À l’ère des clashs permanents, de la défiance généralisée, peut-on encore « conférer », selon le mot de Montaigne ? A-t-on encore la patience de la nuance ? Didier Pourquery, auteur de Sauvons le débat : osons la nuance, en fait un levier pour reconstruire un dialogue fondé sur le réel. Propos recueillis par Alexandra Klinnik, MediaLab […]
Qui a encore besoin de critiques à l’ère des influenceurs et des opinions générées par l’IA ? Apparemment plus grand monde, à en croire les médias traditionnels eux-mêmes, pourtant longtemps les premiers à défendre ce rôle singulier. Dernier exemple : Michael Phillips, critique cinéma du Chicago Tribune, a dû quitter son poste après plus de […]
L’IA fait émerger une main-d’œuvre inédite. Des personnes bien réelles mises au service d’un double numérique, disponibles sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour des rémunérations dérisoires. Le New York Times donne la parole à l’un d’entre eux : Scott Jacqmein, 52 ans, acteur en devenir qui a “vendu son âme” à TikTok […]
Le cinéma est depuis toujours une forme de réalité parallèle, mais avec l’IA, nous entrons dans une ère où cette réalité est littéralement fabriquée de toutes pièces, sans caméra, sans décor, sans acteurs, sans tournage — une réalité synthétique, simulée, émise plutôt que captée. Interview avec Hadrien Gautrot et Ilia Gerber pour comprendre ce nouveau […]
« Je m’en sers pour fantasmer un monde plus doux », « Mon ChatGPT a littéralement été mon thérapeute et mon meilleur ami dernièrement », « Je n’utilise pas l’IA pour fuir la réalité mais pour la déconstruire ». Sur Reddit, les confessions se multiplient. A l’heure où OpenAI dévoile GPT-5, ChatGPT est devenu un soutien psychologique low cost. Instantané, gratuit, toujours […]
« Je suis tout sauf un crevard du scoop » : Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes à Mediapart, publie en novembre 2024 La Troisième Vie, fruit de seize années d’investigation sur un espion roumain présumé. Dans cet entretien, il revient sur la genèse de cette obsession, et défend sa vision du journalisme, à l’ère où le vrai […]
Génération n’est pas vérification. Si ce principe est fondamental pour comprendre les limites des modèles d’IA génératives, leur capacité à produire des contenus plausibles remet en question notre rapport à la factualité. Dès lors, évaluer ces productions nécessite de repenser ce qui constitue le fait et de définir un nouveau cadre d’analyse adapté à ces […]
Dans un monde saturé d’images truquées, de contenus générés par l’IA et d’algorithmes qui façonnent nos perceptions, avons-nous perdu notre emprise sur la réalité ? Pour Lasana Harris, professeur de neuroscience sociale à l’University College London, cette confusion n’a rien de nouveau : la réalité, rappelle-t-il, est d’abord une construction sociale et mentale. Propos recueillis […]
YouTube, TikTok, Instagram… Les créateurs sont partout, mais leur statut reste flou. Malgré leur poids culturel et économique, ils peinent encore à être pris au sérieux, notamment par les institutions. Le magazine Time vient pourtant de marquer un tournant symbolique avec sa première liste TIME100 Creators. En célébrant des talents venus de 15 pays – […]
Spécialiste des enjeux numériques et producteur sur France Culture, François Saltiel revient sur les nouvelles formes de distance introduites par nos usages technologiques. Et questionne notre capacité à rester en contact réel dans un monde hyperconnecté. Propos recueillis par Alexandra Klinnik, MediaLab de l’Information de France Télévisions Dans son essai La société du sans contact, […]
Les beaux jours sont là. L’occasion parfaite pour lever le pied, prendre du recul — et pourquoi pas, plonger dans quelques lectures (ou écoutes) qui interrogent notre rapport à la technologie, aux médias et à la culture. Que vous soyez en vacances ou simplement en quête d’inspiration, voici nos suggestions à glisser dans vos valises […]
Puisque vous ne regardez plus la télévision, TF1 vient à vous — sur Netflix. C’est ainsi que pourrait se résumer le raisonnement du groupe TF1, lors des discussions ayant abouti à l’annonce, le 18 juin dernier à Cannes, d’un partenariat inédit avec la plateforme américaine. À partir de l’été 2026, les abonnés français de Netflix […]
Batailles polarisées et bouleversement des plateformes : telle fut la toile de fond de l’année « électorale » 2024. Les audiences accèdent de plus en plus à l’information par une multitude de canaux, un défi majeur pour les éditeurs traditionnels, comme le souligne le nouveau rapport du Reuters Institute for the Study of Journalism sur les usages […]
“Les revenus publicitaires ne s’effondrent pas partout – ils s’effondrent pour les médias traditionnels, et rapportent énormément aux nouveaux médias”. L’alerte est claire, et vient de quelqu’un qui connaît les deux mondes. Sophia Smith Galler, ex-BBC et Vice, aujourd’hui suivie par plus de 900 000 abonnés, pose un diagnostic partagé par de plus en plus de […]
À VivaTech 2025, l’IA ne s’est pas contentée de faire le show : elle a dessiné les contours d’un nouveau rapport de force. Lancement d’une bataille industrielle et culturelle, dans la continuité du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle. Sur les scènes de VivaTech, cette année, les ambitions ne sont plus feutrées. La France, et […]
Plus de la moitié des 100 vidéos TikTok les plus populaires sur la santé mentale contiennent des informations trompeuses. C’est le constat alarmant d’une enquête menée par The Guardian. Les contenus concernés abordent l’anxiété, la dépression, les traumatismes ou encore la neurodivergence, et diffusent souvent des conseils douteux ou erronés. Parmi les exemples : “manger une orange […]
Google serait-il en train de tuer le trafic des médias ? Depuis le déploiement des AI Overviews — ces encadrés IA qui répondent directement aux requêtes sans nécessiter de clic — les éditeurs voient leur trafic s’effondrer. “Google est en train d’enterrer le web vivant”, certifie le New York Mag. AI OverViews compte aujourd’hui 1,5 milliard d’utilisateurs mensuels, soit un […]
Ils sont nés avec Internet dans la poche, et pourtant… 47 % des jeunes de 16 à 21 ans déclarent qu’ils préféreraient “être jeune dans un monde sans Internet”. Une aspiration choc, qui soulève une question essentielle : que signifie “être jeune sans Internet” pour une génération qui n’a jamais vécu déconnectée ? S’agit-il de vivre […]
Au Festival de Cannes, Bono « lève le voile » sur sa « vie incroyable ». Le documentaire Bono of Surrender a été présenté en séance spéciale ce 16 mai sur la Croisette, et sera diffusé sur Apple TV+. Réalisé par Andrew Dominik, il est produit par… Bono lui-même. Un cas de figure de plus en plus fréquent où […]
Google semble avoir trouvé un nouveau levier de négociation dans le bras de fer sur les droits voisins et la rémunération de la presse. Leur “expérience publique” menée en Europe conclut que les contenus d’actualité ne génèrent aucun revenu publicitaire mesurable. Autrement dit, la presse ne leur vaudrait rien. La question essentielle de l’étude était […]
En décembre 2024, Méta-Media, en partenariat avec le CLEMI et LUMNI, lançait son premier live sur Twitch avec « Méta-talk : Journaliste-Influenceur : Décryptage d’une relation ‘Je t’aime, moi non plus' ». Pendant une heure et quarante minutes, Adeline Hulin, Jean Massiet, Justine Reix et Samuel Etienne ont confronté leurs points de vue sur les liens complexes […]
Deloitte enfonce le clou : les plateformes sociales ne sont plus seulement un complément au paysage médiatique, elles en sont devenues l’épicentre. Selon son rapport 2025 sur les tendances des médias numériques, la génération Z passe 54 % de temps en plus sur TikTok, YouTube et consorts qu’il y a quelques années, soit près de […]
Selon Reuters, 2020 a été qualifiée de « l’année de la newsletter ». Quelques années plus tard, cet engouement reste intact. Le nombre de newsletters croît plus rapidement que celui des abonnés, indique Brian Morrissey, qui évoque même une véritable « bulle ». Face à des plateformes de plus en plus imprévisibles, la newsletter devient […]
Ne laissons pas l’IA (et les géants de la tech) piller notre travail ! C’est l’alerte lancée par la presse britannique cette semaine. Dans un élan de solidarité inédit, des journaux aussi divers que The Sun, Daily Mail, Daily Mirror et The Guardian ont uni leurs unes pour dénoncer une menace imminente : une réforme législative qui permettrait aux […]
En 2024, l’intérêt des Français pour l’actualité a atteint un niveau inédit, égalant celui observé en 2015, avec plus de trois quarts des Français déclarant suivre l’actualité avec un grand intérêt. Ce taux marque une progression d’un point par rapport à 2023. Cette année, l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux ont occupé une place centrale […]
Deuxième site le plus visité au monde après Google, YouTube est devenu un géant du divertissement. Aux États-Unis, la télévision est désormais l’écran principal pour le regarder, dépassant le mobile et l’ordinateur. « Pour de plus en plus de gens, regarder la télévision signifie regarder YouTube », souligne son PDG, Neal Mohan. Une mutation qui change […]
Le 6 février, le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle a été lancé à Paris, où il se déroulera jusqu’au 11 février. Selon le site dédié, “ces échanges ont pour objectif d’adapter et de préparer la société aux évolutions provoquées par l’IA”. Les médias et l’intelligence artificielle générative évoluent dans des univers liés mais également […]
Pendant longtemps, Spotify s’est positionné comme la plateforme de référence pour la découverte musicale. Mais comment s’enthousiasmer pour la “découverte” lorsque la musique mise en avant n’est plus qu’un simple fond sonore, de la musique stock de supermarché ? L’enquête menée par la journaliste indépendante américaine Liz Pelly, dans son livre Mood Machine: The Rise of Spotify […]
Si Elon Musk estime que “vous êtes les médias”, Mark Zuckerberg enchaîne en déclarant “vous êtes les fact-checkers”. Dans une vidéo aux allures de deepfake, le patron de Facebook a annoncé l’arrêt du programme de fact-checking de Meta, lancé en 2016. Cette décision, présentée comme une défense de la “liberté d’expression”, repose sur l’idée que les […]
Il est difficile de garder le moral face à la spirale négative qui touche les médias : attaques incessantes de politiciens hostiles, difficultés économiques récurrentes, bataille pour protéger la propriété intellectuelle face aux plateformes dominées par l’intelligence artificielle, et une série sans fin de licenciements – à commencer aujourd’hui par Konbini en France, suivi de […]
« J’étais autrefois un plongeur sous-marin dans l’océan des mots. Maintenant, je survole la surface comme un homme sur un jet ski », écrit Nicholas Carr dans The Shallows. Cette métaphore illustre parfaitement l’érosion de la lecture profonde, celle qui exige concentration et lenteur. “Aujourd’hui, même les étudiants en littérature ne lisent plus de longs […]
« Quiconque nourrit une vision optimiste pour 2025 est dans l’illusion », affirme S. Mitra Kalita, CEO de URL Media, dans les prédictions annuelles du Nieman Lab, laboratoire de journalisme de Harvard. Le constat pour les médias est sombre : la confiance s’effondre, la fatigue et l’évitement de l’actualité augmentent, et la polarisation s’intensifie. Les plateformes dépriorisent l’information, […]
A l’ère des moteurs de recherche qui se transforment en moteurs de réponse, Reddit (qui avait noué plus tôt dans l’année un partenariat avec OpenAI), se lance dans la recherche conversationnelle. Fini les ajouts de « Reddit » à la fin de chaque requête Google, une pratique qui est devenue courante parmi les utilisateurs de l’application. Cette […]
Étiez-vous plutôt “Pink Pilates Princess Catwalk Afrobeats”ou “Surf Crush Throwback R&B Neo Soul” cette année ? Le mercredi 4 décembre, le très attendu Spotify Wrapped, récapitulatif des habitudes d’écoute des utilisateurs, a été dévoilé. Mais cette fois, il a suscité plus de grognements que d’enthousiasme. Était-ce une volonté délibérée de rendre la chose « méméfiable » ? Un usage excessif d’outils d’intelligence artificielle ? Quoi qu’il en soit, ce cadeau annuel a laissé un goût amer à de nombreux internautes.
Depuis sa première édition il y a six ans, Spotify Wrapped est devenu une tradition incontournable. Chaque fin d’année, les utilisateurs l’attendent cette compilation avec impatience, prêts à partager leurs statistiques musicales sur les réseaux sociaux. À ses débuts, l’initiative avait été critiquée pour transformer une collecte massive de données en une célébration ludique. Mais l’engouement collectif a pris le dessus, et beaucoup se sont finalement pliés au rituel en publiant leurs playlists favorites en story. La diversité et la créativité des présentations ont fini par reléguer au second plan les inquiétudes liées à la surveillance numérique. Cette année, cependant, quelque chose semble avoir changé.
Un podcast généré par l’IA : une innovation controversée
La nouveauté de cette année repose sur un podcast personnalisé généré par l’intelligence artificielle. Conçu en collaboration avec Google (NotebookLM), ce format propose un aperçu audio des habitudes d’écoute de 2024, incluant les chansons, artistes et genres favoris. L’idée : transformer les données de chaque utilisateur en une expérience podcast. Mais cette nouveauté a remplacé certaines fonctionnalités emblématiques, comme l’identification de la “personnalité musicale”, l’attribution d’une ville reflétant les goûts ou encore des jeux interactifs à partager entre amis.
spotify wrapped flopped this year so bad like where are the music cities, the playlists, the top genres or the listening auras… all that wait for WHAT #SpotifyWrapped2024pic.twitter.com/cposhWNURI
Après le lancement, les réactions négatives se sont multipliées sur X et Reddit. Les utilisateurs ont dénoncé un “manque d’efforts”, des graphismes jugés “ennuyeux” et des contenus “décevants”.“Le pire Spotify Wrapped jamais produit, que ce soit pour les visuels ou les données incluses”, a résumé un internaute. Sur Reddit, un long fil de discussion s’est ouvert pour recueillir les avis sur Spotify Wrapped. Dans la description, les critiques sont sans équivoque : « C’est nul, c’est lame, c’est pourri, c’est ennuyeux, c’est décevant, c’est le pire de tous les temps. » Les reproches s’étendent aussi à des aspects précis : « C’est différent des autres sites de statistiques, c’est pire que l’année dernière, c’est généré par l’IA, c’est inexact, erroné, mensonger, une conspiration, le podcast IA est nul. »
L’IA à la limite de la créativité humaine : un nouvel équilibre à trouver
Le terme AI Slop surgit dans la discussion et soulève la question « Jusqu’où pousser l’IA ? » Si les étudiants doivent apprendre à dissimuler leur dépendance à l’IA, les entreprises pourraient s’inspirer de cette discrétion. L’IA peut impressionner, mais difficile d’imaginer qu’elle remplace une créativité humaine qu’elle peine encore à comprendre. Plutôt que de se battre pour une domination artificielle, mieux vaut miser sur un équilibre : utiliser l’IA pour enrichir, sans voler la vedette. Un futur où l’humain reste le scénariste principal, l’IA, son assistant éclairé…
Paris se rêve en capitale d’une IA positive avec l’organisation du sommet international en février 2025 (Le Monde)
Bousculée par CNews, BFMTV se lance sur le créneau des « JT » de 20 heures (Les Echos)
Canal + annonce retirer ses quatre chaînes payantes de la TNT (Le Figaro)
Nicolas Barré devient directeur de la rédaction de Politico France (Le Figaro)
Free sanctionné pour « pratique commerciale trompeuse » (Les Echos)
En Polynésie française, la presse nationale va disparaître des kiosques en 2025 (Libération)
Des parlementaires appellent à une «véritable politique publique de l’IA» en France (Le Figaro)
3 CHIFFRES
1 milliard d’heures – d’après YouTube, les utilisateurs de la plateforme ont dépassé le milliard d’heures streamées par jour sur leurs télévisions connectées
Microsoft fait face à une poursuite antitrust de 1,27 milliard de dollars au Royaume-Uni concernant ses services cloud, indique le Wall Street Journal
Les licenciements dans le secteur de la tech en 2024 ont concerné plus de 130 000 employés au sein de 457 entreprises, rapporte Techcrunch
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Les femmes sont moins enclines que les hommes à utiliser l’IA générative
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Chercher sur Google, c’est pour les vieux. Un problème pour Google (Wall Street Journal)
‘Son Facebook était un autel à mon visage’ : le jour où j’ai démasqué mon catfish (The Guardian)
Désespérés de trouver un emploi, les utilisateurs adoptent de nouvelles stratégies sur les réseaux sociaux pour se démarquer (Washington Post)
Le problème du ‘Et si ?’ en journalisme (Atlantic)
Casey Newton : Le faux confort du scepticisme envers l’IA (Platformer)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Miranda Marcus : Le design centré sur l’humain a-t-il encore du sens lorsqu’il s’agit de concevoir pour l’IA ? (Medium)
Des entreprises au Mexique adoptent l’IA pour ressusciter les morts (Rest of World)
Démystifier le catastrophisme : 4 futuristes expliquent pourquoi nous ne sommes en fait pas condamnés (BigThink)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
Un chercheur en désinformation reconnaît que ChatGPT a inventé des détails dans son dossier judiciaire (The Verge)
« Meta affirme que l’IA générative a eu un impact limité sur les élections mondiales cette année (Reuters)
L’élection présidentielle annulée en Roumanie et pourquoi cela compte (BBC)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Trump nomme Gail Slater à la tête de l’unité antitrust du ministère de la Justice (Axios)
TikTok risque toujours d’être interdit aux États-Unis s’il n’est pas vendu avant le 19 janvier (WSJ)
Meta affirme modérer excessivement par erreur (The Verge)
Les principaux médias canadiens poursuivent OpenAI en justice (BBC)
Elon Musk demande à la justice d’empêcher OpenAI de devenir une entreprise à but lucratif (Axios)
Un procès intenté par un employé accuse Apple d’espionner ses travailleurs (Semafor)
De la presse canadienne à Elon Musk, Open AI attaquée sur tous les fronts ! (Radio France)
JOURNALISME
Les journalistes du Guardian en grève contre la vente prévue de leur publication sœur (New York Times)
Bluesky génère déjà plus de trafic référent que X pour certains éditeurs (Press Gazette)
Il existe désormais un moyen pour les journalistes de vérifier leurs comptes Bluesky via leurs employeurs (tout en gardant le contrôle sur ceux-ci) (NiemanLab)
« Les applications d’actualités les plus populaires au Royaume-Uni : BBC News dépasse désormais Apple News (Press Gazette)
Le désintérêt pour les journaux télévisés pourrait expliquer le déclin de la confiance dans les médias (NiemanLab)
Perplexity élargit son catalogue d’éditeurs (Tech Crunch)
Les 35 projets lauréats du JournalismAI Innovation Challenge (JournalismAI)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Les divertissements longs sont dépassés, place aux contenus format express pour la prochaine génération (Axios)
Les médias mettent la vidéo verticale en avant sur leur page d’accueil (NiemanLab)
ENVIRONNEMENT
L’IA DeepMind de prévision météorologique surpasse un système de référence mondial (Nature)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
‘Faites les yeux ronds si vous voulez, je suis une star’ : TikTok organise sa première cérémonie de remise de prix (BBC)
Bluesky compte désormais 24 millions d’utilisateurs. Jay Graber continue de promettre qu’elle évitera la ‘dégradation’ de la plateforme (Wired)
L’avenir de TikTok pourrait se jouer cette semaine (Wired)
Les Américains se tournent vers TikTok pour financer leurs frais médicaux (Rolling Stone)
STREAMING, OTT, SVOD
Le nombre d’abonnés de Netflix Japon dépasse les 10 millions, avec des séries qui attirent l’attention (Reuters)
Disney augmente son dividende de 33 % après avoir réalisé des bénéfices grâce au streaming (Bloomberg)
AUDIO, PODCAST, BORNES
La nouveauté de Spotify Wrapped : un podcast personnalisé généré par l’IA (Washington Post)
Les utilisateurs de Spotify déçus par un Wrapped peu enthousiasmant cette année (Tech Crunch)
Depuis l’arrivée d’Elon Musk à la tête de X, l’une des plateformes centrales dans l’écosystème numérique mondial semble perdre pied. Réduction massive de la modération, refonte des algorithmes, monétisation à outrance : ces choix stratégiques ébranlent une plateforme déjà critiquée dans un environnement numérique saturé de désinformation. En parallèle, Bluesky, jeune plateforme qui mise sur la décentralisation, s’affirme comme une alternative crédible. En une semaine, sa communauté a explosé, passant de 15 à 20 millions d’utilisateurs, avec un trafic qui a augmenté de 500%,un essor catalysé par un événement clé : l’implication de Elon Musk dans l’administration Donald Trump. Les effets de cette migration sont tangibles. Après The Guardian au Royaume-Uni et La Vanguardia en Espagne, c’est Ouest-France, en France, qui a annoncé la suspension de ses publications sur X, invoquant une rupture avec ses valeurs et ses objectifs. Ce retrait ne fait que souligner un basculement plus profond : X, autrefois incontournable (surtout pour les journalistes), semble désormais incapable de répondre aux attentes éthiques et stratégiques de ces utilisateurs.
Ce qu’on reproche à X
Depuis que Elon Musk a pris les commandes de X, les critiques à l’encontre de la plateforme se sont multipliées, tant du côté des experts que des utilisateurs. Paul Krugman,professeur au City University of New York Graduate Center estime que « la plateforme a empiré sous la direction d’Elon Musk », il la qualifie même de « pratiquement inutilisable, envahie par des bots, des trolls, des fêlés et des extrémistes ». Cet environnement toxique ne se limite pas aux problèmes techniques ou comportementaux. Selon Shannon C. McGregor, professeure associée à la Hussman School of Journalism and Media de l’Université de Caroline du Nord, un sentiment de « ras-le-bol » gagne de nombreux utilisateurs, amplifié par les résultats de l’élection américaine. « Beaucoup de ceux qui quittent X sont déçus par l’issue du scrutin et associent désormais la plateforme au soutien de Musk à Trump », analyse-t-elle.
i can guarantee that no bluesky team members will be sitting with a presidential candidate tonight and giving them direct access to control what you see online https://t.co/oLekvrULRlpic.twitter.com/UdL05ob6jz
À cela s’ajoute un rejet croissant du contenu mis en avant sur les fils d’actualité. « On voit émerger des publications d’extrême droite, de suprémacistes blancs, et des théories conspirationnistes — un contenu que la grande majorité des utilisateurs ne souhaite pas côtoyer au quotidien », explique t-elle.
Ce qui séduit chez Bluesky
Bluesky séduit par son ergonomie, sa communauté engagée et l’absence relative de harcèlement, offrant un environnement propice à des échanges authentiques et respectueux. La plateforme mise sur une gestion communautaire et la décentralisation, ce qui renforce son image d’espace numérique plus humain et indépendant, loin des manipulations algorithmiques dominantes. Pour la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, ces atouts font de Bluesky une alternative crédible. Elle a repris ses publications sur le réseau après plus d’un an d’inactivité, et elle explique au The Washington Post : « C’est une plateforme créée par et pour de vraies personnes ». Elle ajoute que cette indépendance vis-à-vis « des grandes entreprises et milliardaires qui cherchent à posséder ou manipuler chaque plateforme ou algorithme numérique » lui permet d’être plus directe sur son travail et d’échanger en temps réel avec des individus réels.
L’absence d’algorithmes centralisés et l’utilisation de packs facilitent également la visibilité sur Bluesky. Sophy Ridge,la présentatrice principale politique de Sky News, a observé qu’elle recevait plus d’engagement sur Bluesky que sur X, malgré un nombre d’abonnés bien plus faible. Cela rappelle un peu le bon vieux temps des débuts de Twitter ou de Facebook, qui, jadis, fonctionnaient de la même manière.
La communauté journalistique
Press Gazette met en lumière une lettre ouverte signée par plus de 30 journalistes qui avance que X n’est désormais « plus un outil utile » pour le journalisme. Organisée par Josiah Mortimer, le chef des reporters de Byline Times, cette lettre rappelle le rôle crucial que Twitter a joué dans la carrière de nombreux signataires. Toutefois, ces journalistes déplorent la dégradation de la plateforme sous la direction d’Elon Musk, soulignant la perte de pertinence des fils d’actualités et une chute de l’engagement, à l’exception de ceux qui sont prêts à payer.
La journaliste Sophia Smith Galer estime que Bluesky attire les journalistes car il leur rappelle l’époque où Twitter était un espace privilégié d’échange. Néanmoins, dans un post LinkedIn, elle met en garde contre une nostalgie des anciens réseaux sociaux. Selon elle, les journalistes doivent se tourner vers les plateformes vidéo pour rester pertinents et atteindre plus efficacement leurs audiences.
Une migration qui perdurera ?
Bluesky, décrite par sa CEO Jay Graber comme une sorte de Wikipedia open source des plateformes, incarne une volonté de renouveau dans un environnement numérique de plus en plus polarisé. Si cette alternative séduit par son modèle décentralisé et collaboratif, elle suscite aussi des interrogations sur sa pérennité, notamment face à des attentes croissantes en matière de formats vidéo et d’accessibilité. Pour l’instant, Bluesky reste une plateforme relativement « élitiste », prisée par des journalistes et des personnalités hollywoodiennes, mais encore largement en dehors de l’intérêt du grand public. Et peut-on être certain qu’elle échappera à l’évolution économique qu’ont connue les autres plateformes ? L’expérience des alternatives laisse place au doute : Threads se détourne de l’actualité (comme les autres plateformes de l’écosystème Zuckerberg), tandis que Mastodon, avec son architecture fragmentée et ses « instances », peine à fédérer une audience aussi large et homogène que celle de Twitter à ses débuts. Où se trouvera alors ce « safe space » capable d’offrir aux journalistes une véritable stabilité, loin des migrations incessantes imposées par les revirements stratégiques et les changements de propriétaires ? Une question cruciale à l’heure où la fiabilité des plateformes devient indispensable pour l’avenir de l’information…
Me over on Bluesky trying to find the accounts of all the people I follow on Twitter. pic.twitter.com/09tf5X6i3L
Emmanuel Macron invite Donald Trump et Elon Musk au « sommet IA » en France (Les Echos)
« Ouest-France » annonce suspendre ses publications sur le réseau social X (Le Monde)
Vol massif de données : Free veut débusquer son pirate via Telegram (Les Echos)
« Le Point » victime d’une fuite de données (Le Monde)
Le gouvernement veut vendre le magazine 60 millions de consommateurs, les salariés sidérés (Le Figaro)
Pourquoi les comptes Instagram et TikTok de Paris 2024 ont subitement disparu (Le Figaro)
Les Echos-Le Parisien Médias dévoile SONAR.AI (Media Leader)
3 CHIFFRES
Les jeunes adultes britanniques lisent en moyenne six articles de presse par jour, selon une étude de Reuters, indique Press Gazette.
57 % de la population mondiale est désormais connectée à Internet mobile, selon une enquête de la Global System for Mobile Communications Association Intelligence, souligne Rest of World.
La startup xAI d’Elon Musk est évaluée à 50 milliards de dollars lors de son nouveau tour de financement, rapporte The Wall Street Journal
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
La plupart des influenceurs de l’actualité sont présents sur plusieurs plateformes, mais X reste la plus utilisée
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Plongée dans l’industrie florissante du proxénétisme dl’IA (Wired)
Pourquoi parlons-nous de cette manière ? (The New Yorker)
Pourquoi il ne faut pas démanteler Chrome (The Atlantic) – et en même temps, OpenAI aurait envisagé de lancer son propre navigateur web intégré à son chatbot (selonThe Information). L’entreprise aurait également conclu des partenariats pour alimenter les fonctionnalités de recherche sur divers sites dans les domaines du voyage, de la gastronomie, de l’immobilier et du commerce. En d’autres termes, OpenAI s’attaque directement au cœur du modèle économique de Google. Quelle coïncidence…
L’investissement de 2 milliards de dollars de Google dans Anthropic reçoit l’approbation des autorités antitrust britanniques (Wall Street Journal), pendant ce temps, Anthropic lève encore 4 Mrds supplémentaires chez AWS (TechCrunch)
L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans « en discussion » au Royaume-Uni (BBC)
Deus in machina : Une église suisse installe un Jésus alimenté par l’IA (The Guardian)
Il n’y a plus aucun doute que l’écriture hollywoodienne alimente l’IA (The Atlantic)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
Un journaliste arrêté au Turkménistan avant la cérémonie de remise des prix en Suisse, selon des organisations de défense des droits (Reuters)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Le navigateur Chrome de Google pourrait valoir jusqu’à 20 milliards de dollars si un juge ordonne sa vente (Bloomberg)
Le DOJ demande à un juge de contraindre Google à vendre Chrome dans le cadre d’une proposition de démantèlement partiel (Axios)
OpenAI efface ‘accidentellement’ des preuves potentielles dans le procès sur les données d’entraînement (The Verge)
Le gouvernement britannique convoquera Elon Musk dans le cadre d’une enquête sur les réseaux sociaux (Engadget)
Trump choisit Brendan Carr pour diriger la F.C.C. (New York Times)
L’Office des brevets et des marques des États-Unis a interdit à son personnel d’utiliser l’IA générative (Wired)
L’Inde restreint le partage des données de WhatsApp avec d’autres entités de Meta et impose une amende de 25,4 millions de dollars (Reuters)
JOURNALISME
L’Associated Press va réduire son personnel de 8 % (New York Times)
Une vague de journalistes arrive sur Bluesky alors que les inscriptions explosent (Press Gazette)
La journaliste IA qui a pris mon ancien poste vient d’être licenciée (Wired)
La rédactrice en chef du plus ancien magazine américain a démissionné après avoir qualifié les électeurs de Trump de fascistes (CNN)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Certaines des plus grandes newsletters de Substack dépendent des outils de rédaction IA (Wired)
ENVIRONNEMENT
L’IA aide à découvrir des métaux essentiels en Australie pour la transition énergétique (Axios)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Bluesky atteint 20 millions d’utilisateurs (Engadget)
Wow!
What on earth happened here?
(I don’t mean « why did so many people move to a different social network, » but « why did they all go to ») pic.twitter.com/XbWlwoXdiH
Autrefois persona non grata dans la Silicon Valley, Donald Trump voit aujourd’hui les dirigeants de la tech multiplier les courbettes. Tous étant bien conscients que leur avenir se joue désormais dans les mains du candidat républicain. « Félicitations au président Trump », s’est empressé d’écrire Mark Zuckerberg sur Threads. Rappelons que dans le passé, le milliardaire républicain avait menacé d’envoyer en prison le patron de Facebook s’il faisait « quoi que ce soit d’illégal » pendant l’élection. « Nous avons hâte de collaborer avec vous et votre administration pour que les États-Unis continuent de briller par leur ingéniosité, leur innovation et leur créativité», a ajouté Tim Cook. Sam Altman, de son côté, a embrayé : « Je lui souhaite un immense succès dans ses fonctions. Il est crucial que les États-Unis maintiennent leur avance dans le développement de l’IA, en respectant les valeurs démocratiques ».
Parmi les dirigeants de la tech, Elon Musk, PDG de Tesla et de X, s’impose comme un allié de poids pour Donald Trump. Devenu le plus grand relais de contenus pro-Trump et de désinformation sur X, Elon Musk aurait fait plus que quiconque aux États-Unis pour soutenir son élection, y contribuant notamment avec un don de 120 millions de dollars.
Ces généreux et puissants services ont payé. Donald Trump souhaite confier à sa « star » un rôle stratégique dans un « département de l’efficacité gouvernementale ». Ce poste permettrait à Elon Musk de recommander d’importantes réductions de la bureaucratie fédérale. Un tel poste lui donnerait aussi une influence directe sur les régulations touchant ses entreprises, comme Tesla et SpaceX. Comparé à ses précédents investissements – l’achat de Twitter pour 44 milliards de dollars et ses contributions financières à la campagne républicaine – cette perspective d’influence est bien plus précieuse. Elon Musk commence d’ailleurs déjà à en récolter les fruits : l’action de Tesla a bondi de 12 % mercredi matin. Par ailleurs, ses liens avec Donald Trump semblent déjà solides ; mercredi, le candidat républicain a passé un appel téléphonique, avec Elon Musk, au président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Vers un allègement des régulations ?
Selon un ancien cadre de SpaceX, Elon Musk considère « toute régulation comme un frein à ses affaires et à l’innovation ». Il voit dans l’administration Trump l’opportunité de démanteler un maximum de ces régulations, pour avancer selon ses propres termes et à son rythme. Les entreprises technologiques, notamment celles proches de Elon Musk et de Peter Thiel, voient en Trump un « grand dérégulateur ». Sous l’administration Biden, des actions ont été intentées contre Apple, Google, Meta, et Amazon. Pour le New York Times, il est probable que Donald Trump et ses alliés éliminent les acteurs associés aux batailles antitrust de l’administration Biden contre les grandes entreprises tech. Elon Musk a d’ailleurs affirmé que Lina Khan, la présidente de la Federal Trade Commission (FTC), serait renvoyée. Responsable des actions contre Amazon et Meta, elle est accusée par les républicains d’entraver les acquisitions de start-ups prometteuses par les grandes entreprises tech. Dan Ives, analyste chez Wedbush, qualifie Lina Khan de « cauchemar pour le secteur technologique » et ajoute que son départ pourrait favoriser davantage de fusions et acquisitions.
Dans ce contexte, Google pourrait connaître un sort particulier. Les conservateurs pro-Trump accusent depuis longtemps le géant de la recherche de biais contre les voix conservatrices, une pression antitrust qui pourrait se maintenir.
Le retour de Donald Trump pourrait ainsi marquer le début d’une phase de déréglementation favorable aux entreprises tech, notamment celles en bons termes avec le milliardaire au teint orangé. Comme le mentionne Olivier Alexandre, chargé de recherche au CNRS: « En échange de leur soutien à Donald Trump, ils espèrent voir leurs intérêts servis. Pourtant, la rhétorique du président américain tend à brouiller ses réelles intentions. C’est un peu le paradoxe avec Donald Trump ; il dit tout et son contraire. »
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Sept familles françaises annoncent assigner TikTok en justice après des suicides d’adolescentes (Le Monde)
Perquisitions en cours chez Netflix à Paris pour des soupçons de fraude fiscale (les Echos)
Disney disparaîtra de Canal+ à partir de janvier 2025 (Télérama)
Ici remplace définitivement France 3 Régions : “On a peur de perdre notre identité” (Télérama)
Amazon teste la livraison gratuite des livres, que la loi devait pourtant lui interdire (Les Echos)
Comment YouTube est devenu un nouveau géant de la télé en France (Les Echos)
3 CHIFFRES
1 page sur 20 sur Wikipédia semble désormais rédigée avec l’aide de l’IA (NewScientist)
5/5 jours : le Washington Post exige un retour au bureau de ses employés (New York Post)
.@washingtonpost requiring staff to return to office 5x per week by June 2, 2025, per email sent to staff
Raw Story Media and AlterNet Media perdent leur procès pour droits d’auteur contre OpenAI (Silicon Republic) ; mais la bataille ne fait que commencer… (Wired)
Le 7 novembre, la juge Colleen McMahon a rejeté le procès en déclarant que les plaignants n’avaient pas pu prouver de « préjudice concret ». « Lorsqu’un utilisateur saisit une question dans ChatGPT, ChatGPT synthétise les informations pertinentes dans son référentiel pour produire une réponse », a écrit la juge. Elle a affirmé que la probabilité que ChatGPT, un modèle d’IA entraîné sur de larges ensembles de données, produise du contenu plagié d’un des articles des plaignants est « faible ».
Facebook demande à la Cour suprême des États-Unis de rejeter la plainte pour fraude liée au scandale Cambridge Analytica (The Guardian)
La plainte contre Meta, invoquant une loi de protection technologique, est rejetée (New York Times)
JOURNALISME
Le New York Times dépasse les 11 millions d’abonnés (New York Times)
Les organisations de presse contraintes d’accepter les crawlers IA de Google, selon le directeur des politiques du FT (Financial Times)
Les éditeurs dépendants du trafic de Google Discover risquent une course vers le bas (Press Gazette)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Comment un magazine de 178 ans reste pertinent, un post Instagram à la fois (New York Times)
Les super télévisions géantes s’envolent des étagères des magasins (CNN)
Meta ouvre un pop-up store pour ses lunettes Ray-Ban Meta (The Verge) ; tandis que l’unité Reality Labs, qui développe des technologies de réalité augmentée et virtuelle, a enregistré une perte d’exploitation de 4,4 milliards de dollars (CNBC)
ENVIRONNEMENT
Jeff Bezos dit qu’il est un homme engagé pour le climat, mais pourquoi cet acte d’allégeance ? (The Verge)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Daze, une application de messagerie créative et alimentée par l’IA pour la génération Z, est en train d’exploser avant son lancement (TechCrunch)
Le NSPCC affirme que Snapchat est l’application la plus utilisée pour le grooming (BBC)
L’Australie prévoit d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans (BBC)
L’unité canadienne de TikTok ordonnée de dissoudre ses opérations pour des raisons de sécurité nationale (Wall Street Journal)
Threads était presque inutile lors de la nuit des élections (mais c’est un peu le but) (NiemanLab)
Voir dans Threads
STREAMING, OTT, SVOD
Paramount a renoncé à une fusion avec Warner Bros. après des mois de négociations (Bloomberg)
Amazon intègre des résumés générés par IA à son catalogue Prime Video (The Hollywood Reporter)
Paramount visé par un recours collectif pour partage de l’historique de visionnage des abonnés (The Hollywood Reporter)
Warner Bros. Discovery ajoute 7,2 millions d’abonnés à Max, son plus grand bond trimestriel (CNBC)
AUDIO, PODCAST, BORNES
82% des téléchargements de podcasts s’effectuent via smartphone, selon l’ACPM (Media Leader)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
La startup d’IA Perplexity va tripler sa valorisation à 9 milliards de dollars lors d’une nouvelle levée de fonds (Wall Street Journal)
OpenAI a-t-il dépensé plus de 10 millions de dollars pour un URL ? (The Verge)
Une œuvre d’art IA d’Alan Turing se vend pour 1,3 million de dollars (BBC)
L’IA pourrait remplacer 3 millions d’emplois, mais les pertes à long terme seraient « relativement modérées », selon le think tank de Tony Blair (The Guardian)
Google Scholar ajoute désormais des plans générés par IA aux articles de recherche (NiemanLab)
L’autre gagnant de la soirée électorale : Perplexité (TechCrunch)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Pourquoi l’industrie de la publicité redéfinit la notion de créateur vs. influenceur (Digiday)
Et aussi :
Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah
Ils et elles s’appellent Squeezie, Mcfly et Carlito, Léna Situations ou encore Mister Geopolitix. Ils cherchent à créer des contenus attractifs pour les communautés qui les suivent et leurs sujets sont variés, du développement personnel à l’actualité. On les appelle des « créateurs de contenu ». Une qualification qui vise à distinguer des « influenceurs » qui, sur les réseaux sociaux cherchent à influencer les habitudes de consommation des individus en accord avec des marques dont ils se font le relais.
Par Anne Cordier, Professeure des Universités en Sciences de l’Information et de la Communication
La distinction est de taille, car elle incite à analyser avec finesse la diversité du paysage auquel sont confrontés les publics en ligne. Elle est aussi de taille car l’amalgame trop souvent effectué entre ces deux types de figures nuit à la compréhension des représentations et des pratiques informationnelles des jeunes, et donc à une prise en charge éducative tout à fait pertinente.
De fait, en éducation, la focale adoptée est souvent centrée sur les influenceurs et le brouillage entre information et publicité. Or les créateurs de contenu occupent une place de choix dans l’écosystème informationnel des adolescents. Une exploration de leurs pratiques d’information, loin des préjugés et conclusions hâtives, apporte des clés de compréhension et d’action pour développer une éducation aux médias et à l’information (EMI) intégrant ces figures et leurs contenus dans les apprentissages informationnels.
Des figures inscrites dans le quotidien des adolescents
Les adolescents s’informent au quotidien, que ce soit sur l’actualité ou sur des questions liées à leurs centres d’intérêt, à leurs loisirs ou encore aux programmes et activités scolaires. Ces pratiques d’information sont profondément liées à la personnalité et au parcours biographique de chacun. Une grande pluralité de sujets et d’intentions que la diversité des créateurs de contenu présents sur le web reflète, et qui rythme le quotidien des adolescents, de la santé et la sexualité à l’orientation.
Ainsi, leur curiosité à l’égard du sport, des violences sexistes et sexuelles ou encore de la musique et, de façon plus générale, des pratiques culturelles, trouvent des réponses grâce aux créateurs de contenu, dont les adolescents apprécient le ton et le fait d’aborder des questions non traitées par « la télévision ou même les adultes », selon les mots de Maëva, 17 ans.
Nombreux sont les adolescents qui expriment leur reconnaissance à l’égard de créateurs de contenu qui ont osé aborder via leurs vidéos des expériences difficiles qui font écho à leurs préoccupations. C’est le cas de Mastu qui, en 2022, s’est exprimé sur sa dépression.
Les collégiens et lycéens rencontrés lors d’enquêtes de terrain insistent sur le sentiment de familiarité développé avec certains de ces créateurs avec qui ils disent avoir grandi et ne cachent pas un attachement vis-à-vis de ces figures qui ont contribué et contribuent encore à la construction de leur identité et au développement de leurs sociabilités tout autant que de leurs goûts culturels.
Des figures d’autorité informationnelle ?
Cet attachement affectif marqué à l’encontre des créateurs de contenu, entretenu par une intensité et une quotidienneté de la pratique informationnelle, entraîne-t-il une confiance absolue dans les productions de ces créateurs ?
Entre septembre 2023 et mars 2024, une recherche-action menée auprès de deux classes de terminale, l’une générale spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP), l’autre technologique spécialité sciences et techniques sanitaires et sociales (ST2S), a, entre autres choses, permis de documenter avec précision le rapport entre l’adhésion affective à une source ou figure informationnelle et la confiance attribuée à cette dernière.
Contrairement aux discours répandus présentant la jeunesse comme soumise à ses affects et peu capable de rationalité particulièrement sur les réseaux sociaux numériques, cette étude montre qu’apprécier les publications des créateurs de contenu ne signifie pas leur faire confiance.
D’une part, les adolescents distinguent nettement les créateurs de contenu – qu’ils appellent alors souvent « influenceurs » – qui diffusent du divertissement et du témoignage (comme Squeezie, cité par tous comme référence à propos des jeux vidéo, ou Lena Situations, que les jeunes filles apprécient pour ses publications sur la mode) – et ceux qui produisent du contenu informationnel plus sérieux à leurs yeux (comme Mister Géopolitix ou Jemenbatsleclito, compte de la créatrice féministe Camille Aumont Carnel).
D’autre part, interroger les adolescents sur les modes d’adhésion affective et d’attribution de confiance aux contenus informationnels produits par ces créateurs et créatrices instruits sur les critères de crédibilité qu’ils appliquent pour évaluer ces contenus. Des critères qui témoignent d’une forme certaine de rationalité chez ces acteurs.
Premier critère, unanimement mis en avant : le travail info-documentaire réalisé en amont et visible à travers la production (citation des sources, notamment), et l’adéquation entre le contenu proposé et les éléments de cours. Meg note :
« Je regarde la vidéo et je vérifie dans mon cours. Si il dit comme mon prof, alors je peux faire confiance. […] Pas l’inverse, non. Le professeur sait mieux qu’un youtubeur quand même ! »
Deuxième critère appliqué également de façon unanime : la pédagogie déployée par le médiateur créateur de contenus, qui constitue conjointement une raison d’attachement : « Sa manière de faire, elle est attractive. Dr Nozman, il part d’un exemple concret, de la vie de tous les jours, ou alors de ce qu’on voit dans un film, et puis il explique comment c’est possible ou pas, c’est quoi les phénomènes physiques en jeu. C’est passionnant, et j’ai toujours envie d’en apprendre plus », explique Simon.
Troisième critère, qui est sujet à de nombreuses discussions entre les adolescents et les divise : la popularité du créateur de contenu, évaluée à son nombre d’abonnés. Est-ce un critère valable ? Quel lien entre popularité, pertinence et fiabilité ? Ce questionnement, loin d’être nouveau, est renouvelé avec la présence massive des créateurs de contenu dans les écosystèmes informationnels juvéniles. Plusieurs adolescents pensent que la popularité implique une exigence de responsabilité dans le contenu diffusé, à l’instar de Tom : « Le fait qu’il y ait beaucoup de gens qui les suivent, ça les oblige à avoir de la rigueur, parce qu’ils se font vite reprendre, taper sur les doigts en cas de bêtise, ils veulent éviter le bad buzz. »
Au sein de ce paysage foisonnant, une figure d’autorité majeure tire son épingle du jeu : Hugo Décrypte. En février 2024, sur 52 élèves de Terminale, 38 utilisent Hugo Décrypte pour s’informer. C’est la ressource informationnelle qui remporte les suffrages et en termes de plaisir ressenti quand on la consulte et en termes de confiance attribuée (95 % attribuent la note minimale de 8 sur 10 à Hugo Décrypte sur les deux plans). Sa présence en ligne massive – YouTube, TikTok, Instagram, Twitch, WhatsApp… – ainsi que la multiplicité des formats médiatiques mobilisés expliquent cette puissance d’impact. Mais, là encore, les lycéens identifient dans les productions des critères de crédibilité qui les érigent en ressources informationnelles de référence, comme le raconte Vasco :
« Hugo Décrypte, il est presque un journaliste, non ? […] Il cite ses sources à chaque fois, il explique comment on peut affirmer telle ou telle chose, on voit bien que ses sujets sont travaillés, il se lève pas le matin en mode “Salut la Commu ! J’ai rien à vous dire mais j’vais quand même faire une vidéo !” »
Une nouvelle donne pour l’éducation aux médias
La place occupée par les créateurs de contenu dans l’écosystème informationnel juvénile justifie pleinement que l’on s’en (pré) occupe. Pourtant, les résistances et la défiance envers ces figures d’attachement et figures d’autorité informationnelle semblent importantes chez les adultes. C’est ainsi en tout cas que les adolescents le perçoivent et le racontent. Marie note :
« Les profs, comme ils peuvent ne pas connaître, ils pourraient considérer ça comme une source un peu moins fiable que le reste. Et du coup remettre en question notre travail et notre recherche. »
Reconnaître la légitimité des pratiques juvéniles, c’est s’assurer que les adolescents ne soient pas seuls avec leurs questionnements face à des productions qui recèlent de forts enjeux en éducation aux médias et à l’information. Celle-ci est partage de références et d’émotions, que ce soit en famille ou à l’école, où l’intégration de ces ressources apparaît nécessaire pour interroger collectivement la fabrique de l’information, le statut du document, mais aussi la perception d’un discours de vulgarisation. Voilà l’occasion d’affûter le regard critique des élèves et de nourrir leur culture de l’information et des sources.
Une éducation aux médias et à l’information qui intègre les ressources produites par les créateurs de contenu, c’est aussi une éducation qui contribue à la distanciation critique lorsqu’il s’agit de faire prendre conscience aux adolescents des intérêts, économiques et/ou politiques, que certains créateurs de contenu défendent. Il s’agit certes d’identifier les créateurs de contenu dont les productions sont problématiques pour le développement de connaissances dans des domaines aussi cruciaux que la santé, le climat ou l’alimentation, mais aussi ceux dont les publications sont dignes de confiance.
Une éducation aux médias et à l’information qui intègre les ressources produites par les créateurs de contenu, c’est enfin une éducation respectueuse des espaces informationnels en général, précise dans son appréhension des sources, et qui évite les généralisations erronées : « C’est pas parce que c’est sur YouTube que c’est pas légitime. Je trouve ça fou qu’on puisse, en tant qu’enseignants ou médiateurs, confondre le canal et la source ! », s’emporte ce professeur documentaliste qui ajoute trouver « aberrant de ne pas proposer ce type de ressources à (ses) élèves en 2023-2024 ».
Car oui, les pratiques informationnelles des adolescents sont riches et éminemment sérieuses. C’est pourquoi nous nous devons de proposer une éducation aux médias et à l’information qui soit, dans toutes ses sphères de déploiement (école, famille, tiers lieux…), digne de cette complexité, attachée à « faire reliance », et les prendre résolument au sérieux.
« Nous ne vivons plus dans un monde où trois hommes blancs d’âge mûr annoncent les nouvelles chaque soir à 18h30 », observe Eric Schultz, conseiller politique démocrate. L'époque où un nombre restreint de figures médiatiques incarnait « l’autorité » de l’information quotidienne semble révolue. Les candidats à l’élection présidentielle américaine l’ont bien compris et explorent aujourd’hui tous les canaux pour atteindre leurs électeurs : participation à des podcasts ciblés pour courtiser le « bro vote », lancement de campagnes dans des jeux vidéo type Fortnite, et investissement massif sur les réseaux sociaux – X, Instagram, TikTok. Leurs meilleurs alliés ? Les influenceurs, capables d’atteindre des publics spécifiques (et jeunes), payés très généreusement pour soutenir leur candidat favori, sans réel encadrement réglementaire ni transparence. Dans cette campagne électorale plus fragmentée que jamais, les codes traditionnels de l’information semblent dépassés, suscitant de vives réactions dans les médias traditionnels. Comme le résume The Guardian : « Les candidats ont fait parler d’eux non pas pour ce qu’ils disent en interview, mais pour les médias auxquels ils ne participent pas ».
Le podcast, format roi
Cette campagne présidentielle marque un tournant avec l’émergence des podcasts en tant que médias de premier plan. Kamala Harris, par exemple, a choisi de s’éloigner des médias traditionnels pour atteindre des électorats stratégiques. Le mois dernier, elle a été invitée sur All the Smoke, un podcast sportif animé par d’anciens joueurs de la NBA, Stephen Jackson et Matt Barnes, qui s’adresse principalement aux hommes noirs. Harris est également devenue la première candidate à la présidence à apparaître dans Call Her Daddy, un des podcasts les plus populaires du pays, particulièrement prisé par les femmes. Selon Edison Research, près de 80 % des auditeurs de cette émission ont moins de 35 ans, et une grande partie d’entre eux vivent dans le Sud, une région regroupant des États clés comme la Géorgie et la Caroline du Nord. Comme l'indique The Atlantic, « les émissions d'actualités classiques n'ont pas la même portée qu'Alex Cooper auprès des jeunes femmes du centre des États-Unis », ou un appel à voter de Taylor Swift, une campagne "Kamala is Brat" ou encore le hastag "HotGirlsVote".
Campagne ciblée sur Instagram #HotGirlsVote
De son côté, Donald Trump investit dans la « manoverse » pour séduire le « bro vote », un groupe d’électeurs de 18 à 29 ans. Aux États-Unis, les hommes de moins de 30 ans affichent l'un des taux de participation électorale les plus bas. Trump a ainsi multiplié les apparitions sur des podcasts à forte audience masculine, comme Full Send, Bussin' With the Boys, et le PBD Podcast. En tout, sa campagne a recensé neuf podcasts, dont sept comptent une majorité d’auditeurs masculins. Son interview de 3 heures avec Joe Rogan, un relais puissant pour la propagande conservatrice, a été visionnée plus de 43 millions de fois, faisant de cet épisode le plus regardé de l’année sur la chaîne de Rogan, selon YouTube.
Selon The Atlantic, « la plupart des Américains qui consomment beaucoup d’actualités savent déjà comment ils vont voter. Conquérir les électeurs indécis, y compris ceux qui ne prévoient pas de voter, est vital. Cela signifie participer à des podcasts ayant des titres tels que "Threesomes, Toxic Men and Onlyfans". »
Les créateurs vidéo, les personnes les plus puissantes de la campagne
Et ces éditeurs vidéo sont souvent les plus influents sur les réseaux. Le rassemblement de Donald Trump au Madison Square Garden avec son discours extrême et haineux, en a été la preuve. Des commentaires racistes et obscènes de certains des premiers intervenants de l’événement ont été découpés et signalés par des utilisateurs populaires sur X, comme Acyn, et Aaron Rupar. Les deux comptes ont publié des extraits du comédien Tony Hinchcliffe comparant Porto Ricco à une « île flottante de déchets » : les clips sont devenus viraux, sur une plateforme qui habituellement favorise les tweets des Républicains.
On n’oublie personne
Par ailleurs, dans les dernières heures de la campagne, la vice-présidente Kamala Harris tente de séduire un groupe « qui n’est pas souvent ciblé lors de telles courses » : les gamers. Son équipe a lancé sa propre campagne sur Fortnite : Freedom Town. Il s’agit d’une carte créative personnalisée thématisée autour de certaines des promesses de campagnes de Kamala Harris, notamment des réductions d’impôts pour les petits entreprises et un accent sur le logement abordable…
Les médias traditionnels ne sont pas (complètement) obsolètes
Malgré l’essor et l’intérêt pour de nouvelles plateformes, les médias traditionnels conservent une place importante dans la stratégie électorale. Les candidats avaient prévu de dépenser environ 2,1 milliards de dollars en publicité à la télévision, à la radio et en ligne, une augmentation de 17% par rapport à 2020, soit le cycle électoral le plus coûteux de l’histoire, selon AdImpact, une société de suivi publicitaire en Viriginie.
La fragmentation médiatique a transformé la façon dont les candidats mènent la campagne. Avec l’émergence de nouveaux canaux, les électeurs peuvent être touchés là où ils se trouvent. Du côté des médias, des marges plus faibles et l'absence d'un moteur d'audience garanti comme Trump ont poussé les dirigeants de télévision à être plus prudents avant d'investir des millions dans des débats. Cette reconfiguration crée un environnement saturé où il devient difficile de discerner des messages authentiques au milieu d’un flot constant d’informations. « Avant, on était habitués à un calendrier de campagne qui s’étirait dans le temps, analyse Jack Bratich, professeur de communication à la Rutgers University, spécialisé dans la fachosphère américaine. Avec tous ces podcasts de dernière minute et le contenu superficiel des conversations, on a l’impression de voir une pub pour un évènement sportif qui se tient le 5 novembre, pas une élection ». Le journaliste John Herrman a été parmi les premiers à identifier la tendance à la fragmentation dans le New York Magazine prédisant que les électeurs seront confrontés à une "Élection de Nulle Part" (Nowhere Election), "vécue comme une incitation à penser par eux-mêmes dans un environnement où tenter de le faire signifie être constamment sollicité, courtisé, trompé ou escroqué — une sphère publique animée (hourra !) qui se remplit d'une fumée épaisse et âcre (oh non !)."
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Le Figaro conclut un accord avec Meta et Google sur le partage des droits voisins (Le Monde)
Budget 2025 : 150 millions en moins pour la Culture et l’audiovisuel public (Télérama)
Google condamnée à verser 26,5 millions d’euros à une entreprise française (Le Monde)
Matignon surveillera désormais aussi nos recherches dans Google, TikTok ou Instagram (L’Informé)
Pourquoi Vincent Bolloré éparpille Vivendi façon puzzle (Le Monde)
3 CHIFFRES
YouTube atteint 8,9 milliards de dollars de revenus publicitaires alors qu'Alphabet dépasse les attentes de Wall Street, rapporte The Hollywood reporter
Plus de 250 000 abonnés ont quitté le Washington Post en raison du refus d’endorsement, selon NPR
$20 milliards de millions de milliards, c’est la somme que l’entreprise Alphabet est condamnée à verser par une cour de justice russe pour avoir bloqué la propagande pro-Kremlin sur YouTube, rapporte Clubic
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Les éditeurs investissent massivement dans la vidéo
Google accusé de violer la loi du travail pour avoir demandé à ses employés de « s'abstenir » de parler de l'affaire antitrust (The Verge)
L'UE enquête sur Temu pour produits illégaux et design addictif (Wired)
Apple a dit à TikTok qu'il n'était pas adapté aux jeunes adolescents, selon les allégations d'un nouveau procès (Washington Post)
JOURNALISME
Les journalistes de Guardian Media Group soutiennent une grève lors d'un vote indicatif concernant l'offre de rachat du Observer par Tortoise (Press Gazette)
Un deuxième journaliste du Washington Post a démissionné en raison de son refus de soutenir un candidat à la présidence (The Guardian)
Les éditeurs européens s'expriment sur leurs difficultés à générer du trafic vers leurs sites (Digiday)
Comment les éditeurs utilisent l'IA pour améliorer leur productivité : des éditions audio à l'exploitation des archives (PressGazette)
David Remnick, the editor of The New Yorker, discusses the decision to pull the Washington Post’s planned endorsement of Kamala Harris—and the importance of taking a stand against the authoritarian future that Donald Trump represents.
Les élections américaines approchent. L’actualité locale, quant à elle, recule.Un rapport de la Medill School of Journalism de Northwestern révèle qu’un nombre croissant de régions ne disposent plus que d'une seule source d’information locale, voire d’aucune. Les déserts médiatiques couvrent désormais 208 comtés, contre 204 en 2023, ce qui signifie que près de 55 millions d’Américains ont un accès limité, voire inexistant, aux informations locales. Axios souligne une hausse de 22 % du nombre de comtés à haut risque de perdre totalement leur couverture d’actualité locale. Malgré l'essor des sites d’actualités numériques, la grande majorité cible les zones métropolitaines, délaissant les déserts d’actualité ruraux. Ces déserts d'information sont souvent plus pauvres, plus âgés et moins éduqués. Dans ces zones, le revenu médian des foyers s’élève à 57 000 dollars, contre 74 000 dollars au niveau national.
Comment faire face à cette désertion ? La première étape consiste à ne pas céder aux discours alarmistes (malgré la réalité préoccupante) et à ne pas sombrer dans l'inertie. Pour Sewell Chan, qui a dirigé le Texas Tribune, une association à but non lucratif, pendant trois ans, il est crucial de veiller à “ ne pas trop utiliser le récit de ‘péril’, où les gens penseront que tout est déjà mort et qu’il n’y a plus rien à sauver ». Dans un article du New York Magazine intitulé « Can the Media Survive ? », il met en avant les efforts pour soutenir les actualités locales, tels que le National Trust for Local News, qui “acquiert des journaux communautaires vulnérables et investit dans leur développement”, ainsi que l’American Journalism Project, qui “tente de reconstruire les actualités locales en soutenant des start-ups numériques” et qui annonçait un partenariat avec open Ai en juillet 2023. Le rapport de la Medill School of Journalism appuie lui aussi un aspect légèrement positif en incluant une douzaine de « Bright Spots », des start-ups qui créent leurs propres médias d'information locaux. Une énorme augmentation des initiatives philanthropiques a soutenu ces efforts. Annoncée en 2023, la campagne Press Forward s'est engagée à verser plus d'un demi-milliard de dollars pour soutenir les salles de rédaction locales.
Par ailleurs, l’intérêt du public pour les histoires locales est bel et bien présent, selon Apple News. « C’est une partie de ce que nous essayons de faire — reconnecter les médias locaux avec leurs audiences », déclare Lauren Kern d’Apple News. « Après la fusillade à l’école Apalachee plus tôt cet automne, nous avons compté sur l’Atlanta Journal-Constitution pour la couverture », note-t-elle dans l’article Can The Media Survive ? « L’interdiction de l’avortement dans l’État du Dakota du Nord a été déclarée inconstitutionnelle, et nous avons le North Dakota Monitor pour le mettre littéralement en haut d’une application d’actualités nationale. »
Le déclin des médias locaux est un phénomène mondial : Au Royaume-Unidepuis 2005, 293 titres de presse locale ont fermé contribuant à la création de « déserts d'information » où aucune couverture locale n'est disponible. Au Canada, plus de 450 médias locaux ont disparu entre 2008 et 2023, Postmedia y ayant fusionné des titres et réduit les éditions locales, diminuant la couverture en régions rurales et isolées. Aux Philippines, la presse locale joue un rôle central dans l'accès à l'information, le renforcement de l'engagement et la défense des communautés. En 2023, de nombreux journaux régionaux y ont cessé leurs activités ou réduit leur portée en raison de leur dépendance accrue aux plateformes comme Facebook pour la diffusion. Certains titres comme Rappler ont lancé des campagnes de financement participatif pour compenser la chute des revenus publicitaires et continuer la bataille contre la désinformation. En Australie, plusieurs régions rurales ne disposent plus de couverture locale, les grandes entreprises de médias comme News Corp ayant recentré leurs investissements sur le numérique. En France, le débat sur la concentration des médias épargne curieusement la presse locale, bien qu'il s'agisse du secteur médiatique le plus concentré. Une bonne nouvelle cependant : L'IA transforme déjà l'industrie de la presse locale, en lui donnant accès à des outils auparavant réservés aux grand titres : automatisation, ciblage, personnalisation, interaction, qui peuvent aider à recréer le lien avec les communautés tout en diminuant les coûts.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Streaming : TF1 signe un accord très attendu avec le cinéma français (Les Echos)
Cyril Hanouna : la création d'une plateforme numérique comme nouvelle terre d'accueil ? (Radio France)
Des annonceurs et médias français réclament la suspension du nouvel outil d'Apple masquant les publicités (Le Figaro)
À BFMTV, Camille Langlade nommée directrice de la rédaction (Télérama)
En pleine bagarre avec CNews, BFMTV contrainte de gérer sa réorganisation (Les Echos)
Le site My Little Paris en passe d'être racheté par le groupe de médias DC Company (Les Echos)
Microsoft veut convaincre les entreprises françaises de se saisir de ses «agents IA» (Le Figaro)
Vivendi solide au troisième trimestre, avant la scission projetée en décembre (Le Figaro)
Déjà 4 000 inscrits au « dating » en tout bien tout honneur revisité par « la Croix » et Brut (Nouvel Obs)
3 CHIFFRES
43,6 millions : c’est la somme en dollars qu’Elon Musk a injecté dans la campagne de Donald Trump, rapporte Le Monde.
Un audit français des 10 principaux modèles d’IA générative révèle que les chatbots répètent des récits faux sur des sujets d’actualité dans 13,33% des cas, selon Newsguard.
Avec 2,505 millions de téléspectateurs en prime time, Fox News a terminé le mois de septembre comme le réseau câblé numéro 1 en termes de téléspectateurs totaux, rapporte Adweek.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Netflix continue de prendre de l'avance sur la concurrence
« Le public ne sait pas ce que le journalisme peut offrir » (La revue des médias)
Les conversations secrètes d'Elon Musk avec Vladimir Poutine (Wall Street Journal)
Donald Trump, Emmanuel Macron, Xavier Niel… Comment le podcast est devenu le format favori des politiques et des grands patrons (Le Figaro) + Comment les mecs avec des podcasts sont devenus les rois de l'élection (Vox)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Meta conclut un partenariat à long terme en IA avec Reuters (Axios)
Netflix renonce à son projet de développer un jeu vidéo blockbuster (WSJ)
Rencontre avec le prophète de malheur de l'IA à Hollywood : Joseph Gordon-Levitt (Wall Street Journal)
Alors que les entreprises d'IA aspirent des tonnes de contenu sur Internet, le trafic de recherche s'impose comme le prochain champ de bataille dans la lutte entre les éditeurs et les géants de la tech. Les chatbots d’IA sont bloqués par 67% des sites d’actualité les plus fiables, selon une étude de NewsGuard. Mais cette mesure semble bien insuffisante pour garantir une protection complète. Malgré ces restrictions, les robots d'indexation continuent d'accéder aux données en temps réel, un abus dénoncé (et prouvé) en août dernierpar le New York Times. Depuis l'arrivée de l'IA générative et des interfaces comme ChatGPT, le premier journal américain mène un bras de fer juridique avec les géants de la tech, là où la plupart de ses confrères optent pour des contrats et partenariats. Désormais, un nouvel adversaire s’ajoute à la liste : Perplexity, la start-up soutenue par Jeff Bezos, qui défie ouvertement Google Search.
Accusée d'exploiter les articles du New York Times sans licence, Perplexity vient de recevoir une mise en demeure exigeant l'arrêt immédiat de cette pratique, dénoncée comme une violation du droit d'auteur et un enrichissement injuste. "Perplexity et ses partenaires commerciaux se sont injustement enrichis en utilisant, sans autorisation, le journalisme méticuleusement écrit, recherché et édité du New York Times, sans licence",a pointé le média. Le New York Times a également demandé des explications sur la manière dont Perplexity accède à ses articles malgré les mesures de blocage. Dans cette bataille, les médias ne sont pas seuls. En même temps que Forbes, Condé Nast,Vanity Fair et Vogue rejoignent l'accusation contre Perplexity, un groupe d'auteurs vient d'obtenir gain de cause aux États-Unis, forçant OpenAI à révéler les sources ayant entraîné leur modèle (c'est donc possible).
En attendant, pour tenter de calmer la situation, Aravind Srinivas, PDG de Perplexity, a déclaré qu'il ne souhaitait pas être perçu comme un "antagoniste" des médias et qu'il était prêt à collaborer. "Nous ne collectons pas de données pour créer des modèles de base, mais indexons plutôt des pages web et faisons apparaître du contenu factuel sous forme de citations pour informer les réponses lorsqu’un utilisateur pose une question",a-t-il expliqué. A voir si cette affirmation concerne aussi leurs nouveaux produits proposés aux entreprises (autre eldorado des données) : Internal Knowledge Search et Spaces.Aujourd'hui, de nombreux éditeurs voient leur modèle économique s'effondrer et réclament une rémunération juste et une transparence accrue concernant l'utilisation de leurs contenus par les entreprises d'IA. Cependant, les modalités de ces accords, ainsi que les termes des négociations, restent souvent flous.Comme le souligne le chercheur Félix Simon, "nous avons besoin de plus de clarté sur les accords entre les entreprises d'IA et les éditeurs de presse", à l’heure où au moins 26 éditeurs internationaux, parmi lesquels leFinancial Times, Condé Nast, leTexas Tribune etDer Spiegel, ont signé des accords de licence avec des entreprises comme OpenAI, Microsoft et Perplexity.
Résultat d'une enquête menée en mai 2024 auprès des cadres média du réseau WAN-IFRA (basée sur 91 réponses)
L'un des principaux défis reste l'évaluation de la valeur des données d'entraînement utilisées par les IA. “Ne pas savoir combien valent les données d’entraînement rend également plus difficile de dire pour les acteurs plus petits d’évaluer les conditions des accords qui leur sont proposés. Alors qu’un grand groupe de presse pourrait embaucher un cabinet de conseil en économie pour faire les calculs à leur place, les petites entreprises risquent de ne pas pouvoir se permettre ce luxe. Elles risquent donc de se voir présenter un fait accompli avec peu de marge de négociation”, explique Félix Simon. En fin de compte, cette incertitude affecte également les décideurs politiques et les régulateurs. L'opacité des accords renforce un jeu de pouvoir où seuls les grands gagnent, laissant les plus petits sans protection ni recours.
Le conflit autour des contenus journalistiques révèle une asymétrie profonde entre les médias et les entreprises d'IA, qui imposent leurs règles grâce à leur puissance technologique et financière. Les accords de licence, souvent perçus comme des compromis, ne font qu'effleurer le problème en laissant les géants du numérique fixer les termes. Ce bras de fer dépasse les enjeux économiques : il touche à la souveraineté éditoriale et à la légitimité du journalisme, alors que les contenus générés par l'IA risquent de diluer la valeur de l’information. Les médias doivent non seulement défendre leurs droits, mais aussi réaffirmer leur rôle essentiel auprès du public. Pour redéfinir cette relation, il faut repenser en profondeur le partage de valeur et la responsabilité entre les acteurs.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
C’est parti pour la réforme du financement de l’audiovisuel public - le Sénat a entériné le projet de loi permettant à l'audiovisuel public d'être financé par des taxes affectées (Télérama)
Spotify lance son offre d'audiobooks en France (Les Echos)
Licenciements en vue en France pour le géant américain de la pub IPG (Les Echos)
Guillaume Dubois, le directeur général d’Euronews, « révoqué » (Le Monde)
Les films de patrimoine s’opposent à ce que l’IA les utilise sans autorisation (Telerama)
3 CHIFFRES
37 % des Républicains et des indépendants proches du Parti républicain déclarent avoir beaucoup ou assez confiance dans les informations provenant des réseaux sociaux (Pew Research Center)
Netflix gagne 5 millions d'abonnés, portant son total à 282,7 millions dans le monde (The Hollywood Reporter)
Un an plus tard, l'édition européenne du Guardian représente 15 % du nombre de pages consultées de l'éditeur (NiemanLab)
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Netflix a ajouté 22 millions d'abonnés en 2024, son plus grand nombre depuis 2020.
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
L'IA peut-elle aider l'Afrique à combler le fossé du développement ? (Financial Times)
Ofcom appelé à agir après qu'une entreprise américaine a qualifié Roblox de « paradis des pédophiles » (Guardian)
Le boom de l'IA a une date d'expiration (The Atlantic)
Tout ce que nous savons sur les « shadowbans » sur les réseaux sociaux (Washington Post)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Amazon fait son entrée dans l'actualité avec la couverture en direct des élections par Brian Williams (New York Times)
Dans les coulisses de la guerre de Gaza chez Condé Nast (Semafor)
Le projet d'interdiction des réseaux sociaux en Australie soulève des craintes d'isolement chez les adolescents (Reuters)
Meta licencie son personnel pour avoir acheté du dentifrice au lieu d'un déjeuner (BBC)
Ce n'est pas moi, c'est juste mon visage » : les mannequins qui ont découvert que leur image avait été utilisée dans la propagande par l'IA (The Guardian)
Des millions de personnes utilisent des bots IA « nudifiants » abusifs sur Telegram (Wired)
YouTube fait un petit pas vers l'étiquetage des vidéos authentiques (The Verge)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
Déclaration d’Ottawa : des médias publics du monde entier s’allient avec la Public Media Alliance, le Groupe de travail mondial pour les médias publics et CBC/Radio-Canada pour combattre la désinformation (CBC)
YouTube fait un petit pas vers l'étiquetage des vidéos authentiques (The Verge)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Meta est poursuivi par plusieurs Etats américains pour l'addiction des adolescents aux réseaux sociaux (Reuters)
Un nouveau projet de loi au Royaume-Uni pourrait obliger les entreprises de réseaux sociaux à rendre leur contenu moins addictif pour les moins de 16 ans (The Guardian)
JOURNALISME
Le Royaume-Uni va consulter sur le modèle d'opt-out pour le scraping de contenu par l'IA, un coup dur pour les éditeurs (Financial Times)
La BBC va supprimer 155 postes au sein de sa rédaction (Financial Times)
Pourquoi le lancement de Microsoft Copilot Daily est un « moment significatif » pour l'industrie de l'information (PressGazette)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Tina Brown, la reine des médias traditionnels, emmène son journal sur Substack (New York Times)
ENVIRONNEMENT
Une IA scanne la « matière noire » de l'ARN et découvre 70 000 nouveaux virus (Nature)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Modération de contenus : TikTok remplace des postes au profit de l’IA (Media Leader)
Instagram s'attaque à la « sextorsion » alors que les problèmes de sécurité des adolescents se multiplient (Washington Post)
YouTube teste à nouveau son abonnement Premium Lite à prix réduit, mais avec des publicités limitées (The Verge)
Comment WhatsApp génère-t-il des revenus ? C'est gratuit, mais avec quelques astuces (BBC)
STREAMING, OTT, SVOD
Début d'une répression fédérale sur les politiques d'annulation des services de streaming (The Hollywood Reporter)
Warner Bros Discovery va lancer son service de streaming Max dans sept marchés asiatiques en novembre (Reuters)
La question de la rémunération des talents plane sur les résultats de Netflix (Variety)
Ted Sarandos défend la position ferme de Netflix sur la distribution en salle : « Nous sommes dans le secteur de l'abonnement en streaming, et vous pouvez voir nos résultats » (Deadline)
AUDIO, PODCAST, BORNES
À Melrose, une expérience de podcasting IA en hyperlocale (CommonWealth Beacon)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
L'IA contre l'esprit : découvrez "le premier robot artiste au monde" (BBC)
Adobe lance son générateur vidéo alimenté par l'IA dans la course avec OpenAI et Meta (Bloomberg)
Le responsable de l'IA chez Meta estime que les modèles du monde sont cruciaux pour une « IA au niveau humain », mais cela pourrait prendre 10 ans (TechCrunch)
Meta critiqué pour avoir qualifié ses modèles d'IA d'« Open Source » (Financial Times)
Meta s'associe à Blumhouse pour tester son modèle de génération de films par IA (Reuters)
Les manifestes sur l'IA inondent le secteur technologique (Axios)
Ce prompt peut amener un chatbot IA à identifier et extraire des informations personnelles de vos conversations (Axios)
Google transfère l'équipe de l'application Gemini à DeepMind (Reuters)
ChatGPT a désormais une application Windows (Wired)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
X a toujours du mal à augmenter ses revenus d'abonnement (Techcrunch)
Publicis revoit ses prévisions à la hausse mais reste prudent face aux obstacles économiques (Wall Street Journal)
Google remplace le responsable de Search et de la publicité (The Verge)
Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah
Une cour d'appel des réseaux sociaux ? - Pour quiconque voit son compte supprimé par une plateforme, un long parcours de combattant commence. Récemment, la page Facebook des Inrockuptibles a été suspendue sans explication par Meta. La rédactrice en chef du média, Carole Boinet, a dû lancer un appel à l’aide sur LinkedIn pour tenter de résoudre la situation, faute de pouvoir contacter directement la plateforme : « À la recherche d’un contact susceptible de me répondre quant à son déblocage. Toute aide est la bienvenue », écrivait-elle. Lors du festival de l'info locale à Nantes, Cécile Dubois, coprésidente du Spiil, a souligné ce silence inquiétant de la part des plateformes : « Les équipes des big tech au niveau local sont sous-dimensionnées. Ce qui rend impossible pour un éditeur de joindre un médiateur ou un interlocuteur sur la plateforme alors qu’elle a un impact énorme sur son trafic. Il est nécessaire d’avoir des interlocuteurs. »
Les médias ne sont pas les seules victimes de ce silence (voire désintérêt) paralysant. Les utilisateurs d’Instagram et Threads se plaignent de voir leurs comptes supprimés ou restreints après avoir partagé des articles sur des sujets controversés. Les deux plateformes présentent actuellement une “modération hors de contrôle” pour reprendre les mots de The Verge. Sur Threads, le sujet « Échecs de la modération sur Threads » est en tendance… et Adam Mosseri, responsable d’Instagram, sur le pont, essaie de colmater comme il peut les fuites pour les comptes les plus influents.
Appeals Centre Europe launched in Dublin last night, following our certification by @CNaM_ie to provide expert, swift, independent and impartial decisions on social media content disputes. pic.twitter.com/C8IHeQ5RNO
Ce contexte apocalyptique pourrait-il trouver un répit avec la création d’un centre d’appel européen pour les litiges avec Facebook, TikTok et YouTube ? Face aux critiques croissantes, un nouveau centre d’appel européen sera lancé d’ici la fin de l’année pour résoudre les conflits entre les utilisateurs et ces géants du numérique (pour l’instant, seules ces trois plateformes sont concernées). Ce centre extrajudiciaire permettra de contester les décisions relatives aux comptes supprimés ou aux contenus signalés pour harcèlement ou incitation à la haine. Baptisé « Centre d’appels Europe », il siégera à Dublin sous la supervision du régulateur irlandais des médias et sera composé de sept membres. Son objectif est de faciliter les recours contre des décisions de modération souvent perçues comme arbitraires ou injustes. La création de ce centre répond aux exigences du règlement européen sur les services numériques (DSA), qui oblige les plateformes à offrir un recours extrajudiciaire à leurs utilisateurs.
Si cette initiative se pare de toutes les bonnes intentions, elle suscite néanmoins des interrogations sur son indépendance. Le centre sera initialement financé par le conseil de surveillance de Meta (maison mère de Facebook), souvent critiqué pour sa propre gestion des contenus et sa lenteur à réagir aux scandales liés à la modération. « Cet "Appeals Center" doit-il être piloté – même de loin – par Meta, alors que l’entreprise est la plus sanctionnée d’Europe, ce qui revient à donner le sifflet d’arbitre à un joueur sous la menace d’une expulsion ? », s’interroge à juste titre Olivier Tesquet dans les colonnes de Télérama. Entre 2021 et 2023, Meta a en effet été condamnée à payer 2,5 milliards d’euros d’amendes pour non-respect du règlement général sur la protection des données (RGPD).
La semaine dernière encore, la Commission européenne avait exprimé ses préoccupationsconcernant la mise en avant de contenus "nuisibles" sur YouTube, TikTok et Snapchat, tout en reprochant régulièrement à ces plateformes de ne pas faire assez pour protéger leurs utilisateurs, en particulier les mineurs. Cette situation rappelle d'autres moments, où les plateformes ont été à la fois juges et parties dans des processus visant à résoudre les conflits qui les concernent : du Facebook Oversight Board à la gestion d'Apple des demandes d'examen de conformité des applications sur l'App Store, en passant par le cloud souverain européen en partenariat avec Microsoft. L’Europe peut-elle vraiment s’émanciper des géants numériques, ou ses "solutions souveraines" ne sont-elles que chaque fois des illusions made in Silicon Valley ?
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Audiovisuel public : à défaut d’une fusion, l’Arcom prône une “présidence commune” (Télérama)
Paris Podcast Festival : une édition sous le signe de l’engagement (amoureux ou politique) (Télérama)
« Cette étude est une première brique » : l’Arcom se penche sur l’impact écologique de nos usages audiovisuels (Le Parisien)
Data.ina - L'Ina offre au grand public une mine de données sur les médias grâce à l’IA (L'Usine Digitale)
Près de 200 millions d'euros d'efforts cumulés sur quatre ans seraient demandés aux entreprises de l'audiovisuel public (Les Echos)
L'écosystème des influenceurs pourrait dépasser les 500 milliards de dollars d'ici 2027(The Hollywood Reporter)
L'Internet Archive est sous attaque, avec une fuite d'informations concernant 31 millions de comptes (The Verge)
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Les hommes experts dominent toujours les plateaux télé au UK (mais beaucoup moins qu'il y a une décennie)
Ratio entre les hommes et les femmes experts dans les programmes d'actualités télévisées au cours des dix dernières années. Incluant : BBC News at Ten, BBC Radio 4 Today, ITV News at Ten, Channel 4 News, Sky News Breakfast. Photo : City, Université St George de Londres
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Comment chacun s'est perdu dans l'infinie bibliothèque de Netflix (New York Times)
Dans les Coulisses de la 'Bro-ification' de Mark Zuckerberg (Washington Post)
"Peut-être pouvons-nous jouer à quelque chose de drôle" : quand un compagnon IA veut quelque chose de plus (BBC)
Les "Étoiles de la mort" tech et les "Cavaliers de l'Apocalypse du streaming" : Evan Shapiro affirme que les géants des médias peuvent non seulement survivre, mais aussi prospérer — s'ils changent [évidemment] (The Hollywood Reporter)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
OpenAI va ouvrir des bureaux à Singapour, Paris et Bruxelles pour faciliter son expansion mondiale (TechCrunch)
La Turquie bloque la plateforme de messagerie instantanée Discord (Reuters)
TikTok poursuivi par plusieurs États pour avoir prétendument nui aux jeunes (Wall Street Journal)
X peut reprendre ses activités au Brésil après avoir payé des millions en amendes (Wall Street Journal)
La Maison Blanche rejoint Reddit et partage des informations sur les ouragans (Reddit)
Les extrémistes de droite fuient Telegram au profit de SimpleX en raison des fonctionnalités de confidentialité (Guardian)
Elon Musk utilise le compte @america sur X pour soutenir Trump (Axios)
YouTube Shorts va augmenter la durée maximale des vidéos à 3 minutes (Variety)
Pinterest sort du marasme et devient le nouveau favori de Wall Street (Bloomberg)
X paiera ses utilisateurs Premium pour interagir entre eux (The Verge)
STREAMING, OTT, SVOD
Amazon ajoute Apple TV+ à son service de streaming Prime Video aux États-Unis (Reuters)
La BBC et d'autres diffuseurs publics britanniques concluent un accord de streaming avec Amazon (Financial Times)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Les podcasts animés par l'IA de Google attirent les foules (Axios)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Les scientifiques ayant posé les 'fondations' de l'IA reçoivent le prix Nobel (The Verge)
Meta dévoile un générateur de vidéos A.I. instantané qui ajoute des sons (New York Times)
OpenAI constate une utilisation croissante de ses modèles d'IA pour influencer les élections (Reuters)
Le deepfake raciste alimenté par l'IA qui a trompé et divisé une communauté (BBC)
Meta étend son chatbot d'IA au Royaume-Uni et au Brésil dans le cadre de sa stratégie de croissance (Bloomberg)
Zoom permettra à des avatars IA de parler à votre équipe à votre place (The Verge)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Amazon demande l'abandon des poursuites judiciaires concernant les publicités Prime Video : La société « n'a jamais promis » que le service serait « sans publicité » (Variety)
YouTube affirme qu'il « ne cache pas le bouton “passer” » sur les publicités (The Verge)
et aussi :
Some folks really don’t understand how we just left the iPhone era.
La 7ème édition du Paris Podcast Festival a rassemblé créateurs, producteurs et experts, tous fascinés par le marché florissant du podcast. En juin dernier, le journal Les Echos avait révélé que le marché du podcast pourrait franchir les 10 milliards d'euros d'ici 2030, une prévision qui met en lumière l'essor spectaculaire de ce format dans l’univers médiatique. Entre les données du baromètre du CSA sur l'état de la consommation du podcast natif en France, l'émergence d'une nouvelle génération de créateurs et l'impact foudroyant de l'IA, les discussions s'annonçaient animées
Par Océane Ansah du MediaLab de l'Information de France Télévisions
Quel est l'état de la consommation du podcast natif en France aujourd'hui?
D’après le baromètre annuel présenté par Julie Gaillot, directrice du pôle Society à l’Institut CSA, un tiers des Français écoute des podcasts au moins une fois par mois. De plus, 23% les écoutent tous les jours, soit une hausse de 8 points par rapport à l’année dernière. La majorité consomme ces contenus à la maison (91%) et 69% dans les transports. Les habitudes évoluent également: 66% des auditeurs écoutent seuls, contre 73% en 2023, une tendance émerge vers des moments d’écoute partagés.
Côté formats, les documentaires (87%) et les histoires vraies (84%) dominent les préférences des auditeurs. De plus, 83% des amateurs de podcasts trouvent facilement de nouveaux programmes, principalement via les applications de streaming (44%) et les réseaux sociaux (38%). Cependant, une partie des Français avoue "ne pas savoir où trouver des podcasts". Un défi que souligne Julie Gaillot : "Il est crucial pour les créateurs de se faire connaître et de dire qui ils sont."
Le profil type de l'auditeur de podcast se confirme : jeune, urbain, hyperconnecté, engagé et familial. Ces auditeurs montrent une surconsommation des médias et une forte participation citoyenne. Par exemple, seulement 7% des adeptes se sont abstenus aux dernières législatives, contre 33% dans l'ensemble de la population
Pour Julie Gaillot, l'attrait du podcast réside dans l'intervention d'experts et la profondeur des sujets traités. En résumé, l’écoute progresse, les pratiques restent stables, et l’engagement des auditeurs ne cesse de croître..
“Le format vient créer le public”- Antoine Bonnet
Lors de la table ronde sur le "triomphe de l’écoute numérique", Antoine Bonnet, responsable des podcasts chez France 24, et Valentine Spinner, chef de groupe audio chez AudioM, ont discuté d'un enjeu central : les podcasts cannibalisent-ils l’audience de la radio ? Antoine Bonnet répond par la négative. Il reconnaît que les podcasts sont devenus un passage obligé pour les grandes radios, mais ils ne les remplacent pas.
Selon lui, il existe une véritable complémentarité entre les deux formats, qu'il qualifie de "passerelles" plutôt que de concurrents. Le profil des auditeurs radio et podcast est fondamentalement différent, ce qui permet aux deux médias de coexister et de se nourrir l'un l'autre. Les podcasts apportent une flexibilité et une profondeur qui complètent parfaitement l’instantanéité et le direct propres à la radio.
Les créateurs de contenu, toujours au centre du jeu
Alors que les médias traditionnels peinent à capter l'attention des jeunes, l'industrie du podcast a trouvé la réponse évidente : les créateurs de contenu. En s’appuyant sur des voix authentiques et des formats flexibles, les podcasts offrent une connexion plus intime et une personnalisation du contenu que la télévision ou la presse écrite n'arrivent plus à proposer. Pour Christine Jolly, Head of Sales chez Spotify, et Anaïs Dupuis, Podcast Producer chez Spotify, le succès du podcast repose en grande partie sur la médiatisation, amplifiée par les communautés des créateurs.
Un exemple frappant : Chez Sally, un podcast original de Spotify en partenariat avec Samsung. Animé par Sally, créatrice de contenu spécialisée en actu, politique et lifestyle, ce podcast, avec son million d’abonnés sur Instagram, se classe en deuxième position sur Spotify. Un succès qui fait de cet espace un terrain de jeu idéal pour les annonceurs.
Podcast et intelligence artificielle
Récemment, Google a dévoilé son générateur de podcasts, intensifiant un débat déjà bien entamé depuis qu'Apple Podcasts a commencé à expérimenter des voix générées par l'IA : "L'intelligence artificielle remplacera-t-elle les animateurs ?" Cette interrogation dépasse la simple question technologique : elle touche à la valeur même de la créativité et de la personnalité que les animateurs apportent à leurs émissions, un aspect que les voix synthétiques, aussi perfectionnées soient-elles, peinent encore à reproduire pleinement. La réponse de Janny-Claire Beberian, Business Director Southern Europe chez Adswizz, est alors catégorique : "Non." Pour elle, "la beauté du podcast réside dans son incarnation", une idée soutenue par Anne-Marie Kalinka, Directrice Générale chez Amnet, qui souligne le besoin d'authenticité des auditeurs. Le podcast reste perçu comme un "média de confiance", et pour l'instant, la star reste l'animateur humain.
Pour l'heure, l’intelligence artificielle est principalement utilisée dans la création de spots publicitaires audio, un domaine où elle excelle en générant rapidement des voix et des scripts adaptés à des campagnes spécifiques. Cependant, lorsqu'il s'agit de podcasts, les défis se multiplient, notamment en raison de l’absence de cookies, qui sont un pilier traditionnel du ciblage publicitaire sur le web. Cette absence complique le travail des annonceurs, car il devient plus difficile de suivre et de comprendre les préférences des auditeurs. Leur espoir réside dans l’évolution de l’IA, notamment à travers l’analyse sémantique avancée des contenus audio. En analysant en profondeur le contenu de chaque épisode, l’IA pourrait identifier des thèmes, des mots-clés et des nuances de langage, permettant ainsi un ciblage publicitaire plus précis et contextuel. Imaginez une IA capable de comprendre en temps réel que dans un épisode de podcast sur le bien-être, il serait pertinent de diffuser des publicités pour des produits de santé ou de méditation.
Ce type de publicité contextuelle, optimisée par l'IA, serait non seulement moins intrusive mais aussi plus efficace, en créant un lien direct entre le contenu consommé et les annonces proposées. Les annonceurs pourraient ainsi maximiser leur retour sur investissement tout en respectant la vie privée des auditeurs, un aspect de plus en plus crucial à l’ère post-cookies. La clé du succès pour les plateformes sera d’investir dans des algorithmes capables de non seulement comprendre le contenu mais aussi de le contextualiser dans l’écosystème plus large de la consommation médiatique.
Conclusion
Le podcast s’impose comme un média incontournable, porté par des créateurs capables de toucher des jeunes audiences avec authenticité. Loin de remplacer la radio, il complète l’offre audio en proposant des formats plus flexibles et engageants. Même avec l’arrivée de l'IA, qui améliore déjà la création de publicités audio, l’essence du podcast reste profondément humaine. a richesse des voix et l’authenticité des échanges sont des éléments que l’IA ne peut encore remplacer. Cette complémentarité entre technologie et humanité dessine un futur prometteur pour le média, tout en soulevant des défis sur l’équilibre à trouver.
« Ça se passe maintenant », a proclamé Mark Zuckerberg au Meta Connectdu mercredi 25 septembre. Vêtu d’une montre identifiée par les utilisateurs de Reddit comme valant l'équivalent du revenu annuel moyen d’un Américain et d'un t-shirt arborant le slogan "Aut Zuck Aut Nihil" (soit Zuck, soit rien), le créateur de Facebook prône une philosophie égalitaire. Ironique, mais révélateur des tensions entre ses habitudes de consommation personnelles et la stratégie de sa société. Les pertes opérationnelles colossales de son unité Reality Labs, évaluées à des dizaines de milliards, ne semblent pas freiner ses ambitions, même si les retours sur investissement tardent. Au programme : beaucoup de "WOW" et un peu de "WTF", avec, parmi les vedettes de la journée, le casque de réalité virtuelle Quest 3S pour un dixième du prix d’un Vision Pro d'Apple, sans oublier les lunettes intégrant une technologie holographique connectées à nos cerveaux pour un futur lunatique pas si lointain peut-être (le NYT parle même toujours de métavers).
(Les lunettes, l’accessoire fashion indispensable du futur connecté, image IA)
Après nous avoir enfermés dans des bulles de filtre,Meta fait un pas audacieux dans les nouvelles réalités artificielles, avec "Imagined for You". On pourra désormais personnaliser son fil d'actualités avec des contenus générés par IA, ajustés aux préférences des utilisateurs en temps réel. Ils auront la possibilité de modifier les images grâce à des prompts ou de les faire défiler pour découvrir de nouvelles créations instantanément. Selon Amanda Felix, porte-parole de Meta, les utilisateurs qui activeront la fonctionnalité "Imagine Yourself" verront même des images de leur propre visage, à condition d’offrir leurs photos personnelles à Meta.
Cette personnalisation repose en effet sur une collecte massive de données, permettant à Meta d’ajuster précisément les contenus pour chaque individu. Lors d’un entretien avec Alex Heath de The Verge, Mark Zuckerberg ne cache pas son ambition que l'intégration d'images générées par l'IA dans les fils d'actualité représente la prochaine étape logique pour Facebook et Instagram. « Au départ, les fils d’actualité montraient exclusivement les publications des amis et abonnés. Désormais, une nouvelle couche s’ajoute : du contenu généré par des systèmes d’intelligence artificielle, conçu pour correspondre aux centres d’intérêt de chaque utilisateur».
Le New York Times a qualifié cette mise à jour de « risquée », avertissant des dangers d’une personnalisation excessive. Par ailleurs, l’invasion de contenu généré par l’IA, parfois désignée sous le terme de « slop » (au départ, des déchets maritimes, en figuré pour les contenus de faible qualité générés par l'IA), préoccupe. Max Reada estimé que « depuis presque deux ans, une marée montante de slop commence à inonder la plupart des espaces considérés comme l’internet. La montée en puissance de l’IA et des contenus générés automatiquement pourrait également annoncer la fin des contenus générés par les utilisateurs ».
Reste un espoir : comme l’indique Axios, lesdits utilisateurs ne s’avèrent pas nécessairement enthousiastes à l’idée d’être submergés par ce type de contenu à long terme. Pour Casey Newton, si Meta va trop vite en noyant les fils d’actualités sous des contenus générés par l’IA, elle risque de donner à ses produits phares "l'aspect d'un parc d'attractions abandonné". En attendant, près de 500 millions d'utilisateurs utilisent les produits IA de Meta, a déclaré Mark Zuckerberg, affirmant que l'IA de Meta est en passe de devenir l'IA la plus utilisée au monde. Après les bulles de filtre, chacun pourra désormais imaginer sa propre réalité ?
M6 s'allie avec la plateforme Pluto pour enrichir son offre de streaming gratuit (Les Echos)
La CNIL s'attaque aux atteintes à la vie privée sur smartphone (Les Echos)
TNT : Christopher Baldelli nommé président de Réels TV, la future chaîne de Kretinsky (Télérama)
« Le Canard enchaîné » se jette enfin dans la grande mare d'Internet (Les Echos)
Dispositif SIG : Bouygues Telecom, Canal+, Free, Orange et SFR seront les premiers assujettis (Digital Transformation Notepad)
Rachida Dati met sur pause la fusion de l’audiovisuel public sans l’enterrer (Le Figaro)
3 CHIFFRES
Plus de la moitié des journalistes ont envisagé de démissionner pour cause d'épuisement professionnel cette année, selon une enquête Muck Rack
Selon Bain & Company, le marché des produits et services d'IA pourrait atteindre jusqu'à 990 milliards de dollars d'ici 2027. (Bain & Company)
54% des adultes américains disent consulter parfois les réseaux sociaux pour s'informer, une légère hausse par rapport aux dernières années. (Pew Research Center)
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
En France, Hugo Décrypte est le compte personnel lié à l'actualité le plus mentionné.
Mark Zuckerberg : les créateurs et les éditeurs « surestiment la valeur » de leur travail pour l'entraînement de l'IA (The Verge)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
James Cameron rejoint le comité de direction de Stability AI (The Verge)
Cloudflare propose de faire payer les IA pour l’accès aux sites web (TechCrunchl)
Augmentation marquée de l'utilisation problématique des réseaux sociaux chez les adolescents, selon une étude de The Health Behaviour In School-aged Children (HBSC) (BBC)
Pavel Durov, le patron de Telegram, annonce un durcissement de la modération (Le Monde)
Les régulateurs chinois accentuent la pression sur les entreprises chinoises pour qu'elles achètent des puces locales plutôt que celles de Nvidia (Bloomberg)
Le Comex d'OpenAI quitte l'entreprise tandis que son PDG s'efforce d'en faire une société profitable (The Wall Street Journal) ; OpenAI a informé ses investisseurs que ses revenus atteindraient 11,6 milliards de dollars l'année prochaine, contre 3,7 milliards de dollars estimés cette année (NYT) ; OpenAI tel que nous le connaissions est-il mort ? (Vox)
Le Dash Hudson Social Media Benchmark (Dash Hudson)
Un chiffre extrait du rapport : Les vues des Shorts YouTube sont en hausse de 153 % - le long format est EN BAISSE de 15 %
STREAMING, OTT, SVOD
Max bénéficiera de sous-titres codés générés par l'IA de Google (The Verge)
Disney+ lance une vaste campagne de répression contre le partage de mots de passe et propose une option payante de « membre supplémentaire » (Variety)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Le NYT proposera des abonnements audio par l'intermédiaire d'Apple et de Spotify (Axios)
Peu après les explosions mortelles des pagers du Hezbollah, ce podcast généré par IA a été mis en ligne (Wired)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Le clone IA d'un journaliste de la BBC peut-il tromper ses collègues ? (BBC)
L’ancien patron du design d’Apple a rejoint OpenAI (The Verge)
Les fonds du Moyen-Orient investissent des milliards de dollars dans les start-ups d’IA les plus populaires (CNBC News)
L'IA sera-t-elle un échec ? Un sceptique de Wall Street tire la sonnette d'alarme (New York Times)
Le premier musée d'art dédié à l'IA va ouvrir à Los Angeles (Semafor)
Runway déclare qu'ils financeront les réalisateurs s'ils utilisent ses outils d'intelligence artificielle (The Hollywood Reporter)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Havas Media Network annonce le lancement de son algorithme d’enchères programmatiques basé sur l’IA (Media Leader)
Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah
Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ?
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Créateurs de contenu, entrepreneurs, influenceurs, journalistes de formation, rescapés de la bollorisation : les acteurs qui souhaitent lancer leur propre média ne manquent pas ! Chacun a sa définition bien particulière de ce que doit être l’info. Pour les uns, un puissant outil marketing. Pour d’autres, un bien public essentiel. Face à un modèle économique du journalisme traditionnel à bout de souffle, ils expérimentent avec avidité de nouvelles stratégies en ligne, pour s’adapter à une cible jeune qui s’informe prioritairement sur les réseaux. Contrairement aux mastodontes historiques, ces nouveaux entrants bénéficient de structures agiles, leur permettant d’explorer de nouveaux formats et de s’adapter rapidement aux tendances changeantes de leur audience. Comment ces médias parviennent-ils à se financer ? Quels modèles économiques émergent pour répondre aux besoins de l’ère numérique ? Et quels sont les compromis à l’œuvre entre rentabilité commerciale et intégrité éditoriale ?
Les start-uppeurs de l’info
Ce sont les plus visibles sur les réseaux sociaux. Ils ont fait des études de commerce, ont suivi un cursus marketing, communication numérique et média, et aspirent à devenir les Xavier Niel de demain. Imprégnés de la culture « start-up », ils se lancent dans le monde de l’information avec l’ambition de bâtir des empires médiatiques. Pour eux, l’information est un produit, au service d’un business à faire prospérer. C’est ainsi la philosophie totalement assumée du Crayon, un média en ligne créé il y a quatre ans, qui selon France Culture, « taille dans le buzz » et compte près de sept cent mille abonnés sur les réseaux sociaux.
Fondé par quatre jeunes entrepreneurs et créateurs de contenus – Wallerand Moullé-Berteaux, Sixtine Moullé-Berteaux, Antonin Marin (qui lui a fait des études de mathématiques), et Jules Stimpfling (diplômé du master in International Security à l'École des affaires internationales (PSIA))– ce pure-player vise à donner la parole à tous, au nom de la liberté d’expression. Des personnalités de tous horizons, y compris de l’extrême-droite, y ont été invitées : l’influenceuse et ancienne porte-parole de Génération Identitaire Thaïs d’Escufon, Florian Philippot, et même Éric Zemmour. Quelques jours avant l’élection européenne du 9 juin, Emmanuel Macron a lui aussi pris la parole sur ce média « de débat d’idées et d’opinions », dont l’audience est majoritairement composée de 18-34 ans. L’assurance de toucher une cible jeune, avant ses passages plus traditionnels sur les plateaux de TF1 et France 2. Le Président a compris la force de frappe de ces nouveaux types de médias.
La particularité du média ? Pas de journalistes ! « On traite et analyse des faits, puis on reçoit des personnalités selon les faits. On fait du journalisme mais on n’est pas des journalistes », justifie au micro de Mediarama, Antonin Marin, co-fondateur et directeur « des rédactions » du Crayon, redéfinissant ainsi le concept même du journalisme ! « Un média, tel que défini par Naval Ravikant (une figure emblématique de la Silicon Valley) est une audience ou une communauté qui se retrouve dans une proposition de contenu », précise sur LinkedIn Wallerand Moullé-Berteaux. Le Crayon est considéré comme le « vaisseau amiral » du groupe, aux activités commerciales diversifiées : ad breaks, sponsoring, brand content... Leur agence de RP, le Surligneur, représente 40 % de leur chiffre d’affaires. Ils ont également levé un million d’euros auprès de plusieurs investisseurs et business angels dont Xavier Niel et Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox, et libertarien conservateur. « Nous cherchons à créer une entreprise rentable, d’où nos piliers d’agence. Si on annualise les trois derniers mois, on atteint deux millions de chiffre d’affaires. Nous sommes rentables depuis le début, une obsession qui découle de ma culture du ‘make money’ », affirme Wallerand Moullé-Berteaux, pour qui il s'agit de la troisième entreprise.
Dans les cinq ans, l’entreprise vise à être un « mass media incontournable » en adoptant la philosophie du « media led company » un concept que vulgarise le fondateur du Crayon sur LinkedIn : « La media-led-company est une entreprise qui dirige son développement avec le média comme première brique d’activité pour l’amener vers des business propriétaires à destination de l’audience. » Il cite ainsi l’exemple de Welcome to the Jungle, « qui a révolutionné le monde du recrutement grâce à la puissance de son média ». En d’autres termes, le média sert de vitrine pour faire fructifier d’autres business. « Les prochains leaders du marché ne seront pas ceux qui ont les meilleurs produits, mais ceux qui possèdent un excellent positionnement et un média puissant », expliquait-il dans le podcast Jeunes Branches.
Ces nouveaux entrants remplacent le mot « information » par « contenu », redéfinissant ainsi les fondements même du journalisme traditionnel. Pour une internaute LinkedIn, il s’agit dans d’autres termes « d’une agence de com’ avec la crédibilité d’une agence de com ». Cette remarque souligne la dilution de la frontière entre communication commerciale, influence et information journalistique, rendant les motivations des créateurs de contenu ambiguës. Selon ces jeunes entrepreneurs, la prochaine ère du marketing sera celle des médias. Cette vision pose un défi majeur : comment maintenir une information de qualité, équilibrée et vérifiable, dans un modèle où le contenu est principalement guidé, non pas par une ligne éditoriale et une déontologie professionnelle, mais par des objectifs commerciaux ? Il est crucial de réfléchir aux conséquences de cette transformation sur la démocratie, car l’information, lorsqu’elle est traitée comme un simple outil marketing, risque de perdre sa valeur en tant que bien public essentiel.
Le brand content, une source de revenus pour les nouveaux médias
Le Crayon n'est qu'un exemple parmi d'autres de nouveaux médias souhaitant établir un groupe médiatique grâce à des partenariats commerciaux. Les créateurs de contenu exploitent les plateformes pour diffuser leurs productions, attirant de vastes audiences et générant des revenus grâce à la publicité et aux collaborations avec des marques. HugoDécrypte, avec ses millions de vues sur YouTube et autres réseaux sociaux, illustre parfaitement cette nouvelle forme de média, inspirée par les géants de l’info-divertissement comme Brut et Konbini. Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent désormais plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde.
Sur la page Instagram d’HugoDécrypte, qui compte 3,6 millions d’abonnés, les publications réalisées pour des marques coexistent, en sandwich, avec des contenus informatifs.Le 12 décembre 2023, Hugo Travers a ainsi fait la promotion de la marque Cartier sur le compte Hugodecrypte.pop (823 000 abonnés), avec une indication de collaboration commerciale. C’est ce qu’on appelle le brand content. Cette proximité peut brouiller la distinction entre information et communication. Pour un jeune public, il peut être difficile de reconnaître un partenariat rémunéré. C'est pourquoi le Clemi a mis à disposition des ressources sur son site pour aider à comprendre ce modèle économique, (également utilisé par les médias traditionnels).
Capture d’écran du compte Instagram Hugodecrypte.pop – Collaboration commerciale Cartier
Des journalistes « traditionnels » accompagnés par des entrepreneurs
À côté de créateurs de contenus, de nombreux journalistes quittent les grands groupes pour lancer leurs propres projets, motivés par le désir de retrouver une certaine liberté éditoriale et de s’engager dans des initiatives plus en phase avec leurs valeurs. Comme le remarque Julie Joly, directrice du Nouvel Obs : « Le lien d’antan entre les journalistes et les rédactions n’existe plus : ils ne sont plus liés à une rédaction du début à la fin de la carrière. » La désillusion peut parfois être un moteur puissant.
Grégory Raymond, ancien de Capital Magazine, Brief.me et Huffington Post, raconte en souriant : « J’ai financé Big Whale avec mon chèque de départ de Prisma, après son rachat par Vivendi. » Avec Raphaël Bloch (ancien de L'Express, Les Échos et Reuters), ils co-fondent le premier média européen dédié à la token économie. Pour compléter leur équipe, ils choisissent, non pas un journaliste mais Dimitri Granger, ancien de Publicis et « crypto believer ». « Il a dix ans de plus que nous et l’expérience de la gestion d’entreprise et de la comptabilité », soit un solide allié pour affronter les nuits blanches et les affres de l’entreprenariat.
Raphaël Bloch est d’ailleurs convaincu que le journalisme et l'entrepreneuriat sont étroitement liés. Selon lui, un bon journaliste est un entrepreneur dans l'âme, même s'il ne s'en rend pas compte. Il explique sur Médianes : « Au risque de choquer, je pense fondamentalement qu'un bon journaliste est un entrepreneur. Quels que soient nos supports, que ce soit radio, télé, écrit, on gère notre sujet, on va chercher nos sources à droite, à gauche, on rend compte de notre travail au quotidien, on est finalement des entrepreneurs qui s'ignorent. » Pour « l’infopreneur », l'entrepreneuriat est non seulement nécessaire pour la survie et le succès des médias modernes, mais aussi une extension naturelle du rôle du journaliste.
Cette vision guide la stratégie et le développement de Big Whale. À trois, ils développent un modèle économique diversifié avec une approche test and learn : abonnements groupés pour des entreprises offrant des fonctionnalités premium, participation payante à des événements où sont présentés des rapports de marché, analyses de projets… Dernièrement, ils réfléchissent à un modèle économique d’un nouveau genre, « sans sacrifice financier, avec un partage de revenus entre la plateforme de publication et la communauté qui l’utilise, avec des incitations économiques pour contribuer ou enrichir les contenus ». Un peu à la manière de Wikipédia où chacun est invité à enrichir une page ? « On peut effectivement y voir un modèle proche, sauf qu’il y aura un protocole blockchain sous l’interface et des incentives financières à participer pour créer du contenu ou de l’améliorer. » À plus long terme, l’ambiance est de « décentraliser la gouvernance de ce système lorsqu’il sera éprouvé ». La communauté joue un rôle central chez Big Whale. Sur leur plateforme Discord, 1 500 abonnés actifs incarnent les « têtes chercheuses » du média, enrichissant, précisant, rebondissant sans cesse sur des informations de l’écosystème. Cette approche participative contraste avec les médias traditionnels, où l'information est émise de manière verticale. « Un média veut dire beaucoup de choses et en même temps presque plus rien. On est tous capables aujourd’hui de produire de l’info », résume Raphaël Bloch.
Ils ne sont pas les seuls journalistes de formation à s’être lancés dans les nouveaux médias financiers. Léa Lejeune, après avoir couvert les rebondissements des entrepreneurs de la Tech pour Challenges pendant de nombreuses années, a créé Plan Cash, une newsletter féministe et gratuite qui parle d’argent… Qui s’est doublée avec le temps d’une plateforme d’éducation féministe « qui parle d’argent aux femmes sans tabou », dont elle fait la promotion sur la page Instagram du média (80 000 abonnés). Dans cette aventure entrepreneuriale, la journaliste est accompagnée de Morgane Dion, plus de 12 ans d’expérience corporate dans les licornes françaises. Le modèle économique repose, entre autres, sur des formations assurées par des « experts certifiés » à « une époque où les influenceurs donnent des mauvais conseils financiers sans avoir le background et sans respecter les règles de l’AMF (Autorité des marchés financiers) » : « Les médias ont du mal à s’en sortir avec un modèle économique dans lequel ils sont dans la délivrance d’infos parce qu’il y a trop de concurrence. L’idée, c’était de gagner de l’argent sur la partie servicielle du média. Aujourd’hui, les gens sont de moins en moins prêts à payer pour de l’information mais ils sont de plus en plus prêts à payer pour des formations », assure-t-elle. Pour l'instant, l'entreprise ne bénéficie pas du statut d'entreprise de presse, car il est nécessaire que plus de 50 % de ses revenus soient issus de la production d'informations pour obtenir cette classification.
Ces nouveaux médias qui ne veulent pas travailler avec les marques
Aujourd’hui, la collaboration avec les marques n’est pas la principale source des revenus des start-ups de l’info. Selon une nouvelle étude publiée par le Centre de recherche sur les médias et le journalisme et la fondation Maharat, elles sont seulement 18 % à indiquer générer des revenus grâce à la pub. En perspective, les abonnements et autres méthodes de financement participatif sont utilisés par 30 % des acteurs. Les médias indépendants se distinguent par leur volonté de préserver une indépendance éditoriale, loin des pressions économiques exercées par les annonceurs ou les grands groupes. Cette indépendance est souvent perçue comme essentielle pour garantir la qualité et l’intégrité de l’information.
Pour assurer leur viabilité économique, les médias indépendants adoptent des stratégies de financement variés. Le financement participatif par exemple est devenu une méthode courante pour lancer de nouveaux projets. La Déferlante, un média féministe sans pub, a réussi à fédérer sa communauté dès ses débuts grâce à une campagne de financement participatif, atteignant 10 000 abonnés et embauchant neuf employés. Elle a permis à son lectorat d’entrer au capital à partir de 100 euros, une initiative qui a séduit 750 personnes. Dernièrement, c’est le média Fracas, lancé par Philippe Vion-Dury, ex-rédacteur en chef de Socialter, qui a réalisé « le plus gros lancement de média indé écolo » : « Dans la catégorie média papier, on se place dans le top 10 des lancements de médias en financement participatif, derrière des médias comme Epsiloon, La Déferlante, SoGood, Zadig ou Ebdo » a écrit Philippe Vion-Dury le 16 mai sur LinkedIn. Le média a ainsi réussi à rassembler pour son lancement 160 000 euros, 1 500 abonnés à la revue papier, et une communauté de 16 000 membres sur Instagram. LinkedIn a notamment joué un rôle dans le succès de la campagne. Le réseau est selon lui « très indiqué pour bâtir son lectorat et sa campagne : les CSP+ y sont largement représentés, et on ne construit que très difficilement l’équilibre d’un média sans attirer à soi un lectorat capable de soutenir par la dépense ».
Des modèles hybrides, combinant abonnements et dons, permettent également de maintenir une indépendance vis-à-vis des annonceurs. Blast, un média indépendant lancé grâce à une campagne de crowdfunding qui a récolté près d’un million d’euros (contre les 100 000 demandés), en est un exemple notable. Un succès que l’on peut attribuer aussi à la notoriété du fondateur, Denis Robert.
Malgré leur dynamisme, les médias indépendants font face à des défis importants, notamment en termes de pérennité financière et de capacité à maintenir une indépendance éditoriale dans un environnement économique difficile. Pour lancer un média dans de bonnes conditions, il faut par exemple bien compter sur 30 000 euros, selon Philippe Vion-Dury. De plus, la reconnaissance en tant qu’entreprise de presse, nécessaire pour obtenir certaines subventions et avantages fiscaux, peut être difficile à obtenir pour des structures innovantes. Et quand bien même ils toucheraient les aides à la presse, ils n’accèderaient en fait qu’à une part infime du gâteau, comme le souligne le fondateur de Mediapart Edwy Plenel : « les principaux bénéficiaires sont les médias possédés par des milliardaires, notamment le richissime Bernard Arnault », qui a ainsi touché pour ses journaux plus de 14 millions d’euros d’argent public en 2022.
Les nouveaux médias ne sont pas une solution miracle. Ils doivent encore faire face à des obstacles importants, notamment la réticence des utilisateurs à payer pour des informations et la difficulté à obtenir des subventions et des avantages fiscaux réservés aux entreprises de presse traditionnelles. La reconnaissance croissante de la nécessité de soutenir les médias d'intérêt public par les aides publiques, les organismes de réglementation, et les donateurs est un pas dans la bonne direction, mais elle doit s’intensifier pour créer un environnement où ces médias pourraient véritablement prospérer.
En outre, certaines start-ups de l’info traitent le journalisme comme une industrie ordinaire, en mettant l’accent sur le marketing et l’audience. Pas besoin de journalistes, mais de producteurs de contenus couteaux suisses… Peut-on se prétendre média sans son socle fondamental ? Si cette approche apporte de la flexibilité, elle soulève des défis majeurs en termes de crédibilité et d'intégrité. Par ailleurs, les nouvelles plateformes de Web3, encore en phase émergente, promettent de transformer radicalement les usages médiatiques. Bien que leurs impacts concrets se fassent encore attendre, elles offrent des perspectives inédites pour les journalistes et les « consommateurs » d'information, notamment par des modèles décentralisés et participatifs. En fin de compte, l'avenir des nouveaux médias dépendra de leur capacité à innover sans sacrifier l'intégrité de l'information et à s'adapter aux technologies de demain.