseignement et recherche. Les plateaux dialoguent autour de ce vide central, qui devient un espace de respiration autant qu’un point de convergence. On perçoit physiquement la continuité entre les activités : ici, la recherche n’est jamais loin du soin, et la formation s’inscrit dans le même mouvement.


Cette organisation produit un effet immédiat : l’innovation ne se cache pas, elle se montre. À travers les parois vitrées, les équipements de pointe, les robots, les dispositifs expérimentaux apparaissent comme partie intégrante du paysage quotidien. Le bâtiment donne à voir la technologie en action, sans la théâtraliser. Les lieux de convivialité ont fait l’objet d’une attention particulière. « Plus qu’ailleurs, ils doivent être qualitatifs, apaisants », insiste Patrick Schweitzer. Dans cet environnement technique, ces espaces intermédiaires favorisent les échanges informels entre chirurgiens, chercheurs, industriels ou étudiants. L’innovation ne se joue pas uniquement au bloc opératoire, elle naît aussi dans les discussions spontanées, à la croisée des disciplines.


Et pourtant, en entrant, on ne se sent pas dans un hôpital. Le parquet au sol, la lumière naturelle omniprésente, les volumes ouverts et l’atmosphère apaisée créent une expérience plus chaleureuse. Les matériaux adoucissent la technicité des équipements. En contraste avec l’ambiance plus massive et minérale du Nouvel Hôpital Civil voisin, l’IHU revendique une autre manière d’accueillir la médecine : un lieu à la fois high-tech et hospitalier au sens premier du terme.

Une passerelle fonctionnelle et stratégique

L’un des éléments structurants du projet est la liaison couverte avec le NHC.  Plus qu’un symbole, la passerelle est un outil quotidien. L’IHU ne dispose pas de chambres : certains patients hospitalisés au NHC traversent donc pour être opérés à l’IHU. À l’inverse, la stérilisation, la décontamination et certaines fonctions logistiques restent assurées par le NHC.
Ce cheminement protégé prolonge physiquement le bâtiment et garantit la continuité des flux. « C’est avant tout fonctionnel », résume Daniel Zanini. Il permet d’articuler deux entités aux compétences complémentaires sans dupliquer les équipements lourds.


Sur le plan technique, la gouvernance est partagée : l’IHU gère l’ensemble du bâtiment hors biomédical, les équipements de bloc relevant des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Une organisation qui reflète l’hybridation institutionnelle du site.

Un outil évolutif

Pensé pour durer, le bâtiment se veut modulable. Les salles d’opération ont été conçues pour pouvoir être reconfigurées, voire réduites à mesure que les robots deviennent plus compacts. Les réseaux et réserves techniques autorisent l’intégration de nouveaux équipements.


Sur le plan environnemental, le bâtiment est fortement isolé et équipé de systèmes performants de chauffage et de refroidissement. Sa « peau » extérieure participe à la régulation thermique tout en affirmant son identité. En lieu et place d’une maternité, l’IHU n’a pas seulement changé de fonction : il a changé d’échelle. Entre héritage et haute technologie, il incarne une nouvelle génération d’architecture hospitalière. Non plus seulement un lieu de soins, mais une plateforme où s’invente, concrètement, la médecine de demain.

« Les salles d’opération ont été conçues pour pouvoir être reconfigurées, voire réduites à mesure que les robots deviennent plus compacts. »

À la direction technique de l’IHU, Daniel a orchestré la conduite des travaux neufs, de la conception à la livraison. Il assure désormais la maintenance de toutes les infrastructures.

Patrick Schweitzer, architecte.

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EDITO⎢Eclectique

«Certains critiques m’ont reproché l’éclectisme de mes goûts et m’ont appelé dilettante, parce que je n’exige que de moi-même les qualités qu’ils exigent d’autrui.» André Gide (1869-1951), prix Nobel de Littérature 1947

Puis-je vous faire un aveu ? J’adore écouter les Polonaises de Chopin, mais j’ai une passion pour Bowie et Gainsbourg… et il m’arrive même de les écouter juste après Chopin !
J’aurais pu choisir une confession plus spectaculaire, certes, mais celle-ci suffit à poser la question : depuis quand faudrait-il choisir son camp en matière de culture ? Depuis quand l’amour que nous portons à une oeuvre devrait-il nous interdire d’en aimer une autre, née à mille lieues de là, dans un autre siècle, avec d’autres codes et horreur suprême, peut-être même destinée au grand public ?
André Gide avait déjà réglé son compte à cette petite police du bon goût.
Car l’éclectisme a mauvaise presse chez ceux qui confondent volontiers expertise et exclusivité. Pourtant être connaisseur n’a jamais signifié être monomaniaque : on peut connaître intimement Miles Davis et danser sur Daft Punk. Relire Proust et dévorer Simenon. S’émouvoir devant des toiles de Matisse puis passer une soirée entière devant des films de David Lynch. Non parce que « tout se vaut » – cette formule paresseuse est précisément le contraire de l’éclectisme – mais parce que tout ne cherche pas à valoir de la même manière. C’est même probablement là que commence le vrai goût : dans la capacité à ouvrir ses sens et son intellect afin d’avoir la capacité de recevoir les émotions d’où qu’elles viennent.
Pourquoi faudrait-il que l’émotion ou le plaisir procurés par une oeuvre invalident ceux provoqués par une autre ? La sociologie a d’ailleurs fini par mettre un mot sur ce phénomène. Dans les années 1990, Richard A. Peterson a décrit l’émergence de l’« omnivore culturel », cet amateur capable de fréquenter plusieurs territoires artistiques plutôt que de borner son goût aux seules formes consacrées.
Évidemment, vous l’aurez compris, Or Norme se réclame de cet éclectisme si joliment illustré par notre couverture réalisée par Laurence Bentz (dont vous découvrirez le portfolio en page 102), mais également par notre rubrique À VOIR (page 10) qui vous présente avec gourmandise toute la diversité de l’offre culturelle strasbourgeoise et périphérique.
Et que dire de nos festivals ! Ne choisissez pas entre les Bibliothèques Idéales et le Festival Européen du Film Fantastique, vous trouverez bien dans leur programmation et dans votre agenda, les concordances qui vous mèneront vers de belles émotions.
Il y a ainsi pour nous une vraie joie à vous présenter toutes les opportunités d’une rentrée culturelle toujours foisonnante à Strasbourg, et qui nous permet à chaque fois de conserver ce luxe extraordinaire : pouvoir encore être surpris.
Alors oui, allons voir ailleurs ! Entrons dans une salle dont nous ne connaissons pas les usages. Écoutons cette musique que nous aurions autrefois méprisée. Lisons cet auteur qui n’appartient pas à notre panthéon. Faisons comme François Wolfermann, érudit et passionné en matière d’opéra (page 54), mais qui sait être bouleversé par une chanson de trois minutes (page 120).
Et revenons ensuite à Chopin, si nous le souhaitons. Il n’en sera pas moins Chopin. Et nous, peut-être, un peu moins prévisibles.

Patrick Adler, rédacteur en chef et directeur de la publication

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