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Des nouvelles de Fortran n°7 - juillet 2025

Dans les actualités Fortran, on abordera en particulier la troisième édition de la conférence internationale Fortran, la sortie officielle du nouveau compilateur Flang dans LLVM et les actualités du gestionnaire de paquets fpm. Et comme c'est bientôt les vacances, on terminera par une section consacrée à Fortran dans la culture populaire, où l'on apprendra entre autres que le Nostromo avait un neuvième passager…

Sommaire

Appel à contributions pour FortranCon 2025

FortranCon 2025 est la troisième édition de la conférence internationale sur le développement et l'utilisation du langage de programmation Fortran, et aura lieu les 4 et 5 novembre 2025. Avec cette conférence, nous avons l'intention de rassembler les développeurs actifs du projet Fortran dans tous les domaines : les développeurs de bibliothèques et d'outils ainsi que les personnes utilisant Fortran pour développer des applications scientifiques, afin de partager leur expérience et d'échanger des idées. L'événement est organisé sur Zoom grâce aux contributions de la communauté pour la communauté.

Le discours d'ouverture sera prononcé par John Reid, membre actif du comité Fortran de l'ISO/IEC JTC1/SC22/WG5 (et animateur du comité de 1999 à 2017). C'est également l'un des auteurs du livre de référence Modern Fortran explained, dont la sixième édition (couverture orange) inclut Fortran 2023.

Les vidéos des présentations des éditions 2020 et 2021 sont toujours en ligne sur la chaîne YouTube FortranCon.

Dates limites

  • Inscription (gratuite) : 15 octobre 2025.
  • Premier appel à résumés : 1er août 2025 (décisions envoyées avant le 30 août 2025).
  • Deuxième appel à résumés : 1er septembre 2025 (décisions envoyées avant le 30 septembre 2025).

Sur le front des compilateurs

Compilateurs opérationnels

Flang (LLVM)

Dans LLVM 20.1, sorti en mars 2025, flang-new a été rebaptisé flang et remplace son prédécesseur du même nom. Il s'agit donc du lancement officiel de ce nouveau compilateur soutenu par NVIDIA et le Département de l’Énergie américain, après sept ans de développement. Un article très complet du blog LLVM relate cette longue aventure :

La doc de Flang présente même une pierre de Rosette pour les gens connaissant le C ou le C++ et souhaitant débuter en Fortran.

Intel ifx

Intel ifx (basé sur LLVM) est actuellement en version 2025.2.0, avec en particulier quelques améliorations du côté Fortran 2023 et OpenMP 6.0, par rapport à la 2025.1.0 qui améliorait également ces deux points.

GFortran (GCC)

GFortran est en version 15.1. Attention, les fichiers .mod générés par GFortran 15 ne sont pas compatibles avec les versions antérieures. Si vous ne savez pas de quoi je parle, les .mod c'est un peu l'équivalent des fichiers headers .h en C, mais en pire puisque ce sont des fichiers binaires pas normalisés, donc pas interopérables entre les différents compilateurs Fortran, voire comme ici entre différentes versions. Bref, pas glop !

Parmi les six projets GCC du GSoC 2025, on en trouve un pour améliorer la prise en charge par GFortran de certaines fonctionnalités des normes Fortran 2018 et 2023. Le compilateur libre a également reçu 360 k€ de la Sovereign Tech Agency allemande, en particulier pour offrir un support direct des coarrays (co-tableaux) pour le calcul parallèle sur systèmes à mémoire partagée (pour l'instant il est nécessaire d'installer la bibliothèque OpenCoarrays pour les utiliser avec GFortran).

En gestation

Le développement du compilateur LFortran continue. Il s'approche tranquillement de la version beta, compilant déjà huit bibliothèques Fortran matures sur les dix définies pour ce jalon. On notera d'ailleurs que parmi les cinq projets de la communauté Fortran-lang du GSoC 2025, un projet a pour objectif de réussir à compiler le gestionnaire de paquets fpm avec LFortran. Une bonne façon de faire progresser le compilateur !

Fedora ou F comme Fortran ?

Une des meilleures distributions Linux pour faire du Fortran est peut-être Fedora. On trouve en effet directement dans ses dépôts pas moins de trois compilateurs Fortran libres en versions récentes : GFortran (GPL), Flang (licence Apache) et LFortran (licence BSD). Quand à Intel ifx, on pourra facilement l'installer par exemple dans un environnement Conda (paquet ifx_linux-64). Et avec la Fedora Rawhide, c'est bien sûr encore plus saignant (bleeding edge) au niveau des versions !

Communauté Fortran-lang

Projets Fortran-lang

fpm

Le gestionnaire de paquets Fortran fpm est disponible en version 0.12 depuis le 18 mai 2025. Parmi les nouveautés, on notera :

  • un fichier compile_commands.json exporté par défaut à chaque fois que l'on construit un projet avec fpm, ce qui facilitera son intégration avec d'autres outils, en particulier les IDE.
  • Deux nouveaux métapackages disponibles : BLAS/LAPACK et NetCDF.
  • La possibilité de générer des bibliothèques partagées, et non plus uniquement statiques.

Du côté des greffons, on citera fpm-modules et fpm-deps qui permettent de visualiser les dépendances d'un projet fpm à l'aide d'outils tels que Mermaid ou Graphviz.

Quelques projets divers

  • Fortitude 0.7.3 : un linter Fortran sous licence MIT, écrit en Rust et installable via Python.

  • Seer : une interface graphique pour gdb pour Linux, qui prend en charge de nombreux langages, dont Fortran. Licence GPL 3.0.

  • Codee commercialise un analyseur de code Fortran / C / C++ et un formateur de code Fortran. Ce dernier peut néanmoins être utilisé gratuitement pour un usage personnel. « Codee se distingue en tant que plateforme de développement Fortran, C et C++, en favorisant la correction du code, la modernisation, la sécurité, la portabilité et l'optimisation afin d'aider les développeurs à fournir des logiciels rapides, faciles à maintenir et fiables, conformes aux normes de l'industrie. » Codee vient de sortir en version 2025.3.

Fortran et culture populaire

Alien

Comme vous le savez peut-être, le Nostromo est le vaisseau spatial du film Alien (1979). Lors de l'atterrissage sur la lune Acheron LV-426, l'ordinateur de bord affiche un modèle 3D de son relief. Sur cet extrait sur YouTube, vous pouvez le voir plusieurs fois à partir de l'instant 2:28. Ce modèle est présenté par son auteur dans l'article suivant :

Le code ne faisait que 14 pages de code FORTRAN et son auteur explique :

Le matériel utilisé était un Prime 300 connecté à un FR 80 de III (Information International, Inc.) qui peut tracer directement sur pellicule. Le logiciel d'animation Frolic, développé par C. Emmett, tournait sur ce système dans les laboratoires du SRC à Oxfordshire.

Mon programme était écrit en FORTRAN avec des appels aux sous-routines Frolic.

Années 70 obligent, le graphisme n'est pas sans rappeler le signal du pulsar CP1919 tracé informatiquement par Harold D. Craft Jr dans sa thèse soutenue en 1970 et popularisé par Peter Saville sur la pochette de l'album Unknown Pleasures, dont je vous avais déjà parlé. Quarante-six ans après la sortie du film Alien, on pourra s'amuser de constater que n'importe quelle voiture actuelle a un écran couleur bien plus high-tech que celui du Nostromo ! Mais dix ans avant, le premier alunissage avait eu lieu avec une informatique et une électronique qui semblent aujourd'hui rudimentaires. C'est que se déplacer est avant tout un problème de mécanique (éventuellement céleste). Côté déplacement, le Nostromo reste quand même très largement en avance sur les starships actuels.

Fortran dans les dessins animés américains

Le langage semble avoir laissé des traces, plutôt bienveillantes, chez les (vieux) étudiants américains :

  • Dans la série d'animation Futurama, Olde Fortran est une marque de liqueur de malt (bière forte) consommée par le robot Bender, une sorte de boisson énergisante pour lui. On y voit aussi des jackpots Wheel of Fortran (roue de la fortune… Algorithme Monte Carlo ?).
  • Dans Les Simpson, épisode « L'homme qui vint pour être le dîner » (2015), un extraterrestre dit à 1:23 :

« En tant que jeunes choses insignifiantes, nous sommes éduqués dans la sagesse de l'univers. Physique, mathématiques, FORTRAN - le plus grand des langages de programmation ! »
(“As young thinglings, we are schooled in the wisdom of the universe. Physics, mathematics, FORTRAN - the greatest of the programming languages!”)

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Perl 5.40 est sorti

Perl est un langage généraliste créé en 1987 par Larry Wall. Il est distribué sous une double licence : Artistic Licence et GPL v1+. La plupart des modules du CPAN, dépôt de référence pour des modules tiers, sont également sous ces deux licences. Perl est inclus dans la quasi-totalité des distributions GNU/Linux.

La toute dernière version de Perl, la 5.40.0, est sortie le 9 juin 2024. Vous la retrouverez bientôt dans votre distribution préférée.

Sommaire

Améliorations notables

Nouveau mot clé __CLASS__

Lors de l’utilisation de la nouvelle fonctionnalité classe, le code à l’intérieur d’une fonction, d’un bloc ADJUST ou d’une expression d’initialisation de field peut maintenant utiliser le nouveau mot-clé __CLASS__.

use feature 'class';

class Example1 {
    field $f = __CLASS__->default_f;

    sub default_f { 10 }
}

Cela donne un nom de classe, similaire à __PACKAGE__, mais alors que celui-ci donne le paquetage de compilation dans lequel le code apparaît, le mot clé __CLASS__ donne la classe d’exécution réelle dont l’instance d’objet est membre.

class Example2 :isa(Example1) {
    sub default_f { 20 }
}

my $obj = Example2->new;
# $f aura maintenant la valeur 20

Cela le rend utile pour l’aiguillage des fonctions sur cette classe, en particulier lors des constructeurs, où l’accès à $self n’est pas autorisé.

un attribut :reader pour les variables field

Lors de l’utilisation de la fonctionnalité de classe, les variables de champ peuvent désormais prendre un attribut :reader. Ceci crée automatiquement une fonction qui renvoie simplement la valeur de la variable de champ de l’instance donnée.

field $name :reader;

est donc l’équivalent de

field $name;
method name () { return $name; }

On peut donner un nom différent à cette fonction :
field $name :reader(get_name);

Autoriser un espace dans l’option de ligne de commande -M

Lors du traitement des options de ligne de commande, Perl autorise désormais un espace entre le commutateur -M et le nom du module qui le suit.

$ perl -M Data::Dumper=Dumper -E 'say Dumper [1,2,3]'

Cela correspond au fonctionnement de l’option -I.

Restrictions d’utilisation des déclarations VERSION

Dans Perl 5.36, un avertissement de dépréciation avait été ajouté lors de la rétrogradation d’une déclaration d’utilisation VERSION d’une version supérieure à 5.11 vers une version inférieure. Ceci est désormais une erreur fatale.

De plus, c’est désormais une erreur fatale d’émettre une déclaration d’utilisation ultérieure VERSION lorsqu’une autre est dans la portée, lorsque l’une ou l’autre des versions est 5.39 ou supérieure. Un avertissement de dépréciation a également été ajouté pour toute autre déclaration d’utilisation ultérieure de VERSION inférieure à la version 5.39, pour avertir qu’elle ne sera plus autorisée dans la version Perl 5.44.

Nouvelles fonctions Builtin::inf et Builtin::nan

Deux nouvelles fonctions, inf et nan, ont été ajoutées à l’espace de noms intégré. Celles-ci agissent comme des constantes qui donnent respectivement la valeur infinie à virgule flottante et Not-a-Number.

Nouvel opérateur ^ xor logique

Perl a toujours eu trois opérateurs logiques de faible priorité and, or et xor, ainsi que trois équivalents de priorité élevée &, ^ et | traitant les opérandes bit par bit. Jusqu’à cette version, alors que les opérateurs logiques de priorité moyenne && et || étaient présents, il n’y avait pas d’équivalent xor. Cette version de Perl ajoute l’opérateur , complétant l’ensemble.
$x ^^ $y and say "L’un de x et y est vrai, mais pas les deux";

Le pragma features de 5.40 contient try / catch

Le mot-clé features active maintenant la fonctionnalité try / catch, récemment stabilisée. Comme cet ensemble de fonctionnalités est activé par l’option de ligne de commande -E, ceux-ci sont immédiatement disponibles dans les scripts lancés avec cette option.

Securité

CVE-2023-47038

Cette vulnérabilité a été remontée à l’équipe sécurité de Perl par Nathan Mills.

Une expression régulière compilée par perl 5.30.0 jusqu’à 5.38.0 peut provoquer un buffer overflow d’un octet contrôlé par l’attaquant.

CVE-2023-47039

Cette vulnérabilité a été remontée au Intel Product Security Incident Response Team (PSIRT) par l’utilisateur GitHub ycdxsb. Le PSIRT l’a ensuite remonté à l’équipe sécurité de Perl. À noter qu’elle ne concerne que Perl pour Windows.

Perl pour Windows dépend sur la variable d’environnement PATH pour trouver le shell (cmd.exe). Lorsqu’on lance un exécutable qui utilise l’interpréteur Perl, Perl essaie d’abord de trouver et utiliser cmd.exe dans le répertoire courant. Il est possible d’exploiter ce comportement pour faire exécuter du code malicieux à l’administrateur du poste.

Changements incompatibles avec les versions précédentes

reset EXPR appelle maitenant "set-magic" sur les scalaires

Précédemment, reset EXPR n’appelait pas les fonctions « magiques » lorsqu’il effaçait des variables scalaires. Cela signifiait que les changements n’étaient pas répercutés sur l’état interne des variables magiques lorsque c’était nécessaire, comme c’est le cas pour $W, et cela ne déclenchait pas d’exception lorsque la magie sous-jacente aurait dû déclencher une exception, comme pour $1.

Cela signifie que du code qui était jusqu’à présent sans effet peut, maintenant, avoir un effet, ou même déclencher une exception.

Il n’y a aucun effet pour un reset ordinaire dont le but est de réinitialiser les recherches simples appelées par m?regexp?

Avertissement lors de l’appel de la méthode import sur un paquetage inconnu

Historiquement, il était possible d’appeler la méthode import ou unimport pour n’importe quelle classe, y compris les classes qui n’ont pas été définies. Même si l’appel se faisait avec un argument, cela ne déclenchait pas d’erreur. Par exemple, le code suivant ne déclenche pas d’erreur en Perl 5.38:

Classe::qui::n::existe::pas->import("toto");

Toutefois, à partir de Perl 5.39.1, cette pratique est dépréciée et déclenche un avertissement. On peut remarquer que l’appel de ces méthodes sans argument continue à s’exécuter sans déclencher d’erreur. Par exemple

Classe::qui::n::existe::pas->import();

continue à ne pas déclencher d’erreur. C’est parce que toutes les classes dérivent implicitement de la classe UNIVERSAL, qui définit maintenant une méthode import. Dans les anciens Perl, cette méthode n’était pas définie pour UNIVERSAL. Au lieu de cela, les appels à import et à unimport étaient traités de façon spéciale de manière à ce qu’ils ne déclenchent pas d’erreur si la méthode correspondante n’était pas définie.

Ce changement a été mis en place pour faciliter la détection des fautes de frappe dans les instructions use, lorsque le programme tourne sur un système de fichiers avec des noms insensibles à la casse. Par exemple, sur Windows ou sur toute plateforme avec dse noms de fichier insensibles à la casse, avec un ancien Perl, le code suivant

use STRICT 'refs';

serait passé sans déclencher d’erreur et sans rien faire, car le module s’appelle réellement strict.pm au lieu de STRICT.pm, donc il aurait été chargé, mais sa fonction import n’aurait jamais été appelée. Cette nouveauté permet également de détecter le cas où un utilisateur ajoute un argument à la commande use pour un paquetage qui ne définit pas son propre import. C’est le cas entre autres pour la définition d’une classe « pure », qui ne définit pas de méthode « import ».

return ne permet plus de renvoyer un objet indirect

La syntaxe de l’opérateur return rejette maintenant les objets indirects. Jusqu’à présent, dans la plupart des cas, cela passait à la compilation et cela pouvait même s’exécuter, mais ce n’était pas documenté et cela pouvait produire des résultats prêtant à confusion. Par exemple :

  # Remarquez que « somme » n’a pas été défini
  sub somme_positive {
    return somme grep $_ > 0, @_;
    # interprété abusivement ainsi :
    #   return *somme, grep $_ > 0, @_;
    # avec le mot somme pris en tant que typeglob et transmis en tant qu’argument supplémentaire
  }
  say for somme_positive(-1, 2 ,3);

produisait

  *main::somme
  2
  3

Dans les appels de méthode, les noms de classe sans guillemets ne sont plus interprétés comme des handles de fichier si l’on a déclaré no feature "bareword_filehandles"

Si l’on déclare no feature "bareword_filehandles", les handles de fichier sans guillemets continuent à être acceptés dans les appels de méthode :

  open FH, "<", $somefile or die;
  no feature 'bareword_filehandles';
  FH->binmode;

Cela a été corrigé, donc maintenant la ligne

FH->binmode;

essaiera de résoudre FH en tant que classe, ce qui provoque habituellement une erreur à l’exécution.

Les handles de fichier standard tels que STDOUT continuent à être résolus en tant que handles :

no feature 'bareword_filehandles';
STDOUT->flush; # continues to work

Notez qu’une fois que Perl a résolu un nom sans guillemets en tant que classe, il continuera à le faire :

package SomeClass {
    sub somemethod{}
}
open SomeClass, "<", "somefile" or die;
# SomeClass résolu en tant que handle
SomeClass->binmode;
{
    no feature "bareword_filehandles";
    SomeClass->somemethod;
}
# SomeClass résolu en tant que classe
SomeClass->binmode;

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